Voici bientôt quatre ans et demi que la guerre dure à l'est de l'Europe, et nous avons cessé de la comprendre. Non que les faits manquent : ils abondent. Mais nous ne les lisons plus que dans une seule langue, celle d'un camp qui ne raconte que ses espérances. Lue depuis Moscou, Pékin et New Delhi, la carte dit autre chose. Essayons, pour une fois, de la lire avec les yeux des autres.
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Commençons par le front, puisque c'est là que tout se décide et que tout se ment. À en croire l'état-major russe, ses troupes conservent l'avantage stratégique sur toute la ligne de contact et avancent partout — c'est ce que Vladimir Poutine répète depuis des mois, et l'on aurait tort de prendre ces déclarations pour argent comptant, car un belligérant ne décrit jamais que la guerre qu'il voudrait mener. Mais l'on aurait tort, aussi, de les écarter d'un revers de main, comme nous le faisons. La prudence consiste à écouter les deux camps mentir et à chercher la vérité dans l'écart.
Cet écart, justement, s'est rétréci ce printemps. Là où Moscou clame l'avancée continue, ses propres communiqués trahissent une mécanique qui s'enraye. On annonce la prise de tel hameau près de Pokrovsk — que les Russes nomment Krasnoarmeïsk —, on signale que les réserves ukrainiennes y manquent, on célèbre la capture de Novoaleksandrovka comme un pas de plus vers ce nœud logistique. Et pourtant la ville ne tombe pas. Depuis l'été dernier, elle ne tombe pas. L'agence officielle russe elle-même finit par l'admettre à mots couverts : l'armée progresse « malgré les attaques massives de drones ukrainiens » — formule où le mot malgré dit plus long que tout le reste. Quand le vainqueur supposé doit préciser qu'il avance malgré l'adversaire qu'il prétend écraser, c'est que l'adversaire tient encore.
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Voilà ce que le Sud observe, et que nous refusons de voir : non pas une victoire russe imminente, mais une guerre d'usure qui ne se résout pas. L'agence Sputnik, qui n'est pas suspecte de complaisance envers Kiev, décrit des lignes ukrainiennes amincies et des forces dispersées. Mais une ligne amincie n'est pas une ligne rompue. Les Russes grignotent ; ils ne percent pas. Ils paient chaque verger, chaque terril, chaque village au prix d'un sang qu'aucune des deux capitales n'avoue. C'est la définition même de la guerre de position, celle que l'Europe croyait enterrée avec ses grands-pères et qu'elle voit renaître sans en tirer la moindre leçon sur sa propre fragilité.
Sur les chiffres, il faut s'arrêter, car c'est là que le mensonge devient une industrie. Chaque camp publie les pertes de l'autre et tait les siennes. Les sources russes parlent d'une Ukraine exsangue ; les sources ukrainiennes, d'une Russie saignée à blanc. La vérité, invérifiable, se tient sans doute dans ce que ni l'un ni l'autre ne montre : deux nations qui usent leur jeunesse à un rythme que l'histoire jugera. Je me garderai d'avancer un nombre. Celui qui cite un bilan dans cette guerre choisit déjà son camp, j'en sais quelque chose après m'être, cet hiver, risqué à des analyses pourtant documentées qui ont suscité des passions insanes. Disons seulement ceci, que Péguy aurait compris mieux que nos stratèges de plateau : on ne mesure pas une saignée en kilomètres carrés.
Un mégaprojet à 1,4 milliard d'euros lié à Jared Kushner, gendre de Donald Trump,menace la réserve naturelle de Vjosa-Narta, sanctuaire de flamants roses sur l'Adriatique. L’île de Sazan, verrou géostratégique, complète le tableau. Le projet prévoit hôtels, villas et marina haut de gamme. Depuis le début du mois de juin, la « révolution des flamants roses » enflamme Tirana et le littoral sud. L’agence anticorruption a ouvert une enquête, sur fond de scandale impliquant déjà la vice-Première ministre Belinda Balluku. Le Premier ministre Edi Rama, au pouvoir depuis treize ans, défend pourtant l’opération comme une manne économique et un vecteur d’image internationale.
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En Albanie, la contestation enfle contre un mégaprojet touristique porté par Jared Kushner, gendre de Donald Trump. Au cœur de la polémique : la lagune protégée de Narta et l’île stratégique de Sazan, cédées par le gouvernement d’Edi Rama à des investisseurs proches du pouvoir américain pour des développements immobiliers estimés jusqu’à 5 milliards d’euros. Une affaire qui cristallise les accusations de corruption et de capitalisme de connivence.
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La lagune de Narta n'est pas n'importe quelle étendue d'eau. Zone humide protégée sur le littoral adriatique albanais, elle abrite des flamants roses, des phoques moines et des sites de ponte de tortues marines. C'est là, dans l'un des écosystèmes les plus fragiles des Balkans, que le gouvernement d'Edi Rama a décidé d'implanter un complexe hôtelier de luxe avec hôtels, villas, marina d'une valeur annoncée de 1,4 milliard d'euros.
L'île militaire de Sazan, voisine, pourrait s'ajouter au package, portant l'enveloppe totale à près de 5 milliards d'euros. Le promoteur ? Affinity Partners, le fonds d'investissement de Jared Kushner, gendre de Donald Trump et ex-conseiller à la Maison-Blanche.
Depuis début juin, des milliers d'Albanais descendent chaque soir dans les rues de Tirana, flamants en carton et sifflets à la main. Pour les manifestants, le dossier Kushner symbolise surtout treize années d’un pouvoir accusé de concentrer les décisions stratégiques entre quelques mains.
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Le Premier ministre albanais Edi Rama défend ce projet comme un levier destiné à transformer l’image internationale du pays. Mais ses opposants dénoncent une opération menée sans réelle transparence au profit d’intérêts étrangers bénéficiant d’un accès privilégié.
L’affaire intervient dans un contexte politique déjà tendu. L’agence anticorruption albanaise a ouvert une enquête tandis que plusieurs controverses touchent l’entourage gouvernemental, notamment la vice-Première ministre Belinda Balluku.
Rien ne filtre sur les conditions exactes de la cession, les garanties environnementales ou les contreparties réelles offertes à l’État albanais. Affinity Partners, créé par l’ancien conseiller de Donald Trump, bénéficie d’un accès privilégié aux cercles du pouvoir.
Le timing quelques mois après le retour possible de Trump à la Maison-Blanche, renforce le sentiment d’une transaction politique autant qu’économique. Les manifestants ne dénoncent plus seulement la destruction écologique, mais un système où l’intérêt général s’efface devant les réseaux transatlantiques et les promesses d’investissements mirobolantes.
« Nous sommes de plus en plus nombreux et nous resterons jusqu'à sa démission », déclarait une étudiante en cortège. Rama, imperméable, répond qu'il a été élu pour développer son pays.
Le paradoxe est saisissant : alors que l’Occident prétend promouvoir la bonne gouvernance et la transparence dans les Balkans, c’est précisément un projet associé à l’une des familles politiques les plus puissantes des États-Unis qui se retrouve au cœur d’accusations de favoritisme.
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Alors que des demandeurs modestes patientent jusqu’à 13 ans sur les listes d’attente, des dirigeants socialistes à Bruxelles orientent sciemment les attributions de logements sociaux vers leurs sympathisants et électeurs. Des messages WhatsApp fuités à Anderlecht et un audit accablant à Saint-Josse-ten-Noode lèvent le voile sur un système de favoritisme généralisé. Le gouvernement régional bruxellois vacille sous le poids de perquisitions, de quatre enquêtes du parquet et d’une commission d’enquête parlementaire dont les conclusions sont attendues le 21 juillet.
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Les listes d'attente pour un logement social à Bruxelles s'étendent parfois sur ds années. À Anderlecht comme à Saint-Josse-ten-Noode, les soupçons ne portent plus sur de simples dysfonctionnements administratifs mais sur un véritable système de favoritisme organisé au sein d'institutions financées par l'argent public.
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À Anderlecht, des échanges WhatsApp révélés dans le cadre d'enquêtes judiciaires suggèrent que le président de la société de logement social, figure influente du Parti socialiste, serait intervenu personnellement dans l'attribution de logements.
Certains bénéficiaires auraient été recommandés en raison de leur proximité politique ou de leur soutien électoral, tandis que d'autres dossiers auraient été utilisés comme monnaie d'échange lors des élections communales.
Ces révélations sont d'autant plus choquantes que les listes d'attente pour un logement social peuvent atteindre treize ans dans certaines communes bruxelloises. Quatre enquêtes du parquet sont actuellement en cours. Des perquisitions ont déjà été menées et une commission d'enquête parlementaire doit rendre ses conclusions le 21 juillet prochain.
