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Received yesterday — 12 June 2026 Le Courrier des Stratèges

Albanie : la lagune protégée offerte au gendre de Trump

Un mégaprojet à 1,4 milliard d'euros lié à Jared Kushner, gendre de Donald Trump,menace la réserve naturelle de Vjosa-Narta, sanctuaire de flamants roses sur l'Adriatique. L’île de Sazan, verrou géostratégique, complète le tableau. Le projet prévoit hôtels, villas et marina haut de gamme. Depuis le début du mois de juin, la « révolution des flamants roses » enflamme Tirana et le littoral sud. L’agence anticorruption a ouvert une enquête, sur fond de scandale impliquant déjà la vice-Première ministre Belinda Balluku. Le Premier ministre Edi Rama, au pouvoir depuis treize ans, défend pourtant l’opération comme une manne économique et un vecteur d’image internationale.

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En Albanie, la contestation enfle contre un mégaprojet touristique porté par Jared Kushner, gendre de Donald Trump. Au cœur de la polémique : la lagune protégée de Narta et l’île stratégique de Sazan, cédées par le gouvernement d’Edi Rama à des investisseurs proches du pouvoir américain pour des développements immobiliers estimés jusqu’à 5 milliards d’euros. Une affaire qui cristallise les accusations de corruption et de capitalisme de connivence.

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Une réserve naturelle mise en vente

La lagune de Narta n'est pas n'importe quelle étendue d'eau. Zone humide protégée sur le littoral adriatique albanais, elle abrite des flamants roses, des phoques moines et des sites de ponte de tortues marines. C'est là, dans l'un des écosystèmes les plus fragiles des Balkans, que le gouvernement d'Edi Rama a décidé d'implanter un complexe hôtelier de luxe avec hôtels, villas, marina d'une valeur annoncée de 1,4 milliard d'euros.

Why a luxury resort plan by Trump’s son-in-law sparked mass protests in Albania
The $1.6 billion Jared Kushner-backed project has drawn thousands of protesters — some wielding inflatable flamingos — to the streets of Albania’s capital over fears it threatens an ecologically protected area.
Albanie : la lagune protégée offerte au gendre de TrumpNBC NewsMithil Aggarwal and Raf Sanchez and Mo Abbas
Albanie : la lagune protégée offerte au gendre de Trump

L'île militaire de Sazan, voisine, pourrait s'ajouter au package, portant l'enveloppe totale à près de 5 milliards d'euros. Le promoteur ? Affinity Partners, le fonds d'investissement de Jared Kushner, gendre de Donald Trump et ex-conseiller à la Maison-Blanche.

Adhésion de l’Albanie : Bruxelles élargit pour masquer son échec
L’Union européenne poursuit son mouvement d’expansion, comme si l’avenir du continent dépendait uniquement de l’addition de nouveaux membres. L’Albanie franchit une étape décisive avec l’ouverture du dernier groupe de chapitres de négociation, celui portant sur les ressources, l’agriculture et la cohésion. À Bruxelles,
Albanie : la lagune protégée offerte au gendre de TrumpLe Courrier des StratègesRédaction
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Depuis début juin, des milliers d'Albanais descendent chaque soir dans les rues de Tirana, flamants en carton et sifflets à la main. Pour les manifestants, le dossier Kushner symbolise surtout treize années d’un pouvoir accusé de concentrer les décisions stratégiques entre quelques mains.

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La «révolution des flamants roses» défie Edi Rama

Le Premier ministre albanais Edi Rama défend ce projet comme un levier destiné à transformer l’image internationale du pays. Mais ses opposants dénoncent une opération menée sans réelle transparence au profit d’intérêts étrangers bénéficiant d’un accès privilégié.

L’affaire intervient dans un contexte politique déjà tendu. L’agence anticorruption albanaise a ouvert une enquête tandis que plusieurs controverses touchent l’entourage gouvernemental, notamment la vice-Première ministre Belinda Balluku.

