En France, brûler le tas de feuilles de votre propre jardin coûte sept cent cinquante euros. Pas l'écobuage de l'agriculteur d'en face, autorisé par arrêté préfectoral. Pas l'incendie de forêt de l'été dernier, qui a craché mille fois plus de fumée. Non : votre feu. Le petit. Le vôtre. Celui qu'on voit.
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Mes chers libertariens de l'Absurdistan, permettez-moi de contempler la chose. Depuis la loi du 10 février 2020 — celle qu'on a baptisée, sans rire, "économie circulaire" —, le "brûlage à l'air libre" des "déchets verts" est interdit partout, tout le temps, à la campagne comme en ville, avec le brasero rouillé du grand-père comme avec l'incinérateur flambant neuf. Sanction : contravention de 4e catégorie. Sept cent cinquante euros pour un tas de feuilles.
Imaginez le dialogue. Où dois-je porter mes branches mortes, monsieur ? À la déchetterie. Comment ? En voiture. À douze kilomètres ? Oui. Au diesel, en faisant brûler du gazole pour ne pas brûler du bois ? La "norme" ne se prononce pas sur ce point. La norme ne se prononce jamais sur ce qui la contredit. Elle se prononce sur vous.
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Voilà le génie du dispositif, et il dépasse Brueghel, dépasse Ensor, dépasse les bûchers fantastiques d'un carnaval flamand : on a interdit le feu de jardin au nom de l'air pur, et l'on vous somme de charger votre coffre, de rouler, de faire la queue, de revenir — pour "valoriser la filière de traitement". Le carbone de votre feu était un crime ; le carbone de votre trajet est une vertu civique. Miljaardedju — chez nous, on a un mot pour la fumée qu'on ne voit pas mais qui pue.
Et l'asymétrie, mes amis du Pays-des-Cartésiens, l'asymétrie est sublime. Le citoyen qui brûle trois fagots est verbalisé. L'agriculteur qui pratique l'écobuage sur des hectares obtient une dérogation préfectorale : son feu, lui, est raisonné. La forêt qui part en flammes au mois d'août relâche en une après-midi ce que votre jardin n'aurait pas exhalé en mille ans : nul ne la verbalise, elle. La République ne corrige que le feu qu'elle peut voir depuis la fenêtre du voisin. Bastiat appelait cela "ce qu'on ne voit pas". Bercy appelle cela une recette.
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Posez-vous donc, devant votre café froid, cette question : quand l'État aura fini d'interdire la fumée qu'il voit pour bénir celle qu'il ne voit pas, sur quel critère décidera-t-il, demain, lequel de vos souffles est "valorisable" et lequel est une contravention ?
Réfléchissez. À Malines, on regarde la fumée monter du jardin du voisin, et l'on attend le jour où il faudra une déclaration préalable pour respirer.
Les zones à faibles émissions (ZFE) sont régulièrement présentées comme une obligation venue de Bruxelles. La réalité juridique est différente. Aucun texte européen n'impose aux États ni aux villes de créer une ZFE. Ce que le droit de l'Union impose, ce sont des résultats : le respect de seuils de qualité de l'air.
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La ZFE est l'un des instruments que la France a choisis pour tenter d'atteindre ces seuils. La distinction entre une obligation de résultat, qui est européenne, et le choix d'un outil, qui est national, est au cœur du dossier.
Le cadre européen est posé par la directive 2008/50/CE du 21 mai 2008 « concernant la qualité de l'air ambiant et un air pur pour l'Europe ». Ce texte fixe des valeurs limites à ne pas dépasser pour plusieurs polluants, notamment le dioxyde d'azote (NO2) et les particules fines (PM10 et PM2,5). Il laisse aux États le choix des moyens. La directive n'emploie pas la notion de zone à faibles émissions et n'en prescrit aucune. Les dispositifs de restriction de circulation existent d'ailleurs sous des formes très variables d'un pays à l'autre, et certains États membres n'en ont pas mis en place.
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La France a dépassé de façon répétée les valeurs limites de NO2 dans plusieurs agglomérations. Ces dépassements ont donné lieu à un double contentieux. Devant la juridiction européenne, la Cour de justice de l'Union européenne a condamné la France le 24 octobre 2019 (affaire C-636/18) pour manquement aux obligations de la directive de 2008, en raison du dépassement systématique et persistant du seuil annuel de dioxyde d'azote depuis 2010. Devant la juridiction nationale, le Conseil d'État, saisi par des associations, a enjoint à l'État d'agir, puis a prononcé le 10 juillet 2020 une astreinte de dix millions d'euros par semestre de retard, liquidée à plusieurs reprises les années suivantes. Les ZFE figurent, dans les mémoires en défense de l'État, parmi les mesures avancées pour répondre à ces contentieux.