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Quand le logement social devient un instrument de pouvoir
L'affaire fait écho au scandale qui frappe l'agence de logement social de Saint-Josse-ten-Noode. Fondée en 2000 et chargée de gérer environ 230 logements privés, l'organisation a finalement fait faillite fin 2024 avec plus de 500.000 euros de dettes.
Un audit ordonné par la Société régionale du logement de la Région bruxelloise (SLRB) a mis au jour un « système d'allocation généralement défectueux » ainsi qu'une « participation active du personnel à la création de documents frauduleux ». Sur 181 dossiers examinés sur une période de dix-huit ans, 94 cas de fraude ont été confirmés, 44 autres font l'objet de soupçons sérieux et 24 présentent des irrégularités. Au total, 86 % des dossiers contrôlés comportaient des anomalies.
Le conseil d'administration de l'organisme était par ailleurs étroitement connecté aux réseaux politiques locaux. Christian Boïketé, frère du chef du PS local Philippe Boïketé et ancien directeur de cabinet du bourgmestre Emir Kir, a présidé la structure pendant près d'une décennie avant d'être remplacé en 2023 par Luc Frémal, président du CPAS.
Ces scandales ne sont pas des dérapages isolés mais le symptôme d’un modèle où l’État social, censé corriger les inégalités, devient un levier de pouvoir. Au-delà des enquêtes en cours, c’est la crédibilité même du logement social bruxellois qui s’effondre, révélant l’incompatibilité entre le discours égalitaire et les pratiques de redistribution partisane. Une mise en perspective amère pour une Région qui prétend incarner la solidarité.
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SpaceX fait son entrée au Nasdaq ce vendredi 12 juin, après un dépôt confidentiel auprès de la SEC le 1er avril : une levée visée jusqu'à 75 milliards de dollars — plus du double du record historique — pour une valorisation d'au moins 1 800 milliards. La question qui sature ma boîte depuis l'annonce tient en quatre mots : faut-il en acheter ?
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Que valent 1 800 milliards de dollars ? Commençons par l'ordre de grandeur, qui devrait suffire à calmer la fièvre. À ce niveau, SpaceX vaudrait
davantage que la totalité du CAC 40 réuni n'en vaut une bonne partie — et se paierait sur des revenus dont environ 58 % proviennent de Starlink, l'activité satellitaire, le reste venant des lancements et des contrats publics. Or l'entreprise, selon les documents examinés par CNBC, affiche des milliards de pertes cumulées : le programme Starship engloutit un capex considérable, et la rentabilité d'ensemble reste une promesse adossée à des projections — croissance Starlink, services gouvernementaux, et désormais un récit « IA spatiale » ajouté au prospectus comme on ajoute un étage à une fusée déjà lourde. On ne discute pas ici la qualité industrielle de l'entreprise, qui est réelle et probablement sans équivalent. On discute le prix. À 1 800 milliards, vous payez aujourd'hui la perfection de la décennie 2030. La perfection n'a pas l'habitude de se présenter au rendez-vous.
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Le détail qui doit vous alerter : les 30 %. Le dossier prévoit, fait inhabituel, d'allouer jusqu'à 30 % des titres aux particuliers — trois à six fois la part usuelle d'une introduction. On vous présentera cela comme une démocratisation. Lisez-le autrement : dans une IPO ordinaire, les institutionnels se disputent le papier et les particuliers ramassent les miettes ; quand on réserve aux particuliers une part triple, c'est que l'émetteur veut s'assurer que la demande de détail absorbe l'offre. La générosité d'allocation est un indicateur de prix, pas un cadeau. Même logique pour la gouvernance : le fondateur conservera un contrôle massif via une structure d'actions à droits de vote multiples. Vous achetez un titre ; vous n'achetez aucun pouvoir, et vous ajoutez à votre portefeuille un risque-homme-clé qui se mesure désormais en tweets.
Faut-il souscrire le jour J ? L'histoire des très grandes introductions répond à votre place. Facebook en 2012 : −50 % dans les quatre mois, avant la vraie carrière du titre. Uber en 2019 : deux ans sous son prix d'introduction. Les méga-IPO se font au sommet de l'attention, par construction — c'est le moment où le vendeur choisit de vendre. L'acheteur de long terme, lui, dispose d'un luxe que l'acheteur du premier jour s'interdit : attendre les premiers résultats trimestriels publiés, la fin de la période de blocage des initiés (lock-up, généralement 180 jours, dont l'expiration libère un flux vendeur), et un prix formé par autre chose que la fièvre. Si SpaceX est l'affaire du siècle, elle le sera encore en janvier. Si elle ne l'est plus en janvier, vous aurez votre réponse à moindres frais.
Le piège absolu, et je pèse le mot : les produits-proxys. Depuis l'annonce, les véhicules cotés détenant du SpaceX non coté s'envolent. Le cas d'école s'appelle Destiny Tech100 (DXYZ) : une valeur d'actif net de 24,56 dollars par action, pour un cours à plus de 60 dollars — vous payez près de deux fois et demie le contenu du panier, panier dont SpaceX ne représente d'ailleurs qu'environ 15 %. L'introduction en Bourse de SpaceX est précisément l'événement qui détruira la rareté justifiant cette prime : une fois le titre accessible à tous, personne n'a plus de raison de payer 2,4 fois l'actif pour y accéder indirectement. Les analyses indépendantes concluent à la vente ; je ne vois rien à y retrancher. Si vous en détenez, la question n'est pas « faut-il garder », mais « pourquoi suis-je encore là ».
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Le cas particulier : vous voulez absolument une exposition. Soit — la thèse haussière existe, et elle n'est pas absurde : quasi-monopole du lancement orbital, Starlink en croissance rapide, barrières à l'entrée colossales. Dans la logique Barbell, ce titre relève de la branche risquée, aux côtés du Bitcoin et des paris asymétriques : dimensionnez en conséquence. Quelques pour cent du patrimoine au maximum, en plusieurs fois, après la découverte des prix — jamais une position construite le jour de la cotation, jamais financée en allégeant la branche sûre. Et par le titre lui-même, jamais par un véhicule à prime.
Cet article n'est pas un conseil personnalisé. Une décision d'investissement sur un dossier de cette taille mérite un entretien avec un CGPI indépendant — rémunéré en honoraires, sans rétrocommissions sur les produits qu'il recommande.
Une dernière chose, qui dépasse la technique. Une introduction à 1 800 milliards de dollars, c'est un prix de vente fixé par le meilleur vendeur de sa génération, au sommet de sa légende, un 12 juin. À ce prix-là, vous n'achetez pas l'espace. Vous achetez la foule qui le regarde.
Pendant que la France comptait ses morts à la télévision, une animatrice d'Ehpad près de Bordeaux faisait choisir à ses résidents un cadeau à deux euros. Ils demandèrent des berlingots, des myrtilles, un caramel mou. Notre entretien avec Nathalie Firminy, soignante suspendue devenue accompagnante des mourants, dit ce que le pays a fait à ses vieux — et ce qu'il s'est fait à lui-même.
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Des soixante-deux pensionnaires de cette maison de retraite des environs de Bordeaux à qui, en pleine épidémie, entre deux confinements, une animatrice un peu têtue proposa de choisir un cadeau d'une valeur maximale de deux euros, la plupart ne demandèrent ni un objet, ni un vêtement, ni rien de ce que nous aurions cru utile à des gens enfermés : ils demandèrent un goût. Un berlingot qui rappelait l'enfance. Des myrtilles. Un caramel mou. Voilà ce que réclament des êtres humains de quatre-vingt-dix ans quand le monde se barricade autour d'eux : la confiserie d'un jeudi de 1937, quelque chose qui fonde sous la langue et qui dise que la vie a eu lieu.
L'animatrice s'appelait Nathalie Firminy. Elle a tenu la chronique de ces années-là dans un livre, Ma vie de soignante en Ehpad — édité d'abord par une maison qui fit faillite, réédité depuis par ses propres soins, ce qui est une autre histoire française. Je l'ai reçue cette semaine pour la chaîne du Courrier, au moment où le pays fait mine de commémorer le Covid, c'est-à-dire de le ranger. L'entretien est à voir en entier. J'en retire ici ce qui m'a semblé devoir être écrit, parce que l'écrit reste.
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Reprenons les scènes, une à une, telles qu'elle les raconte — sérieusement, précisément, sans jamais hausser le ton, ce qui rend la chose plus terrible.
