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Ukraine : cette guerre que nous ne savons plus lire

Ukraine : cette guerre que nous ne savons plus lire

Par Thibault de Varenne — chronique

Voici bientôt quatre ans et demi que la guerre dure à l'est de l'Europe, et nous avons cessé de la comprendre. Non que les faits manquent : ils abondent. Mais nous ne les lisons plus que dans une seule langue, celle d'un camp qui ne raconte que ses espérances. Lue depuis Moscou, Pékin et New Delhi, la carte dit autre chose. Essayons, pour une fois, de la lire avec les yeux des autres.

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Commençons par le front, puisque c'est là que tout se décide et que tout se ment. À en croire l'état-major russe, ses troupes conservent l'avantage stratégique sur toute la ligne de contact et avancent partout — c'est ce que Vladimir Poutine répète depuis des mois, et l'on aurait tort de prendre ces déclarations pour argent comptant, car un belligérant ne décrit jamais que la guerre qu'il voudrait mener. Mais l'on aurait tort, aussi, de les écarter d'un revers de main, comme nous le faisons. La prudence consiste à écouter les deux camps mentir et à chercher la vérité dans l'écart.

Cet écart, justement, s'est rétréci ce printemps. Là où Moscou clame l'avancée continue, ses propres communiqués trahissent une mécanique qui s'enraye. On annonce la prise de tel hameau près de Pokrovsk — que les Russes nomment Krasnoarmeïsk —, on signale que les réserves ukrainiennes y manquent, on célèbre la capture de Novoaleksandrovka comme un pas de plus vers ce nœud logistique. Et pourtant la ville ne tombe pas. Depuis l'été dernier, elle ne tombe pas. L'agence officielle russe elle-même finit par l'admettre à mots couverts : l'armée progresse « malgré les attaques massives de drones ukrainiens » — formule où le mot malgré dit plus long que tout le reste. Quand le vainqueur supposé doit préciser qu'il avance malgré l'adversaire qu'il prétend écraser, c'est que l'adversaire tient encore.

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Voilà ce que le Sud observe, et que nous refusons de voir : non pas une victoire russe imminente, mais une guerre d'usure qui ne se résout pas. L'agence Sputnik, qui n'est pas suspecte de complaisance envers Kiev, décrit des lignes ukrainiennes amincies et des forces dispersées. Mais une ligne amincie n'est pas une ligne rompue. Les Russes grignotent ; ils ne percent pas. Ils paient chaque verger, chaque terril, chaque village au prix d'un sang qu'aucune des deux capitales n'avoue. C'est la définition même de la guerre de position, celle que l'Europe croyait enterrée avec ses grands-pères et qu'elle voit renaître sans en tirer la moindre leçon sur sa propre fragilité.

Sur les chiffres, il faut s'arrêter, car c'est là que le mensonge devient une industrie. Chaque camp publie les pertes de l'autre et tait les siennes. Les sources russes parlent d'une Ukraine exsangue ; les sources ukrainiennes, d'une Russie saignée à blanc. La vérité, invérifiable, se tient sans doute dans ce que ni l'un ni l'autre ne montre : deux nations qui usent leur jeunesse à un rythme que l'histoire jugera. Je me garderai d'avancer un nombre. Celui qui cite un bilan dans cette guerre choisit déjà son camp, j'en sais quelque chose après m'être, cet hiver, risqué à des analyses pourtant documentées qui ont suscité des passions insanes. Disons seulement ceci, que Péguy aurait compris mieux que nos stratèges de plateau : on ne mesure pas une saignée en kilomètres carrés.

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Faut-il acheter du SpaceX ?

Faut-il acheter du SpaceX ?

Par Vincent Clairmont

SpaceX fait son entrée au Nasdaq ce vendredi 12 juin, après un dépôt confidentiel auprès de la SEC le 1er avril : une levée visée jusqu'à 75 milliards de dollars — plus du double du record historique — pour une valorisation d'au moins 1 800 milliards. La question qui sature ma boîte depuis l'annonce tient en quatre mots : faut-il en acheter ?

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Ma réponse tient en trois temps : pas comme ça, pas tout de suite, pas à ce prix. Je détaille, parce que chacun des trois mérite ses chiffres.

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Que valent 1 800 milliards de dollars ? Commençons par l'ordre de grandeur, qui devrait suffire à calmer la fièvre. À ce niveau, SpaceX vaudrait

davantage que la totalité du CAC 40 réuni n'en vaut une bonne partie — et se paierait sur des revenus dont environ 58 % proviennent de Starlink, l'activité satellitaire, le reste venant des lancements et des contrats publics. Or l'entreprise, selon les documents examinés par CNBC, affiche des milliards de pertes cumulées : le programme Starship engloutit un capex considérable, et la rentabilité d'ensemble reste une promesse adossée à des projections — croissance Starlink, services gouvernementaux, et désormais un récit « IA spatiale » ajouté au prospectus comme on ajoute un étage à une fusée déjà lourde. On ne discute pas ici la qualité industrielle de l'entreprise, qui est réelle et probablement sans équivalent. On discute le prix. À 1 800 milliards, vous payez aujourd'hui la perfection de la décennie 2030. La perfection n'a pas l'habitude de se présenter au rendez-vous.

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Le détail qui doit vous alerter : les 30 %. Le dossier prévoit, fait inhabituel, d'allouer jusqu'à 30 % des titres aux particuliers — trois à six fois la part usuelle d'une introduction. On vous présentera cela comme une démocratisation. Lisez-le autrement : dans une IPO ordinaire, les institutionnels se disputent le papier et les particuliers ramassent les miettes ; quand on réserve aux particuliers une part triple, c'est que l'émetteur veut s'assurer que la demande de détail absorbe l'offre. La générosité d'allocation est un indicateur de prix, pas un cadeau. Même logique pour la gouvernance : le fondateur conservera un contrôle massif via une structure d'actions à droits de vote multiples. Vous achetez un titre ; vous n'achetez aucun pouvoir, et vous ajoutez à votre portefeuille un risque-homme-clé qui se mesure désormais en tweets.

Faut-il souscrire le jour J ? L'histoire des très grandes introductions répond à votre place. Facebook en 2012 : −50 % dans les quatre mois, avant la vraie carrière du titre. Uber en 2019 : deux ans sous son prix d'introduction. Les méga-IPO se font au sommet de l'attention, par construction — c'est le moment où le vendeur choisit de vendre. L'acheteur de long terme, lui, dispose d'un luxe que l'acheteur du premier jour s'interdit : attendre les premiers résultats trimestriels publiés, la fin de la période de blocage des initiés (lock-up, généralement 180 jours, dont l'expiration libère un flux vendeur), et un prix formé par autre chose que la fièvre. Si SpaceX est l'affaire du siècle, elle le sera encore en janvier. Si elle ne l'est plus en janvier, vous aurez votre réponse à moindres frais.

Le piège absolu, et je pèse le mot : les produits-proxys. Depuis l'annonce, les véhicules cotés détenant du SpaceX non coté s'envolent. Le cas d'école s'appelle Destiny Tech100 (DXYZ) : une valeur d'actif net de 24,56 dollars par action, pour un cours à plus de 60 dollars — vous payez près de deux fois et demie le contenu du panier, panier dont SpaceX ne représente d'ailleurs qu'environ 15 %. L'introduction en Bourse de SpaceX est précisément l'événement qui détruira la rareté justifiant cette prime : une fois le titre accessible à tous, personne n'a plus de raison de payer 2,4 fois l'actif pour y accéder indirectement. Les analyses indépendantes concluent à la vente ; je ne vois rien à y retrancher. Si vous en détenez, la question n'est pas « faut-il garder », mais « pourquoi suis-je encore là ».

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Le cas particulier : vous voulez absolument une exposition. Soit — la thèse haussière existe, et elle n'est pas absurde : quasi-monopole du lancement orbital, Starlink en croissance rapide, barrières à l'entrée colossales. Dans la logique Barbell, ce titre relève de la branche risquée, aux côtés du Bitcoin et des paris asymétriques : dimensionnez en conséquence. Quelques pour cent du patrimoine au maximum, en plusieurs fois, après la découverte des prix — jamais une position construite le jour de la cotation, jamais financée en allégeant la branche sûre. Et par le titre lui-même, jamais par un véhicule à prime.

Cet article n'est pas un conseil personnalisé. Une décision d'investissement sur un dossier de cette taille mérite un entretien avec un CGPI indépendant — rémunéré en honoraires, sans rétrocommissions sur les produits qu'il recommande.

Une dernière chose, qui dépasse la technique. Une introduction à 1 800 milliards de dollars, c'est un prix de vente fixé par le meilleur vendeur de sa génération, au sommet de sa légende, un 12 juin. À ce prix-là, vous n'achetez pas l'espace. Vous achetez la foule qui le regarde.

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AuCOFFRE, VeraCash ou pas ? Et ce que « détenir de l'or » veut dire : réponse à une lectrice

AuCOFFRE, VeraCash ou pas ? Et ce que « détenir de l'or » veut dire : réponse à une lectrice

Par Vincent Clairmont

Une lectrice me pose la question en commentaire : pourquoi le Courrier ne conseille-t-il jamais AuCOFFRE ou VeraCash pour les métaux précieux ? La question mérite mieux qu'une réponse de coin de table, parce qu'elle touche au cœur du sujet.

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Ma réponse tient en une phrase : la détention d'or est une doctrine, pas une marque — et ces deux produits, qui ne se ressemblent d'ailleurs pas, s'écartent chacun à leur manière de cette doctrine. Je m'explique, point par point.

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D'abord, rappelons à quoi sert votre or. Dans l'allocation que je défends, le métal physique occupe la branche sûre du Barbell avec une fonction unique : être la réserve ultime, celle qui reste quand tout le reste — comptes, titres, papier —

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Hausse de la BCE : ce que le 1/4 point change pour votre épargne, et ce qu'il ne change pas

Hausse de la BCE : ce que le 1/4 point change pour votre épargne, et ce qu'il ne change pas

Par Vincent Clairmont

La Banque centrale européenne a relevé ce jeudi son taux de dépôt de 2 % à 2,25 %, première hausse depuis près de trois ans, sur fond d'inflation remontée à 3,2 % en zone euro en mai, portée par l'énergie. La question qui remplit ma boîte depuis une semaine tient en cinq mots : faut-il bouger mon épargne ? Ma réponse : presque pas — et le « presque » mérite d'être détaillé poste par poste.

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D'abord le contexte, en bref, parce qu'il commande tout le reste. Cette hausse n'est pas un cadeau aux épargnants : c'est une banque centrale qui court derrière une inflation importée — choc pétrolier d'Ormuz, prix de l'énergie — qu'un quart de point ne fera pas reculer. Une seconde hausse est attendue dès septembre par une partie du marché. Retenez l'ordre des grandeurs : votre « sans risque » rapportera environ 2,25 % dans un monde à 3,2 % d'inflation. Le rendement réel reste négatif. Tout ce qui suit s'inscrit dans ce cadre.

L’or à 4 500 dollars : pourquoi la branche sûre du Barbell n’a jamais autant mérité son nom
par Vincent Clairmont JP Morgan a relevé le 25 février sa prévision de long terme sur l’or à 4 500 dollars l’once, soit une hausse de 15 % de son ancre structurelle, tout en maintenant à 6 300 dollars sa cible pour la fin 2026. Entre les deux chiffres,
Hausse de la BCE : ce que le 1/4 point change pour votre épargne, et ce qu'il ne change pasLe Courrier des StratègesRédaction
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La Justice manque-t-elle vraiment de moyens ? Assez de cette farce...

La Justice manque-t-elle vraiment de moyens ? Assez de cette farce...

par Elise Rochefort

La question revient à chaque fait divers, à chaque procès médiatisé, à chaque rapport parlementaire : la justice française serait exsangue, faute de crédits. L'affirmation mérite d'être confrontée aux documents budgétaires.

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Sur les dix dernières années, la mission Justice est l'une des rares missions du budget de l'État en hausse continue ; sur la même période, les délais de jugement se sont allongés et la France demeure dans le bas des classements européens. Les deux séries de chiffres sont exactes. C'est leur coexistence qui constitue le sujet.