L'apparition des ZFE dans la loi française s'est faite par étapes. La loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte a créé les zones à circulation restreinte (ZCR), à titre facultatif, à la main des collectivités. La loi d'orientation des mobilités du 24 décembre 2019 les a renommées zones à faibles émissions mobilité et a rendu leur création obligatoire dans les territoires où les valeurs limites de qualité de l'air sont régulièrement dépassées. La loi Climat et résilience du 22 août 2021 a généralisé le dispositif en imposant la mise en place d'une ZFE dans toutes les agglomérations de plus de 150 000 habitants avant le 1er janvier 2025. C'est donc le législateur français qui a posé l'obligation interne, dans un calendrier et selon des modalités qu'aucun texte européen ne fixait. Le ministère de la Transition écologique présente d'ailleurs les ZFE comme un dispositif de droit national.
L'enchaînement explique la confusion. L'obligation de résultat est européenne ; les condamnations qui en sanctionnent le non-respect sont européenne et nationale ; mais l'instrument retenu pour s'y conformer, la ZFE, relève d'un choix national. Présenter les ZFE comme une commande de l'Union revient à confondre la fin imposée et le moyen choisi. À l'inverse, soutenir que l'Union n'aurait aucun rôle reviendrait à ignorer que la pression contentieuse européenne a précédé et motivé la généralisation du dispositif.
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La question est parfois posée en d'autres termes : les ZFE seraient-elles une « surtransposition » française du droit européen ? La notion de surtransposition a un sens précis. Elle désigne le fait, pour un État, d'ajouter lors de la transposition d'une directive des obligations qui vont au-delà de ce que cette directive exige. Or la directive de 2008 ne prévoit pas de ZFE : elle fixe des résultats, pas des instruments. Une mesure que la directive ne contient pas ne peut donc pas, au sens strict, en être une surtransposition. Les ZFE relèvent d'une autre catégorie juridique : une mesure nationale de mise en conformité, choisie pour atteindre un objectif européen, et non la transcription augmentée d'une norme européenne. La nuance n'est pas seulement terminologique. Qualifier les ZFE de surtransposition laisse entendre que Bruxelles en serait à l'origine et que la France aurait « ajouté » à une exigence européenne ; or l'exigence européenne porte sur la qualité de l'air, le choix de l'outil est entièrement national. On peut soutenir, dans un sens large, que la France a fait un usage plus systématique de la restriction de circulation que d'autres États soumis à la même directive. Cela décrit une intensité de mise en œuvre, non une surtransposition au sens juridique du terme.
L'épisode législatif le plus récent confirme le caractère national du dispositif. Le Parlement a adopté, au sein du projet de loi de simplification de la vie économique, un article supprimant les ZFE (article 37 du texte), introduit par voie d'amendement. Saisi notamment par des députés de gauche et par soixante-dix députés du bloc central, le Conseil constitutionnel a censuré cette suppression le 21 mai 2026 (décision n° 2026-903 DC). Le motif est procédural et non substantiel : la suppression a été qualifiée de « cavalier législatif », c'est-à-dire de disposition sans lien, même indirect, avec l'objet du texte, au sens de l'article 45 de la Constitution. Au total, vingt-cinq articles sur quatre-vingt-quatre ont été censurés à ce titre. Le Conseil ne s'est pas prononcé sur le fond du dispositif, ni sur les griefs tirés de la Charte de l'environnement, qu'il n'a pas eu à examiner.
L'impact de cette décision est double. D'une part, les ZFE demeurent en vigueur : le cadre légal issu des lois de 2019 et 2021 continue de s'appliquer là où les zones ont été instituées. D'autre part, la voie d'une suppression future n'est pas fermée, mais elle est balisée : une telle mesure devra figurer dans un texte dont elle constitue l'objet, et non dans un amendement greffé sur une loi sans rapport. La décision ne tranche pas le débat de fond sur l'utilité ou la justice sociale des ZFE ; elle renvoie ce débat au législateur, dans des formes régulières.
Cette issue laisse entière l'obligation de résultat. Supprimer les ZFE, par un texte régulier, ne supprimerait pas les seuils de la directive de 2008, ni les décisions de justice qui en sanctionnent le dépassement. Un État qui retire un instrument de mise en conformité sans lui substituer une mesure d'effet équivalent demeure tenu au résultat. À cette contrainte s'ajoute une échéance : une nouvelle directive sur la qualité de l'air, adoptée en 2024, fixe des seuils plus stricts à l'horizon 2030 et doit être transposée en droit français au plus tard le 11 décembre 2026. Les organismes de surveillance estiment que l'abandon des ZFE rendrait plus difficile l'atteinte de ces nouveaux objectifs ; les promoteurs de la suppression considèrent que d'autres leviers peuvent y concourir. Une évaluation comparée et indépendante des différents scénarios n'est pas, à ce stade, disponible.