Un matin de mars 2020, une injonction tombe : plus de visites. Puis, les visites supprimées n'ayant pas suffi, on enferme les résidents dans leurs chambres — des chambres de quatre, six, dix mètres carrés, dans des unités qui étaient déjà fermées. On leur apporte des plateaux-repas, servis par des silhouettes masquées, gantées, parfois en blouse, dont ils ne distinguent plus ni le visage ni la voix. Le soir, à la télévision, le décompte des morts s'égrène — comme les numéros du loto, dit Nathalie Firminy, sauf que rien n'était jamais gagné, et que les numéros montaient.
Les familles, à défaut d'entrer, déposent des cadeaux. Les cadeaux sont mis en quarantaine. Vingt-quatre heures dans un bureau, au titre de la décontamination — pendant que les soignants, eux, font leurs courses au supermarché comme tout le monde, touchent ce que tout le monde touche, et reviennent le lendemain servir les plateaux. Une consigne impose d'aérer les chambres à intervalles réguliers ; on a donc vu des chambres aérées en plein hiver avec le résident dedans, parce que la consigne disait d'aérer et que la consigne ne disait rien du résident. Une vieille dame malentendante supplie qu'on retire ce masque qui lui vole les voix ; la soignante, pour le retirer, doit reculer de deux mètres, et la voix se perd dans la distance. La protection a ses géométries. Elles ne passent jamais par le visage.
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Il faut dire aussi ce qui arrivait au-dehors. Des soignants — ceux-là mêmes qu'on applaudissait à vingt heures — trouvaient en rentrant chez eux des mots punaisés dans l'ascenseur : ne rentrez pas ici, vous êtes un danger pour nous. Et sur la route de l'Ehpad, un gendarme contrôlant l'attestation de déplacement sommait l'animatrice de fermer sa vitre et de plaquer le papier contre le verre, tant la peur, à ce moment du siècle, tenait lieu d'ordre public. La peur montait comme une eau d'hiver, sans bruit, par toutes les fissures à la fois ; et chacun, du gendarme au voisin, s'y noyait à sa hauteur.
Le vocabulaire médical a un mot pour ce qui arriva ensuite aux plus fragiles : le syndrome de glissement. Le vieillard enfermé, coupé des siens, cesse un matin de vouloir. Il ne proteste pas, ne réclame rien ; il glisse. Nathalie Firminy en a vu glisser plusieurs — par perte de sens, dit-elle, plus que par virus. Aucune statistique nationale ne recense ces morts-là. Je suppose qu'aucune ne le pourra jamais : on ne compte pas ce qui s'éteint.
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En face de cette machinerie, qu'opposait-elle ? Presque rien, et c'est ce presque rien qui mérite un article. Des récits de vie écrits avec chaque résident et lus à voix haute devant les autres — chacun attendait, disaient-ils, son heure de gloire. Un téléphone tendu entre une mère de quatre-vingts ans et son fils confiné à Madagascar, chacun croyant l'autre mort, et elle entre les deux qui fait, selon ses mots, la traduction avec les émotions. Des conversations sur la mort, organisées, assumées, dans une institution dont la mort est l'horizon officiel et le tabou ordinaire. Et ce concours de cadeaux à deux euros, qui en dit plus long sur l'anthropologie que bien des rapports.
Puis vint l'obligation vaccinale. On avait promis trois choses, rappelle-t-elle : le libre choix, la gratuité, la sécurité. Elle constata que le premier terme manquait à l'appel et en tira la conséquence — non en militante, elle ne l'est pas, mais en personne qui avait eu le Covid, s'estimait immunisée, et demandait seulement le temps de réfléchir qu'on ne lui laissa pas. Sa croyance, dit-elle honnêtement, la sienne. On peut la discuter. On ne discutera pas le prix qu'elle l'a payée : suspension — être sus-pendue, relève-t-elle, le mot est vraiment moche —, puis, la direction refusant toute rupture conventionnelle, démission sèche, sans droits, en 2022. Son collègue vacataire, qui pensait comme elle, signa, lui : des enfants à nourrir, un loyer, un crédit. La liberté, dans ce pays, est demeurée légale à condition de pouvoir se l'offrir. Lui ne pouvait pas. Elle l'a pu, de justesse, et en a fait quelque chose.
Car voici la fin de l'histoire, qui n'en est pas une. Retournée à La Réunion qu'elle avait quittée à dix-neuf ans, Nathalie Firminy exerce aujourd'hui un métier dont le nom manque encore à nos nomenclatures : thanadoula. Comme la doula accueille le premier souffle, la thanadoula accompagne le dernier — et surtout ceux qui restent, dans un monde qui somme les endeuillés de « passer à autre chose » comme il sommait les vieillards d'être protégés. Elle s'assoit auprès des mourants et de leurs familles, explique ce qui se passe, nomme l'agonie pour la désarmer. Ce qu'on n'aime pas, c'est ne pas comprendre, dit-elle. J'ignore s'il existe une meilleure définition de ce qui nous est arrivé collectivement entre 2020 et 2022.
Dernier mot
L'institution a suspendu cette femme pour défaut de conformité ; elle est devenue, hors de l'institution, exactement ce que l'institution prétendait être — quelqu'un qui protège. Je ne tirerai pas de cette symétrie une thèse, encore moins un slogan. Mais on me permettra une question, qui est au fond celle de Bernadette, cette résidente de son livre qui annonçait : cet épisode va nous faire réfléchir, surtout après. L'après est arrivé. Avons-nous réfléchi ?
Le pays a commémoré, c'est-à-dire classé. Les protocoles dorment dans des classeurs, prêts à resservir — elle le dit sans drame : si ça recommençait demain, le traumatisme serait le même. Rien, dans nos institutions, n'a été réparé de ce qui s'est défait là : la confiance des soignants, le bon sens des consignes, le droit des très vieux à autre chose qu'à la survie. Et pendant ce temps, dans une île de l'océan Indien, une femme sans titre apprend à des familles à rester assises auprès d'un père qui meurt — à ne pas avoir peur, à comprendre, à tenir la main jusqu'au bout.
Elle dit qu'après le dernier souffle, la pièce reste habitée par quelque chose. Je ne sais pas ce qu'il en est des chambres d'Ehpad qu'on a fermées à clef. Mais je crois que les pays aussi gardent, longtemps après, la trace de ce qui s'y est éteint — et qu'il nous reste à choisir, chacun, entre la consigne et le caramel mou.
Une lectrice me pose la question en commentaire : pourquoi le Courrier ne conseille-t-il jamais AuCOFFRE ou VeraCash pour les métaux précieux ? La question mérite mieux qu'une réponse de coin de table, parce qu'elle touche au cœur du sujet.
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Ma réponse tient en une phrase : la détention d'or est une doctrine, pas une marque — et ces deux produits, qui ne se ressemblent d'ailleurs pas, s'écartent chacun à leur manière de cette doctrine. Je m'explique, point par point.
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D'abord, rappelons à quoi sert votre or. Dans l'allocation que je défends, le métal physique occupe la branche sûre du Barbell avec une fonction unique : être la réserve ultime, celle qui reste quand tout le reste — comptes, titres, papier —
n auto-entrepreneur de l’Yonne fournit à l’URSSAF l’intégralité de ses factures, corrige ses déclarations et demande le recalcul de ses cotisations sur son chiffre d’affaires réel. Malgré cela, l’organisme lui réclame 17 837 € sur la base de montants qu’il sait inexacts. Le tribunal d’Auxerre vient d’annuler intégralement cette extorsion administrative. Mais combien de petits indépendants paient sans se défendre ?
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Un tribunal d'Auxerre vient d'annuler intégralement une contrainte émise par l'URSSAF contre un micro-entrepreneur de l'Yonne. Motif : la caisse connaissait le chiffre d'affaires réel avant de pondre sa réclamation, et a quand même choisi d'ignorer les preuves qu'on lui avait remises. Une affaire qui révéle une mécanique administrative inquiétante où la réalité des faits semble parfois secondaire face à la logique bureaucratique.
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Affilié à l’URSSAF entre novembre 2018 et décembre 2023, ce micro-entrepreneur constate des erreurs dans ses déclarations. En juin 2024, il prend l’initiative de transmettre l’ensemble de sa facturation afin que ses cotisations soient recalculées sur ses revenus réels : 33 250 euros en 2021 et 28 827 euros en 2022.
Loin de dissimuler son activité, il régularise également sa situation fiscale en octobre 2024. Plus troublant encore, l’URSSAF reconnaît officiellement, dans un courrier du 28 août 2024, avoir reçu ces éléments et connaître le chiffre d’affaires exact du cotisant.
Pourtant, le 7 janvier 2025, l’organisme émet une contrainte de 17 837 euros, dont 16 988 euros de cotisations et 849 euros de majorations. Le calcul repose cette fois sur des bases différentes : 32 350 euros pour 2021 et surtout 39 079 euros pour 2022, soit plus de 10 000 euros au-dessus du chiffre réellement déclaré.
