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Sans surprise, fin du cessez-le-feu en Iran

8 June 2026 at 10:55
Sans surprise, fin du cessez-le-feu en Iran

par Thibault de Varenne

Le cessez-le-feu du 8 avril n'aura tenu ni le détroit, ni le Liban, ni la parole donnée. On l'a salué pourtant. On a parlé de retour à la raison, de désescalade, de fenêtre diplomatique. Deux mois plus tard, comme je l'avais annoncé en son temps, les forces américaines arraisonnent un navire iranien dans le Golfe, frappent une île d'Ormuz, et l'Iran réplique sur un centre de commandement et sur des installations à Bahreïn et au Koweït.

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Dimanche, des missiles venus de la frontière iranienne ont été interceptés au-dessus d'Israël, pendant que la banlieue sud de Beyrouth enterrait ses morts. On appelle cela une reprise. C'est un mot d'orchestre pour une guerre qui n'avait pas cessé.

Iran : 45 % de risques d’une guerre lente, 35 % de risques d’une guerre chaude, par Thibault de Varenne
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Sans surprise, fin du cessez-le-feu en IranLe Courrier des StratègesRédaction
Sans surprise, fin du cessez-le-feu en Iran
Pourquoi la guerre d’Iran ne s’arrêtera pas avant l’été, par Thibault de Varenne
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Reprenons depuis le commencement, car la chronologie est tout. La guerre a débuté le 28 février, par une opération conjointe américano-israélienne sur le sol iranien. Elle succédait à la guerre des Douze Jours de l'été précédent, comme une récidive succède à une rémission. On l'a nommée — Lion rugissant d'un côté, Fureur épique de l'autre — avec ce goût des appellations héroïques qui trahit toujours une inquiétude. Puis vint la trêve d'avril, négociée dans la fatigue, qui laissait ouvertes les deux plaies vives : Ormuz fermé, le Hezbollah debout. Une trêve qui ne traite pas les causes ne suspend pas la guerre. Elle la met au repos.

Pas plus de 5% de chance qu’une paix durable soit conclue en Iran, par Thibault de Varenne
Les medias mainstream répercutent sans nuance les déclarations optimistes de Donald Trump sur un accord de paix avec l’Iran. Thibault de Varenne fait le point sur le sérieux de ces déclarations. Alors que le président Donald Trump multiplie les déclarations publiques affirmant qu’un accord avec l’Iran est imminent, la situation
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Trois mille cinq cent soixante morts au Liban depuis le mois de mars. Près d'un million de déplacés sur l'ensemble du théâtre. Ces chiffres, on les récite désormais entre deux nouvelles de marché, comme on relevait jadis la température d'un malade qu'on a cessé d'espérer. L'accoutumance est la plus discrète des défaites. Personne ne s'en aperçoit.

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Mais ce n'est pas du Levant que je veux parler. C'est de nous.

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Et si la principale échéance de la prochaine présidentielle n'était pas une élection, mais une audience ? Le 7 juillet, à treize heures trente, une cour d'appel dira un mot qui pèsera plus lourd qu'un congrès. L'affaire en dit moins sur le Rassemblement national que sur un pays qui a pris l'habitude de trancher ses questions politiques ailleurs que dans l'isoloir.

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Il existe des dates qui ne paient pas de mine, qui se logent dans un agenda judiciaire entre deux renvois et trois remises, qui n'ont l'air de rien pour qui ne suit pas l'affaire, et le 7 juillet 2026, à treize heures trente, est de celles-là : la cour d'appel de Paris y rendra son délibéré sur l'inéligibilité de Marine Le Pen. Treize heures trente. L'heure creuse de la digestion, celle où les rédactions somnolent et où les Français retournent à leur travail. C'est à cette heure-là, j'imagine, qu'on aura choisi de dire si la principale opposante au pouvoir pourra, ou non, se présenter devant les électeurs en 2027.

Une heure. Une cour. Une candidature suspendue à un mot.

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L'audience qui vaut un congrès

Rappelons les faits, car ils sont précis et méritent de l'être. En première instance, le 31 mars 2025, Marine Le Pen avait été condamnée dans l'affaire des assistants parlementaires du Front national à quatre ans de prison dont deux fermes, cent mille euros d'amende, et cinq ans d'inéligibilité assortis de l'exécution provisoire — c'est-à-dire applicable immédiatement, sans attendre l'appel. Le procès en appel s'est tenu du 13 janvier au 12 février 2026. Le parquet général y a requis la confirmation des condamnations et de cinq ans d'inéligibilité, mais cette fois sans exécution provisoire. La nuance est technique ; ses effets sont vertigineux. Et le délibéré, donc, le 7 juillet.

Voilà le décor. Maintenant, regardons les deux camps, parce qu'il y a deux camps et qu'aucun n'a tout à fait tort.

D'un côté, ceux qui se réjouissent. Nul n'est au-dessus des lois, disent-ils, et le détournement de fonds publics européens, si détournement il y a, ne saurait être lavé par le suffrage. L'argument est sérieux. On ne le balaiera pas d'un revers de main libertarien : un État de droit qui exempterait ses puissants de la règle commune ne serait plus un État de droit. De l'autre côté, ceux qui crient au déni de démocratie : écarter par une décision de justice la candidate que les sondages placent en tête, n'est-ce pas, disent-ils, confier au juge le soin de faire ce que l'électeur s'apprêtait à défaire ?

Je ne trancherai pas entre ces deux cris. Ce qui me retient, c'est ce qu'ils ont en commun. Les deux camps, sans se l'avouer, sont d'accord sur un point : le véritable électeur, en 2027, siège peut-être en robe. L'un s'en félicite, l'autre s'en désole. Aucun ne conteste le fait. Et le fait, à le bien regarder, est l'événement.

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Ce que Tocqueville avait vu venir

Il faut ici faire un détour, et le faire par l'Amérique, parce qu'un Français de 1835 y a vu ce que nous vivons en 2026. Tocqueville, parcourant la jeune République américaine, fut frappé par une singularité qu'il consigna dans De la démocratie en Amérique avec sa netteté coutumière : « Il n'est presque pas de question politique, aux États-Unis, qui ne se résolve tôt ou tard en question judiciaire. » Il observait une société où l'on portait devant les tribunaux ce que d'autres portaient sur les barricades. Il y voyait, faut-il le dire, un trait plutôt rassurant : le procès plutôt que l'émeute, l'avocat plutôt que le pavé.

Mais Tocqueville était trop fin pour ne pas apercevoir le revers. Quand tout devient justiciable, le juge cesse d'être l'arbitre des litiges pour devenir l'arbitre des destins. Il ne dit plus seulement le droit entre deux parties ; il dit le possible et l'impossible à un peuple entier. Et ce glissement, qui s'opère sans coup d'État, sans char dans la rue, sans rien de ce qui rend une tyrannie reconnaissable, est précisément le plus difficile à nommer. Il a la douceur des choses légales. C'est, transposé à notre objet, l'exacte définition du despotisme doux que le même Tocqueville décrivait au tome second : un pouvoir qui ne brise pas les volontés, qui les amollit, qui les plie, et qui finit par tenir chaque citoyen « comme des chiens battus qui demeurent peureux toute leur vie ». Nous n'en sommes pas là. Mais la pente, je suppose, est celle-là.

Le juge n'a rien usurpé. Il applique la loi qu'on lui a donnée. La question n'est pas sa probité ; elle est notre habitude. Nous avons pris l'habitude de demander au tribunal ce que nous ne savons plus régler par le vote.

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Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas

Bastiat nous a légué une discipline du regard : derrière l'effet visible, chercher les effets qu'on ne voit pas. Appliquons-la.

Ce qu'on voit, c'est une candidate empêchée, ou autorisée — selon ce que dira la cour. C'est un scrutin amputé d'un nom, ou maintenu avec lui. C'est un titre de presse, un soir de juillet, et l'agitation qui suivra.

Ce qu'on ne voit pas, c'est plus grave et plus lent. C'est un corps électoral qui apprend, élection après élection, à ne plus tenir son bulletin pour l'acte décisif. Qui prend le pli d'attendre, avant de voter, de savoir qui aura le droit de recevoir son vote. Qui intègre, sans même le formuler, que le premier tour se joue en amont, dans des prétoires, sur des questions de procédure dont il ne maîtrise ni le calendrier ni le vocabulaire. Ce citoyen-là ne se révolte pas. Il se retire. Il développe, à l'endroit de la chose publique, cette espèce d'ardeur de mouton qui suit le mouvement sans plus croire qu'il le commande. On ne mesure pas ce retrait dans les sondages d'intention de vote. On le mesurera, plus tard, dans les taux d'abstention, dans la défiance, dans le sentiment diffus que l'élection est une cérémonie dont l'issue se décide en coulisses. Ce qu'on ne voit pas, c'est le consentement qui s'effrite.

Et le consentement est tout. Une démocratie ne tient pas par ses procédures ; elle tient par la croyance partagée que ces procédures décident. Le jour où cette croyance s'use, les procédures restent, et la démocratie s'en va. Seuls demeurent les gestes.

Ce n'est pas nouveau, c'est très français

Qu'on ne s'y trompe pas : la tentation d'écarter l'adversaire plutôt que de le battre n'est pas une invention de notre temps. Elle est, à vrai dire, l'un des plus vieux réflexes de notre histoire politique. La Révolution, qui inventa tant de choses admirables, inventa aussi la proscription comme mode de gouvernement : on ne discutait pas le Girondin, on le décrétait hors-la-loi. La Restauration eut ses listes, l'épuration de 1944 les siennes, et chaque régime, en s'installant, dressa l'inventaire de ceux qu'il fallait rendre inéligibles, indignes, ou simplement absents. La France a toujours eu un faible pour la solution qui consiste à retirer un nom plutôt qu'à gagner un argument.