Rien ne filtre sur les conditions exactes de la cession, les garanties environnementales ou les contreparties réelles offertes à l’État albanais. Affinity Partners, créé par l’ancien conseiller de Donald Trump, bénéficie d’un accès privilégié aux cercles du pouvoir.

Le timing quelques mois après le retour possible de Trump à la Maison-Blanche, renforce le sentiment d’une transaction politique autant qu’économique. Les manifestants ne dénoncent plus seulement la destruction écologique, mais un système où l’intérêt général s’efface devant les réseaux transatlantiques et les promesses d’investissements mirobolantes.

« Nous sommes de plus en plus nombreux et nous resterons jusqu'à sa démission », déclarait une étudiante en cortège. Rama, imperméable, répond qu'il a été élu pour développer son pays.

Le paradoxe est saisissant : alors que l’Occident prétend promouvoir la bonne gouvernance et la transparence dans les Balkans, c’est précisément un projet associé à l’une des familles politiques les plus puissantes des États-Unis qui se retrouve au cœur d’accusations de favoritisme.

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Bruxelles : 13 ans d'attente pour un logement social — sauf pour les amis du parti

12 June 2026 at 13:07

Alors que des demandeurs modestes patientent jusqu’à 13 ans sur les listes d’attente, des dirigeants socialistes à Bruxelles orientent sciemment les attributions de logements sociaux vers leurs sympathisants et électeurs. Des messages WhatsApp fuités à Anderlecht et un audit accablant à Saint-Josse-ten-Noode lèvent le voile sur un système de favoritisme généralisé. Le gouvernement régional bruxellois vacille sous le poids de perquisitions, de quatre enquêtes du parquet et d’une commission d’enquête parlementaire dont les conclusions sont attendues le 21 juillet.

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Les listes d'attente pour un logement social à Bruxelles s'étendent parfois sur ds années. À Anderlecht comme à Saint-Josse-ten-Noode, les soupçons ne portent plus sur de simples dysfonctionnements administratifs mais sur un véritable système de favoritisme organisé au sein d'institutions financées par l'argent public.

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Des logements attribués contre des voix

À Anderlecht, des échanges WhatsApp révélés dans le cadre d'enquêtes judiciaires suggèrent que le président de la société de logement social, figure influente du Parti socialiste, serait intervenu personnellement dans l'attribution de logements.

Le président du Foyer anderlechtois Lotfi Mostefa dans la tourmente après des révélations de la VRT : “Un arrangeur qui se comporte comme un empereur”
Plusieurs partis, dont le MR anderlechtois, les Engagés et Anders, ont appelé au retrait de Lotfi Mostefa, après la diffusion du reportage et des…
Bruxelles : 13 ans d'attente pour un logement social — sauf pour les amis du partiLa Libre.beAdrien de Marneffe
Bruxelles : 13 ans d'attente pour un logement social — sauf pour les amis du parti

Certains bénéficiaires auraient été recommandés en raison de leur proximité politique ou de leur soutien électoral, tandis que d'autres dossiers auraient été utilisés comme monnaie d'échange lors des élections communales.

Peut-on être propriétaire et habiter un logement social à vie ?
La question de l’occupation des logements sociaux est un serpent de mer. Ceux qui “décrochent” un “HLM” peuvent-ils l’occuper à
Bruxelles : 13 ans d'attente pour un logement social — sauf pour les amis du partiLe Courrier des StratègesÉric Verhaeghe
Bruxelles : 13 ans d'attente pour un logement social — sauf pour les amis du parti

Ces révélations sont d'autant plus choquantes que les listes d'attente pour un logement social peuvent atteindre treize ans dans certaines communes bruxelloises. Quatre enquêtes du parquet sont actuellement en cours. Des perquisitions ont déjà été menées et une commission d'enquête parlementaire doit rendre ses conclusions le 21 juillet prochain.

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Quand le logement social devient un instrument de pouvoir

L'affaire fait écho au scandale qui frappe l'agence de logement social de Saint-Josse-ten-Noode. Fondée en 2000 et chargée de gérer environ 230 logements privés, l'organisation a finalement fait faillite fin 2024 avec plus de 500.000 euros de dettes.