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Dans sa décision rendue le 22 avril 2026, le pôle social du tribunal judiciaire d’Auxerre estime que l’URSSAF ne pouvait ignorer les informations qu’elle détenait déjà.
S’appuyant sur l’article L.613-7 du Code de la sécurité sociale, les juges rappellent que les cotisations d’un micro-entrepreneur doivent être calculées sur le chiffre d’affaires effectivement réalisé. Dès lors que l’organisme possédait les justificatifs nécessaires, il lui était interdit de retenir une assiette différente sans explication.
La juridiction souligne un point essentiel : une contrainte fondée sur un montant inexact empêche le cotisant de connaître précisément l’étendue de son obligation. Elle doit donc être annulée.
Cette position s’inscrit dans le prolongement d’un arrêt de la Cour de cassation du 9 janvier 2025, qui avait déjà rappelé qu’un organisme de recouvrement ne peut recourir à des évaluations alternatives lorsqu’il dispose des données réelles.
Cette victoire individuelle révèle un problème systémique. Lorsqu’un entrepreneur se trompe, les pénalités tombent rapidement. Lorsque l’administration persiste dans une base de calcul manifestement erronée, c’est au citoyen d’assumer le coût, le temps et le risque du contentieux.
Beaucoup d’indépendants paieraient ces 17 837 € sans broncher, faute de moyens ou de temps. Ici, le justiciable a eu un avocat. Mais combien de milliers de contraintes absurdes ne sont jamais contestées ?
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La Commission européenne a versé 527 millions d'euros aux infrastructures de transport des Balkans occidentaux entre 2015 et mi-2025 sans disposer d'outils fiables pour suivre l'avancement des chantiers. Selon un rapport de la Cour des comptes européenne publié le 9 juin 2026, les fonds ont été débloqués au-delà des travaux réellement effectués, sur la seule foi des bailleurs internationaux. Alors que l'UE pousse son élargissement dans une région stratégique, le contribuable européen finance à fonds perdus une machine à subventions sans gouvernail.
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Ce n'est pas une fuite, ni une rumeur de couloir. C'est la Cour des comptes européenne (CCE) elle-même qui, le 9 juin 2025, publie un audit accablant sur dix années de financement des infrastructures de transport dans les Balkans occidentaux. Entre 2015 et mi-2025, la Commission européenne a alloué 527 millions d'euros via le Fonds pour les Balkans occidentaux, censé connecter la région Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Macédoine du Nord, Serbie au réseau de transport de l'Union. Résultat concret à la mi-2025 : sur 43 subventions d'investissement approuvées, six seulement ont abouti.
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L'audit couvre la période 2015-mi-2025 et porte sur un programme doté de 527 millions d'euros. Les auditeurs ont analysé douze projets représentant à eux seuls 341,6 millions d'euros d'investissements.
Les 12 projets examinés en détails affichent tous des retards certains de plus de deux ans. Plans révisés en cours de chantier, blocages administratifs à répétition, informations de suivi systématiquement obsolètes.
Faute d'outils de suivi performants, la Commission s'est largement reposée sur les institutions financières internationales chargées de superviser les projets. En pratique, ceux qui distribuent l'argent ne sont pas ceux qui vérifient son utilisation.
La Cour relève également que des subventions forfaitaires ont été versées alors même que les travaux réalisés ne justifiaient pas toujours de tels décaissements. Ce mécanisme a privé la Commission d'un levier essentiel : conditionner les paiements à l'avancement réel des projets.
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Retards, informations obsolètes et projets inachevés
Lancée il y a plus de dix ans, cette initiative visait à connecter les Balkans au réseau transeuropéen et à préparer l'adhésion. Laima Andrikienė, membre de la CCE, l'a résumé: "les projets progressent trop lentement pour que la région s'intègre d'ici 2030".
Pourtant, sur les 43 subventions d'investissement dans les transports approuvées dans les quatre pays audités, seules six étaient achevées à la mi-2025. Tous les projets examinés accusent des retards. Certains dépassent deux années de décalage. Les auditeurs évoquent des procédures administratives bloquées, des autorisations tardives et des modifications de plans intervenues après le démarrage des travaux.
Plus inquiétant encore, plusieurs infrastructures déjà achevées risquent de rester sous-utilisées faute de connexions complémentaires financées par d'autres bailleurs. Autrement dit, des ouvrages existent mais demeurent partiellement inutiles.
Cette affaire illustre une dérive devenue familière dans les institutions européennes : la priorité accordée à l'annonce des financements plutôt qu'à la mesure des résultats.
Alors que Bruxelles multiplie les ambitions géopolitiques et présente l'élargissement comme une priorité stratégique, la Cour des comptes révèle qu'elle peine encore à savoir précisément ce qu'il advient de centaines de millions d'euros une fois les fonds versés. Le paradoxe est que l'Union exige des pays candidats des standards administratifs rigoureux tout en démontrant ses propres faiblesses en matière de contrôle.
L'argent du contribuable européen continue ainsi de financer une politique d'influence régionale dont les résultats demeurent incertains. Une question demeure : à quoi sert de voter toujours plus de crédits lorsque personne n'est véritablement capable de vérifier ce qu'ils produisent sur le terrain ?
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La Banque centrale européenne a relevé ce jeudi son taux de dépôt de 2 % à 2,25 %, première hausse depuis près de trois ans, sur fond d'inflation remontée à 3,2 % en zone euro en mai, portée par l'énergie. La question qui remplit ma boîte depuis une semaine tient en cinq mots : faut-il bouger mon épargne ? Ma réponse : presque pas — et le « presque » mérite d'être détaillé poste par poste.
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D'abord le contexte, en bref, parce qu'il commande tout le reste. Cette hausse n'est pas un cadeau aux épargnants : c'est une banque centrale qui court derrière une inflation importée — choc pétrolier d'Ormuz, prix de l'énergie — qu'un quart de point ne fera pas reculer. Une seconde hausse est attendue dès septembre par une partie du marché. Retenez l'ordre des grandeurs : votre « sans risque » rapportera environ 2,25 % dans un monde à 3,2 % d'inflation. Le rendement réel reste négatif. Tout ce qui suit s'inscrit dans ce cadre.
À compter du 14 juin 2026, la directive européenne 2024/1438( transposée en droit français par le décret n°2026-312 du 24 avril) impose de nouvelles règles d'étiquetage, de composition et de traçabilité au miel, aux confitures, aux jus de fruits et aux laits déshydratés. Derrière le vernis consommateuriste : des coûts de mise en conformité réels pour les petits producteurs, et un bénéfice pour le consommateur qui reste, pour l'essentiel, cosmétique.
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Le petit-déjeuner français vient de gagner quelques lignes supplémentaires sur ses étiquettes. Avec le décret n°2026-312 du 24 avril 2026, la France transpose la directive européenne 2024/1438, adoptée par l’Union européenne pour renforcer la traçabilité et l’information du consommateur. Une réforme présentée comme technique, mais qui illustre une fois encore l’appétit réglementaire de Bruxelles.
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Le changement le plus spectaculaire concerne le miel. Désormais, les mélanges devront préciser chaque pays d’origine dans le champ visuel principal de l’emballage, avec indication du pourcentage correspondant à chaque provenance. Les producteurs devront être capables de justifier ces chiffres grâce à une documentation complète de leur chaîne d’approvisionnement.
Sur le papier, la mesure vise à lutter contre les fraudes et à mieux informer les consommateurs. Dans la pratique, elle implique de nouveaux coûts administratifs : suivi documentaire renforcé, refonte des emballages, adaptation des logiciels de gestion et multiplication des contrôles. Les grands groupes disposent déjà de services conformité dédiés. Les petits apiculteurs et conditionneurs, eux, devront absorber ces charges supplémentaires.
Les confitures sont également concernées. Le seuil minimal de fruits passe à 450 grammes par kilo pour les confitures classiques et à 500 grammes pour les confitures extra. Les jus de fruits voient apparaître de nouvelles catégories liées à la réduction des sucres naturels, avec des critères précis à respecter.
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Certes l’objectif est sanitaire, pourtant, les bénéfices réels pour le consommateur restent limités. Une confiture contenant davantage de fruits n’est pas nécessairement un produit moins calorique, tandis que les nouvelles dénominations sur les jus relèvent davantage du marketing réglementé que d’une révolution nutritionnelle. En revanche, les industriels devront reformuler certaines recettes et réimprimer des millions d’emballages.