Je ne compare pas les peines. Une condamnation pour détournement de fonds n'est pas une proscription révolutionnaire, et il serait malhonnête de feindre de le croire. Je note seulement la permanence d'un tropisme : la préférence française pour l'exclusion sur la persuasion, pour le couperet sur le débat, pour la liste sur le vote. Les régimes changent, les motifs se raffinent, les procédures se civilisent. Le geste, lui, demeure étrangement stable.

Nous avons changé les formes. Nous n'avons pas changé le penchant.

Pendant ce temps

Et pendant que tout un pays guette une heure de délibéré et commente un sondage Odoxa — Bardella à 32 % au premier tour, vainqueur au second quel que soit l'adversaire ; Mélenchon et Philippe au coude-à-coude pour la deuxième place, à un point l'un de l'autre ; le candidat de la France insoumise lançant sa campagne devant 26 000 personnes à Saint-Denis en annonçant que « la primaire est finie » —, pendant ce temps, donc, un autre chiffre court sans faire de bruit. Ce n'est ni le 32 %, ni le 52-48. C'est la part, lentement croissante, de citoyens qui ne croient plus que leur voix tranche quoi que ce soit.

Ce chiffre-là, aucun institut ne le titre. Il n'a pas la beauté virale d'un duel de second tour. Mais c'est le seul qui dise vraiment l'état du régime. Une République se porte bien quand ses électeurs se disputent le résultat. Elle se porte mal quand ils se demandent si le résultat dépend encore d'eux. Nous en sommes, peut-être, à ce point de bascule où la question cesse d'être qui va gagner pour devenir qui aura le droit de concourir — et c'est une tout autre question, qui n'appelle plus le même genre de réponse.

Dernier mot

Que ferait une société libre, à notre place ? Elle ne mettrait pas son avenir en délibéré. Elle ne suspendrait pas le sort d'une nation à l'heure d'une audience, fût-elle parfaitement régulière. Non qu'elle méprise la justice — au contraire, elle la tiendrait pour trop précieuse pour la charger de ce qui n'est pas son office. Le rôle du juge est de dire le droit entre des parties, non de composer la liste des candidats qu'un peuple aura le droit de départager. Quand on lui confie cette seconde tâche, on l'abîme, et l'on s'abîme avec lui.

Une société libre, surtout, cesserait de croire que la souveraineté tient tout entière dans le rite quinquennal d'un bulletin déposé dans une urne, puis confisqué pour cinq ans. Elle chercherait à rapprocher la décision du citoyen, à la rendre continue plutôt que ponctuelle, vérifiable plutôt que déléguée, vivante plutôt que cérémonielle. Il existe des chemins pour cela, dont certains portent déjà des noms — démocratie directe, démocratie liquide, sécession des consciences qui décident d'abord d'être souveraines d'elles-mêmes avant de l'être d'un pays. Je ne prétends pas qu'ils soient mûrs. Je dis seulement qu'on les cherchera, tôt ou tard, le jour où l'on aura compris qu'un peuple qui attend de ses tribunaux qu'ils lui désignent ses candidats a déjà, sans s'en apercevoir, cessé de se gouverner.

Le 7 juillet, à treize heures trente, une cour dira son mot. Elle dira le droit, et elle le dira sans doute correctement. Ce n'est pas elle qu'il faut regarder. C'est nous, qui attendons d'elle, désormais, qu'elle nous dise ce que nous n'osons plus décider nous-mêmes.

L'or à 4 500 dollars : pourquoi la branche sûre du Barbell n'a jamais autant mérité son nom

8 June 2026 at 10:24
L'or à 4 500 dollars : pourquoi la branche sûre du Barbell n'a jamais autant mérité son nom

par Vincent Clairmont

JP Morgan a relevé le 25 février sa prévision de long terme sur l'or à 4 500 dollars l'once, soit une hausse de 15 % de son ancre structurelle, tout en maintenant à 6 300 dollars sa cible pour la fin 2026. Entre les deux chiffres, le marché a fait le grand écart : record absolu à 5 594 dollars le 29 janvier, puis correction. La question qui revient dans mes messages depuis la flambée du détroit d'Ormuz tient en sept mots : faut-il encore acheter après une correction ? Ma réponse est oui — et je vous explique pourquoi le mouvement de fond est intact.

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Commençons par lire correctement la prévision de JP Morgan, parce que la presse la cite de travers. Les 4 500 dollars ne sont pas un objectif de cours à atteindre :

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Convergence mondiale des revenus : l'horreur fiscale du rapport Piketty, par Élise Rochefort

7 June 2026 at 10:35

Le World Inequality Lab, laboratoire de recherche co-dirigé par Thomas Piketty et adossé à l'École d'économie de Paris, a publié le 4 juin 2026 un rapport intitulé « Global Justice Report: a Plan for Equality and Prosperity Within Planetary Boundaries ». Le document a été présenté en ouverture de la World Inequality Conference, tenue à Paris du 4 au 6 juin. Il couvre la période 2026-2100.

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L'objectif central du rapport est la convergence des revenus moyens de tous les pays vers 5 000 euros par mois et par habitant d'ici 2100, dans la limite d'un réchauffement climatique de 1,8 °C. Le scénario repose sur des trajectoires de croissance différenciées : 0 à 0,5 % par an de croissance du PIB par habitant dans les régions les plus riches (Amérique du Nord, Océanie, Europe), 3 à 4 % par an en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud et du Sud-Est. Thomas Piketty qualifie lui-même cette vision d'« utopique ».

L'instrument financier du plan est un Fonds pour la justice mondiale (Global Justice Fund), dont les dépenses représenteraient en moyenne 10,3 % du PIB mondial par an entre 2026 et 2060. Le rapport situe lui-même l'ordre de grandeur : l'aide publique au développement et les budgets cumulés de l'ONU, du FMI et de la Banque mondiale représentent aujourd'hui moins de 0,4 % du PIB mondial. La répartition se ferait par tête : l'Afrique subsaharienne recevrait jusqu'à 8,8 % de son PIB, l'Europe 2,5 %, l'Amérique du Nord 2,2 %. Côté recettes, les pistes évoquées comprennent un impôt sur le patrimoine pouvant atteindre 20 % sur les fractiles supérieurs et une imposition des très hauts revenus pouvant atteindre 90 % — taux mentionnés par la presse de synthèse, le détail des barèmes figurant dans le corps du rapport. Le plan inclut par ailleurs une réduction drastique des énergies fossiles, une « sobriété ciblée » dans certains secteurs et une évolution des habitudes alimentaires. Dans un entretien accordé à Outlook Business, Thomas Piketty présente la taxation des plus riches à l'échelle mondiale comme « la forme la plus évidente de réparations ».

Les auteurs revendiquent la cohérence interne du scénario : les quatre volets — redistribution mondiale, réforme de l'ordre financier international, transformation des systèmes énergétiques, évolution des modes de consommation — sont présentés comme techniquement compatibles entre eux et avec les limites planétaires. Le rapport se présente comme un cadre de référence pour les débats à venir, non comme un programme de gouvernement.

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Les objections que ce type de plan rencontre dans la tradition économique libérale sont anciennes et documentées. Elles portent sur trois points. Le premier est informationnel : depuis l'article de Friedrich Hayek « L'utilisation de la connaissance dans la société » (1945), cette tradition soutient qu'aucune instance centrale ne dispose de l'information nécessaire pour fixer des trajectoires de croissance par région sur soixante-quinze ans, l'information pertinente étant dispersée entre les acteurs et révélée par les prix. Le deuxième est incitatif : une imposition des hauts revenus à 90 % et du patrimoine à 20 % modifie les comportements d'épargne, d'investissement et de localisation des assiettes ; les estimations d'élasticité divergent fortement entre les travaux proches du World Inequality Lab et ceux d'inspiration libérale, sans qu'un consensus empirique existe à ces niveaux de taux, qui n'ont été observés durablement dans aucune économie ouverte récente. Le troisième relève de l'économie politique : un fonds disposant de 10,3 % du PIB mondial — soit, à titre de comparaison, environ vingt-cinq fois les flux institutionnels internationaux actuels — pose la question de l'institution qui le percevrait, l'allouerait et le contrôlerait ; l'école dite du choix public soutient que les administrateurs d'un tel fonds poursuivraient aussi des intérêts propres, et le bilan contrasté de l'aide au développement existante, documenté notamment par les évaluations indépendantes des agences elles-mêmes, est régulièrement invoqué à l'appui de cette réserve.

F.A. Hayek et le problème de la connaissance : critique du socialisme et de l’interventionnisme
Voici la sixième livraison de la Liberty Academy, accompagnée de la troisième masterclass. Aujourd’hui, nous traitons un sujet essentiel : la critique de la société verticale par Hayek !
Convergence mondiale des revenus : l'horreur fiscale du rapport Piketty, par Élise RochefortVerhaeghe BriefingEric Verhaeghe
Convergence mondiale des revenus : l'horreur fiscale du rapport Piketty, par Élise Rochefort

À ces objections, les auteurs du rapport répondent par l'argument climatique — les limites planétaires rendraient la croissance indéfinie des pays riches matériellement impossible, ce qui déplacerait le débat de l'opportunité vers la répartition — et par l'argument historique : les taux marginaux supérieurs à 90 % ont existé aux États-Unis entre 1944 et 1963, sans effondrement de l'économie américaine. Les économistes libéraux contestent la transposition : économies fermées d'après-guerre, assiettes étroites, niches nombreuses, et mobilité des capitaux sans commune mesure avec celle de 2026.