Saint-Josse : un audit révèle des pratiques frauduleuses dans l’attribution de logements sociaux | VRT NWS: le site d’information de référence
Pendant plus de vingt ans, l’agence immobilière sociale à Saint-Josse-ten-Noode a été le théâtre de pratiques frauduleuses. Des employés se sont attribué, ainsi qu’à leur entourage proche, des logements à vocation sociale et ont falsifié la comptabilité. C’est du moins ce qu’il ressort de l’audit de cette agence, aujourd’hui fermée, dont la plate-forme multimedia néerlandophone Bruzz a fait état mardi.
Bruxelles : 13 ans d'attente pour un logement social — sauf pour les amis du partiVRT NWSEric Steffens
Bruxelles : 13 ans d'attente pour un logement social — sauf pour les amis du parti

Un audit ordonné par la Société régionale du logement de la Région bruxelloise (SLRB) a mis au jour un « système d'allocation généralement défectueux » ainsi qu'une « participation active du personnel à la création de documents frauduleux ». Sur 181 dossiers examinés sur une période de dix-huit ans, 94 cas de fraude ont été confirmés, 44 autres font l'objet de soupçons sérieux et 24 présentent des irrégularités. Au total, 86 % des dossiers contrôlés comportaient des anomalies.

Logement social : la grande farce de la misère... par Barthélemy Greluchon
Le Courrier propose ici le premier billet de Barthélemy Greluchon, pseudonyme d’un responsable éminent de l’économie sociale, et chroniqueur à ses heures. Ah, c’est un spectacle, vous savez... La grande farce de la misère. On nous la vend, cette misère, à la télé, dans les gazettes... des
Bruxelles : 13 ans d'attente pour un logement social — sauf pour les amis du partiLe Courrier des StratègesRédaction
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Le conseil d'administration de l'organisme était par ailleurs étroitement connecté aux réseaux politiques locaux. Christian Boïketé, frère du chef du PS local Philippe Boïketé et ancien directeur de cabinet du bourgmestre Emir Kir, a présidé la structure pendant près d'une décennie avant d'être remplacé en 2023 par Luc Frémal, président du CPAS.

Ces scandales ne sont pas des dérapages isolés mais le symptôme d’un modèle où l’État social, censé corriger les inégalités, devient un levier de pouvoir. Au-delà des enquêtes en cours, c’est la crédibilité même du logement social bruxellois qui s’effondre, révélant l’incompatibilité entre le discours égalitaire et les pratiques de redistribution partisane. Une mise en perspective amère pour une Région qui prétend incarner la solidarité.

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Faut-il acheter du SpaceX ?

12 June 2026 at 10:44
Faut-il acheter du SpaceX ?

Par Vincent Clairmont

SpaceX fait son entrée au Nasdaq ce vendredi 12 juin, après un dépôt confidentiel auprès de la SEC le 1er avril : une levée visée jusqu'à 75 milliards de dollars — plus du double du record historique — pour une valorisation d'au moins 1 800 milliards. La question qui sature ma boîte depuis l'annonce tient en quatre mots : faut-il en acheter ?

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Ma réponse tient en trois temps : pas comme ça, pas tout de suite, pas à ce prix. Je détaille, parce que chacun des trois mérite ses chiffres.

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Que valent 1 800 milliards de dollars ? Commençons par l'ordre de grandeur, qui devrait suffire à calmer la fièvre. À ce niveau, SpaceX vaudrait

davantage que la totalité du CAC 40 réuni n'en vaut une bonne partie — et se paierait sur des revenus dont environ 58 % proviennent de Starlink, l'activité satellitaire, le reste venant des lancements et des contrats publics. Or l'entreprise, selon les documents examinés par CNBC, affiche des milliards de pertes cumulées : le programme Starship engloutit un capex considérable, et la rentabilité d'ensemble reste une promesse adossée à des projections — croissance Starlink, services gouvernementaux, et désormais un récit « IA spatiale » ajouté au prospectus comme on ajoute un étage à une fusée déjà lourde. On ne discute pas ici la qualité industrielle de l'entreprise, qui est réelle et probablement sans équivalent. On discute le prix. À 1 800 milliards, vous payez aujourd'hui la perfection de la décennie 2030. La perfection n'a pas l'habitude de se présenter au rendez-vous.