Le Conseil de l'Union européenne présente cette révision comme un progrès démocratique. David Clarinval, alors vice-premier ministre belge et ministre de l'agriculture, déclarait lors de l'adoption : les nouvelles règles possibles aux consommateurs « de faire des choix plus éclairés et plus sains. » Belle intention. Sauf que les grands industriels absorberont ces contraintes par des économies d’échelle ; les petits producteurs et artisans, souvent familiaux, subiront de plein fouet les frais fixes de recomposition et d’emballage. La norme descend jusque dans le pot de confiture, là où la marge est déjà mince et la concurrence internationale rude.
Cette réforme illustre une fois de plus la dérive d’une Union européenne qui ne sait plus s’arrêter. Sous couvert de protection du consommateur, elle renforce le pouvoir des bureaucraties et des grands acteurs capables d’influencer ou d’anticiper les normes à Bruxelles, au détriment de la diversité des productions locales et de la liberté entrepreneuriale.
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Après les champs, les usines et les commerces, la réglementation descend désormais jusque dans le pot de confiture. Une preuve supplémentaire que la bureaucratie européenne ne se contente plus de fixer les règles du marché : elle entend désormais en définir chaque détail, jusqu’au contenu du petit-déjeuner.
Les prix à la consommation américains ont augmenté de 4,2 % sur un an en mai, leur plus haut niveau depuis plus de trois ans, après 3,8 % en avril. L'essence a renchéri de 40,5 % en douze mois ; l'énergie explique à elle seule plus de 60 % de la hausse du mois. Voilà les chiffres. Ils tombent dix-sept mois après le serment du Capitole — l'âge d'or de l'Amérique commence maintenant — et il faut les regarder ensemble, le serment et les chiffres, pour mesurer ce qui s'est réellement passé.
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On a cru à cette promesse ; on l'a votée ; on l'a répétée sur tous les tons. Elle avait pour elle la simplicité des grandes annonces : l'abondance par la volonté, la prospérité par le décret, la grandeur par le tarif douanier. Dix-sept mois plus tard, l'ouvrier de l'Ohio fait son plein 40 % plus cher, et l'âge d'or se présente à lui sous la forme d'un ticket de caisse.
Il faut être juste, car la justesse est ce qui distingue la critique de l'humeur. L'inflation sous-jacente — hors énergie et alimentation — reste contenue, à 2,9 % ; les droits de douane, dont on annonçait l'incendie, pèsent moins que prévu ce mois-ci ; et la flambée pourrait culminer en mai, disent les analystes, si les cours du brut poursuivent leur reflux de juin. Le procès en apocalypse serait malhonnête. Le procès en responsabilité, lui, est fondé — car chacune des forces qui poussent les prix procède d'un choix, et d'un choix revendiqué.
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La guerre d'Iran est une guerre de choix : c'est elle qui a fermé Ormuz et renchéri le baril dont l'essence américaine est tirée. Les droits de douane sont une politique de choix : ils renchérissent l'importation par construction, c'est leur définition même, et l'on ne peut pas à la fois les brandir comme une arme et s'étonner qu'ils blessent. La ruée sur l'intelligence artificielle, enfin, dont les centres de calcul tirent le prix de l'électricité payé par les ménages, est encouragée, subventionnée, célébrée d'en haut. Trois politiques voulues ; une facture, présentée à d'autres. L'inflation de mai n'est pas un accident de conjoncture. C'est un produit manufacturé, de fabrication gouvernementale.
Et puis il y a le mot du prince. Interrogé sur ces chiffres, le président a répondu qu'il « aimait l'inflation » — entendez : elle prouverait la vigueur de l'économie. Les peuples ont entendu bien des choses de leurs gouvernants ; rarement qu'on leur déclarât de l'amour pour ce qui les appauvrit. L'homme providentiel a ceci de constant qu'il ne rencontre jamais de démenti : quand le réel le contredit, il rebaptise le réel. Le bavardage, ici, atteint sa forme supérieure — celle qui transforme l'échec en doctrine.
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Rien de tout cela n'est nouveau, et c'est précisément ce qui devrait inquiéter. Les empires ont toujours fait payer leurs guerres à leurs peuples par la monnaie : la Convention par l'assignat, l'Amérique du Vietnam par l'abandon de l'étalon-or un dimanche soir d'août 1971. La séquence est connue : une guerre qu'on dit courte, une monnaie qu'on dit forte, des prix qu'on dit provisoires. Les manuels la décrivent ; les électeurs la redécouvrent à leurs dépens, une génération sur deux.
Reste la question qui nous regarde, nous, de ce côté-ci de l'Atlantique. Cette inflation-là est née de décisions prises à Washington — la guerre, les tarifs, le tempo — auxquelles l'Europe n'a été ni associée, ni même sérieusement consultée. Or elle la paie : à la pompe, dans ses importations, dans les taux que sa banque centrale relève à son tour. Un continent qui laisse un autre fixer le prix de son énergie et le calendrier de ses guerres ne devrait pas s'étonner d'importer aussi ses défaites monétaires. L'âge d'or promis aux Américains se révèle un âge de facture ; la nôtre nous parvient sans même qu'on nous ait promis l'or.
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Mes chers libertariens de l'Absurdistan, permettez à une Flamande qui prend son café à Malines, sous un carillon qui n'a jamais demandé sa carte d'identité à personne, de saluer votre dernière trouvaille : l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans, votée en janvier, applicable en septembre, faisable jamais.
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Le calendrier d'abord, parce qu'il est beau comme un retable. À la rentrée, plus de nouveaux comptes pour les moins de quinze ans. Au 1er janvier 2027, une vérification d'âge efficace pour tout le monde, anciens comptes compris. Entre les deux, un détail : personne — ni le Gouvernement, ni les plateformes, ni Bruxelles — ne sait comment on fait.
Posons les questions au bureaucrate absent. Comment vérifiera-t-on l'âge ? Par une solution technique robuste et respectueuse de la vie privée. Laquelle ? Elle sera précisée. Par qui ? Un décret. Quand ? Ultérieurement. Et le droit européen, qui a déjà enterré votre majorité numérique de 2023 — loi votée, promulguée, jamais appliquée, paix à son âme ? Nous sommes confiants. Voilà. La France est le seul pays au monde qui légifère en deux exemplaires : un pour le Journal officiel, un pour le musée.
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Admirez maintenant la symétrie, parce qu'elle vaut le détour. Le même État qui interdira Instagram à votre fils de quatorze ans lui a remis, à huit ans, un environnement numérique de travail obligatoire, un Pronote qui sonne plus souvent que mon carillon, et parfois une tablette de la région, payée par vous, garantie sans bouton d'arrêt. L'écran est un poison quand l'enfant s'en sert pour parler à ses amis, et un outil pédagogique quand l'administration s'en sert pour parler à l'enfant. Comprenez : ce n'est pas l'écran qu'on interdit. C'est la conversation non homologuée.
Et puis il y a le plus délicieux, mes chers compagnons d'Absurdistan, le petit mécanisme que l'émotion vous cache. Pour vérifier qu'un utilisateur n'a pas quinze ans, il faut vérifier l'âge de tous les utilisateurs. Tous. Vous, moi, votre notaire, votre grand-mère qui regarde des vidéos de tricot. L'enfance est l'argument ; l'infrastructure d'identification générale est le produit. On ne bâtit pas un portillon pour les petits sans installer un portique pour tout le monde — demandez à n'importe quel ingénieur, ou à n'importe quel ministre de l'Intérieur, c'est le même métier désormais.
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À Malines, j'ai grandi sans ministère de l'enfance numérique. Quand j'abusais de la télévision, ma mère tournait un bouton, et la Flandre entière survivait à cette technologie de pointe qu'on appelait l'autorité parentale. Amai, qu'on était sous-équipés.
Une dernière chose, à méditer devant votre café froid : l'Australie a essayé, les gamins ont mis quatre jours à passer par-dessus. Les vôtres mettront deux. Mais le portique, lui, restera — et un jour où il faudra prouver son âge pour parler, on finira par devoir prouver son innocence pour se taire.
Réfléchissez. À Malines, le carillon sonne pour tout le monde, sans pièce d'identité.
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Le Conseil d'orientation des retraites (COR) a adopté le jeudi 11 juin 2026 son rapport annuel sur les évolutions et perspectives du système de retraite. Le document, dont une version provisoire avait été communiquée à la presse dès le lundi 8 juin, actualise les projections financières du système à l'horizon 2070.
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Institué en 2000 et rattaché aux services du Premier ministre, le COR réunit quarante et un membres — parlementaires, représentants des organisations syndicales et patronales, administrations, personnalités qualifiées. Il est présidé depuis novembre 2023 par l'économiste Gilbert Cette.