Lyhanna : au lieu d’une nouvelle loi, mettons l’administration au travail
par Thibault de Varenne Une enfant de onze ans a disparu à Fleurance, dans le Gers, le 29 mai. On a retrouvé son corps le 4 juin. Elle s’appelait Lyhanna. Le pays s’est arrêté un instant, comme il convient devant une tombe d’enfant, puis il a fait ce qu’il fait
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Dix ans de hausse continue

Les crédits de la mission Justice s'élevaient à environ 8 milliards d'euros en 2016. Ils ont progressé de manière ininterrompue depuis : 8,86 milliards en 2022 (hors contribution aux pensions), 10,1 milliards en 2024 — en hausse de 5,3 % sur un an —, et 10,7 milliards d'euros inscrits au projet de loi de finances pour 2026, soit 266 millions de plus qu'en 2025. Le Sénat relève que les crédits de la mission ont augmenté d'un tiers en euros constants en dix ans — c'est-à-dire une fois l'inflation déduite — et que la justice est, dans le projet de loi de finances pour 2026, l'un des rares budgets en hausse.

Cette progression s'inscrit dans deux lois de programmation successives. La seconde, la loi d'orientation et de programmation du ministère de la justice 2023-2027, fixe une trajectoire de 8,86 milliards d'euros en 2022 à 10,75 milliards en 2027, et prévoit 10 000 créations nettes d'emplois sur la période, dont 1 500 magistrats et 1 800 greffiers. À ce stade, les rapporteurs budgétaires des deux assemblées constatent que la trajectoire financière est globalement tenue.

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Ce que disent les comparaisons européennes

La Commission européenne pour l'efficacité de la justice (CEPEJ), organe du Conseil de l'Europe, publie tous les deux ans une évaluation comparée des systèmes judiciaires. Son rapport 2024, portant sur les données 2022, situe la France à 77,2 euros par habitant et par an consacrés au système judiciaire, contre 96,8 euros en Espagne, 100,6 euros en Italie, 102,5 euros en Belgique et 136,1 euros en Allemagne. Rapporté à la richesse nationale, l'effort français représente 0,20 % du PIB, pour une médiane européenne de 0,28 %.

Les effectifs suivent le même profil. La France compte 11,3 juges professionnels pour 100 000 habitants, contre 12,2 en Italie, 14 en Belgique et 24,2 en Allemagne. L'écart est plus marqué encore au parquet : 3,2 procureurs pour 100 000 habitants, pour une médiane européenne de 11,2 — les procureurs français traitant, à effectifs réduits, un périmètre de tâches parmi les plus larges d'Europe.

Deux précautions de lecture s'imposent. Les périmètres ne sont pas strictement comparables : l'Allemagne fédérale intègre des dépenses portées en France par d'autres missions, et la donnée CEPEJ de 2022 ne reflète pas encore la montée en charge de la programmation 2023-2027. La hiérarchie d'ensemble, elle, n'est contestée par aucune des parties prenantes.

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Ce que les crédits ont produit

Sur la décennie de hausse budgétaire, l'indicateur le plus suivi — le délai de traitement des affaires civiles — s'est dégradé : selon les chiffres du ministère transmis aux commissions parlementaires, il a doublé en dix ans, de 279 jours à 637 jours en moyenne pour une affaire au fond.

L'affectation des crédits éclaire en partie ce paradoxe. Une fraction importante de la hausse a été absorbée par l'administration pénitentiaire — de l'ordre de 40 %

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Comment Trump a permis d'industrialiser les délits d'initié en bourse...

Comment Trump a permis d'industrialiser les délits d'initié en bourse...

par Vincent Clairmont

Près de 800 millions de dollars de positions vendeuses sur les contrats à terme pétroliers ont été placés le 8 juin à 8 h 24, heure de New York, selon les données de séance horodatées publiées par The Kobeissi Letter. Vingt et une minutes plus tard, à 8 h 45, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi déclarait le détroit d'Ormuz « complètement ouvert ». À 9 h 10, les cours s'étaient effondrés. Le Brent, qui avait touché 126 dollars au pic de mars, refluait vers 93 dollars. Pour qui avait vendu quarante-six minutes plus tôt, l'opération était bouclée.

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Un incident isolé relèverait de la chance. Celui-ci est le cinquième en onze semaines.

La série documentée

Depuis le début de la guerre d'Iran, cinq épisodes de ventes massives précédant de quelques minutes à quelques heures une annonce qui fait baisser les cours ont été documentés publiquement, principalement par The Kobeissi Letter, et recoupés par Seeking Alpha et Asia Times.

Le 22 mars, environ 580 millions de dollars de positions vendeuses sont placés quinze minutes avant un message de Donald Trump sur Truth Social annonçant une pause des frappes sur les installations énergétiques iraniennes ; le pétrole perd 10 %. Le 7 avril, environ 950 millions précèdent de quelques heures l'annonce d'un cessez-le-feu de deux semaines et de la réouverture d'Ormuz ; les cours perdent 15 %. Le 17 avril, 7 990 lots de Brent — environ 750 millions de dollars — sont vendus vingt minutes avant une déclaration du ministre iranien confirmant l'ouverture du détroit. Le 6 mai, à 3 h 40 du matin heure de New York, environ 10 000 contrats vendeurs sur le WTI et le Brent — 920 millions de dollars de notionnel — sont placés soixante-dix minutes avant qu'Axios ne révèle que Washington et Téhéran sont « proches » d'un mémorandum d'entente ; à 7 heures, les cours ont perdu plus de 12 %, et la position a gagné environ 125 millions de dollars. Le 8 juin, enfin, les 800 millions évoqués plus haut.

Total cumulé : plus de 4 milliards de dollars de notionnel — la valeur faciale des contrats, à distinguer du capital réellement engagé, qui se limite au dépôt de garantie, soit un levier de l'ordre de dix à vingt fois. C'est ce levier qui transforme une baisse de 12 % en un gain de 125 millions pour une mise initiale de quelques dizaines de millions.

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Ce que la mécanique exige

Un contrat à terme vendeur ne demande aucune compétence particulière pour être rentable dans cette configuration. Il demande une seule chose : connaître l'annonce avant le marché. Or les cinq annonces concernées ont un point commun.

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Léon XIV, l'IA et la nouvelle tour de Babel, par Eric Lemaire

L'encyclique *Magnifica Humanitas* n'est pas vraiment un texte sur l'intelligence artificielle. C'est un texte sur le pouvoir. Sous prétexte d'IA, Léon XIV réactive toute la doctrine sociale de l'Église pour mettre en garde contre une nouvelle forme de totalitarisme technologique. Le constat est souvent juste : concentration du pouvoir numérique, tentation transhumaniste, risques militaires, manipulation de l'information. Mais le remède reste flou : davantage de régulation, davantage de gouvernance mondiale, davantage de « discernement collectif ».

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Le lecteur français découvre alors un pape profondément mondialiste, parfois méfiant à l'égard de la liberté spontanée des sociétés, et dont certaines formulations évoquent davantage les vieux réflexes du catholicisme social que l'esprit de subsidiarité. Une encyclique intéressante, parfois brillante, mais qui parle finalement beaucoup plus de Babel que d'algorithmes.

Une langue datée

Lorsqu'un catholique français ouvre l'encyclique *Magnifica Humanitas* consacrée à l'intelligence artificielle, sa première surprise n'est pas le fond. C'est la langue.

Lettre encyclique du Saint-Père Léon XIV Magnifica Humanitas (15 mai 2026)
LETTRE ENCYCLIQUE MAGNIFICA HUMANITAS DU SAINT-PÈRE LÉON XIV SUR LA PROTECTION DE LA PERSONNE HUMAINE À L’ÈRE DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE [ Multimédia ] ___________________________
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Léon XIV, l'IA et la nouvelle tour de Babel, par Eric Lemaire

Non pas le français lui-même, impeccable, mais la structure intellectuelle du texte. Même pour un catholique pratiquant, même pour quelqu'un qui fréquente régulièrement les églises sans être spécialiste du droit canon ou de la théologie, la lecture demande un effort considérable. Nous sommes très loin d'un essai politique ou d'un rapport de commission parlementaire.

Léon XIV écrit comme écrivent les papes : à l'intérieur d'un univers conceptuel vieux de deux mille ans, peuplé de références bibliques, de conciles, d'encycliques antérieures et d'une doctrine sociale dont il faut connaître les codes pour saisir toutes les nuances.

Incitations non économiques : ce que l’économie ne veut pas voir, par Eric Lemaire
Le marché optimise. La contrainte déclenche. Guerre, survie, ambition collective : voilà les vrais moteurs des ruptures. Le libéralisme a raison sur l’économie… mais oublie que l’homme n’est pas rationnel. La France a les moyens. Elle manque de tension, elle est avachie depuis 1918. Le confort du modèle
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Léon XIV, l'IA et la nouvelle tour de Babel, par Eric Lemaire

Ce décalage est frappant. L'Église prétend parler au monde contemporain mais continue souvent à s'exprimer dans un langage dont seuls les initiés possèdent véritablement les clés.

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Un fond informé mais léger

Pourtant, passé cet obstacle initial, le lecteur découvre un texte beaucoup plus informé qu'il ne l'imaginait.Sur l'état de l'art de l'intelligence artificielle, Léon XIV a manifestement travaillé son dossier.

Pape Léon XIV: déjà le choix du nom est tout un programme
Léon XIV! Habemus papam! Et son prénom est déjà tout un programme. L’Eglise catholique a un pape, choisi après quatre
Léon XIV, l'IA et la nouvelle tour de Babel, par Eric LemaireLe Courrier des StratègesCDS
Léon XIV, l'IA et la nouvelle tour de Babel, par Eric Lemaire

Le pape comprend parfaitement que l'enjeu dépasse largement les performances techniques des modèles de langage. Il identifie les grandes questions qui structurent aujourd'hui le débat : la concentration du pouvoir numérique, les transformations du travail, l'éducation des jeunes générations, les risques de manipulation de l'information, l'automatisation militaire et surtout la tentation transhumaniste.

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Lyhanna : au lieu d'une nouvelle loi, mettons l'administration au travail

Lyhanna : au lieu d'une nouvelle loi, mettons l'administration au travail

par Thibault de Varenne

Une enfant de onze ans a disparu à Fleurance, dans le Gers, le 29 mai. On a retrouvé son corps le 4 juin. Elle s'appelait Lyhanna. Le pays s'est arrêté un instant, comme il convient devant une tombe d'enfant, puis il a fait ce qu'il fait désormais à chaque fois : il a réclamé une loi.

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Le Premier ministre a réuni ses ministres. On annonce des peines aggravées pour les viols sériels, des règles de prescription revues, l'obligation de motiver les classements sans suite. Le mécanisme est connu, et il a sa beauté triste. À chaque drame, un texte. À chaque texte, le sentiment d'avoir agi. Le législateur se penche, le pays se calme, et l'on passe au malheur suivant en attendant qu'il réclame sa loi à son tour.

Lyhanna, victime de l’inertie administrative
Et si le vrai danger n’était pas la malveillance, mais l’absence de zèle ? Un dossier qui met treize jours à franchir quatre-vingts kilomètres, des semaines à être ouvert, et jamais le temps d’une garde à vue. La mort de Lyhanna, onze ans, dit moins sur un homme que sur des
Lyhanna : au lieu d'une nouvelle loi, mettons l'administration au travailLe Courrier des StratègesÉric Verhaeghe
Lyhanna : au lieu d'une nouvelle loi, mettons l'administration au travail

Mais regardons cette affaire-ci, puisqu'on nous demande d'en faire une règle générale. L'homme aujourd'hui mis en examen n'était pas un inconnu de la justice. Un signalement de gendarmerie en 2017, écarté comme une affaire de mœurs sans suite. Une plainte pour viol sur une enfant, déposée en 2022, classée en 2024 comme « insuffisamment caractérisée ». Une autre plainte encore, en 2025. L'administration savait. Pas l'avenir, certes, pas l'irréparable — mais elle savait ce qu'il était possible de savoir, et elle l'a rangé dans un tiroir. Le garde des Sceaux lui-même a reconnu des « défaillances graves ». Le mot est exact, et il dit tout : ce qui a manqué n'était pas une loi, c'était l'usage de celles que nous avions.