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Trois questions restent ouvertes à la lecture du document. Le consentement démocratique, d'abord : le scénario suppose que les électorats des pays riches acceptent durablement une croissance par habitant comprise entre 0 et 0,5 %, soit un niveau inférieur à celui qui a accompagné, en France, les tensions sociales et budgétaires de la dernière décennie ; le rapport ne décrit pas le mécanisme politique de ce consentement. L'architecture institutionnelle, ensuite : ni l'organe de perception des taxes mondiales, ni la juridiction compétente en cas de refus d'un État, ne sont spécifiés à ce stade. La trajectoire de transition, enfin : les effets sur l'emploi, les retraites et la dette des pays riches d'une croissance quasi nulle maintenue pendant trente-cinq ans ne font pas l'objet d'un chiffrage détaillé dans les documents de synthèse publiés.

Le rapport est public et consultable en ligne. Sa traduction politique, à ce jour, ne figure dans aucun programme de gouvernement.

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7 June 2026 at 10:22

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Bitcoin a cassé vendredi le seuil des 60 000 dollars, à 59 156 dollars en séance, effaçant environ 84 milliards de dollars de capitalisation en une journée. L'once d'or s'échangeait mardi à 4 527 dollars, soit environ 3 881 euros, en repli d'environ 6 % sur ses sommets de mai. Le conseil des gouverneurs de la BCE se réunit jeudi 11 juin, et les marchés anticipent une hausse de 25 points de base. Pendant ce temps, le service de déclaration des revenus a fermé sa dernière échéance le 4 juin. Je reprends ces dossiers un par un, dans l'ordre où ils engagent votre argent.

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Bitcoin : une purge, pas une sortie 

Les ETF Bitcoin au comptant ont clôturé mai avec 2,3 milliards de dollars de sorties nettes, le pire mois de 2026 — ce sont les institutionnels qui allègent, pas les détenteurs de long terme. Ma lecture n'a pas changé depuis la doctrine Barbell publiée le mois dernier : une chute de 30 à 50 % sur la poche risquée n'est pas un signal de vente, c'est le prix d'entrée que vous avez accepté en signant pour cette poche. Si votre allocation cible — je préconise 10 % du patrimoine financier, pas davantage — n'est pas encore constituée, les tranches mensuelles d'achat programmé (le DCA, achat fractionné qui lisse votre prix d'entrée) continuent : un Bitcoin à 59 000 dollars abaisse mécaniquement votre coût moyen. Et je le redis : au-delà de 5 000 euros, stockage sur hardware wallet personnel — un boîtier physique chiffré type Ledger ou Trezor — jamais sur une plateforme centralisée. La suite de cet article explique pourquoi cette discipline vient de prendre une dimension nouvelle.

La branche risquée de la Barbell Strategy : Bitcoin, options, capital-risque, par Vincent Clairmont
Vincent Clairmont poursuit aujourd’hui sa “consolidation” sur le portefeuille en Barbell Strategy. La branche risquée représente 20 % de l’allocation, soit 100 000 euros sur le cas type. Son rôle est l’inverse de la branche sûre : encaisser disproportionnellement les discontinuités, au prix d’une volatilité élevée et d’un risque de perte totale
Bitcoin sous 60 000 dollars, or en repli, étau fiscal : le point patrimoine du dimanche, par Vincent ClairmontLe Courrier des StratègesRédaction
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Or et argent : la correction est une fenêtre, pas un avertissement 

Le repli de l'or depuis ses sommets de mai ne change rien aux trois forces qui le portent : les achats des banques centrales du Sud Global, la défiance croissante envers les avoirs en dollars gelables, et des déficits occidentaux sans perspective de correction à dix ans. Aucune ne s'est éteinte cette semaine. Pour qui n'a pas complété son allocation — je préconise 30 % du patrimoine en or physique, lingots et pièces standard, stockés hors du système bancaire — la règle des tranches mensuelles s'applique, et une correction est une occasion d'accélérer, pas d'attendre. L'argent métal, lui, évoluait autour de 75 dollars l'once sur le COMEX au 1er juin — une trajectoire spectaculaire, qui appelle une mise en garde plutôt qu'un emballement : la volatilité de l'argent est environ le double de celle de l'or, sa demande est pour moitié industrielle donc cyclique, et les primes sur les pièces sont élevées à l'achat comme à la revente. Je préconise de le traiter en satellite : pas plus d'un cinquième de votre poche métaux, le cœur reste l'or.

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Calendrier fiscal : ce qui est clos, ce qui reste ouvert

La déclaration des revenus est close depuis le 4 juin pour les départements 55 à 976. Deux choses restent ouvertes. D'une part, le formulaire en ligne reste accessible jusqu'au 25 juin pour corriger une déclaration déjà déposée. D'autre part, l'échéance mensualisée de taxe foncière tombe le 15 juin. Profitez de la fenêtre de correction pour vérifier un point que la moitié des lecteurs qui m'écrivent négligent : les formulaires 3916 et 3916-bis, qui déclarent les comptes ouverts, utilisés ou clos à l'étranger — y compris les comptes d'actifs numériques et les comptes de paiement type néobanques. L'omission coûte 750 euros par compte et par an, portés à 1 500 euros au-delà de 50 000 euros d'encours.

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L'inquisition fiscale a changé d'échelle le 1er janvier 

Depuis l'entrée en vigueur du volet français de la directive DAC8, les prestataires de services sur crypto-actifs opérant en France transmettent à la DGFiP l'identité de leurs clients et le détail de leurs transactions — montants bruts, nature des actifs, nombre d'opérations. L'administration n'a plus besoin de vous demander : elle sait, ou saura dans les douze mois. J'en tire deux conséquences pratiques. La première : la fenêtre de correction du 25 juin est le moment de régulariser proprement une omission, avant que la relance ne soit automatisée. La seconde : l'autoconservation — vos clés, votre boîtier, hors plateforme — n'est pas une coquetterie de militant, c'est la seule architecture où votre patrimoine numérique ne dépend ni d'un gel réglementaire, ni d'une faillite d'intermédiaire. La déclaration reste obligatoire ; la dépendance, non.

La hausse d'impôts de 2027 se prépare sous vos yeux 

Rappel de ce qui a déjà eu lieu : la loi de finances pour 2026 a porté les prélèvements sociaux sur les revenus du capital de 17,2 % à 18,6 %, via une CSG patrimoine passée de 9,2 % à 10,6 %. La « flat tax » sur vos dividendes, intérêts et plus-values n'est donc plus de 30 % mais de 31,4 %. Des amendements prévoient déjà une CSG à 11,2 % en 2027, soit 19,4 % de prélèvements sociaux et un prélèvement forfaitaire global à 32,2 %. Ajoutez la quarantaine de milliards d'euros que le budget 2027 devra trouver, la taxe nouvelle sur les holdings patrimoniales et la contribution sur les hauts revenus prorogée tant que le déficit dépasse 3 % du PIB, et la direction est lisible sans modèle économétrique : l'assiette la plus commode est l'épargne déclarée, domiciliée en France, et immobile. C'est précisément la zone médiane que la doctrine Barbell vous recommande de quitter — fonds patrimoniaux diversifiés, assurance-vie en unités de compte, obligations souveraines européennes. Le mouvement de sortie progressive engagé sur douze mois garde toute sa pertinence ; la trajectoire fiscale lui en ajoute.

Livrets réglementés : 1,5 % en attendant le 1er août 

Le taux du Livret A sera révisé au 1er août, sur décision prise mi-juillet après l'inflation de juin. La formule donnerait entre 1,6 % et 1,8 %, le LEP suivant vers 2,8 % — mais le ministre conserve le pouvoir d'y déroger, et il en a déjà usé. Mon cadre ne varie pas : le Livret A est une poche de précaution — trois à six mois de dépenses courantes, défiscalisées et liquides — pas un placement. À 1,5 % servi face à une inflation qui remonte, son rendement réel est nul ou négatif ; son seul mérite est d'échapper aux 18,6 % qui frappent tout le reste. C'est un coffre à outils, pas un moteur.

Euro et devises : la semaine de la BCE 

L'euro a fluctué entre 1,1523 et 1,1664 dollar cette semaine, et la décision de jeudi peut le raffermir encore. Conséquence mécanique pour vous : un euro plus fort abaisse temporairement le coût de vos achats d'or (libellé en dollars) et de vos devises de réserve. La poche multi-devises que je préconise — 5 % du patrimoine, répartis entre franc suisse, dollar canadien et yen — se constitue en quelques jours sur un compte multi-devises type Wise ou Revolut. Sa fonction n'est pas le rendement : c'est votre option de réallocation rapide si l'euro venait à connaître une tension violente.

Cet article n'est pas un conseil en investissement personnalisé. Les pourcentages indiqués sont des préconisations pour un cas type — adaptez-les à votre âge, votre situation familiale et votre fiscalité, et passez par un conseiller en gestion de patrimoine indépendant, un CGPI qui ne perçoit aucune rétrocommission des produits qu'il recommande, avant toute mise en œuvre d'envergure.

À 1,5 % servis sur le livret et 18,6 % prélevés sur tout le reste, l'écart entre ce que l'État vous sert et ce qu'il vous prélève n'est plus une anomalie de conjoncture. C'est une politique. Votre allocation est la seule réponse qui ne se vote pas.