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À moyen terme, les projections sont inchangées par rapport au rapport de juin 2025 : un déficit de 0,2 % du PIB en 2030 et de 0,9 % en 2045. Cette stabilité tient à deux révisions de sens opposé qui se compensent partiellement : l'Insee a doublé son hypothèse de solde migratoire, portée à 150 000 personnes par an, ce qui accroît le nombre de cotisants projetés ; l'espérance de vie progresserait par ailleurs légèrement moins vite qu'anticipé, ce qui modère la durée de versement des pensions.
À long terme, en revanche, la projection se dégrade nettement : le déficit atteindrait 2,4 % du PIB en 2070, contre 1,4 % dans le rapport de 2025. Le COR avance deux explications principales. La première est démographique : l'hypothèse
Du 1er au 22 juin 2026, François Bernardini, ex-maire socialiste d'Istres, comparaît devant la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour détournement de fonds publics, favoritisme et prise illégale d'intérêts. Au cœur du dossier : huit marchés publics truqués, dont ceux des cantines scolaires, gonflés de dizaines de milliers d'euros sur des deniers publics. Le Parquet national financier instruit cette affaire depuis dix ans. La défense, elle, joue la montre.
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Le procès en cours de François Bernardini, ex-maire d’Istres, révèle un système classique de favoritisme municipal : des marchés publics de cantines scolaires artificiellement gonflés de dizaines de milliers d’euros, au détriment des familles et des finances locales. Entre détournement de fonds publics, favoritisme et prise illégale d’intérêts, cette affaire illustre comment une caste locale transforme l’assiette des écoliers en instrument de pouvoir et d’enrichissement.
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Comment l'argent des écoliers a financé le système Bernardini
Du 1er au 22 juin 2026, devant la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris, François Bernardini et plusieurs de ses anciens collaborateurs répondent de huit marchés publics attribués de manière irrégulière.
Parmi eux figurent ceux des cantines scolaires, dont les montants ont été surévalués de dizaines de milliers d’euros par rapport aux offres initiales. Les faits les plus anciens remontent à 2009. Pendant des années, sous la municipalité Bernardini, des marchés publics auraient été attribués en dehors de toute mise en concurrence sérieuse (en violation du Code des marchés publics), dont la raison d'être est précisément d'éviter ce type de captation.
L’ex-maire divers gauche, en poste depuis 2008, et ses proches ( dont l’ancienne première adjointe Nicole Joulia) sont au cœur de l'affaire. Les magistrats examinent comment les règles d’attribution des contrats publics semblaient traitées comme de simples détails, au profit d’entreprises choisies. La ville d’Istres s’est constituée partie civile pour obtenir « toute la vérité », selon son nouveau maire.
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Le favoritisme, maladie chronique des collectivités
L’affaire dépasse largement le cadre technique des marchés publics. Elle met en lumière un mécanisme classique de la vie politique locale : la concentration du pouvoir favorise l’émergence de réseaux de fidélité où les procédures censées garantir la concurrence deviennent progressivement des formalités.
La défense du maire a notamment tenté de faire valoir la prescription de certains faits. Mais au-delà des débats procéduraux, une question demeure : comment des marchés portant sur un service aussi essentiel que la restauration des enfants ont-ils pu faire l’objet de telles pratiques présumées sans déclencher plus tôt d’alerte institutionnelle ?
Le PNF, habitué aux grandes affaires de corruption d'État, a consacré dix ans à démêler les pratiques d'une ville de 43 000 habitants dans les Bouches-du-Rhône. Ce détail mérite attention : ce n'est pas l'ampleur financière qui justifie une telle mobilisation judiciaire, mais la densité du réseau et l'obstruction probable à l'enquête.
La vraie question n'est pas de savoir si Bernardini sera condamné, la prescription pourrait bien sauver une partie du dossier. Elle est ailleurs : combien de maires, dans combien de communes françaises, pratiquent le même favoritisme ordinaire, à l'abri d'un PNF débordé et d'une presse locale trop souvent complaisante ?
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Alors que l’équipe de France s’apprête à disputer une compétition internationale majeure, la visite ministérielle organisée à Clairefontaine a viré à la séquence embarrassante. La ministre des Sports, Marina Ferrari, aurait offert aux joueurs des pierres aux prétendues vertus porte-bonheur, sous le regard d’Emmanuel Macron. Une initiative qui interroge.
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À quelques jours du début de la compétition, les joueurs de l’équipe de France avaient surtout besoin de calme, de préparation et de concentration. Pourtant, la séquence rapportée par Le Canard enchaîné a déplacé l’attention vers un tout autre sujet : la distribution par la ministre des Sports de pierres supposées favoriser les performances sportives. Une pour chaque joueur.
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Les joueurs de l’équipe de France n’avaient nul besoin de talismans. Leur métier exige préparation physique, tactique et mentale de haut niveau, pas des cailloux aux vertus autoproclamées.
Selon Le Canard enchaîné, la ministre aurait expliqué aux joueurs, Kylian Mbappé inclus, que le jaspe bleu possède des "vertus dynamisantes" et "donne la force d'atteindre ses objectifs", tandis que le cristal de roche "réduit le stress et l'anxiété" et "peut atténuer les douleurs musculaires". Kylian Mbappé et ses coéquipiers, comme le président de la République, seraient restés circonspects face à cette scène surréaliste.
Ce n’est pas la première fois que la sphère publique française flirte avec l’irrationnel, mais le timing et l’origine du geste interpellent. À quelques semaines d’une Coupe du monde exigeante, où chaque détail compte, une ministre de la République transforme une visite officielle en distribution de porte-bonheur.
Derrière l’anecdote se profile une stratégie classique : associer l’image du pouvoir à celle d’une équipe populaire. Les ministres viennent en photo, les éloges pleuvent en cas de victoire, les critiques en cas d’échec. Les joueurs, eux, sont priés de performer.
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Sur les plateaux des Grandes Gueules, la séquence a suscité des réactions virulentes. Olivier Truchot ironise: "on n'a qu'à embaucher un marabout à la place de la ministre des Sports", tandis que plusieurs intervenants ont dénoncé une confusion entre croyance personnelle et fonction publique.
Le débat ne porte pas tant sur la lithothérapie en elle-même que sur sa promotion implicite par une représentante de l’État. La professeure Fatima Aït-Bounoua a rappelé que la question centrale résidait dans la position institutionnelle de la ministre, tandis que d’autres chroniqueurs ont souligné une dérive symbolique dans un univers sportif structuré par la rationalité et la performance.
Abel Boyi renchérissait : "croyances spirituelles relèvent du privé ; les étaler dans l’espace public relève du grand n’importe quoi", en renvoyant opportunément au principe de laïcité si volontiers brandi par ce même gouvernement dès qu'une autre croyance s'aventure dans l'espace public.
Au final, cette affaire de « pierres porte-bonheur » illustre moins une croyance individuelle qu’un déséquilibre institutionnel : celui d’un pouvoir cherchant à s’inviter partout, même là où la seule exigence devrait être la préparation, la discrétion et l’efficacité.
Reste désormais à savoir si les coéquipiers d’Ousmane Dembélé vont suivre ses recommandations. Au terme d’une préparation contrastée avec une défaite inquiétante contre la Côte d’Ivoire (1-2) suivie d’une victoire plus convaincante face à l’Irlande du Nord (3-1), les Bleus ouvriront leur Coupe du monde 2026 par un rendez-vous explosif contre le Sénégal, le 16 juin à 21 heures, dans le New Jersey.
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La question revient à chaque fait divers, à chaque procès médiatisé, à chaque rapport parlementaire : la justice française serait exsangue, faute de crédits. L'affirmation mérite d'être confrontée aux documents budgétaires.
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Sur les dix dernières années, la mission Justice est l'une des rares missions du budget de l'État en hausse continue ; sur la même période, les délais de jugement se sont allongés et la France demeure dans le bas des classements européens. Les deux séries de chiffres sont exactes. C'est leur coexistence qui constitue le sujet.
Les crédits de la mission Justice s'élevaient à environ 8 milliards d'euros en 2016. Ils ont progressé de manière ininterrompue depuis : 8,86 milliards en 2022 (hors contribution aux pensions), 10,1 milliards en 2024 — en hausse de 5,3 % sur un an —, et 10,7 milliards d'euros inscrits au projet de loi de finances pour 2026, soit 266 millions de plus qu'en 2025. Le Sénat relève que les crédits de la mission ont augmenté d'un tiers en euros constants en dix ans — c'est-à-dire une fois l'inflation déduite — et que la justice est, dans le projet de loi de finances pour 2026, l'un des rares budgets en hausse.