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Car il faut l'énoncer sans détour. On ne légifère pas, dans ces moments, pour protéger ; on légifère pour se montrer. La loi nouvelle est visible, gratuite, immédiate : un communiqué, une signature, une émotion convertie en article du code. Gouverner est l'exact contraire. C'est suivre un dossier que personne ne suivra à votre place, doter un parquet qui croule, relancer une enquête qu'on serait tenté d'enterrer, décider et porter le poids de sa décision. Rien de tout cela ne se voit. Rien de tout cela ne se tweete. Et c'est pourtant en cela, et en cela seul, que consiste la protection d'un peuple.

La France a, contre le viol sur mineur, des lois parmi les plus sévères d'Europe. Elles existaient le 29 mai. Elles n'ont pas été appliquées. Je ne vois pas par quel prodige un article supplémentaire, voté dans l'émotion, serait mieux appliqué que ceux qu'on a laissés dormir. On ajoute un étage à une maison dont on n'a pas réparé les fondations, et l'on s'étonne ensuite qu'elle penche.

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Tacite, qui avait observé de près le déclin d'un grand État, avait laissé une formule que nos législateurs devraient relire avant chaque séance : plus une république est corrompue, plus elle compte de lois. Montesquieu l'a redite à sa manière : les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires. Ce n'est pas un paradoxe d'académie. Une nation qui répond à chaque défaillance de son administration par une inflation de son droit finit par avoir un code immense et un État impuissant — beaucoup de textes, et plus personne pour les faire vivre.

Le premier devoir d'un État, avant toute politique, avant toute idéologie, est de protéger les siens. C'est le seul qu'on ne puisse déléguer ni au marché ni au temps. Quand une administration classe sans suite ce qu'elle devait instruire, ce n'est pas la loi qui a failli, c'est l'homme qui devait l'appliquer, et la chaîne qui devait le tenir comptable. On nous promet de réformer le code ; je préférerais qu'on réforme le sérieux. Qu'un classement sans suite, sur un crime d'enfant, ne soit plus une porte qu'on referme à la hâte mais une décision qu'un magistrat doit assumer, nom et motifs à l'appui. Cela, du reste, ne demande pas de loi : cela demande qu'on travaille.

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Je sais ce qu'on objectera. Que faire une loi, c'est aussi répondre à une colère légitime, lui donner une forme, l'empêcher de tourner à la vengeance. C'est vrai, et je ne méprise pas cette colère ; elle est saine, elle est le dernier signe qu'un peuple tient encore à ses enfants. Mais on ne la respecte pas en lui offrant un texte de plus à oublier. On la respecte en lui rendant ce qu'elle réclame vraiment, et qu'elle n'ose plus espérer : un État qui fait ce qu'il a dit, et qui répond quand il ne l'a pas fait.

Lyhanna ne demandait pas une loi. Elle demandait, sans le savoir, que ce pays consente enfin à faire son travail. C'est moins glorieux qu'un grand discours, et infiniment plus difficile. Mais une nation ne se juge pas au nombre de ses lois. Elle se juge à ce qu'elle fait des quelques-unes qui suffiraient, si seulement on les appliquait.

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Christine Cotton ? ou l'éloge de la phronèsis

Christine Cotton ? ou l'éloge de la phronèsis

par Eric Verhaeghe

Une statisticienne s'est éteinte le 1er juin, après avoir passé trois ans à compter ce que d'autres voulaient qu'on cesse de regarder. Sa disparition dit quelque chose de notre époque : nous avons gagné, au début de 2022, la bataille du passe sanitaire — et perdu, sans la voir, celle qui a suivi. Non plus par la contrainte, mais par la gestion silencieuse de nos comportements.

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Il y a des femmes dont le courage ne fait pas de bruit, qui ne haussent jamais le ton, qui n'ont pour seule arme qu'une colonne de chiffres tenue avec entêtement contre l'air du temps, et Christine Cotton, biostatisticienne de métier, vingt-cinq ans de méthodologie pour Roche, Sanofi, Janssen avant de retourner cette compétence contre l'industrie qui l'avait formée, fut, pendant de longues années, de celles-là.

Elle est morte le 1er juin, en Suisse, au terme d'une longue souffrance physique qu'elle disait insupportable, après avoir laissé un message d'adieu. Elle laisse un rapport de plus de quatre cents pages sur les pratiques méthodologiques de l'essai clinique du vaccin Pfizer — non pas un pamphlet, non pas une profession de foi, mais une lecture patiente des documents réglementaires à l'aune des bonnes pratiques cliniques. Elle ne demandait rien d'autre que ce que demande tout savant : qu'on puisse vérifier. C'est, à le bien regarder, la chose la moins révolutionnaire du monde. C'est aussi celle qui, en notre époque, suffit à faire de vous un ennemi.

Christine Cotton, la lanceuse d’alerte anti-Pfizer, est morte
Biostatisticienne reconnue, critique acharnée des essais cliniques des injections ARN Covid, Christine Cotton est décédée début juin 2026 après avoir publié un bouleversant message d’adieu. Figure incontournable du débat sanitaire français, elle avait consacré les cinq dernières années à dénoncer ce qu’elle considérait comme les failles méthodologiques des
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Je voudrais partir d'elle pour dire où nous en sommes, quatre ans après. Ce texte accompagne l'hommage que lui rend le Courrier en vidéo.

Ce que nous avons gagné, et qui était réel

Rappelons-nous, car la mémoire est courte. À l'hiver 2021-2022, la France vivait sous un régime d'exception devenu ordinaire : un passe qu'il fallait dégainer pour entrer dans un café, monter dans un train, parfois voir un médecin. Le pays s'était coupé en deux — les admis et les empêchés — sur un critère que l'État ajustait à sa guise. Nous fûmes nombreux à nous organiser, parfois de façon publique, souvent dans une clandestinité que le gouvernement suspectait, pour combattre une scission organisée de la société. Et le 14 mars, le passe vaccinal était suspendu.

Soyons honnêtes sur la causalité, car c'est la condition pour être cru. Le gouvernement a expliqué qu'il levait la mesure parce que la vague refluait, et il avait, sur le plan épidémiologique, des arguments. Les opposants ont lu dans ce retrait leur victoire, et ils avaient, sur le plan politique, des raisons. Je suppose que les deux lectures sont vraies à la fois, et que la concomitance n'est pas tout à fait un hasard. Un pouvoir cède rarement à la seule rue ; mais il choisit le moment de céder en regardant la rue. La mobilisation n'a peut-être pas renversé la table. Elle a rendu le maintien du passe politiquement coûteux. C'est déjà une victoire, et il ne faut pas en rougir.

Seulement voilà : on n'avait gagné qu'une bataille, et la plus visible. La plus médiatique, la plus frontale, la plus facile à raconter. Pendant qu'on la livrait, une autre se préparait, qu'on ne nous a pas annoncée parce qu'elle ne se déclare jamais.

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Le détour par Tocqueville, qui avait tout vu

Il faut relire les pages de La Démocratie en Amérique sur ce que Tocqueville appelait le despotisme doux. Il imaginait un pouvoir qui ne tyranniserait pas les hommes mais les materait, qui ne briserait pas les volontés mais les amollirait, un pouvoir « absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux » qui travaillerait au bonheur des citoyens à condition d'en être l'unique arbitre, et qui aimerait que ceux-ci se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il manquait à Tocqueville, pour que sa prophétie fût complète, un outil qu'il ne pouvait pas concevoir : la science du comportement. La possibilité technique de ne plus contraindre les conduites, mais de les incliner. De ne plus interdire, mais d'architecturer le choix pour qu'il tombe de lui-même du bon côté.

Tocqueville, père fondateur de la théorie de l’avachissement
Voici la huitième livraison de la Liberty Academy. Elle est essentielle puisqu’elle clôture le premier trimestre de cours... et qu’elle aborde la pensée de Tocqueville !
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Cet outil existe. Il porte un nom anodin, presque attendrissant : le nudge, le coup de coude. La théorie, formulée par Thaler et Sunstein, part d'une intuition juste — nous décidons mal, par biais, par paresse, par peur — pour en tirer une conclusion qui ne l'est pas : puisque vous décidez mal, d'autres décideront le cadre dans lequel vous déciderez. La Grande-Bretagne a institué dès 2010 une « Nudge Unit ». La France a passé dès 2018 un accord-cadre avec cette équipe, qui a ouvert son bureau parisien adossé à la Direction interministérielle de la transformation publique. On ne nous l'a pas caché. On ne nous l'a pas dit non plus. C'est entre les deux que se loge le despotisme doux : dans ce qui est public sans jamais être annoncé.

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Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas

Bastiat nous a légué la seule grille d'économie politique dont on ne se lasse pas : il y a ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas. Ce qu'on a vu, en 2022, c'est le passe levé, les terrasses rouvertes, la victoire. Ce qu'on n'a pas vu, c'est le déplacement du front. La contrainte légale, trop visible, trop contestable, trop génératrice de convois, a cédé la place à quelque chose de plus fin : la gestion des publics.

Bastiat, le libertarien du visible et de l’invisible !
Dans cette nouvelle livraison de la Liberty Academy, je passe en revue les éléments les plus importants de la philosophie du français Frédéric Bastiat. Essentiel pour comprendre la liberté.
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Que l'État ait recouru, pendant la crise, à des techniques d'influence émotionnelle n'est pas une hypothèse : c'est documenté. Outre-Manche, les minutes du groupe consultatif comportemental recommandaient en mars 2020 d'augmenter « le niveau de menace personnelle perçue » chez les récalcitrants au moyen d'un « message émotionnel percutant ». On a, en clair, décidé d'avoir peur pour nous, et de nous la distribuer à dose utile. Ce qui valait pour la pandémie ne s'est pas évaporé avec elle. L'appareil, une fois rodé, cherche son emploi.

Au-delà de ce socle avéré commence le terrain où je dois avancer en disant ce que je sais, ce que je suppose, et ce que j'ignore — car c'est précisément le respect de cette frontière qui sépare la critique du délire. Ce que je sais : la segmentation psychométrique des populations est une technique mûre, qu'aucune entreprise de marketing politique sérieuse n'ignore plus. Des modèles de personnalité comme HEXACO — six dimensions, dont l'honnêteté-humilité — permettent de classer, de prédire, d'anticiper les réactions d'un public à un message. Ce que je suppose : qu'il serait naïf d'imaginer que ces outils, disponibles pour vendre une lessive ou un candidat, s'arrêtent pudiquement à la porte de la gestion des dissidences. Ce que j'ignore : l'ampleur exacte, les commanditaires, le degré de coordination. Je me garderai d'inventer ce que je ne peux pas établir. Mais l'asymétrie est troublante : on connaît par cœur la psychologie de ceux qui doutent ; ceux qui doutent, eux, ne savent rien de la machine qui les étudie.

Ce n'est pas nouveau : c'est très français

Car la neutralisation des oppositions par l'intérieur n'a rien d'une nouveauté technologique. C'est une très vieille spécialité française, et il suffit d'ouvrir nos archives. La Convention avait ses comités et ses indicateurs ; la monarchie de Juillet, ses mouchards ; la République, ses agents provocateurs glissés dans les cortèges pour les pousser à la faute qui justifierait la charge. Le procédé est constant, seuls changent les moyens : on n'interdit pas une opposition sérieuse, c'est trop coûteux et cela en fait des martyrs ; on la rend ridicule, on l'excite jusqu'à l'outrance, on l'enferme dans sa propre caricature.

Je me demande — et je le pose comme une question, non comme un verdict — si une part de ce que nous avons pris, ces trois dernières années, pour la spontanéité du camp des résistants ne relevait pas de cette mécanique ancienne. Non pas nécessairement des infiltrés au sens du roman d'espionnage ; plus simplement, des amplificateurs : ceux qui, à chaque débat naissant, tirent vers l'hystérie, dressent les sceptiques les uns contre les autres, transforment une exigence de transparence en foire aux invectives. Qu'ils soient mandatés ou seulement utiles, le résultat est le même, et c'est le seul qui compte : aucune construction politique sérieuse ne tient debout dans le vacarme. L'hystérisation n'est pas un dérapage du débat. Dans bien des cas, j'en viens à le croire, elle en est la fonction. On ne tue plus les idées : on les noie dans le bruit qu'on a soi-même organisé autour d'elles.