La démographie, base de toute puissance, surtout pour les BRICS, par Thibault de Varenne

6 June 2026 at 18:12

L'Inde présidera les BRICS en 2026. Elle accueillera le sommet, elle en tiendra la plume, elle en donnera le ton. Elle le fait forte d'une qualité que nul autre membre ne possède au même degré : depuis 2023, elle est le pays le plus peuplé de la terre. Plus de quatorze cents millions d'hommes.

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On a noté la nouvelle. On l'a rangée parmi les curiosités du calendrier statistique. On est passé à autre chose. C'est une erreur. Le nombre n'est pas une curiosité. Il est une prémisse. Tout le reste — le commerce, la monnaie, les flottes, les sièges qu'on réclame au Conseil de sécurité — s'en déduit lentement, mais s'en déduit.

De Gaulle le savait, qui ne séparait jamais le rang de la France du nombre des Français. Il tenait la natalité pour une affaire d'État, au même rang que la dissuasion. On a jugé cela démodé. On le juge démodé encore. Mais les démodés, parfois, avaient seulement raison trop tôt. La carte qui se redessine aujourd'hui n'est pas d'abord une carte d'idéologies ni de produits intérieurs bruts. C'est une carte de berceaux. Là où ils se remplissent, une puissance se prépare ; là où ils se vident, une puissance se retire. On voudrait nous faire croire que la richesse seule décide. On s'y emploie. On y consacre des colloques entiers. Le siècle, pourtant, paraît vouloir trancher autrement.

Les BRICS à l’âge de raison, par Thibault de Varenne
À New Delhi, à la mi-mai, en marge de la réunion des ministres des Affaires étrangères des BRICS, Sergueï Lavrov a prononcé une phrase que nos chancelleries n’ont guère relevée : « nous ne précipiterons pas l’élargissement des BRICS », car le groupement, ayant doublé de taille en deux ans, doit désormais « rationaliser
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Sommet des BRICS : face au fantasme naïf d’un bloc uni, par Thibault de Varenne
Le sommet du 15 mai s’est achevé sans déclaration commune. Ceux qui attendaient l’acte de naissance d’un contre-Occident en sont pour leurs frais. Les BRICS ne sont pas un bloc et n’en seront jamais un — ce qui ne diminue en rien leur portée, à condition de comprendre ce qu’est, au
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Le tableau des masses

Commençons par l'Inde, puisqu'elle ouvre l'année. Sa jeunesse n'est pas une figure de style. Elle compte près de six cents millions d'habitants entre dix-huit et trente-cinq ans, et quelque deux cent cinquante millions d'adolescents, soit un cinquième

de sa population. L'âge médian y avoisine la vingtaine avancée, quand le nôtre frôle la cinquantaine. Voilà ce qu'on appelle un dividende démographique : une nation où les bras qui produisent l'emportent, et de loin, sur les bouches qui dépendent. New Delhi le sait, et le monnaie déjà en assurance diplomatique. Un dirigeant de sa Bourse a pu annoncer, sans qu'on lui rie au nez, que la jeunesse indienne produirait une part considérable de la richesse mondiale dans les décennies qui viennent.

Il faut pourtant lire les chiffres jusqu'au bout, car l'Inde, mieux que d'autres, sait ne pas se griser. Ses propres économistes avertissent que la fenêtre n'est pas éternelle : la part de sa population en âge de travailler culminerait autour de 2031, puis commencerait de refluer dès 2036, l'âge médian bondissant alors vers trente-cinq ans. Le dividende a une échéance. La presse de Pékin, qui observe son voisin sans aménité, résume la chose d'une formule qui vaut avertissement : cette masse de jeunes sera dividende ou désastre, selon que le marché du travail saura ou non les absorber. Le nombre offre l'occasion. Il ne l'accomplit pas. Retenons la distinction ; nous y reviendrons.

La Chine, ou la puissance qui compte ses morts

Tournons-nous vers la Chine. Voici un empire qui, pour la première fois de son histoire moderne, recule. Sa population décline depuis 2022 ; le Bureau national des statistiques l'avait annoncé avant même que le seuil ne fût franchi. Fin 2024, elle s'établissait à un milliard quatre cent huit millions d'âmes, en baisse de près d'un million et demi sur l'année. Les plus de soixante ans y atteignent désormais trois cent dix millions, soit plus d'un cinquième du pays. Une nation entière vieillit à vue d'œil, et le sait, et le dit.

Ce qui frappe, ce n'est pas le recul. C'est la manière dont Pékin en parle. Pas de lamentation. Pas de déni. Une rhétorique de maîtrise. Les organes officiels expliquent, posément, que « moins peut signifier plus », que la qualité de la main-d'œuvre compensera la quantité, que l'économie ne déraillera pas. On annonce des subventions à la naissance, une école maternelle gratuite par étapes, un virage simultané vers le soutien à la natalité et l'innovation. Surtout, on parie sur la machine. Dans les maisons de retraite de Shenzhen, des robots de soin jouent aux échecs avec les vieillards, les aident à se mouvoir, suppléent aux bras qui manquent. L'« économie des cheveux d'argent », pesée à sept mille milliards de yuans, doit en valoir trente mille d'ici 2035. Le régime convertit son déclin démographique en marché. C'est une réponse d'ingénieur à un problème de civilisation. Reste à savoir si l'ingénieur a le dernier mot.

Car il y a, dans cette confiance affichée, quelque chose qui ne se laisse pas robotiser. Un peuple n'est pas seulement une somme de bras, fût-elle augmentée de bras d'acier. C'est une chaîne de transmission, où chaque génération doit à la suivante mieux qu'un capital : une langue, un récit, le goût de durer. Quand la chaîne se distend, aucune automatisation ne la renoue. La Chine le pressent, qui multiplie les incitations sans parvenir, pour l'instant, à relever ses berceaux. On peut subventionner une naissance. On ne décrète pas le désir d'enfant. Personne ne l'a jamais fait tenir dans un budget.

La Russie, ou la blessure ancienne

La Russie offre le même tableau, en plus aigu et plus ancien. Sa crise démographique n'a pas commencé hier ; elle traîne depuis l'effondrement soviétique, comme une plaie mal refermée. En 2024, le pays a enregistré un million deux cent vingt-deux mille naissances, le chiffre le plus bas depuis 1999 — un tiers de moins qu'il y a dix ans. Les démographes parlent d'un creux qu'on n'avait pas vu depuis une génération. L'Organisation mondiale de la santé prévoit que la population russe pourrait perdre près de dix millions d'habitants d'ici 2050.

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Lyhanna, victime de l'inertie administrative

Et si le vrai danger n'était pas la malveillance, mais l'absence de zèle ? Un dossier qui met treize jours à franchir quatre-vingts kilomètres, des semaines à être ouvert, et jamais le temps d'une garde à vue. La mort de Lyhanna, onze ans, dit moins sur un homme que sur des administrations qui ne se sont, à aucun moment, senties obligées de bien faire leur travail.

Lyhanna, victime de l'inertie administrative
Lyhanna, victime de l'inertie administrative

Il existe des objets si ordinaires qu'on ne les regarde plus : une chemise cartonnée, un parapheur posé sur le coin d'un bureau, une enveloppe de papier kraft qui attend, dans le bac du courrier sortant, qu'une main veuille bien l'affranchir. Celui dont je veux parler ici — un dossier de plainte pour viol sur une enfant de dix ans, constitué le 22 août 2025 à la gendarmerie de Plaisance-du-Touch — a voyagé, paraît-il, par la poste. En format papier. Et il a mis treize jours pour aller du parquet de Toulouse à celui d'Auch. Pas un appel téléphonique, pas un courriel. Une enveloppe, et le temps qu'elle traverse la Gascogne.

Je commence par ce détail parce qu'il contient tout le reste. On voudrait croire qu'un drame de cette nature suppose une faute spectaculaire, un complot, une grande lâcheté. Il n'en est rien. À le bien regarder, il a suffi d'une suite de petites atonies, chacune excusable, aucune coupable à elle seule, pour qu'un homme déjà signalé demeure libre, et qu'une enfant meure.

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Ce que contenait l'enveloppe

Rappelons les faits, puisqu'ils sont établis et qu'ils se passent de commentaire. Lyhanna, onze ans, a disparu le 29 mai près de Fleurance, dans le Gers ; son corps a été retrouvé le 4 juin, l'autopsie ne permettant pas, à ce stade, d'établir les causes de la mort. Le principal suspect, un homme de quarante et un ans, a été interpellé dès le lendemain de la disparition et placé en garde à vue en quelques heures. Il est présumé innocent, et le restera tant qu'un tribunal n'aura pas dit le droit. Mais il était, depuis des années, visé par plusieurs procédures pour des faits de même nature.

La plainte d'août 2025 n'était pas un soupçon en l'air. Selon une source proche du dossier, elle comportait des auditions, une expertise psychologique, un certificat médical faisant état de lésions « jugées sans ambiguïté », et le suspect y était identifié. Tout y était, donc, pour agir vite. On n'a pas agi vite. Le dossier, arrivé à Auch, y serait resté plusieurs semaines sans traitement : près d'un mois pour être examiné, un mois et demi de plus pour qu'un service enquêteur soit désigné, lequel ne le fut, semble-t-il, qu'au début de l'année 2026. Et jamais, dans cet intervalle, le suspect ne fut placé en garde à vue. L'affaire, dit la même source, « aurait été traitée comme une procédure ordinaire, de vol, de braquage ou d'extorsion » — non comme ce qu'elle était.