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Le détail qui doit vous alerter : les 30 %. Le dossier prévoit, fait inhabituel, d'allouer jusqu'à 30 % des titres aux particuliers — trois à six fois la part usuelle d'une introduction. On vous présentera cela comme une démocratisation. Lisez-le autrement : dans une IPO ordinaire, les institutionnels se disputent le papier et les particuliers ramassent les miettes ; quand on réserve aux particuliers une part triple, c'est que l'émetteur veut s'assurer que la demande de détail absorbe l'offre. La générosité d'allocation est un indicateur de prix, pas un cadeau. Même logique pour la gouvernance : le fondateur conservera un contrôle massif via une structure d'actions à droits de vote multiples. Vous achetez un titre ; vous n'achetez aucun pouvoir, et vous ajoutez à votre portefeuille un risque-homme-clé qui se mesure désormais en tweets.

Faut-il souscrire le jour J ? L'histoire des très grandes introductions répond à votre place. Facebook en 2012 : −50 % dans les quatre mois, avant la vraie carrière du titre. Uber en 2019 : deux ans sous son prix d'introduction. Les méga-IPO se font au sommet de l'attention, par construction — c'est le moment où le vendeur choisit de vendre. L'acheteur de long terme, lui, dispose d'un luxe que l'acheteur du premier jour s'interdit : attendre les premiers résultats trimestriels publiés, la fin de la période de blocage des initiés (lock-up, généralement 180 jours, dont l'expiration libère un flux vendeur), et un prix formé par autre chose que la fièvre. Si SpaceX est l'affaire du siècle, elle le sera encore en janvier. Si elle ne l'est plus en janvier, vous aurez votre réponse à moindres frais.

Le piège absolu, et je pèse le mot : les produits-proxys. Depuis l'annonce, les véhicules cotés détenant du SpaceX non coté s'envolent. Le cas d'école s'appelle Destiny Tech100 (DXYZ) : une valeur d'actif net de 24,56 dollars par action, pour un cours à plus de 60 dollars — vous payez près de deux fois et demie le contenu du panier, panier dont SpaceX ne représente d'ailleurs qu'environ 15 %. L'introduction en Bourse de SpaceX est précisément l'événement qui détruira la rareté justifiant cette prime : une fois le titre accessible à tous, personne n'a plus de raison de payer 2,4 fois l'actif pour y accéder indirectement. Les analyses indépendantes concluent à la vente ; je ne vois rien à y retrancher. Si vous en détenez, la question n'est pas « faut-il garder », mais « pourquoi suis-je encore là ».

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Le cas particulier : vous voulez absolument une exposition. Soit — la thèse haussière existe, et elle n'est pas absurde : quasi-monopole du lancement orbital, Starlink en croissance rapide, barrières à l'entrée colossales. Dans la logique Barbell, ce titre relève de la branche risquée, aux côtés du Bitcoin et des paris asymétriques : dimensionnez en conséquence. Quelques pour cent du patrimoine au maximum, en plusieurs fois, après la découverte des prix — jamais une position construite le jour de la cotation, jamais financée en allégeant la branche sûre. Et par le titre lui-même, jamais par un véhicule à prime.

Cet article n'est pas un conseil personnalisé. Une décision d'investissement sur un dossier de cette taille mérite un entretien avec un CGPI indépendant — rémunéré en honoraires, sans rétrocommissions sur les produits qu'il recommande.

Une dernière chose, qui dépasse la technique. Une introduction à 1 800 milliards de dollars, c'est un prix de vente fixé par le meilleur vendeur de sa génération, au sommet de sa légende, un 12 juin. À ce prix-là, vous n'achetez pas l'espace. Vous achetez la foule qui le regarde.