Cette progression s'inscrit dans deux lois de programmation successives. La seconde, la loi d'orientation et de programmation du ministère de la justice 2023-2027, fixe une trajectoire de 8,86 milliards d'euros en 2022 à 10,75 milliards en 2027, et prévoit 10 000 créations nettes d'emplois sur la période, dont 1 500 magistrats et 1 800 greffiers. À ce stade, les rapporteurs budgétaires des deux assemblées constatent que la trajectoire financière est globalement tenue.
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La Commission européenne pour l'efficacité de la justice (CEPEJ), organe du Conseil de l'Europe, publie tous les deux ans une évaluation comparée des systèmes judiciaires. Son rapport 2024, portant sur les données 2022, situe la France à 77,2 euros par habitant et par an consacrés au système judiciaire, contre 96,8 euros en Espagne, 100,6 euros en Italie, 102,5 euros en Belgique et 136,1 euros en Allemagne. Rapporté à la richesse nationale, l'effort français représente 0,20 % du PIB, pour une médiane européenne de 0,28 %.
Les effectifs suivent le même profil. La France compte 11,3 juges professionnels pour 100 000 habitants, contre 12,2 en Italie, 14 en Belgique et 24,2 en Allemagne. L'écart est plus marqué encore au parquet : 3,2 procureurs pour 100 000 habitants, pour une médiane européenne de 11,2 — les procureurs français traitant, à effectifs réduits, un périmètre de tâches parmi les plus larges d'Europe.
Deux précautions de lecture s'imposent. Les périmètres ne sont pas strictement comparables : l'Allemagne fédérale intègre des dépenses portées en France par d'autres missions, et la donnée CEPEJ de 2022 ne reflète pas encore la montée en charge de la programmation 2023-2027. La hiérarchie d'ensemble, elle, n'est contestée par aucune des parties prenantes.
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Sur la décennie de hausse budgétaire, l'indicateur le plus suivi — le délai de traitement des affaires civiles — s'est dégradé : selon les chiffres du ministère transmis aux commissions parlementaires, il a doublé en dix ans, de 279 jours à 637 jours en moyenne pour une affaire au fond.
L'affectation des crédits éclaire en partie ce paradoxe. Une fraction importante de la hausse a été absorbée par l'administration pénitentiaire — de l'ordre de 40 %
Cinq années de procédure, des audiences au tribunal judiciaire de Béziers, des avocats mobilisés et une enseignante traînée en justice pour les escapades de son chat Rémi. Le 7 avril 2026, Dominique a été condamnée à verser 100 euros à son voisin, qui réclamait 5 700 euros de dommages et intérêts pour une douzaine de jours de passages félins. Une décision qui reconnaît sa bonne foi tout en illustrant l’absurdité d’une machine judiciaire qui s’acharne sur le quotidien des citoyens ordinaires.
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Alors que la justice française est régulièrement critiquée pour ses délais, ses moyens limités et l'engorgement des tribunaux, l'affaire de Rémi, un chat roux et blanc d'Agde, illustre une réalité parfois déroutante : cinq années de contentieux pour quelques passages félins de l'autre côté d'une clôture.
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Le 7 avril 2026, le tribunal judiciaire de Béziers a rendu son verdict. Dominique, enseignante à Agde et propriétaire de Rémi, devra verser 100 euros à son voisin. Une somme symbolique comparée aux 5.700 euros réclamés par le plaignant, un chef d'entreprise marseillais propriétaire d'une résidence dans le quartier.
Le conflit remonte à plusieurs années. Le voisin reprochait au chat de traverser régulièrement sa propriété et d'y faire ses besoins. Une première décision avait même envisagé une astreinte de 30 euros par intrusion constatée. Au fil de la procédure, photographies, témoignages et constats ont été produits pour tenter d'établir la responsabilité du seul animal incriminé.
L'un des éléments déterminants du dossier a toutefois affaibli la thèse du plaignant : plusieurs chats au pelage similaire fréquentent le quartier. Des témoignages ont confirmé la présence d'autres félins sur les clichés produits devant le tribunal.
Plus surprenant encore, Dominique apparaît comme la seule propriétaire poursuivie alors que d'autres chats, parfois identifiés par les riverains, circuleraient également dans le secteur. Le tribunal a finalement reconnu que Rémi n'était pas l'unique animal à pénétrer sur la propriété concernée, réduisant considérablement la portée des demandes indemnitaires.
Pour sa défense, la propriétaire a multiplié les mesures de précaution : confinement partiel de l'animal, fenêtres maintenues fermées, achat d'un enclos grillagé destiné à empêcher toute nouvelle escapade.
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Au-delà du simple différend animalier, cette affaire révèle la mécanique des conflits de voisinage poussés à l'extrême. D'un côté, un particulier mobilisant l'arsenal judiciaire pour obtenir plusieurs milliers d'euros de réparation .
De l'autre, Dominique sort de cinq ans d'insomnie, de stress chronique et de sur-alimentation . Elle se dit soulagée mais pas réparée, elle vit désormais fenêtres fermées, vient d'installer une cage grillagée dans son jardin pour que Rémi prenne l'air sans s'échapper. Elle a gagné sa liberté au prix de la sienne.
Le jugement de Béziers apparaît finalement comme un rappel au principe de proportionnalité. La justice a reconnu un trouble limité tout en rejetant implicitement l'essentiel des prétentions financières du plaignant.
La vraie question que cette affaire soulève dépasse le fait divers : dans un pays où la justice manque de moyens pour instruire des dossiers autrement urgents, combien coûte à la collectivité cinq ans de procédure pour une clôture et un chat ?
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Les réponses de la phase principale d'admission Parcoursup sont publiées depuis le 2 juin 2026. Pour les candidats refusés, deux démarches écrites peuvent être engagées dès maintenant : la demande de communication des motifs du refus, ouverte par l'article L. 612-3 du code de l'éducation dans le délai d'un mois suivant la notification, et le recours gracieux, qui sollicite le réexamen du dossier.
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Le Courrier des Stratèges met à disposition, gratuitement, deux lettres-types au format Word couvrant ces deux démarches. Elles sont téléchargeables ci-dessous.
→ Télécharger la lettre n° 1 — Demande de communication des motifs du refus(.docx)
La première lettre demande à l'établissement les critères et modalités d'examen de la candidature, ainsi que les motifs pédagogiques du refus. Cette communication est de droit lorsque la demande est formée dans le mois suivant la notification ; les décisions de refus, par dérogation au droit commun, ne sont pas motivées d'office. Le Conseil constitutionnel a validé ce dispositif dans sa décision n° 2020-834 QPC du 3 avril 2020, en précisant que les paramètres de classement ne sont communicables qu'au candidat lui-même, pour sa propre candidature.
La seconde lettre forme un recours gracieux. Elle comporte un argumentaire en trois blocs à compléter : les résultats scolaires, l'adéquation du parcours à la formation demandée, et le cas échéant un élément que le dossier ne reflétait pas — erreur matérielle, circonstance particulière justifiée, situation de santé ou de handicap. Un paragraphe optionnel permet de répondre point par point aux motifs communiqués à la suite de la première lettre.
Les deux modèles sont préparés pour un envoi en recommandé avec accusé de réception et listent les pièces à joindre.
L'ordre des démarches a une logique : demander d'abord les motifs, contester ensuite. Un recours gracieux argumenté contre des motifs connus a une portée différente d'une demande de réexamen à l'aveugle. Les délais encadrent l'ensemble : un mois après la notification pour la demande de motivation ; deux mois pour un éventuel recours contentieux devant le tribunal administratif, délai que le recours gracieux exercé à temps interrompt et préserve.
Deux limites doivent être énoncées clairement. Le recours gracieux n'ouvre aucun droit à une décision favorable : son issue dépend des places disponibles et des éléments produits. Et la voie contentieuse, si elle existe, relève d'une autre échelle de moyens et de temps — le juge administratif exerce un contrôle restreint sur ces décisions et peut statuer après la rentrée. Les candidats qui envisagent un contentieux ont intérêt à consulter un avocat en droit public ; les présents modèles relèvent de l'information générale, non du conseil juridique individualisé.
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Ces lettres n'épuisent pas les possibilités. La phase complémentaire est ouverte du 11 juin au 10 septembre et permet de formuler jusqu'à dix nouveaux vœux. Les candidats sans aucune proposition pourront saisir la commission d'accès à l'enseignement supérieur (CAES) depuis leur dossier à partir du 1er juillet. Un droit au réexamen spécifique existe pour les situations de santé, de handicap ou de charges de famille, sur demande adressée au recteur. L'ensemble de ces voies, leur portée et leurs limites sont détaillés dans notre état des lieux : Parcoursup : quels recours contre les décisions de la plateforme ?