Il faut être juste : l'institution elle-même a reconnu la défaillance. Le garde des Sceaux a présenté des excuses à la famille ; le ministère a ordonné des inspections, et n'écarte pas des sanctions devant le Conseil supérieur de la magistrature. Surtout, il a livré l'aveu qui éclaire tout le dossier : « aucune difficulté particulière de moyens » ne saurait expliquer ces délais. Le parquet d'Auch comptait quatre magistrats et ne croulait sous aucun stock. Voilà qui désarme par avance la consolation habituelle. Ce n'est pas l'histoire d'une administration débordée. C'est l'histoire d'une administration disponible qui n'a pas jugé que cela pressât.

Tocqueville l'avait vu venir

On cherche un coupable, et l'on ne trouve qu'un mécanisme. C'est précisément ce que Tocqueville redoutait lorsqu'il décrivait, au tome second de La Démocratie en Amérique, ce pouvoir administratif qui « ne tyrannise point » mais « gêne, comprime, énerve, éteint », et finit par réduire les hommes à n'être « qu'un troupeau d'animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger ». On retient d'ordinaire la formule pour dénoncer la surveillance et la contrainte. On oublie son revers, qui est ici le sujet : ce pouvoir tutélaire ne se contente pas d'étouffer l'initiative des gouvernés ; il dilue aussi, en lui-même, la responsabilité des gouvernants.

Car le propre d'une administration très centralisée, très procédurale, très hiérarchique, c'est que chacun y obéit et que personne n'y répond. Le gendarme a recueilli la plainte : il a fait son office. Le parquet de Toulouse l'a transmise : il a fait son office. Celui d'Auch l'a enregistrée, puis l'a mise dans la pile : il a fait, lui aussi, son office. Chaque maillon est en règle ; la chaîne, elle, ne mène nulle part. La faute, introuvable, s'est évaporée entre les bureaux. Et une administration où nul ne se sent personnellement comptable d'un dossier finit par ne se sentir obligée de rien.

Ce qu'on voit, ce qu'on ne voit pas

Bastiat nous a appris à distinguer, en toute chose publique, ce qu'on voit de ce qu'on ne voit pas. Appliquons la leçon. Ce qu'on voit, c'est l'État qui s'affiche : les circulaires de politique pénale faisant des violences sexuelles sur mineurs une « priorité absolue », les plans, les annonces, les ministres réunis en urgence à Matignon. Ce qu'on ne voit pas, c'est le seul endroit où tout cela aurait dû devenir un acte : un magistrat décrochant son téléphone, un enquêteur saisi dans la semaine, une garde à vue ordonnée tant que l'homme était encore à portée. La priorité existait sur le papier. Elle n'a, nulle part, rencontré une volonté.

Et voici le paradoxe que je suppose au cœur de l'affaire. L'État qui n'a pas trouvé, en neuf mois, le temps d'entendre un suspect identifié est le même qui sait verbaliser un excès de vitesse en quelques secondes, prélever un impôt à la source en temps réel, dématérialiser, tracer, contrôler. Les moyens existent ; c'est le zèle qui se distribue mal. On en met beaucoup là où l'administration se sert elle-même, et fort peu là où elle devrait servir. La machine est rapide pour ce qui la nourrit, lente pour ce qui l'oblige.

Ce n'est pas nouveau, c'est très français

Il serait malhonnête de présenter cela comme un accident isolé. Avant Lyhanna, il y eut d'autres prénoms, d'autres dossiers, d'autres signaux laissés sans suite, que la mémoire publique a rangés côte à côte sans jamais en tirer la leçon. C'est qu'il s'agit, à le bien regarder, d'un trait ancien de notre administration : la préférence du formalisme sur le résultat, de la procédure régulière sur la mission accomplie, du j'ai transmis sur le j'ai agi. On y respecte la forme comme on respecte un rite, avec le sentiment du devoir rempli au moment précis où le devoir est trahi.

Le plus révélateur, ce sont les remèdes qu'on annonce. Le ministre s'interroge — et il a raison — sur le point de savoir si ses propres circulaires ont été appliquées. Mais que dit cet aveu, sinon que l'État ne sait plus se faire obéir de lui-même ? Il légifère contre sa propre inertie et la retrouve intacte au bas de l'échelle. On répondra par une nouvelle circulaire à l'échec de la précédente. Le papier, encore, pour soigner ce que le papier a déjà manqué.

Pendant ce temps

Pendant qu'on débat de l'émotion, qu'on convoque, qu'on inspecte, une question demeure que personne ne pose vraiment. Le problème n'est pas qu'il manque des règles ; il en pleut. Il n'est pas non plus, on nous l'a dit, qu'il manque des moyens. Le problème est qu'aucune règle et aucun moyen ne remplacent jamais cette chose modeste et introuvable : un fonctionnaire qui considère qu'un dossier posé sur son bureau est son affaire à lui, et qu'il ne dormira pas tranquille tant qu'il l'aura laissé dormir. On peut tout réformer, sauf cela. La conscience professionnelle ne se décrète pas ; elle se cultive, ou elle se perd. Depuis quelques décennies, je crois, nous la perdons — non par méchanceté, mais par cette tiédeur d'âme qui s'installe partout où l'on n'a de comptes à rendre à personne.

Dernier mot

Une société libre ne demanderait pas d'abord une loi de plus. Elle demanderait des noms et des responsabilités. Non pour livrer quelques agents à la vindicte — la curée ne répare rien et nous avilit —, mais parce qu'une mission sans responsable est une mission sans titulaire, et qu'un service public où l'erreur ne coûte jamais rien à personne finit par ne plus rendre aucun service. La vraie réforme, ici, n'est ni budgétaire ni numérique. Elle est morale. Elle tient en une phrase qu'aucune circulaire ne saura jamais imposer : que quelqu'un, quelque part, se sente comptable d'un enfant.

Lyhanna n'a pas été tuée par une fatalité, ni par la pénurie, ni par un excès de droits accordés aux suspects. Elle a été perdue dans l'intervalle qui sépare un bureau d'un autre, dans ces treize jours d'une enveloppe et ces semaines d'une pile, par des gens qui faisaient, chacun, à peu près leur travail. C'est cela qui devrait nous tenir éveillés. Le mal, ici, n'a pas de visage. Il a la couleur d'un dossier qu'on n'a pas ouvert.

Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de Varenne

6 June 2026 at 10:12

Et si la première puissance du monde administrait, mois après mois, la preuve que rien ne tient sans contrepoids — ni la loi, ni la presse, ni la probité ? Dix-huit mois de pouvoir disent moins sur un homme que sur une nation qui découvre, dans l'effacement de ses propres bornes, ce qu'elle valait vraiment.

Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de Varenne
Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de Varenne

On nous a longtemps présenté l'Amérique comme le pays de l'État de droit. C'était son orgueil, et son magistère : elle en faisait la leçon au monde, des chancelleries aux tribunaux. Dix-huit mois après le retour de M. Trump, la leçon se retourne. Ce n'est pas seulement une faute, ni un homme. C'est une démonstration — patiente, méthodique, presque pédagogique — de ce qu'un régime devient lorsqu'on retire un à un ses contrepoids.

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Commençons par les juges, puisque c'est là que tout se joue. Au cœur de l'année 2025, le Washington Post établissait que l'administration n'obéissait pas — ou se voyait accusée de ne pas obéir — à près d'un tiers des décisions de justice rendues contre elle. Des avions d'expulsion qu'un juge ordonne de faire demi-tour, et qui poursuivent leur route. Un homme expulsé par erreur vers le Salvador, que la Cour suprême ordonne de ramener, et qu'on ne ramène pas. Le procédé a un nom dans la bouche des juristes : la désobéissance habillée de droit, qui invoque la procédure pour mieux la vider. Le président de la Cour suprême lui-même a dû rappeler qu'on ne destitue pas un juge parce qu'on conteste son jugement. Quand le gardien de la loi doit rappeler que la loi existe, c'est qu'elle vacille déjà.

Vint ensuite le pardon. Au premier jour du mandat, près de mille six cents condamnés du 6-Janvier graciés d'un trait de plume — y compris les chefs des Oath Keepers et des Proud Boys, ceux-là mêmes qui avaient porté la main sur des policiers. Un haut fonctionnaire de la Justice y a vu un feu vert donné à la violence politique. Puis l'on a démis, rétrogradé, inquiété les procureurs qui avaient instruit l'affaire ; et l'on a annoncé des enquêtes sur d'anciens directeurs du FBI et de la CIA, dont le président disait publiquement qu'ils devraient « payer le prix ». Gracier ses amis, poursuivre ses adversaires : c'est la définition la plus ancienne de l'arbitraire. Elle n'a pas pris une ride.

On a vu aussi le pouvoir s'en prendre, par décret, aux cabinets d'avocats qui l'avaient combattu — Paul Weiss, Jenner & Block, Covington —, leur retirant habilitations et marchés, jusqu'à ce que les tribunaux y voient une rétorsion contraire à la Constitution. On a vu Harvard sommée de céder son indépendance sous peine de perdre deux milliards de dollars de crédits, et un juge fédéral déclarer ce gel illégal, dicté par représailles contre une parole protégée. Quelques grandes maisons ont plié, négocié, donné des gages. L'histoire enseigne que ceux qui s'agenouillent les premiers ne s'en relèvent pas les mieux portants.

La presse, ensuite. Une chaîne poursuivie pour le montage d'un entretien, et sa maison-mère qui finit par verser seize millions de dollars pour solde de tout compte, à la veille d'une fusion qu'il fallait faire approuver. Une agence de presse chassée des lieux officiels pour un mot qu'elle refusait d'employer. Une autorité de régulation qui rouvre des enquêtes contre les chaînes mal-aimées. Rien de tout cela n'est, pris isolément, une censure d'État au sens où l'entendaient les régimes du siècle dernier. C'est plus subtil, et peut-être plus efficace : on ne fait pas taire, on fait payer ; on n'interdit pas, on intimide. Le résultat se mesure déjà à ceux qui se taisent d'eux-mêmes.