Pendant ce temps, la plomberie

Et tandis que nous nous épuisions à ces querelles, on posait tranquillement les tuyaux. C'est la règle d'or de l'époque : le spectacle occupe le devant, l'infrastructure s'installe à l'arrière. Identité numérique, portefeuille d'identité européen, projet d'euro numérique programmable, interconnexion des fichiers : l'architecture d'un contrôle fin des existences se met en place pièce par pièce, pendant que l'attention publique est captée par la polémique du jour. Comme l'orage qui fixe le regard à l'horizon pendant que l'eau, sous nos pieds, monte sans bruit. Le passe sanitaire n'était qu'un prototype, maladroit parce que visible. Ce qui vient sera invisible parce que commode. On ne nous imposera pas la traçabilité : on nous la rendra si pratique que la refuser passera pour une excentricité.

Dernier mot

Que faire, alors ? Ni la fuite dans le déni, ni la fuite dans la fureur — qui sont les deux versants d'une même défaite, et précisément les deux ornières où l'on souhaite nous voir tomber. Les Grecs avaient un mot pour la vertu qui manque le plus à notre temps : la phronèsis, que nos traducteurs rendent par prudence et qu'Aristote plaçait au-dessus des autres vertus intellectuelles parce qu'elle seule sait appliquer le vrai au particulier, dans le concret, au bon moment, dans la juste mesure. Non pas la raison froide des calculateurs, non pas la passion chaude des excités, mais le discernement de l'homme qui pèse, qui doute à bon escient, qui tient sa colère et n'abdique pas son jugement.

Opposer, à la fabrique de la peur, la plus subversive des armes en régime d'hystérie organisée : la rigueur, la patience, le chiffre vérifiable, l'obstination tranquille de qui refuse à la fois de se taire et de hurler, tels que la bio-staticienne Christine Cotton avait déployés dans son étude documentée sur les vaccins ARN injectés en urgence et sans précaution. Voilà l'héritage indispensable qui doit nous guider, et qui vaut bien mieux qu'un mausolée. La phronèsis n'est pas une posture ; c'est un travail. Le seul, peut-être, qui résiste à ceux qui ont appris à manipuler tout le reste.

Elle a tenu sa colonne de chiffres jusqu'au bout. À nous de tenir la nôtre.

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Réponse à un lecteur : un héritage de 150 000 € ne se place pas sur cinq ETF de défense après +69 %

Réponse à un lecteur : un héritage de 150 000 € ne se place pas sur cinq ETF de défense après +69 %

par Vincent Clairmont

Un lecteur veut placer les 150 000 euros d'un héritage sur les cinq ETF de défense et de cybersécurité de notre article du 7 avril, après une hausse de près de 70 %. Mais ce papier disait « spéculatifs », et son volet jumeau s'adressait à qui possède déjà une épargne de sécurité. La performance passée n'est pas un point d'entrée, et « défense » n'a jamais voulu dire « défensif ».

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Un lecteur, Serge C., m'écrit après avoir lu notre article du 7 avril, « Sur quels ETF spéculatifs placer les 150 000 € de l'héritage de grand-maman ». Il n'était pas abonné à sa parution, l'a découvert depuis, a regardé les cours sur son compte Swissquote, les a trouvés « énormément augmentés », et souhaite désormais y placer son héritage. Il cite les cinq fonds du papier — VanEck Defense (DFNS), Global X Defense Tech (ARMR), Future of Defence Indo-Pacific (QUAD), First Trust Nasdaq Cybersecurity (CIBR), WisdomTree Cybersecurity (WCBR) — et précise qu'il ne dispose que de dollars et ne peut acheter qu'en USD.

Je le remercie de sa fidélité, et je vais lui répondre franchement, quitte à corriger la lecture qu'il a faite de ce papier. Car entre ce que l'article disait et ce qu'il s'apprête à en faire, il y a un écart qui peut lui coûter cher.

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Relisons le titre : il dit « spéculatifs »

L'article du 7 avril parlait de « vecteurs spéculatifs », invitait à « passer à l'offensive » et à transformer l'héritage en « arsenal financier ». Ces mots ne sont pas décoratifs : ils désignent une catégorie précise d'actifs — la branche risquée. Or la stratégie Barbell que défend cette rubrique ne met jamais la totalité d'un patrimoine dans sa branche risquée. Elle répartit 80 % en branche sûre — ce qui perd peu si le système tient — et 20 % seulement en branche risquée — ce qui peut tout perdre comme tout multiplier. Les ETF de défense et de cyber relèvent, de l'aveu même du titre, de ces 20 %. Les acheter avec la totalité de l'héritage, ce n'est pas suivre l'article : c'est en faire l'exact contraire.

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Le papier supposait une chose que votre message ne dit pas

Son volet jumeau, « Que faire avec un héritage de 150 000 € en stratégie Barbell ? », s'ouvrait sur une phrase qu'il faut relire : il s'adressait à celui « qui dispose déjà d'une épargne antifragile » et se demandait quoi faire « de ce cadeau du ciel ».

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Quand le pétrole fait la politique monétaire : protéger son épargne en régime d'inflation importée

Quand le pétrole fait la politique monétaire : protéger son épargne en régime d'inflation importée

par Vincent Clairmont

L'inflation de la zone euro est repartie à 3,2 %, tirée par l'énergie et la guerre au Moyen-Orient. La Banque centrale européenne, prisonnière d'un choc qu'elle n'a pas créé, s'apprête à relever ses taux. Pour l'épargnant, le rendement réel du « sans risque » est déjà négatif — voici comment protéger son patrimoine sans parier sur le prochain baril.

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L'inflation de la zone euro est remontée à 3,2 % sur un an en mai 2026, son plus haut niveau depuis septembre 2023, selon l'estimation rapide d'Eurostat. La composante énergie progresse de 10,9 % sur douze mois. Dans le même temps, le baril de Brent a bondi de 4,9 % en une séance pour s'établir à 97,67 dollars, porté par le centième jour de la guerre entre Israël et l'Iran et par la tension permanente sur le détroit d'Ormuz, par où transite près d'un cinquième du pétrole mondial. La Banque centrale européenne, qui avait maintenu son taux de dépôt à 2,00 % en avril, est désormais attendue à la hausse dès sa réunion de juin — un relèvement de 25 points de base portant ce taux de dépôt à 2,25 %, avec une seconde hausse anticipée par le marché en septembre.

Cet enchaînement mérite d'être nommé pour ce qu'il est. Il ne s'agit pas d'une inflation de demande — celle qui naît d'une économie en surchauffe, de salaires qui courent après les prix, d'un crédit trop bon marché. La croissance de la zone euro est ressortie à 0,1 % au premier trimestre. Il s'agit d'une inflation importée : un choc d'offre venu de l'extérieur, transmis par le prix de l'énergie, sur lequel une banque centrale n'a aucune prise directe. C'est la distinction la plus mal comprise du moment, et c'est elle qui commande la conduite à tenir pour un épargnant.

L’UE confirme la catastrophe : la stagflation s’installe et va faire très mal, par Elise Rochefort
Le grand virage : Bruxelles vient de briser l’espoir d’une reprise sereine en 2026. Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission, confirme officiellement que l’Union européenne entre dans un “choc stagflationniste” majeur. 65% de risque de stagflation en France dans les 6 mois : comment s’y préparer? Par Vincent ClairmontL’économie française
Quand le pétrole fait la politique monétaire : protéger son épargne en régime d'inflation importéeLe Courrier des StratègesRédaction
Quand le pétrole fait la politique monétaire : protéger son épargne en régime d'inflation importée
Réponse à une lectrice : Livret A, devises, Bitcoin, foncières — quatre précisions sur l’allocation Barbell, par Vincent Clairmont
Une lectrice m’écrit après la chronique de dimanche. Elle a mis en place une allocation Barbell pour son époux il y a un an, elle en est satisfaite, et elle pose quatre questions précises. Elles sont si justes — l’une d’elles relève d’ailleurs une incohérence réelle de ma part — que je
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Une banque centrale prisonnière

Le taux d'intérêt agit sur la demande intérieure : il renchérit le crédit, freine l'investissement et la consommation, refroidit les prix tirés par l'activité. Il n'a aucun effet sur le prix du baril fixé à Singapour ou sur la prime de risque géopolitique d'Ormuz. En relevant ses taux face à une inflation importée, la BCE ne combat pas la cause — elle ajoute une contraction de la demande à un choc d'offre déjà récessif. Elle le fait quand même, pour une raison qui n'est pas économique mais institutionnelle : défendre la crédibilité de sa cible de 2 % et

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Sans surprise, fin du cessez-le-feu en Iran

Sans surprise, fin du cessez-le-feu en Iran

par Thibault de Varenne

Le cessez-le-feu du 8 avril n'aura tenu ni le détroit, ni le Liban, ni la parole donnée. On l'a salué pourtant. On a parlé de retour à la raison, de désescalade, de fenêtre diplomatique. Deux mois plus tard, comme je l'avais annoncé en son temps, les forces américaines arraisonnent un navire iranien dans le Golfe, frappent une île d'Ormuz, et l'Iran réplique sur un centre de commandement et sur des installations à Bahreïn et au Koweït.

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Dimanche, des missiles venus de la frontière iranienne ont été interceptés au-dessus d'Israël, pendant que la banlieue sud de Beyrouth enterrait ses morts. On appelle cela une reprise. C'est un mot d'orchestre pour une guerre qui n'avait pas cessé.

Iran : 45 % de risques d’une guerre lente, 35 % de risques d’une guerre chaude, par Thibault de Varenne
Pour l’observateur distrait, le calme relatif instauré par le cessez-le-feu du 8 avril 2026 pourrait ressembler à une esquisse de paix. Il n’en est rien. Ce que nous vivons en ce début de soirée du 5 mai est une « guerre grise », une transition brutale entre la fin des
Sans surprise, fin du cessez-le-feu en IranLe Courrier des StratègesRédaction
Sans surprise, fin du cessez-le-feu en Iran
Pourquoi la guerre d’Iran ne s’arrêtera pas avant l’été, par Thibault de Varenne
Pour l’observateur distrait, le calme relatif instauré par le cessez-le-feu du 7 avril 2026 pourrait ressembler à une esquisse de paix. Il n’en est rien. Ce que nous vivons est une « guerre grise » — une diplomatie du levier où le temps n’est plus un outil de résolution, mais une arme
Sans surprise, fin du cessez-le-feu en IranLe Courrier des StratègesRédaction
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Reprenons depuis le commencement, car la chronologie est tout. La guerre a débuté le 28 février, par une opération conjointe américano-israélienne sur le sol iranien. Elle succédait à la guerre des Douze Jours de l'été précédent, comme une récidive succède à une rémission. On l'a nommée — Lion rugissant d'un côté, Fureur épique de l'autre — avec ce goût des appellations héroïques qui trahit toujours une inquiétude. Puis vint la trêve d'avril, négociée dans la fatigue, qui laissait ouvertes les deux plaies vives : Ormuz fermé, le Hezbollah debout. Une trêve qui ne traite pas les causes ne suspend pas la guerre. Elle la met au repos.

Pas plus de 5% de chance qu’une paix durable soit conclue en Iran, par Thibault de Varenne
Les medias mainstream répercutent sans nuance les déclarations optimistes de Donald Trump sur un accord de paix avec l’Iran. Thibault de Varenne fait le point sur le sérieux de ces déclarations. Alors que le président Donald Trump multiplie les déclarations publiques affirmant qu’un accord avec l’Iran est imminent, la situation
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Trois mille cinq cent soixante morts au Liban depuis le mois de mars. Près d'un million de déplacés sur l'ensemble du théâtre. Ces chiffres, on les récite désormais entre deux nouvelles de marché, comme on relevait jadis la température d'un malade qu'on a cessé d'espérer. L'accoutumance est la plus discrète des défaites. Personne ne s'en aperçoit.

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Présidentielle 2027 ? ou la République en délibéré

Et si la principale échéance de la prochaine présidentielle n'était pas une élection, mais une audience ? Le 7 juillet, à treize heures trente, une cour d'appel dira un mot qui pèsera plus lourd qu'un congrès. L'affaire en dit moins sur le Rassemblement national que sur un pays qui a pris l'habitude de trancher ses questions politiques ailleurs que dans l'isoloir.

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Il existe des dates qui ne paient pas de mine, qui se logent dans un agenda judiciaire entre deux renvois et trois remises, qui n'ont l'air de rien pour qui ne suit pas l'affaire, et le 7 juillet 2026, à treize heures trente, est de celles-là : la cour d'appel de Paris y rendra son délibéré sur l'inéligibilité de Marine Le Pen. Treize heures trente. L'heure creuse de la digestion, celle où les rédactions somnolent et où les Français retournent à leur travail. C'est à cette heure-là, j'imagine, qu'on aura choisi de dire si la principale opposante au pouvoir pourra, ou non, se présenter devant les électeurs en 2027.