"Je soignais en EHPAD au moment du COVID"

12 June 2026 at 10:16

Pendant que la France comptait ses morts à la télévision, une animatrice d'Ehpad près de Bordeaux faisait choisir à ses résidents un cadeau à deux euros. Ils demandèrent des berlingots, des myrtilles, un caramel mou. Notre entretien avec Nathalie Firminy, soignante suspendue devenue accompagnante des mourants, dit ce que le pays a fait à ses vieux — et ce qu'il s'est fait à lui-même.

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Des soixante-deux pensionnaires de cette maison de retraite des environs de Bordeaux à qui, en pleine épidémie, entre deux confinements, une animatrice un peu têtue proposa de choisir un cadeau d'une valeur maximale de deux euros, la plupart ne demandèrent ni un objet, ni un vêtement, ni rien de ce que nous aurions cru utile à des gens enfermés : ils demandèrent un goût. Un berlingot qui rappelait l'enfance. Des myrtilles. Un caramel mou. Voilà ce que réclament des êtres humains de quatre-vingt-dix ans quand le monde se barricade autour d'eux : la confiserie d'un jeudi de 1937, quelque chose qui fonde sous la langue et qui dise que la vie a eu lieu.

L'animatrice s'appelait Nathalie Firminy. Elle a tenu la chronique de ces années-là dans un livre, Ma vie de soignante en Ehpad — édité d'abord par une maison qui fit faillite, réédité depuis par ses propres soins, ce qui est une autre histoire française. Je l'ai reçue cette semaine pour la chaîne du Courrier, au moment où le pays fait mine de commémorer le Covid, c'est-à-dire de le ranger. L'entretien est à voir en entier. J'en retire ici ce qui m'a semblé devoir être écrit, parce que l'écrit reste.

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Ce qu'on a fait

Reprenons les scènes, une à une, telles qu'elle les raconte — sérieusement, précisément, sans jamais hausser le ton, ce qui rend la chose plus terrible.

Un matin de mars 2020, une injonction tombe : plus de visites. Puis, les visites supprimées n'ayant pas suffi, on enferme les résidents dans leurs chambres — des chambres de quatre, six, dix mètres carrés, dans des unités qui étaient déjà fermées. On leur apporte des plateaux-repas, servis par des silhouettes masquées, gantées, parfois en blouse, dont ils ne distinguent plus ni le visage ni la voix. Le soir, à la télévision, le décompte des morts s'égrène — comme les numéros du loto, dit Nathalie Firminy, sauf que rien n'était jamais gagné, et que les numéros montaient.

Les familles, à défaut d'entrer, déposent des cadeaux. Les cadeaux sont mis en quarantaine. Vingt-quatre heures dans un bureau, au titre de la décontamination — pendant que les soignants, eux, font leurs courses au supermarché comme tout le monde, touchent ce que tout le monde touche, et reviennent le lendemain servir les plateaux. Une consigne impose d'aérer les chambres à intervalles réguliers ; on a donc vu des chambres aérées en plein hiver avec le résident dedans, parce que la consigne disait d'aérer et que la consigne ne disait rien du résident. Une vieille dame malentendante supplie qu'on retire ce masque qui lui vole les voix ; la soignante, pour le retirer, doit reculer de deux mètres, et la voix se perd dans la distance. La protection a ses géométries. Elles ne passent jamais par le visage.

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Il faut dire aussi ce qui arrivait au-dehors. Des soignants — ceux-là mêmes qu'on applaudissait à vingt heures — trouvaient en rentrant chez eux des mots punaisés dans l'ascenseur : ne rentrez pas ici, vous êtes un danger pour nous. Et sur la route de l'Ehpad, un gendarme contrôlant l'attestation de déplacement sommait l'animatrice de fermer sa vitre et de plaquer le papier contre le verre, tant la peur, à ce moment du siècle, tenait lieu d'ordre public. La peur montait comme une eau d'hiver, sans bruit, par toutes les fissures à la fois ; et chacun, du gendarme au voisin, s'y noyait à sa hauteur.