Euro numérique : ce que le plafond de 3.000€ dit du projet, par Vincent Clairmont
Le Conseil des gouverneurs de la BCE a fixé, le 24 mars 2026, à 3 000 euros par personne le plafond de détention d’euros numériques retenu pour la phase pilote, programmée au second semestre 2027 sur douze mois, en vue d’une émission effective en 2029. La Bundesbank plaide pour un
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La branche risquée de la Barbell Strategy : Bitcoin, options, capital-risque, par Vincent Clairmont
Vincent Clairmont poursuit aujourd’hui sa “consolidation” sur le portefeuille en Barbell Strategy. La branche risquée représente 20 % de l’allocation, soit 100 000 euros sur le cas type. Son rôle est l’inverse de la branche sûre : encaisser disproportionnellement les discontinuités, au prix d’une volatilité élevée et d’un risque de perte totale
Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de VarenneLe Courrier des StratègesRédaction
Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de Varenne
La branche Barbell sûre de votre patrimoine : or, T-bills, foncier, liquidités, par Vincent Clairmont
Vincent Clairmont continue aujourd’hui son passage en revue de votre stratégie Barbell antifragile en matière de patrimoine. La branche sûre représente 80 % de l’allocation, soit 400 000 euros sur le cas type. Son rôle n’est pas de rapporter : il est de ne pas perdre si le système se disloque. Quatre
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Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de Varenne
Réponse à une lectrice : Livret A, devises, Bitcoin, foncières — quatre précisions sur l’allocation Barbell, par Vincent Clairmont
Une lectrice m’écrit après la chronique de dimanche. Elle a mis en place une allocation Barbell pour son époux il y a un an, elle en est satisfaite, et elle pose quatre questions précises. Elles sont si justes — l’une d’elles relève d’ailleurs une incohérence réelle de ma part — que je
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Puis l'armée dans les villes. Des gardes nationaux fédéralisés contre l'avis de leurs gouverneurs, envoyés à Los Angeles, à Portland, à Chicago. Des juges, jusqu'à la cour d'appel, pour en dire l'illégalité ; un magistrat pour constater que la troupe avait procédé à des arrestations, réglé la circulation, dispersé des foules — ce que la loi lui défend depuis cent cinquante ans. À la fin de l'année, le retrait. Je veux croire que les institutions ont tenu. Mais on n'envoie pas l'armée contre son propre peuple par mégarde : on essaie, pour voir où sont les bornes. C'est l'essai qui inquiète, plus encore que son échec.

Il y a l'illibéralisme ; il y a aussi, jumelle, la vénalité. Car le même mouvement qui défait les contrepoids politiques défait les contrepoids moraux. Le 17 janvier 2025, trois jours avant de prêter serment, M. Trump lançait une monnaie à son nom — un memecoin — dont une société qu'il contrôle détenait l'essentiel, et dont la valeur de marché frôla cinq milliards de dollars en quelques heures. La plus haute fonction de l'État inaugurée par une opération de spéculation à son profit : il fallait l'oser. On l'a osé.

Le reste a suivi la pente. Une société familiale, World Liberty Financial, sa

Euro numérique : ce que le plafond de 3.000€ dit du projet, par Vincent Clairmont

5 June 2026 at 09:30

Le Conseil des gouverneurs de la BCE a fixé, le 24 mars 2026, à 3 000 euros par personne le plafond de détention d'euros numériques retenu pour la phase pilote, programmée au second semestre 2027 sur douze mois, en vue d'une émission effective en 2029.

Euro numérique : ce que le plafond de 3.000€ dit du projet, par Vincent Clairmont
Euro numérique : ce que le plafond de 3.000€ dit du projet, par Vincent Clairmont

La Bundesbank plaide pour un plafond inférieur, entre 1 500 et 2 500 euros. Côté législatif, le Conseil de l'UE a arrêté sa position commune en décembre 2025 ; la commission ECON du Parlement européen, divisée, n'a pas dégagé de majorité, et les eurodéputés envisagent de voter directement un mandat en séance plénière d'ici l'été pour ouvrir le trilogue. Le calendrier tient donc, à une inconnue près : le niveau du plafond. C'est précisément cette inconnue qui mérite l'analyse, car le paramétrage d'un instrument monétaire renseigne plus sûrement sur sa fonction que les discours qui l'accompagnent.

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Un préalable technique. Aucune autre forme de monnaie de banque centrale n'est plafonnée. Un résident de la zone euro peut détenir autant de billets qu'il le souhaite ; les banques commerciales détiennent des réserves à la BCE sans limite de montant. L'euro numérique serait la première monnaie de banque centrale assortie, dès sa conception, d'un plafond de détention individuel — complété par

Euro numérique : comment s’en protéger ? par Vincent Clairmont
Le Parlement européen doit se prononcer en mai 2026 sur le mandat de négociation du règlement relatif à l’euro numérique, soit deux ans et onze mois après le dépôt de la proposition de la Commission européenne en juin 2023. Le Conseil de l’Union européenne a adopté sa position commune en
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La branche Barbell sûre de votre patrimoine : or, T-bills, foncier, liquidités, par Vincent Clairmont
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Les BRICS à l'âge de raison, par Thibault de Varenne

5 June 2026 at 09:18

À New Delhi, à la mi-mai, en marge de la réunion des ministres des Affaires étrangères des BRICS, Sergueï Lavrov a prononcé une phrase que nos chancelleries n'ont guère relevée : « nous ne précipiterons pas l'élargissement des BRICS », car le groupement, ayant doublé de taille en deux ans, doit désormais « rationaliser son travail dans le format élargi ».

Les BRICS à l'âge de raison, par Thibault de Varenne
Les BRICS à l'âge de raison, par Thibault de Varenne

L'agence TASS l'avait déjà laissé entendre : toute expansion nouvelle est jugée inopportune à ce stade. Le club qui grossissait à chaque sommet annonce qu'il cesse de grossir. On pourrait n'y voir qu'une pause de procédure. Je crois qu'il faut y voir une mue.

Les BRICS à l'âge de raison, par Thibault de Varenne

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Rappelons la cinétique, car elle fut rapide. Cinq membres pendant quinze ans ; puis l'Égypte, l'Éthiopie, l'Iran et les Émirats au 1er janvier 2024 ; l'Indonésie en janvier 2025 ; et autour du noyau, une dizaine de pays partenaires — du Kazakhstan au Nigeria, de la Malaisie à Cuba — selon la formule inventée au sommet de Kazan. L'ensemble pèse, selon les chiffres mêmes de M. Lavrov, 40 % du produit mondial en parité de pouvoir d'achat, et près de la moitié de l'humanité ; la banque centrale russe note que le G7 est passé derrière. On peut discuter ces agrégats, qui mélangent des économies fort dissemblables. On ne peut pas discuter la direction.

Le budget prévoyait + 38 milliards de dépenses, Lecornu passe au rationnement

Et si le gouvernement venait de réinventer, sans oser le mot, la carte de rationnement ? En demandant à ses ministres des « mesures supplémentaires de freinage de la dépense » pour absorber le coût de la guerre au Moyen-Orient, le gouvernement dit moins une politique d'économies qu'un aveu : la machine qu'on ne sait plus arrêter rationne désormais ses passagers.

Le budget prévoyait + 38 milliards de dépenses, Lecornu passe au rationnement
Le budget prévoyait + 38 milliards de dépenses, Lecornu passe au rationnement

Il existe, au fond des tiroirs de quelques familles françaises, des carnets de tickets jaunis que personne n'a jamais eu le cœur de jeter : pain, sucre, matières grasses. La France du rationnement les a conservés jusqu'en 1949 — quatre ans après la fin des combats, le temps que l'administration du manque veuille bien admettre que l'abondance était revenue. L'objet semblait mort, rangé entre la TSF et les actions russes. Il revient pourtant, dématérialisé, anobli, traduit en langue de Bercy. On ne dit plus ticket. On dit « freinage de la dépense ».

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Dans une lettre adressée à ses ministres, Sébastien Lecornu demande des « mesures supplémentaires de freinage de la dépense » pour absorber le coût de la guerre au Moyen-Orient — « au moins 6 milliards d'euros, à ce jour », selon ses propres termes : 4 milliards sur l'État, 2 milliards sur la sphère sociale. Et Bercy d'énoncer la règle du jeu : toute dépense nouvelle rendue nécessaire par la crise sera compensée « à l'euro près » par l'annulation d'une dépense prévue. La formule se veut martiale. Elle est surtout révélatrice.

Six milliards contre trente-huit

Prenons les deux récits en présence, car chacun mérite d'être entendu avant d'être renvoyé dos à dos. Côté gouvernement, on plaide le sérieux : une crise externe, un choc pétrolier, et un exécutif qui tient sa trajectoire en demandant l'effort à tous. Côté oppositions, on crie à l'austérité : l'hôpital, l'école, les collectivités paieraient la guerre des autres. Les deux camps jouent leur partition avec conviction, avec constance, avec un sens consommé du rôle.