Une heure. Une cour. Une candidature suspendue à un mot.

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L'audience qui vaut un congrès

Rappelons les faits, car ils sont précis et méritent de l'être. En première instance, le 31 mars 2025, Marine Le Pen avait été condamnée dans l'affaire des assistants parlementaires du Front national à quatre ans de prison dont deux fermes, cent mille euros d'amende, et cinq ans d'inéligibilité assortis de l'exécution provisoire — c'est-à-dire applicable immédiatement, sans attendre l'appel. Le procès en appel s'est tenu du 13 janvier au 12 février 2026. Le parquet général y a requis la confirmation des condamnations et de cinq ans d'inéligibilité, mais cette fois sans exécution provisoire. La nuance est technique ; ses effets sont vertigineux. Et le délibéré, donc, le 7 juillet.

Voilà le décor. Maintenant, regardons les deux camps, parce qu'il y a deux camps et qu'aucun n'a tout à fait tort.

D'un côté, ceux qui se réjouissent. Nul n'est au-dessus des lois, disent-ils, et le détournement de fonds publics européens, si détournement il y a, ne saurait être lavé par le suffrage. L'argument est sérieux. On ne le balaiera pas d'un revers de main libertarien : un État de droit qui exempterait ses puissants de la règle commune ne serait plus un État de droit. De l'autre côté, ceux qui crient au déni de démocratie : écarter par une décision de justice la candidate que les sondages placent en tête, n'est-ce pas, disent-ils, confier au juge le soin de faire ce que l'électeur s'apprêtait à défaire ?

Je ne trancherai pas entre ces deux cris. Ce qui me retient, c'est ce qu'ils ont en commun. Les deux camps, sans se l'avouer, sont d'accord sur un point : le véritable électeur, en 2027, siège peut-être en robe. L'un s'en félicite, l'autre s'en désole. Aucun ne conteste le fait. Et le fait, à le bien regarder, est l'événement.

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Ce que Tocqueville avait vu venir

Il faut ici faire un détour, et le faire par l'Amérique, parce qu'un Français de 1835 y a vu ce que nous vivons en 2026. Tocqueville, parcourant la jeune République américaine, fut frappé par une singularité qu'il consigna dans De la démocratie en Amérique avec sa netteté coutumière : « Il n'est presque pas de question politique, aux États-Unis, qui ne se résolve tôt ou tard en question judiciaire. » Il observait une société où l'on portait devant les tribunaux ce que d'autres portaient sur les barricades. Il y voyait, faut-il le dire, un trait plutôt rassurant : le procès plutôt que l'émeute, l'avocat plutôt que le pavé.

Mais Tocqueville était trop fin pour ne pas apercevoir le revers. Quand tout devient justiciable, le juge cesse d'être l'arbitre des litiges pour devenir l'arbitre des destins. Il ne dit plus seulement le droit entre deux parties ; il dit le possible et l'impossible à un peuple entier. Et ce glissement, qui s'opère sans coup d'État, sans char dans la rue, sans rien de ce qui rend une tyrannie reconnaissable, est précisément le plus difficile à nommer. Il a la douceur des choses légales. C'est, transposé à notre objet, l'exacte définition du despotisme doux que le même Tocqueville décrivait au tome second : un pouvoir qui ne brise pas les volontés, qui les amollit, qui les plie, et qui finit par tenir chaque citoyen « comme des chiens battus qui demeurent peureux toute leur vie ». Nous n'en sommes pas là. Mais la pente, je suppose, est celle-là.

Le juge n'a rien usurpé. Il applique la loi qu'on lui a donnée. La question n'est pas sa probité ; elle est notre habitude. Nous avons pris l'habitude de demander au tribunal ce que nous ne savons plus régler par le vote.

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Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas

Bastiat nous a légué une discipline du regard : derrière l'effet visible, chercher les effets qu'on ne voit pas. Appliquons-la.

Ce qu'on voit, c'est une candidate empêchée, ou autorisée — selon ce que dira la cour. C'est un scrutin amputé d'un nom, ou maintenu avec lui. C'est un titre de presse, un soir de juillet, et l'agitation qui suivra.

Ce qu'on ne voit pas, c'est plus grave et plus lent. C'est un corps électoral qui apprend, élection après élection, à ne plus tenir son bulletin pour l'acte décisif. Qui prend le pli d'attendre, avant de voter, de savoir qui aura le droit de recevoir son vote. Qui intègre, sans même le formuler, que le premier tour se joue en amont, dans des prétoires, sur des questions de procédure dont il ne maîtrise ni le calendrier ni le vocabulaire. Ce citoyen-là ne se révolte pas. Il se retire. Il développe, à l'endroit de la chose publique, cette espèce d'ardeur de mouton qui suit le mouvement sans plus croire qu'il le commande. On ne mesure pas ce retrait dans les sondages d'intention de vote. On le mesurera, plus tard, dans les taux d'abstention, dans la défiance, dans le sentiment diffus que l'élection est une cérémonie dont l'issue se décide en coulisses. Ce qu'on ne voit pas, c'est le consentement qui s'effrite.

Et le consentement est tout. Une démocratie ne tient pas par ses procédures ; elle tient par la croyance partagée que ces procédures décident. Le jour où cette croyance s'use, les procédures restent, et la démocratie s'en va. Seuls demeurent les gestes.

Ce n'est pas nouveau, c'est très français

Qu'on ne s'y trompe pas : la tentation d'écarter l'adversaire plutôt que de le battre n'est pas une invention de notre temps. Elle est, à vrai dire, l'un des plus vieux réflexes de notre histoire politique. La Révolution, qui inventa tant de choses admirables, inventa aussi la proscription comme mode de gouvernement : on ne discutait pas le Girondin, on le décrétait hors-la-loi. La Restauration eut ses listes, l'épuration de 1944 les siennes, et chaque régime, en s'installant, dressa l'inventaire de ceux qu'il fallait rendre inéligibles, indignes, ou simplement absents. La France a toujours eu un faible pour la solution qui consiste à retirer un nom plutôt qu'à gagner un argument.

Je ne compare pas les peines. Une condamnation pour détournement de fonds n'est pas une proscription révolutionnaire, et il serait malhonnête de feindre de le croire. Je note seulement la permanence d'un tropisme : la préférence française pour l'exclusion sur la persuasion, pour le couperet sur le débat, pour la liste sur le vote. Les régimes changent, les motifs se raffinent, les procédures se civilisent. Le geste, lui, demeure étrangement stable.

Nous avons changé les formes. Nous n'avons pas changé le penchant.

Pendant ce temps

Et pendant que tout un pays guette une heure de délibéré et commente un sondage Odoxa — Bardella à 32 % au premier tour, vainqueur au second quel que soit l'adversaire ; Mélenchon et Philippe au coude-à-coude pour la deuxième place, à un point l'un de l'autre ; le candidat de la France insoumise lançant sa campagne devant 26 000 personnes à Saint-Denis en annonçant que « la primaire est finie » —, pendant ce temps, donc, un autre chiffre court sans faire de bruit. Ce n'est ni le 32 %, ni le 52-48. C'est la part, lentement croissante, de citoyens qui ne croient plus que leur voix tranche quoi que ce soit.

Ce chiffre-là, aucun institut ne le titre. Il n'a pas la beauté virale d'un duel de second tour. Mais c'est le seul qui dise vraiment l'état du régime. Une République se porte bien quand ses électeurs se disputent le résultat. Elle se porte mal quand ils se demandent si le résultat dépend encore d'eux. Nous en sommes, peut-être, à ce point de bascule où la question cesse d'être qui va gagner pour devenir qui aura le droit de concourir — et c'est une tout autre question, qui n'appelle plus le même genre de réponse.

Dernier mot

Que ferait une société libre, à notre place ? Elle ne mettrait pas son avenir en délibéré. Elle ne suspendrait pas le sort d'une nation à l'heure d'une audience, fût-elle parfaitement régulière. Non qu'elle méprise la justice — au contraire, elle la tiendrait pour trop précieuse pour la charger de ce qui n'est pas son office. Le rôle du juge est de dire le droit entre des parties, non de composer la liste des candidats qu'un peuple aura le droit de départager. Quand on lui confie cette seconde tâche, on l'abîme, et l'on s'abîme avec lui.

Une société libre, surtout, cesserait de croire que la souveraineté tient tout entière dans le rite quinquennal d'un bulletin déposé dans une urne, puis confisqué pour cinq ans. Elle chercherait à rapprocher la décision du citoyen, à la rendre continue plutôt que ponctuelle, vérifiable plutôt que déléguée, vivante plutôt que cérémonielle. Il existe des chemins pour cela, dont certains portent déjà des noms — démocratie directe, démocratie liquide, sécession des consciences qui décident d'abord d'être souveraines d'elles-mêmes avant de l'être d'un pays. Je ne prétends pas qu'ils soient mûrs. Je dis seulement qu'on les cherchera, tôt ou tard, le jour où l'on aura compris qu'un peuple qui attend de ses tribunaux qu'ils lui désignent ses candidats a déjà, sans s'en apercevoir, cessé de se gouverner.

Le 7 juillet, à treize heures trente, une cour dira son mot. Elle dira le droit, et elle le dira sans doute correctement. Ce n'est pas elle qu'il faut regarder. C'est nous, qui attendons d'elle, désormais, qu'elle nous dise ce que nous n'osons plus décider nous-mêmes.

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L'or à 4 500 dollars : pourquoi la branche sûre du Barbell n'a jamais autant mérité son nom

L'or à 4 500 dollars : pourquoi la branche sûre du Barbell n'a jamais autant mérité son nom

par Vincent Clairmont

JP Morgan a relevé le 25 février sa prévision de long terme sur l'or à 4 500 dollars l'once, soit une hausse de 15 % de son ancre structurelle, tout en maintenant à 6 300 dollars sa cible pour la fin 2026. Entre les deux chiffres, le marché a fait le grand écart : record absolu à 5 594 dollars le 29 janvier, puis correction. La question qui revient dans mes messages depuis la flambée du détroit d'Ormuz tient en sept mots : faut-il encore acheter après une correction ? Ma réponse est oui — et je vous explique pourquoi le mouvement de fond est intact.

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Commençons par lire correctement la prévision de JP Morgan, parce que la presse la cite de travers. Les 4 500 dollars ne sont pas un objectif de cours à atteindre :

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Chaque dimanche, je passe en revue ce que la semaine a changé pour votre épargne. Celle-ci fut dense : correction sévère sur Bitcoin, repli de l’or, clôture du calendrier déclaratif, BCE jeudi — et des signaux de hausse fiscale pour 2027 qu’il serait imprudent de classer sans suite. LE COURRIER DES STRATÈGES
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Convergence mondiale des revenus : l'horreur fiscale du rapport Piketty, par Élise Rochefort

Le World Inequality Lab, laboratoire de recherche co-dirigé par Thomas Piketty et adossé à l'École d'économie de Paris, a publié le 4 juin 2026 un rapport intitulé « Global Justice Report: a Plan for Equality and Prosperity Within Planetary Boundaries ». Le document a été présenté en ouverture de la World Inequality Conference, tenue à Paris du 4 au 6 juin. Il couvre la période 2026-2100.

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L'objectif central du rapport est la convergence des revenus moyens de tous les pays vers 5 000 euros par mois et par habitant d'ici 2100, dans la limite d'un réchauffement climatique de 1,8 °C. Le scénario repose sur des trajectoires de croissance différenciées : 0 à 0,5 % par an de croissance du PIB par habitant dans les régions les plus riches (Amérique du Nord, Océanie, Europe), 3 à 4 % par an en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud et du Sud-Est. Thomas Piketty qualifie lui-même cette vision d'« utopique ».