Le vocabulaire médical a un mot pour ce qui arriva ensuite aux plus fragiles : le syndrome de glissement. Le vieillard enfermé, coupé des siens, cesse un matin de vouloir. Il ne proteste pas, ne réclame rien ; il glisse. Nathalie Firminy en a vu glisser plusieurs — par perte de sens, dit-elle, plus que par virus. Aucune statistique nationale ne recense ces morts-là. Je suppose qu'aucune ne le pourra jamais : on ne compte pas ce qui s'éteint.

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Ce qu'elle a fait

En face de cette machinerie, qu'opposait-elle ? Presque rien, et c'est ce presque rien qui mérite un article. Des récits de vie écrits avec chaque résident et lus à voix haute devant les autres — chacun attendait, disaient-ils, son heure de gloire. Un téléphone tendu entre une mère de quatre-vingts ans et son fils confiné à Madagascar, chacun croyant l'autre mort, et elle entre les deux qui fait, selon ses mots, la traduction avec les émotions. Des conversations sur la mort, organisées, assumées, dans une institution dont la mort est l'horizon officiel et le tabou ordinaire. Et ce concours de cadeaux à deux euros, qui en dit plus long sur l'anthropologie que bien des rapports.

Puis vint l'obligation vaccinale. On avait promis trois choses, rappelle-t-elle : le libre choix, la gratuité, la sécurité. Elle constata que le premier terme manquait à l'appel et en tira la conséquence — non en militante, elle ne l'est pas, mais en personne qui avait eu le Covid, s'estimait immunisée, et demandait seulement le temps de réfléchir qu'on ne lui laissa pas. Sa croyance, dit-elle honnêtement, la sienne. On peut la discuter. On ne discutera pas le prix qu'elle l'a payée : suspension — être sus-pendue, relève-t-elle, le mot est vraiment moche —, puis, la direction refusant toute rupture conventionnelle, démission sèche, sans droits, en 2022. Son collègue vacataire, qui pensait comme elle, signa, lui : des enfants à nourrir, un loyer, un crédit. La liberté, dans ce pays, est demeurée légale à condition de pouvoir se l'offrir. Lui ne pouvait pas. Elle l'a pu, de justesse, et en a fait quelque chose.

Car voici la fin de l'histoire, qui n'en est pas une. Retournée à La Réunion qu'elle avait quittée à dix-neuf ans, Nathalie Firminy exerce aujourd'hui un métier dont le nom manque encore à nos nomenclatures : thanadoula. Comme la doula accueille le premier souffle, la thanadoula accompagne le dernier — et surtout ceux qui restent, dans un monde qui somme les endeuillés de « passer à autre chose » comme il sommait les vieillards d'être protégés. Elle s'assoit auprès des mourants et de leurs familles, explique ce qui se passe, nomme l'agonie pour la désarmer. Ce qu'on n'aime pas, c'est ne pas comprendre, dit-elle. J'ignore s'il existe une meilleure définition de ce qui nous est arrivé collectivement entre 2020 et 2022.

Dernier mot

L'institution a suspendu cette femme pour défaut de conformité ; elle est devenue, hors de l'institution, exactement ce que l'institution prétendait être — quelqu'un qui protège. Je ne tirerai pas de cette symétrie une thèse, encore moins un slogan. Mais on me permettra une question, qui est au fond celle de Bernadette, cette résidente de son livre qui annonçait : cet épisode va nous faire réfléchir, surtout après. L'après est arrivé. Avons-nous réfléchi ?

Le pays a commémoré, c'est-à-dire classé. Les protocoles dorment dans des classeurs, prêts à resservir — elle le dit sans drame : si ça recommençait demain, le traumatisme serait le même. Rien, dans nos institutions, n'a été réparé de ce qui s'est défait là : la confiance des soignants, le bon sens des consignes, le droit des très vieux à autre chose qu'à la survie. Et pendant ce temps, dans une île de l'océan Indien, une femme sans titre apprend à des familles à rester assises auprès d'un père qui meurt — à ne pas avoir peur, à comprendre, à tenir la main jusqu'au bout.