Les deux oublient le même chiffre. Le budget 2026, promulgué le 19 février après trois recours au 49.3, prévoit 38 milliards d'euros de dépense publique supplémentaire, un déficit relevé en cours de route de 4,7 à 5 % du PIB, et une dette portée à 118,3 % du PIB en fin d'année. L'OFCE parle pudiquement d'un « déficit de compromis » ; l'iFRAP, plus crûment, d'un budget de renoncements. Six milliards de « freinage » contre trente-huit milliards d'accélération : le solde de l'année reste une augmentation massive, assumée, votée — ou plutôt non votée, puisque le 49.3 en a fait l'économie.

On ne freine pas un convoi qu'on vient soi-même de lancer à pleine vitesse. On en rationne les passagers.

Pourquoi la France, centre de votre patrimoine, est l’endroit le plus dangereux, par Vincent Clairmont
Le taux d’emprunt à dix ans de la France évolue autour de 3,9 %, avec un spread d’environ 75 points de base sur le Bund allemand — le double de l’écart de 2022. L’Agence France Trésor doit lever un montant record en 2026, supérieur au pic du Covid. La BCE devrait
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Le budget prévoyait + 38 milliards de dépenses, Lecornu passe au rationnement
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Le budget prévoyait + 38 milliards de dépenses, Lecornu passe au rationnement

La guerre, vieille complice

Bertrand de Jouvenel, écrivant Du Pouvoir dans l'immédiat après-guerre, avait décrit le mécanisme avec une précision d'horloger : chaque guerre hisse l'État sur un palier de prélèvement et de commandement dont il ne redescend jamais tout à fait. La crise passe, le palier reste. Je n'irai pas chercher de longues citations — l'idée se suffit : le Pouvoir ne rétrécit pas de lui-même, il profite de chaque urgence pour étendre ce qu'il tient, et quand l'urgence l'oblige à choisir, il ne choisit jamais contre lui-même. Il redistribue la contrainte vers le bas.

La lettre de Matignon en est l'illustration chimiquement pure. La guerre au Moyen-Orient coûte 6 milliards ? On ne suspend pas un programme d'agence, on ne ferme pas un guichet, on ne rend pas un périmètre à la société civile. On demande aux ministères de « freiner » — c'est-à-dire de faire payer la crise par les administrés, en bout de chaîne, sous forme de services réduits et de files allongées. Le palier, lui, est sanctuarisé.

Le frein est pour les autres.

Ce qu'on voit, ce qu'on ne voit pas

Appliquons au « freinage » la grille de Bastiat — ce qu'on voit, ce qu'on ne voit pas — qui n'a pas pris une ride.

Ce qu'on voit : un chiffre rond, une conférence de presse, un Premier ministre qui annonce des économies. Le mot « freinage » lui-même est une trouvaille : il suggère le geste du conducteur prudent, la maîtrise, le sang-froid dans la descente.

Bastiat, le libertarien du visible et de l’invisible !
Dans cette nouvelle livraison de la Liberty Academy, je passe en revue les éléments les plus importants de la philosophie du français Frédéric Bastiat. Essentiel pour comprendre la liberté.
Le budget prévoyait + 38 milliards de dépenses, Lecornu passe au rationnementVerhaeghe BriefingEric Verhaeghe
Le budget prévoyait + 38 milliards de dépenses, Lecornu passe au rationnement

Ce qu'on ne voit pas : que ces « économies » sont, pour l'essentiel, des moindres hausses. Contrepoints l'a relevé dès février : pendant que le gouvernement vantait sur X une « dépense publique en recul », les dépenses des administrations centrales passaient de 664 à 681 milliards d'euros. Le recul était un recul en proportion d'un PIB espéré, pas une soustraction. Et la Cour des comptes, dans sa note de février, a écrit l'autre moitié de la phrase : la modeste réduction du déficit 2025 — 161 milliards d'euros tout de même, 5,4 points de PIB — est « exclusivement » imputable à 23 milliards de hausses d'impôts. Exclusivement. Pas un euro de l'effort n'est venu de la dépense ; tout est venu du contribuable. Faut dire que c'est plus commode : le contribuable, lui, ne fait pas grève.

Je suppose qu'il se trouvera, dans les cabinets, des gens sincères pour défendre la règle de compensation « à l'euro près ». Mais cette règle ne s'applique qu'aux dépenses nouvelles — la base, les quelque 1 700 milliards de dépense publique annuelle, près de 57 % du PIB, reste hors du champ du frein. On rationne le supplément. Jamais le banquet.

Une tradition française

Ce n'est pas nouveau ; à le bien regarder, c'est très français. Le plan Barre de 1976 promettait la rigueur ; le tournant de 1983 la promettait encore ; le plan Juppé de 1995, la RGPP de 2007, les pactes et rabots des années 2010 l'ont promise tour à tour, sérieusement, solennellement, presque pieusement. Un demi-siècle de freinages successifs — et au terme de ce demi-siècle de freins, la dépense publique est passée d'environ 40 % du PIB au milieu des années 1970 à 57 % aujourd'hui. Aucun pays au monde n'a freiné si fort pour accélérer autant.

La constante de ces épisodes n'est pas l'échec comptable, qui se discuterait. C'est le vocabulaire. Jamais « réduction », qui obligerait à dire ce qu'on supprime. Jamais « retrait », qui obligerait à dire ce qu'on rend. Toujours des mots de mécanique douce — freinage, maîtrise, modération, rabot — qui décrivent une intention sans engager une politique, et qui permettent à chaque gouvernement de tenir le rôle du gestionnaire rigoureux pendant que la machine, sous lui, continue sa soûlographie budgétaire. Nous avons changé les mots à chaque décennie. Nous n'avons pas changé la pratique.

Pendant ce temps

Pendant que Paris débat de six milliards, les créanciers, eux, recomptent. L'Insee décrit un « nouveau choc pétrolier » et un net regain d'inflation ; la Banque de France abaissera mi-juin sa prévision de croissance ; la BCE, face à une inflation de zone euro remontée à 3,2 %, s'apprête à relever ses taux le 11 juin. Or la Cour des comptes le rappelle dans la même note de février : la France aborde cette séquence avec le déficit le plus élevé de la zone euro, le troisième stock de dette — 3 465 milliards d'euros fin 2025 — et un ratio qui monte quand celui de nos voisins descend. Chaque quart de point de taux supplémentaire se transformera, année après année, en milliards d'intérêts — des milliards qu'aucune lettre de Matignon ne pourra « freiner », parce qu'on ne négocie pas avec une courbe de taux.

Le vrai freinage ne viendra peut-être pas de Matignon. Il viendra du marché obligataire, qui ne publie pas de circulaires.

Comment sortir légalement son épargne de France ? par Vincent Clairmont
Face à l’arrivée de l’euro numérique et à l’effondrement de nos finances publiques, Vincent Clairmont explique comment, légalement, placer son épargne hors de la zone euro, c’est-à-dire COMMENT CHANGER LÉGALEMENT DE JURIDICTION. Le 17 octobre 2025, Standard & Poor’s a abaissé la note souveraine de la France de AA– à A+
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Le budget prévoyait + 38 milliards de dépenses, Lecornu passe au rationnement

Dernier mot

Une société libre ferait l'inverse exact de ce qui s'annonce. Elle commencerait par nommer : non pas « freinage », mais choix — dire quelles missions l'État abandonne, quels organismes il ferme, quels périmètres il rend à la société. Elle distinguerait la soustraction réelle de l'addition ralentie, et publierait l'une et l'autre sans les confondre. Elle admettrait surtout qu'un pays qui consacre 57 % de sa richesse à la dépense publique n'a plus d'amortisseur quand le choc externe arrive — et que c'est cette absence d'amortisseur, non le pétrole, qui le rend fragile.

Rien de tout cela ne sera fait, je suppose, et les Français le sentent confusément — ils regardent monter la dette comme on regarde monter une crue, depuis le pas de la porte, en se demandant jusqu'où l'eau viendra cette fois. Mais le lecteur de ces colonnes n'est pas condamné au pas de la porte. Ce que l'État appelle freinage, chacun peut l'appeler par son nom — rationnement — et en tirer la conséquence pratique : ne pas attendre de la machine qu'elle se réforme, et construire, à son échelle, par son travail, par son épargne, par ses choix de vie, l'indépendance que la dépense publique promet et ne livre jamais. Les tickets de 1949 ont fini dans les tiroirs. Reste à savoir ce que nos petits-enfants y trouveront de nous.

Le gouvernement réduit le chômage des cadres seniors

Et si le gouvernement qui rabote et les syndicats qui s'indignent défendaient, sans le savoir, exactement la même chose ? La réforme de l'assurance chômage votée le 2 juin dit moins sur le milliard économisé que sur un pays qui a oublié, en soixante-dix ans, à qui appartient le salaire différé.

Le gouvernement réduit le chômage des cadres seniors
Le gouvernement réduit le chômage des cadres seniors

Il existe un document que cinq cent trente-huit mille Français ont signé l'an dernier, généralement un mardi ou un jeudi, dans un bureau des ressources humaines où l'on avait disposé pour l'occasion deux chaises, une bouteille d'eau et un parapheur, et ce document, né en 2008 d'un accord entre partenaires sociaux qui passait alors pour une révolution de velours, s'appelle une rupture conventionnelle. 538 433 homologations en 2024, selon la Dares. Un divorce à l'amiable entre le salarié et l'employeur, inventé pour solder sans drame, sans prud'hommes, sans humiliation, ce que le droit du licenciement rendait interminable.

Le gouvernement réduit le chômage des cadres seniors

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C'est ce document paisible que le Parlement vient de transformer en variable d'ajustement budgétaire.