L'instrument financier du plan est un Fonds pour la justice mondiale (Global Justice Fund), dont les dépenses représenteraient en moyenne 10,3 % du PIB mondial par an entre 2026 et 2060. Le rapport situe lui-même l'ordre de grandeur : l'aide publique au développement et les budgets cumulés de l'ONU, du FMI et de la Banque mondiale représentent aujourd'hui moins de 0,4 % du PIB mondial. La répartition se ferait par tête : l'Afrique subsaharienne recevrait jusqu'à 8,8 % de son PIB, l'Europe 2,5 %, l'Amérique du Nord 2,2 %. Côté recettes, les pistes évoquées comprennent un impôt sur le patrimoine pouvant atteindre 20 % sur les fractiles supérieurs et une imposition des très hauts revenus pouvant atteindre 90 % — taux mentionnés par la presse de synthèse, le détail des barèmes figurant dans le corps du rapport. Le plan inclut par ailleurs une réduction drastique des énergies fossiles, une « sobriété ciblée » dans certains secteurs et une évolution des habitudes alimentaires. Dans un entretien accordé à Outlook Business, Thomas Piketty présente la taxation des plus riches à l'échelle mondiale comme « la forme la plus évidente de réparations ».

Les auteurs revendiquent la cohérence interne du scénario : les quatre volets — redistribution mondiale, réforme de l'ordre financier international, transformation des systèmes énergétiques, évolution des modes de consommation — sont présentés comme techniquement compatibles entre eux et avec les limites planétaires. Le rapport se présente comme un cadre de référence pour les débats à venir, non comme un programme de gouvernement.

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Les objections que ce type de plan rencontre dans la tradition économique libérale sont anciennes et documentées. Elles portent sur trois points. Le premier est informationnel : depuis l'article de Friedrich Hayek « L'utilisation de la connaissance dans la société » (1945), cette tradition soutient qu'aucune instance centrale ne dispose de l'information nécessaire pour fixer des trajectoires de croissance par région sur soixante-quinze ans, l'information pertinente étant dispersée entre les acteurs et révélée par les prix. Le deuxième est incitatif : une imposition des hauts revenus à 90 % et du patrimoine à 20 % modifie les comportements d'épargne, d'investissement et de localisation des assiettes ; les estimations d'élasticité divergent fortement entre les travaux proches du World Inequality Lab et ceux d'inspiration libérale, sans qu'un consensus empirique existe à ces niveaux de taux, qui n'ont été observés durablement dans aucune économie ouverte récente. Le troisième relève de l'économie politique : un fonds disposant de 10,3 % du PIB mondial — soit, à titre de comparaison, environ vingt-cinq fois les flux institutionnels internationaux actuels — pose la question de l'institution qui le percevrait, l'allouerait et le contrôlerait ; l'école dite du choix public soutient que les administrateurs d'un tel fonds poursuivraient aussi des intérêts propres, et le bilan contrasté de l'aide au développement existante, documenté notamment par les évaluations indépendantes des agences elles-mêmes, est régulièrement invoqué à l'appui de cette réserve.

F.A. Hayek et le problème de la connaissance : critique du socialisme et de l’interventionnisme
Voici la sixième livraison de la Liberty Academy, accompagnée de la troisième masterclass. Aujourd’hui, nous traitons un sujet essentiel : la critique de la société verticale par Hayek !
Convergence mondiale des revenus : l'horreur fiscale du rapport Piketty, par Élise RochefortVerhaeghe BriefingEric Verhaeghe
Convergence mondiale des revenus : l'horreur fiscale du rapport Piketty, par Élise Rochefort

À ces objections, les auteurs du rapport répondent par l'argument climatique — les limites planétaires rendraient la croissance indéfinie des pays riches matériellement impossible, ce qui déplacerait le débat de l'opportunité vers la répartition — et par l'argument historique : les taux marginaux supérieurs à 90 % ont existé aux États-Unis entre 1944 et 1963, sans effondrement de l'économie américaine. Les économistes libéraux contestent la transposition : économies fermées d'après-guerre, assiettes étroites, niches nombreuses, et mobilité des capitaux sans commune mesure avec celle de 2026.

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Trois questions restent ouvertes à la lecture du document. Le consentement démocratique, d'abord : le scénario suppose que les électorats des pays riches acceptent durablement une croissance par habitant comprise entre 0 et 0,5 %, soit un niveau inférieur à celui qui a accompagné, en France, les tensions sociales et budgétaires de la dernière décennie ; le rapport ne décrit pas le mécanisme politique de ce consentement. L'architecture institutionnelle, ensuite : ni l'organe de perception des taxes mondiales, ni la juridiction compétente en cas de refus d'un État, ne sont spécifiés à ce stade. La trajectoire de transition, enfin : les effets sur l'emploi, les retraites et la dette des pays riches d'une croissance quasi nulle maintenue pendant trente-cinq ans ne font pas l'objet d'un chiffrage détaillé dans les documents de synthèse publiés.

Le rapport est public et consultable en ligne. Sa traduction politique, à ce jour, ne figure dans aucun programme de gouvernement.

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Bitcoin sous 60 000 dollars, or en repli, étau fiscal : le point patrimoine du dimanche, par Vincent Clairmont

Chaque dimanche, je passe en revue ce que la semaine a changé pour votre épargne. Celle-ci fut dense : correction sévère sur Bitcoin, repli de l'or, clôture du calendrier déclaratif, BCE jeudi — et des signaux de hausse fiscale pour 2027 qu'il serait imprudent de classer sans suite.

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Bitcoin a cassé vendredi le seuil des 60 000 dollars, à 59 156 dollars en séance, effaçant environ 84 milliards de dollars de capitalisation en une journée. L'once d'or s'échangeait mardi à 4 527 dollars, soit environ 3 881 euros, en repli d'environ 6 % sur ses sommets de mai. Le conseil des gouverneurs de la BCE se réunit jeudi 11 juin, et les marchés anticipent une hausse de 25 points de base. Pendant ce temps, le service de déclaration des revenus a fermé sa dernière échéance le 4 juin. Je reprends ces dossiers un par un, dans l'ordre où ils engagent votre argent.

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Bitcoin : une purge, pas une sortie 

Les ETF Bitcoin au comptant ont clôturé mai avec 2,3 milliards de dollars de sorties nettes, le pire mois de 2026 — ce sont les institutionnels qui allègent, pas les détenteurs de long terme. Ma lecture n'a pas changé depuis la doctrine Barbell publiée le mois dernier : une chute de 30 à 50 % sur la poche risquée n'est pas un signal de vente, c'est le prix d'entrée que vous avez accepté en signant pour cette poche. Si votre allocation cible — je préconise 10 % du patrimoine financier, pas davantage — n'est pas encore constituée, les tranches mensuelles d'achat programmé (le DCA, achat fractionné qui lisse votre prix d'entrée) continuent : un Bitcoin à 59 000 dollars abaisse mécaniquement votre coût moyen. Et je le redis : au-delà de 5 000 euros, stockage sur hardware wallet personnel — un boîtier physique chiffré type Ledger ou Trezor — jamais sur une plateforme centralisée. La suite de cet article explique pourquoi cette discipline vient de prendre une dimension nouvelle.

La branche risquée de la Barbell Strategy : Bitcoin, options, capital-risque, par Vincent Clairmont
Vincent Clairmont poursuit aujourd’hui sa “consolidation” sur le portefeuille en Barbell Strategy. La branche risquée représente 20 % de l’allocation, soit 100 000 euros sur le cas type. Son rôle est l’inverse de la branche sûre : encaisser disproportionnellement les discontinuités, au prix d’une volatilité élevée et d’un risque de perte totale
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Or et argent : la correction est une fenêtre, pas un avertissement 

Le repli de l'or depuis ses sommets de mai ne change rien aux trois forces qui le portent : les achats des banques centrales du Sud Global, la défiance croissante envers les avoirs en dollars gelables, et des déficits occidentaux sans perspective de correction à dix ans. Aucune ne s'est éteinte cette semaine. Pour qui n'a pas complété son allocation — je préconise 30 % du patrimoine en or physique, lingots et pièces standard, stockés hors du système bancaire — la règle des tranches mensuelles s'applique, et une correction est une occasion d'accélérer, pas d'attendre. L'argent métal, lui, évoluait autour de 75 dollars l'once sur le COMEX au 1er juin — une trajectoire spectaculaire, qui appelle une mise en garde plutôt qu'un emballement : la volatilité de l'argent est environ le double de celle de l'or, sa demande est pour moitié industrielle donc cyclique, et les primes sur les pièces sont élevées à l'achat comme à la revente. Je préconise de le traiter en satellite : pas plus d'un cinquième de votre poche métaux, le cœur reste l'or.

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Calendrier fiscal : ce qui est clos, ce qui reste ouvert

La déclaration des revenus est close depuis le 4 juin pour les départements 55 à 976. Deux choses restent ouvertes. D'une part, le formulaire en ligne reste accessible jusqu'au 25 juin pour corriger une déclaration déjà déposée. D'autre part, l'échéance mensualisée de taxe foncière tombe le 15 juin. Profitez de la fenêtre de correction pour vérifier un point que la moitié des lecteurs qui m'écrivent négligent : les formulaires 3916 et 3916-bis, qui déclarent les comptes ouverts, utilisés ou clos à l'étranger — y compris les comptes d'actifs numériques et les comptes de paiement type néobanques. L'omission coûte 750 euros par compte et par an, portés à 1 500 euros au-delà de 50 000 euros d'encours.

Bitcoin sous 60 000 dollars, or en repli, étau fiscal : le point patrimoine du dimanche, par Vincent Clairmont
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L'inquisition fiscale a changé d'échelle le 1er janvier 

Depuis l'entrée en vigueur du volet français de la directive DAC8, les prestataires de services sur crypto-actifs opérant en France transmettent à la DGFiP l'identité de leurs clients et le détail de leurs transactions — montants bruts, nature des actifs, nombre d'opérations. L'administration n'a plus besoin de vous demander : elle sait, ou saura dans les douze mois. J'en tire deux conséquences pratiques. La première : la fenêtre de correction du 25 juin est le moment de régulariser proprement une omission, avant que la relance ne soit automatisée. La seconde : l'autoconservation — vos clés, votre boîtier, hors plateforme — n'est pas une coquetterie de militant, c'est la seule architecture où votre patrimoine numérique ne dépend ni d'un gel réglementaire, ni d'une faillite d'intermédiaire. La déclaration reste obligatoire ; la dépendance, non.

La hausse d'impôts de 2027 se prépare sous vos yeux 

Rappel de ce qui a déjà eu lieu : la loi de finances pour 2026 a porté les prélèvements sociaux sur les revenus du capital de 17,2 % à 18,6 %, via une CSG patrimoine passée de 9,2 % à 10,6 %. La « flat tax » sur vos dividendes, intérêts et plus-values n'est donc plus de 30 % mais de 31,4 %. Des amendements prévoient déjà une CSG à 11,2 % en 2027, soit 19,4 % de prélèvements sociaux et un prélèvement forfaitaire global à 32,2 %. Ajoutez la quarantaine de milliards d'euros que le budget 2027 devra trouver, la taxe nouvelle sur les holdings patrimoniales et la contribution sur les hauts revenus prorogée tant que le déficit dépasse 3 % du PIB, et la direction est lisible sans modèle économétrique : l'assiette la plus commode est l'épargne déclarée, domiciliée en France, et immobile. C'est précisément la zone médiane que la doctrine Barbell vous recommande de quitter — fonds patrimoniaux diversifiés, assurance-vie en unités de compte, obligations souveraines européennes. Le mouvement de sortie progressive engagé sur douze mois garde toute sa pertinence ; la trajectoire fiscale lui en ajoute.

Livrets réglementés : 1,5 % en attendant le 1er août 

Le taux du Livret A sera révisé au 1er août, sur décision prise mi-juillet après l'inflation de juin. La formule donnerait entre 1,6 % et 1,8 %, le LEP suivant vers 2,8 % — mais le ministre conserve le pouvoir d'y déroger, et il en a déjà usé. Mon cadre ne varie pas : le Livret A est une poche de précaution — trois à six mois de dépenses courantes, défiscalisées et liquides — pas un placement. À 1,5 % servi face à une inflation qui remonte, son rendement réel est nul ou négatif ; son seul mérite est d'échapper aux 18,6 % qui frappent tout le reste. C'est un coffre à outils, pas un moteur.

Euro et devises : la semaine de la BCE 

L'euro a fluctué entre 1,1523 et 1,1664 dollar cette semaine, et la décision de jeudi peut le raffermir encore. Conséquence mécanique pour vous : un euro plus fort abaisse temporairement le coût de vos achats d'or (libellé en dollars) et de vos devises de réserve. La poche multi-devises que je préconise — 5 % du patrimoine, répartis entre franc suisse, dollar canadien et yen — se constitue en quelques jours sur un compte multi-devises type Wise ou Revolut. Sa fonction n'est pas le rendement : c'est votre option de réallocation rapide si l'euro venait à connaître une tension violente.