Elle dit qu'après le dernier souffle, la pièce reste habitée par quelque chose. Je ne sais pas ce qu'il en est des chambres d'Ehpad qu'on a fermées à clef. Mais je crois que les pays aussi gardent, longtemps après, la trace de ce qui s'y est éteint — et qu'il nous reste à choisir, chacun, entre la consigne et le caramel mou.

AuCOFFRE, VeraCash ou pas ? Et ce que « détenir de l'or » veut dire : réponse à une lectrice

12 June 2026 at 09:15
AuCOFFRE, VeraCash ou pas ? Et ce que « détenir de l'or » veut dire : réponse à une lectrice

Par Vincent Clairmont

Une lectrice me pose la question en commentaire : pourquoi le Courrier ne conseille-t-il jamais AuCOFFRE ou VeraCash pour les métaux précieux ? La question mérite mieux qu'une réponse de coin de table, parce qu'elle touche au cœur du sujet.

AuCOFFRE, VeraCash ou pas ? Et ce que « détenir de l'or » veut dire : réponse à une lectrice
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Ma réponse tient en une phrase : la détention d'or est une doctrine, pas une marque — et ces deux produits, qui ne se ressemblent d'ailleurs pas, s'écartent chacun à leur manière de cette doctrine. Je m'explique, point par point.

AuCOFFRE, VeraCash ou pas ? Et ce que « détenir de l'or » veut dire : réponse à une lectrice
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D'abord, rappelons à quoi sert votre or. Dans l'allocation que je défends, le métal physique occupe la branche sûre du Barbell avec une fonction unique : être la réserve ultime, celle qui reste quand tout le reste — comptes, titres, papier —

URSSAF : il déclare tout, on lui réclame quand même 17 837 €

URSSAF : il déclare tout, on lui réclame quand même 17 837 €

n auto-entrepreneur de l’Yonne fournit à l’URSSAF l’intégralité de ses factures, corrige ses déclarations et demande le recalcul de ses cotisations sur son chiffre d’affaires réel. Malgré cela, l’organisme lui réclame 17 837 € sur la base de montants qu’il sait inexacts. Le tribunal d’Auxerre vient d’annuler intégralement cette extorsion administrative. Mais combien de petits indépendants paient sans se défendre ?

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Un tribunal d'Auxerre vient d'annuler intégralement une contrainte émise par l'URSSAF contre un micro-entrepreneur de l'Yonne. Motif : la caisse connaissait le chiffre d'affaires réel avant de pondre sa réclamation, et a quand même choisi d'ignorer les preuves qu'on lui avait remises. Une affaire qui révéle une mécanique administrative inquiétante où la réalité des faits semble parfois secondaire face à la logique bureaucratique.

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Quand l’administration ignore ses propres preuves

Affilié à l’URSSAF entre novembre 2018 et décembre 2023, ce micro-entrepreneur constate des erreurs dans ses déclarations. En juin 2024, il prend l’initiative de transmettre l’ensemble de sa facturation afin que ses cotisations soient recalculées sur ses revenus réels : 33 250 euros en 2021 et 28 827 euros en 2022.

Il régularise son chiffre d’affaires auprès du fisc. L’URSSAF lui réclame quand même 17 837 € sur une base erronée. La contrainte s’effondre.
L’URSSAF qui connaît le chiffre d’affaires réel ne peut taxer sur une autre base.
URSSAF : il déclare tout, on lui réclame quand même 17 837 €Avocat Spécialiste en Droit du Travail et Droit de la Sécurité Sociale | Eric ROCHEBLAVEAvocat Spécialiste en Droit du Travail et Droit de la Sécurité Sociale | Eric ROCHEBLAVE
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Loin de dissimuler son activité, il régularise également sa situation fiscale en octobre 2024. Plus troublant encore, l’URSSAF reconnaît officiellement, dans un courrier du 28 août 2024, avoir reçu ces éléments et connaître le chiffre d’affaires exact du cotisant.