Un milliard, quinze mille promesses

Le vote solennel du 2 juin a définitivement adopté le projet de loi transposant l'accord du 25 février 2026 entre partenaires sociaux. Le contenu tient en deux chiffres et une promesse : la durée maximale d'indemnisation après une rupture conventionnelle passe de 18 à 15 mois pour les moins de 55 ans, de 27 à 20,5 mois pour les plus âgés, et le gouvernement attend de ce resserrement un milliard d'euros d'économies annuelles pour l'Unedic, assorti de 15 000 retours à l'emploi supplémentaires chaque année et d'un accompagnement renforcé par France Travail dès le premier entretien.

IA : comment le Gouvernement prépare la grande vague de chômage des cols blancs, par Renaud Jacobs
Pendant que les plateaux de télévision s’extasient sur le « génie français » de l’intelligence artificielle et que le plan « Osez l’IA » promet de former 15 millions de salariés d’ici 2030, une réalité bien plus sombre se dessine dans les couloirs feutrés de l’Assemblée nationale. Cette nuit, un nouvel amendement
Le gouvernement réduit le chômage des cadres seniorsLe Courrier des StratègesRédaction
Le gouvernement réduit le chômage des cadres seniors

Les deux camps ont joué leur partition sans surprise. Côté gouvernemental, on dénonce les pré-retraites déguisées, les départs de confort, l'optimisation d'un dispositif devenu, dit-on, une machine à financer des transitions choisies. Côté syndical et à gauche, on dénonce le rabot, la précarisation, le énième tour de vis sur le dos des demandeurs d'emploi. Les uns veulent la cage moins chère. Les autres la veulent plus douillette. Personne, dans aucun des deux hémicycles, n'a demandé qui détient la clé.

Faut dire que la question n'est jamais à l'ordre du jour. On négocie les paramètres ; la propriété, elle, ne se discute pas.

Le détour par Tocqueville

Il y a, dans le second volume de De la démocratie en Amérique, une page que tout lecteur du Courrier connaît, et qu'il faut pourtant relire chaque fois que l'État français retouche un droit social, parce qu'elle décrit moins un régime politique qu'un climat. Tocqueville y imagine le pouvoir sous lequel s'endorment les démocraties et qui préfigure l'avachissement contemporain :

« Au-dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance. »

Appliquons mot à mot. L'assurance chômage à la française n'est pas une assurance : c'est une tutelle. On n'y adhère pas, on y est affilié. On ne choisit ni l'assureur, ni la prime, ni les garanties, ni la durée de couverture. On ne peut pas en sortir, pas la comparer, pas la résilier. Et lorsque le tuteur a besoin d'argent, il modifie les garanties par la loi, rétroactivement pour les espérances, unilatéralement pour les contrats. Je suppose qu'un assureur privé qui réécrirait ainsi ses polices en cours rencontrerait assez vite un procureur. L'État, lui, rencontre une majorité.

Le pouvoir tutélaire n'a pas changé de nature depuis 1840. Il a changé de guichet.

Ce qu'on voit, ce qu'on ne voit pas

Reste à examiner le milliard, avec la méthode de Bastiat : ce qu'on voit, et ce qu'on ne voit pas.

Ce qu'on voit : un régime endetté, un milliard d'économies, quinze mille retours à l'emploi promis. Vertu budgétaire, sérieux gestionnaire, courage réformateur.

Ce qu'on ne voit pas — ou plutôt ce que l'Unedic elle-même documente, avec une constance d'actuaire désespéré : l'État a retiré 12,05 milliards d'euros de recettes au régime entre 2023 et 2026, pour financer France Travail et France Compétences. Sans ces ponctions, le régime serait excédentaire de 3,4 milliards en 2025 et de 4,5 milliards en 2026, et sa dette — bloquée autour de 61,5 milliards — serait retombée vers 42 milliards à l'horizon 2028, son niveau d'avant Covid. Autrement dit : le trou que l'allocataire est sommé de combler par trois mois d'indemnisation en moins, c'est l'État qui le creuse, par milliards, à l'étage du dessus. Le rabot tombe en bas. La ponction se décide en haut.

Et qui paie, en bout de chaîne ? La cotisation dite patronale — 4,05 % de chaque salaire — n'est pas un cadeau de l'employeur : c'est du salaire différé, une part de la rémunération que le salarié ne touche pas aujourd'hui pour être couvert demain. Quant à la part salariale, elle a été supprimée en 2018 et fondue dans la CSG : le salarié paie toujours, mais il ne le voit plus. On a effacé la ligne du bulletin de paie. On n'a pas effacé le prélèvement.

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Soixante-dix ans de réformes, zéro restitution

Ce n'est pas nouveau ; à le bien regarder, c'est même très français. L'Unedic naît en 1958 d'une convention entre patronat et syndicats — une assurance paritaire, gérée par ceux qui la financent, à laquelle l'État ne touche pas. Puis l'histoire s'écrit comme une lente digestion.

2008 : la fusion ANPE-Assedic crée Pôle emploi, et l'opérateur passe sous la main publique.

2018 : la cotisation salariale disparaît dans la CSG, et l'assurance devient pour partie un impôt.

2019 : les partenaires sociaux ne s'accordant pas, l'État écrit lui-même les règles par décret — carence, dégressivité, salaire de référence.

2021 : la contracyclicité indexe les droits sur la conjoncture, décidée d'en haut.

2023-2026 : les ponctions.

2026 : un accord négocié sous lettre de cadrage budgétaire, transposé par un Parlement qui rabote.

Chaque décennie apporte sa réforme paramétrique — durée, taux, différé, plancher — et chaque réforme laisse intacte la seule question qui vaille : la cotisation appartient-elle à celui qui la verse ? On réforme l'usufruit. On ne rend jamais la nue-propriété.

Et les assurés acceptent chaque tour de vis avec cette résignation de troupeau qu'on tond à date fixe, et qui s'étonne moins du froid que du changement de calendrier.

Pendant ce temps

Pendant que les deux hémicycles se disputaient trois mois d'indemnisation, la Cour des comptes publiait cette semaine son examen des conséquences budgétaires de la démographie française — la bombe lente que personne ne désamorce — et l'Agence France Trésor poursuivait son programme d'émissions : plus de 530 milliards d'euros à lever cette année, un record absolu, avec un écart de taux franco-allemand installé à 69 points de base. La question de savoir qui paiera la tutelle quand la pyramide des âges aura fini son œuvre n'a été posée nulle part. Elle aurait pourtant rendu le débat sur les quinze mois presque reposant.

Dernier mot

Que ferait une société libre ? Quelque chose de très simple et de très improbable : elle rendrait la cotisation au salarié. Un compte individuel, portable d'un emploi à l'autre, alimenté par ces 4,05 % qui sont son salaire différé ; le droit d'en confier la gestion à l'assureur de son choix — mutuelle, caisse syndicale, compagnie, et pourquoi pas l'Unedic, qui concourrait comme les autres ; la liberté d'arbitrer soi-même entre durée de couverture et niveau de garantie. La solidarité véritable — chômage de longue durée, accidents de la vie — relèverait de l'impôt : voté, visible, assumé, au lieu d'être dissimulé dans la tuyauterie d'un régime que l'État pille d'une main et rabote de l'autre. Le système de Gand, où des caisses volontaires assurent les salariés, fait vivre cette idée au Danemark et en Suède depuis un siècle — pays dont je ne sache pas qu'ils passent pour des jungles libérales.

Peut-être cette réforme produira-t-elle son milliard ; peut-être même ses quinze mille emplois. Là n'est pas l'objection. L'objection, c'est qu'on aura une fois de plus ajusté la pension de l'assuré sans jamais lui demander son avis sur l'assurance — et qu'on appellera cela, sérieusement, fébrilement, presque pieusement, un progrès du dialogue social.

Le jour où un salarié lira, au bas de son bulletin de paie, le nom d'un assureur qu'il aura choisi, la réforme aura eu lieu. En attendant, on rabote la rente. La cage, elle, vient d'être repeinte.

Le bitcoin sous 55.000€ : faut-il vendre ? par Vincent Clairmont

4 June 2026 at 09:20

Le Bitcoin s'échange ce jeudi matin sous les 55 000 euros —, en repli de 5 % sur vingt-quatre heures, d'environ 13 % sur une semaine depuis un plus haut proche de 75 850 dollars, et de près de 48 % depuis son plus haut historique du 6 octobre 2025 (données CoinMarketCap).

Le bitcoin sous 55.000€ : faut-il vendre ? par Vincent Clairmont
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Les ETF Bitcoin américains ont clôturé mai sur 2,3 milliards de dollars de sorties nettes, le plus gros retrait mensuel de 2026, et la première semaine de juin a fait pire : 3,4 milliards de sorties, un record depuis le lancement de ces produits en 2024, accompagné de 1,86 milliard de dollars de positions liquidées en une seule séance. La question qui remplit ma boîte depuis trois jours tient en trois mots : faut-il vendre ? Ma réponse aussi : non — à une condition, que je précise plus bas.

La branche Barbell sûre de votre patrimoine : or, T-bills, foncier, liquidités, par Vincent Clairmont
Vincent Clairmont continue aujourd’hui son passage en revue de votre stratégie Barbell antifragile en matière de patrimoine. La branche sûre représente 80 % de l’allocation, soit 400 000 euros sur le cas type. Son rôle n’est pas de rapporter : il est de ne pas perdre si le système se disloque. Quatre
Le bitcoin sous 55.000€ : faut-il vendre ? par Vincent ClairmontLe Courrier des StratègesRédaction
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D'abord, comprendre qui vend, et pourquoi. Les flux sortants des ETF sont le fait d'institutionnels entrés au premier trimestre entre 52 000 et 58 000 dollars, assis

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