Cet article n'est pas un conseil en investissement personnalisé. Les pourcentages indiqués sont des préconisations pour un cas type — adaptez-les à votre âge, votre situation familiale et votre fiscalité, et passez par un conseiller en gestion de patrimoine indépendant, un CGPI qui ne perçoit aucune rétrocommission des produits qu'il recommande, avant toute mise en œuvre d'envergure.

À 1,5 % servis sur le livret et 18,6 % prélevés sur tout le reste, l'écart entre ce que l'État vous sert et ce qu'il vous prélève n'est plus une anomalie de conjoncture. C'est une politique. Votre allocation est la seule réponse qui ne se vote pas.

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La démographie, base de toute puissance, surtout pour les BRICS, par Thibault de Varenne

L'Inde présidera les BRICS en 2026. Elle accueillera le sommet, elle en tiendra la plume, elle en donnera le ton. Elle le fait forte d'une qualité que nul autre membre ne possède au même degré : depuis 2023, elle est le pays le plus peuplé de la terre. Plus de quatorze cents millions d'hommes.

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On a noté la nouvelle. On l'a rangée parmi les curiosités du calendrier statistique. On est passé à autre chose. C'est une erreur. Le nombre n'est pas une curiosité. Il est une prémisse. Tout le reste — le commerce, la monnaie, les flottes, les sièges qu'on réclame au Conseil de sécurité — s'en déduit lentement, mais s'en déduit.

De Gaulle le savait, qui ne séparait jamais le rang de la France du nombre des Français. Il tenait la natalité pour une affaire d'État, au même rang que la dissuasion. On a jugé cela démodé. On le juge démodé encore. Mais les démodés, parfois, avaient seulement raison trop tôt. La carte qui se redessine aujourd'hui n'est pas d'abord une carte d'idéologies ni de produits intérieurs bruts. C'est une carte de berceaux. Là où ils se remplissent, une puissance se prépare ; là où ils se vident, une puissance se retire. On voudrait nous faire croire que la richesse seule décide. On s'y emploie. On y consacre des colloques entiers. Le siècle, pourtant, paraît vouloir trancher autrement.

Les BRICS à l’âge de raison, par Thibault de Varenne
À New Delhi, à la mi-mai, en marge de la réunion des ministres des Affaires étrangères des BRICS, Sergueï Lavrov a prononcé une phrase que nos chancelleries n’ont guère relevée : « nous ne précipiterons pas l’élargissement des BRICS », car le groupement, ayant doublé de taille en deux ans, doit désormais « rationaliser
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Sommet des BRICS : face au fantasme naïf d’un bloc uni, par Thibault de Varenne
Le sommet du 15 mai s’est achevé sans déclaration commune. Ceux qui attendaient l’acte de naissance d’un contre-Occident en sont pour leurs frais. Les BRICS ne sont pas un bloc et n’en seront jamais un — ce qui ne diminue en rien leur portée, à condition de comprendre ce qu’est, au
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Le tableau des masses

Commençons par l'Inde, puisqu'elle ouvre l'année. Sa jeunesse n'est pas une figure de style. Elle compte près de six cents millions d'habitants entre dix-huit et trente-cinq ans, et quelque deux cent cinquante millions d'adolescents, soit un cinquième

de sa population. L'âge médian y avoisine la vingtaine avancée, quand le nôtre frôle la cinquantaine. Voilà ce qu'on appelle un dividende démographique : une nation où les bras qui produisent l'emportent, et de loin, sur les bouches qui dépendent. New Delhi le sait, et le monnaie déjà en assurance diplomatique. Un dirigeant de sa Bourse a pu annoncer, sans qu'on lui rie au nez, que la jeunesse indienne produirait une part considérable de la richesse mondiale dans les décennies qui viennent.

Il faut pourtant lire les chiffres jusqu'au bout, car l'Inde, mieux que d'autres, sait ne pas se griser. Ses propres économistes avertissent que la fenêtre n'est pas éternelle : la part de sa population en âge de travailler culminerait autour de 2031, puis commencerait de refluer dès 2036, l'âge médian bondissant alors vers trente-cinq ans. Le dividende a une échéance. La presse de Pékin, qui observe son voisin sans aménité, résume la chose d'une formule qui vaut avertissement : cette masse de jeunes sera dividende ou désastre, selon que le marché du travail saura ou non les absorber. Le nombre offre l'occasion. Il ne l'accomplit pas. Retenons la distinction ; nous y reviendrons.

La Chine, ou la puissance qui compte ses morts

Tournons-nous vers la Chine. Voici un empire qui, pour la première fois de son histoire moderne, recule. Sa population décline depuis 2022 ; le Bureau national des statistiques l'avait annoncé avant même que le seuil ne fût franchi. Fin 2024, elle s'établissait à un milliard quatre cent huit millions d'âmes, en baisse de près d'un million et demi sur l'année. Les plus de soixante ans y atteignent désormais trois cent dix millions, soit plus d'un cinquième du pays. Une nation entière vieillit à vue d'œil, et le sait, et le dit.

Ce qui frappe, ce n'est pas le recul. C'est la manière dont Pékin en parle. Pas de lamentation. Pas de déni. Une rhétorique de maîtrise. Les organes officiels expliquent, posément, que « moins peut signifier plus », que la qualité de la main-d'œuvre compensera la quantité, que l'économie ne déraillera pas. On annonce des subventions à la naissance, une école maternelle gratuite par étapes, un virage simultané vers le soutien à la natalité et l'innovation. Surtout, on parie sur la machine. Dans les maisons de retraite de Shenzhen, des robots de soin jouent aux échecs avec les vieillards, les aident à se mouvoir, suppléent aux bras qui manquent. L'« économie des cheveux d'argent », pesée à sept mille milliards de yuans, doit en valoir trente mille d'ici 2035. Le régime convertit son déclin démographique en marché. C'est une réponse d'ingénieur à un problème de civilisation. Reste à savoir si l'ingénieur a le dernier mot.

Car il y a, dans cette confiance affichée, quelque chose qui ne se laisse pas robotiser. Un peuple n'est pas seulement une somme de bras, fût-elle augmentée de bras d'acier. C'est une chaîne de transmission, où chaque génération doit à la suivante mieux qu'un capital : une langue, un récit, le goût de durer. Quand la chaîne se distend, aucune automatisation ne la renoue. La Chine le pressent, qui multiplie les incitations sans parvenir, pour l'instant, à relever ses berceaux. On peut subventionner une naissance. On ne décrète pas le désir d'enfant. Personne ne l'a jamais fait tenir dans un budget.

La Russie, ou la blessure ancienne

La Russie offre le même tableau, en plus aigu et plus ancien. Sa crise démographique n'a pas commencé hier ; elle traîne depuis l'effondrement soviétique, comme une plaie mal refermée. En 2024, le pays a enregistré un million deux cent vingt-deux mille naissances, le chiffre le plus bas depuis 1999 — un tiers de moins qu'il y a dix ans. Les démographes parlent d'un creux qu'on n'avait pas vu depuis une génération. L'Organisation mondiale de la santé prévoit que la population russe pourrait perdre près de dix millions d'habitants d'ici 2050.

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Lyhanna, victime de l'inertie administrative

Et si le vrai danger n'était pas la malveillance, mais l'absence de zèle ? Un dossier qui met treize jours à franchir quatre-vingts kilomètres, des semaines à être ouvert, et jamais le temps d'une garde à vue. La mort de Lyhanna, onze ans, dit moins sur un homme que sur des administrations qui ne se sont, à aucun moment, senties obligées de bien faire leur travail.

Lyhanna, victime de l'inertie administrative
Lyhanna, victime de l'inertie administrative

Il existe des objets si ordinaires qu'on ne les regarde plus : une chemise cartonnée, un parapheur posé sur le coin d'un bureau, une enveloppe de papier kraft qui attend, dans le bac du courrier sortant, qu'une main veuille bien l'affranchir. Celui dont je veux parler ici — un dossier de plainte pour viol sur une enfant de dix ans, constitué le 22 août 2025 à la gendarmerie de Plaisance-du-Touch — a voyagé, paraît-il, par la poste. En format papier. Et il a mis treize jours pour aller du parquet de Toulouse à celui d'Auch. Pas un appel téléphonique, pas un courriel. Une enveloppe, et le temps qu'elle traverse la Gascogne.

Je commence par ce détail parce qu'il contient tout le reste. On voudrait croire qu'un drame de cette nature suppose une faute spectaculaire, un complot, une grande lâcheté. Il n'en est rien. À le bien regarder, il a suffi d'une suite de petites atonies, chacune excusable, aucune coupable à elle seule, pour qu'un homme déjà signalé demeure libre, et qu'une enfant meure.

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Ce que contenait l'enveloppe

Rappelons les faits, puisqu'ils sont établis et qu'ils se passent de commentaire. Lyhanna, onze ans, a disparu le 29 mai près de Fleurance, dans le Gers ; son corps a été retrouvé le 4 juin, l'autopsie ne permettant pas, à ce stade, d'établir les causes de la mort. Le principal suspect, un homme de quarante et un ans, a été interpellé dès le lendemain de la disparition et placé en garde à vue en quelques heures. Il est présumé innocent, et le restera tant qu'un tribunal n'aura pas dit le droit. Mais il était, depuis des années, visé par plusieurs procédures pour des faits de même nature.

La plainte d'août 2025 n'était pas un soupçon en l'air. Selon une source proche du dossier, elle comportait des auditions, une expertise psychologique, un certificat médical faisant état de lésions « jugées sans ambiguïté », et le suspect y était identifié. Tout y était, donc, pour agir vite. On n'a pas agi vite. Le dossier, arrivé à Auch, y serait resté plusieurs semaines sans traitement : près d'un mois pour être examiné, un mois et demi de plus pour qu'un service enquêteur soit désigné, lequel ne le fut, semble-t-il, qu'au début de l'année 2026. Et jamais, dans cet intervalle, le suspect ne fut placé en garde à vue. L'affaire, dit la même source, « aurait été traitée comme une procédure ordinaire, de vol, de braquage ou d'extorsion » — non comme ce qu'elle était.

Il faut être juste : l'institution elle-même a reconnu la défaillance. Le garde des Sceaux a présenté des excuses à la famille ; le ministère a ordonné des inspections, et n'écarte pas des sanctions devant le Conseil supérieur de la magistrature. Surtout, il a livré l'aveu qui éclaire tout le dossier : « aucune difficulté particulière de moyens » ne saurait expliquer ces délais. Le parquet d'Auch comptait quatre magistrats et ne croulait sous aucun stock. Voilà qui désarme par avance la consolation habituelle. Ce n'est pas l'histoire d'une administration débordée. C'est l'histoire d'une administration disponible qui n'a pas jugé que cela pressât.

Tocqueville l'avait vu venir

On cherche un coupable, et l'on ne trouve qu'un mécanisme. C'est précisément ce que Tocqueville redoutait lorsqu'il décrivait, au tome second de La Démocratie en Amérique, ce pouvoir administratif qui « ne tyrannise point » mais « gêne, comprime, énerve, éteint », et finit par réduire les hommes à n'être « qu'un troupeau d'animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger ». On retient d'ordinaire la formule pour dénoncer la surveillance et la contrainte. On oublie son revers, qui est ici le sujet : ce pouvoir tutélaire ne se contente pas d'étouffer l'initiative des gouvernés ; il dilue aussi, en lui-même, la responsabilité des gouvernants.

Car le propre d'une administration très centralisée, très procédurale, très hiérarchique, c'est que chacun y obéit et que personne n'y répond. Le gendarme a recueilli la plainte : il a fait son office. Le parquet de Toulouse l'a transmise : il a fait son office. Celui d'Auch l'a enregistrée, puis l'a mise dans la pile : il a fait, lui aussi, son office. Chaque maillon est en règle ; la chaîne, elle, ne mène nulle part. La faute, introuvable, s'est évaporée entre les bureaux. Et une administration où nul ne se sent personnellement comptable d'un dossier finit par ne se sentir obligée de rien.