Le COR chiffre l’impact de la dénatalité sur les retraites
Par Élise Rochefort Le Conseil d’orientation des retraites (COR) a adopté le jeudi 11 juin 2026 son rapport annuel sur les évolutions et perspectives du système de retraite. Le document, dont une version provisoire avait été communiquée à la presse dès le lundi 8 juin, actualise les projections financières
URSSAF : il déclare tout, on lui réclame quand même 17 837 €Le Courrier des StratègesRédaction
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Pourtant, le 7 janvier 2025, l’organisme émet une contrainte de 17 837 euros, dont 16 988 euros de cotisations et 849 euros de majorations. Le calcul repose cette fois sur des bases différentes : 32 350 euros pour 2021 et surtout 39 079 euros pour 2022, soit plus de 10 000 euros au-dessus du chiffre réellement déclaré.

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Le tribunal rappelle une évidence juridique

Dans sa décision rendue le 22 avril 2026, le pôle social du tribunal judiciaire d’Auxerre estime que l’URSSAF ne pouvait ignorer les informations qu’elle détenait déjà.

La responsabilité du Titanic (ou comment Lecornu a nationalisé le dictionnaire), par Veerle Daens
Il faut parfois rendre hommage à l’audace. Pas celle de l’entrepreneur qui hypothèque sa maison pour créer de la valeur – cette audace-là est morte depuis longtemps sous les coups de boutoir de l’URSSAF. Non, je parle de l’audace sémantique de nos maîtres. Cette capacité fascinante
URSSAF : il déclare tout, on lui réclame quand même 17 837 €Le Courrier des StratègesCDS
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S’appuyant sur l’article L.613-7 du Code de la sécurité sociale, les juges rappellent que les cotisations d’un micro-entrepreneur doivent être calculées sur le chiffre d’affaires effectivement réalisé. Dès lors que l’organisme possédait les justificatifs nécessaires, il lui était interdit de retenir une assiette différente sans explication.

La juridiction souligne un point essentiel : une contrainte fondée sur un montant inexact empêche le cotisant de connaître précisément l’étendue de son obligation. Elle doit donc être annulée.

TVA : l’étranglement programmé des auto-entrepreneurs
Il est très vraisemblable que le budget 2026 instaure une franchise de TVA à 37.500€ pour les auto-entrepreneurs, avec une exception à 25.000€ dans le bâtiment. Cette spoliation légale devrait susciter des polémiques. C’est la guerre fiscale de l’État contre le travail libre. La question
URSSAF : il déclare tout, on lui réclame quand même 17 837 €Le Courrier des StratègesÉric Verhaeghe
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Cette position s’inscrit dans le prolongement d’un arrêt de la Cour de cassation du 9 janvier 2025, qui avait déjà rappelé qu’un organisme de recouvrement ne peut recourir à des évaluations alternatives lorsqu’il dispose des données réelles.

Cette victoire individuelle révèle un problème systémique. Lorsqu’un entrepreneur se trompe, les pénalités tombent rapidement. Lorsque l’administration persiste dans une base de calcul manifestement erronée, c’est au citoyen d’assumer le coût, le temps et le risque du contentieux.

Hausse de la BCE : ce que le 1/4 point change pour votre épargne, et ce qu’il ne change pas
Par Vincent Clairmont La Banque centrale européenne a relevé ce jeudi son taux de dépôt de 2 % à 2,25 %, première hausse depuis près de trois ans, sur fond d’inflation remontée à 3,2 % en zone euro en mai, portée par l’énergie. La question qui remplit ma boîte
URSSAF : il déclare tout, on lui réclame quand même 17 837 €Le Courrier des StratègesRédaction
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Beaucoup d’indépendants paieraient ces 17 837 € sans broncher, faute de moyens ou de temps. Ici, le justiciable a eu un avocat. Mais combien de milliers de contraintes absurdes ne sont jamais contestées ?

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