Le ministère présente ce dispositif gradué comme un équilibre entre l'accompagnement des candidats et le secret des délibérations pédagogiques ; les organisations étudiantes objectent qu'un droit difficile à exercer dans le temps utile d'une rentrée protège peu. Les lettres mises à disposition ici permettent, au minimum, d'exercer celui des droits qui ne dépend que du candidat : obtenir les motifs, et demander le réexamen.
Le kit est en ligne. Les délais courent depuis la notification de chaque refus.
La procédure nationale de préinscription dans l'enseignement supérieur, dite Parcoursup, résulte de la loi n° 2018-166 du 8 mars 2018 relative à l'orientation et à la réussite des étudiants, codifiée à l'article L. 612-3 du code de l'éducation. Voici quels sont les recours contre les décisions de la "machine".
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Les réponses de la phase principale d'admission ont été publiées le 2 juin 2026 à 19 heures ; la phase complémentaire, qui permet de formuler jusqu'à dix nouveaux vœux dans les formations disposant encore de places, est ouverte du 11 juin au 10 septembre. Pour les candidats refusés ou laissés sans proposition, quatre voies de contestation ou de réexamen coexistent, de portée et de calendrier différents.
Les décisions de refus prises par les formations ne sont pas motivées lors de leur notification : la loi de 2018 a expressément dérogé, sur ce point, au droit commun des décisions administratives individuelles défavorables. En contrepartie, l'article L. 612-3 du code de l'éducation ouvre à chaque candidat le droit d'obtenir, s'il en fait la demande dans le délai d'un mois suivant la notification du refus, la communication des critères et modalités d'examen de sa candidature ainsi que des motifs pédagogiques justifiant la décision. La demande s'adresse au président ou au directeur de l'établissement concerné.
Afin de garantir la nécessaire protection du secret des délibérations des équipes pédagogiques chargées de l'examen des candidatures présentées dans le cadre de la procédure nationale de préinscription prévue au même deuxième alinéa, les obligations résultant des articles L. 311-3-1 et L. 312-1-3 du code des relations entre le public et l'administration sont réputées satisfaites dès lors que les candidats sont informés de la possibilité d'obtenir, s'ils en font la demande, la communication des informations relatives aux critères et modalités d'examen de leurs candidatures ainsi que des motifs pédagogiques qui justifient la décision prise. (L612-3, Code de l'Éducation)
Le Conseil constitutionnel, saisi d'une question prioritaire de constitutionnalité, a jugé ce dispositif conforme à la Constitution dans sa décision n° 2020-834 QPC du 3 avril 2020, sous une réserve : chaque établissement doit publier, à l'issue de la procédure, les critères selon lesquels les candidatures ont été examinées. La même décision maintient le secret des délibérations à l'égard des tiers : les paramètres de classement dits « algorithmes locaux » ne sont communicables qu'au candidat qui en fait la demande, pour sa propre candidature. Les organisations étudiantes qui demandaient leur publication intégrale n'ont pas obtenu gain de cause.
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Le candidat peut demander à la formation, ou au recteur de région académique, le réexamen de son dossier. Aucun texte ne fixe de délai propre à ce recours ; exercé dans les deux mois suivant la notification, il préserve le délai du recours contentieux. Les sites d'accompagnement des candidats recommandent d'agir dans les jours qui suivent le refus, le calendrier des admissions rendant un réexamen tardif sans objet pratique. L'issue dépend des places disponibles : le recours gracieux n'ouvre aucun droit à une nouvelle décision favorable.
La commission d'accès à l'enseignement supérieur
Pour les candidats n'ayant reçu aucune proposition d'admission, l'article L. 612-3 prévoit un dispositif d'accompagnement distinct du contentieux : la commission d'accès à l'enseignement supérieur (CAES), placée auprès du recteur de chaque région académique. Elle peut être saisie directement depuis le dossier Parcoursup, à partir du 1er juillet en 2026. La commission examine le projet et la situation du candidat et lui propose une inscription dans une formation disposant de places vacantes. Il s'agit d'une procédure de placement, non d'un réexamen de la décision contestée : la CAES ne peut pas imposer à une formation sélective d'admettre un candidat qu'elle a refusé.
Un droit au réexamen spécifique existe par ailleurs pour les candidats justifiant de circonstances exceptionnelles tenant à leur état de santé, à leur handicap ou à leurs charges de famille ; la demande s'adresse au recteur, qui peut prononcer une inscription dans une formation adaptée.
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Les décisions des formations publiques peuvent être déférées au tribunal administratif dans le délai de deux mois suivant leur notification, le cas échéant assorties d'un référé-suspension fondé sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qui suppose une urgence et un doute sérieux sur la légalité de la décision. Le juge administratif exerce sur ces décisions un contrôle restreint : il censure l'erreur manifeste d'appréciation, le vice de procédure ou la rupture d'égalité, mais ne substitue pas son appréciation à celle de la commission d'examen des vœux sur la valeur d'un dossier.
Les analyses juridiques disponibles convergent sur la portée pratique de cette voie. Le Club des Juristes décrit un contentieux possible mais encadré, ordonné autour du triptyque recours gracieux, CAES, référé ; les sites spécialisés relèvent que les annulations restent rares et que la durée de l'instance s'accommode mal du calendrier d'une rentrée universitaire. Aucune statistique publique consolidée du contentieux Parcoursup — nombre de requêtes, taux de succès — n'est publiée à ce jour par le ministère ou par la juridiction administrative.
Ce que les positions en présence laissent ouvert
Le ministère présente l'ensemble — motivation sur demande, CAES, réexamen pour circonstances exceptionnelles — comme un équilibre entre la transparence due aux candidats et le secret des délibérations pédagogiques. Les organisations étudiantes et une partie de la doctrine universitaire soutiennent que la motivation différée et l'opacité des classements locaux privent les recours d'une partie de leur effectivité, un candidat ne pouvant utilement contester ce qu'il ne connaît pas. Le Défenseur des droits, dès 2019, puis la Cour des comptes, en 2020, ont recommandé un renforcement de la transparence des critères, partiellement suivi d'effet par la publication des rapports des comités d'examen des vœux.
Les voies de recours sont en place et leurs délais courent depuis le 2 juin. Leur usage effectif par les candidats de la session 2026 ne sera mesurable qu'à l'issue de la procédure, en septembre.
Près de 800 millions de dollars de positions vendeuses sur les contrats à terme pétroliers ont été placés le 8 juin à 8 h 24, heure de New York, selon les données de séance horodatées publiées par The Kobeissi Letter. Vingt et une minutes plus tard, à 8 h 45, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi déclarait le détroit d'Ormuz « complètement ouvert ». À 9 h 10, les cours s'étaient effondrés. Le Brent, qui avait touché 126 dollars au pic de mars, refluait vers 93 dollars. Pour qui avait vendu quarante-six minutes plus tôt, l'opération était bouclée.
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Un incident isolé relèverait de la chance. Celui-ci est le cinquième en onze semaines.
La série documentée
Depuis le début de la guerre d'Iran, cinq épisodes de ventes massives précédant de quelques minutes à quelques heures une annonce qui fait baisser les cours ont été documentés publiquement, principalement par The Kobeissi Letter, et recoupés par Seeking Alpha et Asia Times.
Le 22 mars, environ 580 millions de dollars de positions vendeuses sont placés quinze minutes avant un message de Donald Trump sur Truth Social annonçant une pause des frappes sur les installations énergétiques iraniennes ; le pétrole perd 10 %. Le 7 avril, environ 950 millions précèdent de quelques heures l'annonce d'un cessez-le-feu de deux semaines et de la réouverture d'Ormuz ; les cours perdent 15 %. Le 17 avril, 7 990 lots de Brent — environ 750 millions de dollars — sont vendus vingt minutes avant une déclaration du ministre iranien confirmant l'ouverture du détroit. Le 6 mai, à 3 h 40 du matin heure de New York, environ 10 000 contrats vendeurs sur le WTI et le Brent — 920 millions de dollars de notionnel — sont placés soixante-dix minutes avant qu'Axios ne révèle que Washington et Téhéran sont « proches » d'un mémorandum d'entente ; à 7 heures, les cours ont perdu plus de 12 %, et la position a gagné environ 125 millions de dollars. Le 8 juin, enfin, les 800 millions évoqués plus haut.
Total cumulé : plus de 4 milliards de dollars de notionnel — la valeur faciale des contrats, à distinguer du capital réellement engagé, qui se limite au dépôt de garantie, soit un levier de l'ordre de dix à vingt fois. C'est ce levier qui transforme une baisse de 12 % en un gain de 125 millions pour une mise initiale de quelques dizaines de millions.
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Un contrat à terme vendeur ne demande aucune compétence particulière pour être rentable dans cette configuration. Il demande une seule chose : connaître l'annonce avant le marché. Or les cinq annonces concernées ont un point commun.