Ce qu'on voit, ce qu'on ne voit pas

Bastiat nous a appris à distinguer, en toute chose publique, ce qu'on voit de ce qu'on ne voit pas. Appliquons la leçon. Ce qu'on voit, c'est l'État qui s'affiche : les circulaires de politique pénale faisant des violences sexuelles sur mineurs une « priorité absolue », les plans, les annonces, les ministres réunis en urgence à Matignon. Ce qu'on ne voit pas, c'est le seul endroit où tout cela aurait dû devenir un acte : un magistrat décrochant son téléphone, un enquêteur saisi dans la semaine, une garde à vue ordonnée tant que l'homme était encore à portée. La priorité existait sur le papier. Elle n'a, nulle part, rencontré une volonté.

Et voici le paradoxe que je suppose au cœur de l'affaire. L'État qui n'a pas trouvé, en neuf mois, le temps d'entendre un suspect identifié est le même qui sait verbaliser un excès de vitesse en quelques secondes, prélever un impôt à la source en temps réel, dématérialiser, tracer, contrôler. Les moyens existent ; c'est le zèle qui se distribue mal. On en met beaucoup là où l'administration se sert elle-même, et fort peu là où elle devrait servir. La machine est rapide pour ce qui la nourrit, lente pour ce qui l'oblige.

Ce n'est pas nouveau, c'est très français

Il serait malhonnête de présenter cela comme un accident isolé. Avant Lyhanna, il y eut d'autres prénoms, d'autres dossiers, d'autres signaux laissés sans suite, que la mémoire publique a rangés côte à côte sans jamais en tirer la leçon. C'est qu'il s'agit, à le bien regarder, d'un trait ancien de notre administration : la préférence du formalisme sur le résultat, de la procédure régulière sur la mission accomplie, du j'ai transmis sur le j'ai agi. On y respecte la forme comme on respecte un rite, avec le sentiment du devoir rempli au moment précis où le devoir est trahi.

Le plus révélateur, ce sont les remèdes qu'on annonce. Le ministre s'interroge — et il a raison — sur le point de savoir si ses propres circulaires ont été appliquées. Mais que dit cet aveu, sinon que l'État ne sait plus se faire obéir de lui-même ? Il légifère contre sa propre inertie et la retrouve intacte au bas de l'échelle. On répondra par une nouvelle circulaire à l'échec de la précédente. Le papier, encore, pour soigner ce que le papier a déjà manqué.

Pendant ce temps

Pendant qu'on débat de l'émotion, qu'on convoque, qu'on inspecte, une question demeure que personne ne pose vraiment. Le problème n'est pas qu'il manque des règles ; il en pleut. Il n'est pas non plus, on nous l'a dit, qu'il manque des moyens. Le problème est qu'aucune règle et aucun moyen ne remplacent jamais cette chose modeste et introuvable : un fonctionnaire qui considère qu'un dossier posé sur son bureau est son affaire à lui, et qu'il ne dormira pas tranquille tant qu'il l'aura laissé dormir. On peut tout réformer, sauf cela. La conscience professionnelle ne se décrète pas ; elle se cultive, ou elle se perd. Depuis quelques décennies, je crois, nous la perdons — non par méchanceté, mais par cette tiédeur d'âme qui s'installe partout où l'on n'a de comptes à rendre à personne.

Dernier mot

Une société libre ne demanderait pas d'abord une loi de plus. Elle demanderait des noms et des responsabilités. Non pour livrer quelques agents à la vindicte — la curée ne répare rien et nous avilit —, mais parce qu'une mission sans responsable est une mission sans titulaire, et qu'un service public où l'erreur ne coûte jamais rien à personne finit par ne plus rendre aucun service. La vraie réforme, ici, n'est ni budgétaire ni numérique. Elle est morale. Elle tient en une phrase qu'aucune circulaire ne saura jamais imposer : que quelqu'un, quelque part, se sente comptable d'un enfant.

Lyhanna n'a pas été tuée par une fatalité, ni par la pénurie, ni par un excès de droits accordés aux suspects. Elle a été perdue dans l'intervalle qui sépare un bureau d'un autre, dans ces treize jours d'une enveloppe et ces semaines d'une pile, par des gens qui faisaient, chacun, à peu près leur travail. C'est cela qui devrait nous tenir éveillés. Le mal, ici, n'a pas de visage. Il a la couleur d'un dossier qu'on n'a pas ouvert.

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Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de Varenne

Et si la première puissance du monde administrait, mois après mois, la preuve que rien ne tient sans contrepoids — ni la loi, ni la presse, ni la probité ? Dix-huit mois de pouvoir disent moins sur un homme que sur une nation qui découvre, dans l'effacement de ses propres bornes, ce qu'elle valait vraiment.

Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de Varenne
Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de Varenne

On nous a longtemps présenté l'Amérique comme le pays de l'État de droit. C'était son orgueil, et son magistère : elle en faisait la leçon au monde, des chancelleries aux tribunaux. Dix-huit mois après le retour de M. Trump, la leçon se retourne. Ce n'est pas seulement une faute, ni un homme. C'est une démonstration — patiente, méthodique, presque pédagogique — de ce qu'un régime devient lorsqu'on retire un à un ses contrepoids.

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Commençons par les juges, puisque c'est là que tout se joue. Au cœur de l'année 2025, le Washington Post établissait que l'administration n'obéissait pas — ou se voyait accusée de ne pas obéir — à près d'un tiers des décisions de justice rendues contre elle. Des avions d'expulsion qu'un juge ordonne de faire demi-tour, et qui poursuivent leur route. Un homme expulsé par erreur vers le Salvador, que la Cour suprême ordonne de ramener, et qu'on ne ramène pas. Le procédé a un nom dans la bouche des juristes : la désobéissance habillée de droit, qui invoque la procédure pour mieux la vider. Le président de la Cour suprême lui-même a dû rappeler qu'on ne destitue pas un juge parce qu'on conteste son jugement. Quand le gardien de la loi doit rappeler que la loi existe, c'est qu'elle vacille déjà.

Vint ensuite le pardon. Au premier jour du mandat, près de mille six cents condamnés du 6-Janvier graciés d'un trait de plume — y compris les chefs des Oath Keepers et des Proud Boys, ceux-là mêmes qui avaient porté la main sur des policiers. Un haut fonctionnaire de la Justice y a vu un feu vert donné à la violence politique. Puis l'on a démis, rétrogradé, inquiété les procureurs qui avaient instruit l'affaire ; et l'on a annoncé des enquêtes sur d'anciens directeurs du FBI et de la CIA, dont le président disait publiquement qu'ils devraient « payer le prix ». Gracier ses amis, poursuivre ses adversaires : c'est la définition la plus ancienne de l'arbitraire. Elle n'a pas pris une ride.

On a vu aussi le pouvoir s'en prendre, par décret, aux cabinets d'avocats qui l'avaient combattu — Paul Weiss, Jenner & Block, Covington —, leur retirant habilitations et marchés, jusqu'à ce que les tribunaux y voient une rétorsion contraire à la Constitution. On a vu Harvard sommée de céder son indépendance sous peine de perdre deux milliards de dollars de crédits, et un juge fédéral déclarer ce gel illégal, dicté par représailles contre une parole protégée. Quelques grandes maisons ont plié, négocié, donné des gages. L'histoire enseigne que ceux qui s'agenouillent les premiers ne s'en relèvent pas les mieux portants.

La presse, ensuite. Une chaîne poursuivie pour le montage d'un entretien, et sa maison-mère qui finit par verser seize millions de dollars pour solde de tout compte, à la veille d'une fusion qu'il fallait faire approuver. Une agence de presse chassée des lieux officiels pour un mot qu'elle refusait d'employer. Une autorité de régulation qui rouvre des enquêtes contre les chaînes mal-aimées. Rien de tout cela n'est, pris isolément, une censure d'État au sens où l'entendaient les régimes du siècle dernier. C'est plus subtil, et peut-être plus efficace : on ne fait pas taire, on fait payer ; on n'interdit pas, on intimide. Le résultat se mesure déjà à ceux qui se taisent d'eux-mêmes.

Euro numérique : ce que le plafond de 3.000€ dit du projet, par Vincent Clairmont
Le Conseil des gouverneurs de la BCE a fixé, le 24 mars 2026, à 3 000 euros par personne le plafond de détention d’euros numériques retenu pour la phase pilote, programmée au second semestre 2027 sur douze mois, en vue d’une émission effective en 2029. La Bundesbank plaide pour un
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La branche risquée de la Barbell Strategy : Bitcoin, options, capital-risque, par Vincent Clairmont
Vincent Clairmont poursuit aujourd’hui sa “consolidation” sur le portefeuille en Barbell Strategy. La branche risquée représente 20 % de l’allocation, soit 100 000 euros sur le cas type. Son rôle est l’inverse de la branche sûre : encaisser disproportionnellement les discontinuités, au prix d’une volatilité élevée et d’un risque de perte totale
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La branche Barbell sûre de votre patrimoine : or, T-bills, foncier, liquidités, par Vincent Clairmont
Vincent Clairmont continue aujourd’hui son passage en revue de votre stratégie Barbell antifragile en matière de patrimoine. La branche sûre représente 80 % de l’allocation, soit 400 000 euros sur le cas type. Son rôle n’est pas de rapporter : il est de ne pas perdre si le système se disloque. Quatre
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Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de Varenne
Réponse à une lectrice : Livret A, devises, Bitcoin, foncières — quatre précisions sur l’allocation Barbell, par Vincent Clairmont
Une lectrice m’écrit après la chronique de dimanche. Elle a mis en place une allocation Barbell pour son époux il y a un an, elle en est satisfaite, et elle pose quatre questions précises. Elles sont si justes — l’une d’elles relève d’ailleurs une incohérence réelle de ma part — que je
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Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de Varenne

Puis l'armée dans les villes. Des gardes nationaux fédéralisés contre l'avis de leurs gouverneurs, envoyés à Los Angeles, à Portland, à Chicago. Des juges, jusqu'à la cour d'appel, pour en dire l'illégalité ; un magistrat pour constater que la troupe avait procédé à des arrestations, réglé la circulation, dispersé des foules — ce que la loi lui défend depuis cent cinquante ans. À la fin de l'année, le retrait. Je veux croire que les institutions ont tenu. Mais on n'envoie pas l'armée contre son propre peuple par mégarde : on essaie, pour voir où sont les bornes. C'est l'essai qui inquiète, plus encore que son échec.

Il y a l'illibéralisme ; il y a aussi, jumelle, la vénalité. Car le même mouvement qui défait les contrepoids politiques défait les contrepoids moraux. Le 17 janvier 2025, trois jours avant de prêter serment, M. Trump lançait une monnaie à son nom — un memecoin — dont une société qu'il contrôle détenait l'essentiel, et dont la valeur de marché frôla cinq milliards de dollars en quelques heures. La plus haute fonction de l'État inaugurée par une opération de spéculation à son profit : il fallait l'oser. On l'a osé.

Le reste a suivi la pente. Une société familiale, World Liberty Financial, sa

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Euro numérique : ce que le plafond de 3.000€ dit du projet, par Vincent Clairmont

Le Conseil des gouverneurs de la BCE a fixé, le 24 mars 2026, à 3 000 euros par personne le plafond de détention d'euros numériques retenu pour la phase pilote, programmée au second semestre 2027 sur douze mois, en vue d'une émission effective en 2029.

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Euro numérique : ce que le plafond de 3.000€ dit du projet, par Vincent Clairmont

La Bundesbank plaide pour un plafond inférieur, entre 1 500 et 2 500 euros. Côté législatif, le Conseil de l'UE a arrêté sa position commune en décembre 2025 ; la commission ECON du Parlement européen, divisée, n'a pas dégagé de majorité, et les eurodéputés envisagent de voter directement un mandat en séance plénière d'ici l'été pour ouvrir le trilogue. Le calendrier tient donc, à une inconnue près : le niveau du plafond. C'est précisément cette inconnue qui mérite l'analyse, car le paramétrage d'un instrument monétaire renseigne plus sûrement sur sa fonction que les discours qui l'accompagnent.

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Un préalable technique. Aucune autre forme de monnaie de banque centrale n'est plafonnée. Un résident de la zone euro peut détenir autant de billets qu'il le souhaite ; les banques commerciales détiennent des réserves à la BCE sans limite de montant. L'euro numérique serait la première monnaie de banque centrale assortie, dès sa conception, d'un plafond de détention individuel — complété par

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