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Sur le plan des chiffres, les ordres de grandeur restent à manier avec prudence. Les zones à faibles émissions étaient estimées à plusieurs centaines en Europe en 2025, couvrant une part substantielle de la population urbaine ; ces décomptes recouvrent des dispositifs hétérogènes et ne sont pas strictement comparables d'un pays à l'autre. Les effets sanitaires attendus d'un maintien ou d'une suppression font l'objet de modélisations dont les hypothèses diffèrent.
La question de l'origine des ZFE appelle donc une réponse en deux temps. L'Union européenne n'a pas imposé les zones à faibles émissions. Elle a imposé le respect de seuils de qualité de l'air, dont le non-respect a été sanctionné. Les ZFE sont la réponse que la France a choisie. La décision du Conseil constitutionnel du 21 mai 2026 les a maintenues en vigueur sans se prononcer sur leur bien-fondé. Leur éventuelle suppression, par un texte dédié, laisserait l'obligation européenne inchangée.
L’État avoue ne plus vouloir harceler deux fois l’agriculteur dans l’année (ce qui en dit long). Dans le projet de loi d’urgence agricole adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 2 juin 2026, le gouvernement brandit comme une avancée majeure l’interdiction de soumettre un même exploitant à deux contrôles identiques dans l’année. Aveu involontaire d'un harcèlement institutionnel systématique, cette « victoire » résume à elle seule l'état de la relation entre l'État français et ceux qui le nourrissent.
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Adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 2 juin 2026, le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles est présenté comme une réponse concrète à la colère du monde paysan. Parmi les mesures mises en avant figure une disposition étonnante : un agriculteur ne pourra plus subir deux contrôles identiques au cours de la même année. Une avancée qui ressemble surtout à l’aveu d’un problème beaucoup plus profond.
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Le gouvernement de Sébastien Lecornu a présenté le 8 avril 2026 un projet de loi d’urgence agricole de 23 articles, censé apporter des « solutions concrètes dans les cours des fermes » dès cet été. Parmi les dispositions les plus médiatisées figure l’interdiction des contrôles administratifs identiques répétés sur une même exploitation au cours d’une année.
Cette revendication est portée depuis longtemps par les organisations agricoles. Jusqu’ici, rien n’empêchait les multiples administrations ( DDTM, MSA, douanes, environnement, etc. ) de multiplier les visites sur une même exploitation déjà étranglée par les normes, les ZNT, les ICPE et la PAC. L’exploitation agricole moderne doit consacrer un temps croissant à répondre aux exigences de l’administration plutôt qu’à produire. Chaque contrôle mobilise du personnel, génère de l’incertitude juridique.
Le simple fait que l’exécutif juge nécessaire de légiférer sur ce point constitue un aveu : la bureaucratie française avait fini par considérer comme normale la répétition de contrôles sur des professionnels déjà soumis à une pression économique considérable.
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Cette mesure intervient après les mobilisations agricoles qui ont secoué le pays ces derniers mois. Derrière la colère des agriculteurs se cache un empilement de contraintes réglementaires, environnementales, sanitaires et administratives dont le coût est rarement mesuré par ceux qui les produisent.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu avait promis une réponse législative rapide. Le titre III du texte contient des mesures visant à simplifier des normes agricoles et à protéger le potentiel productif, autrement dit, à défaire partiellement ce que des années de zèle normatif avaient construit.
Le texte autorise le gouvernement à légiférer par ordonnance pour créer un régime spécial d'autorisation environnementale pour les bâtiments d'élevage, afin d'alléger les contraintes administratives lors de travaux de construction ou d'agrandissement. Ce qui signifie que les normes actuelles sont si pénalisantes qu'il faut une procédure dérogatoire d'urgence pour construire une étable.
Pourquoi une telle pratique a-t-elle pu exister si longtemps ? Lorsqu’un gouvernement présente comme une réforme majeure le fait de ne plus vérifier deux fois la même chose, il ne simplifie pas réellement le système ; il reconnaît implicitement qu’il était devenu excessif.
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Cette loi semble offrir un soulagement ponctuel. Mais elle ne répond pas à la question centrale : combien de milliers de normes continuent de peser sur les exploitations françaises ? Une victoire contre un contrôle de trop ne constitue pas une réforme ; c’est le symptôme d’une bureaucratie devenue elle-même le problème.
Volée de sa carte d’identité en 2021, une jeune femme de 22 ans subit depuis quatre ans une véritable descente aux enfers administrative. Plus de cent procès-verbaux SNCF, près de 10 000 euros réclamés, comptes bancaires impossibles à ouvrir et inscription au fichier des personnes recherchées. Dans cette affaire, la machine administrative continue d’encaisser tandis que la charge de la preuve repose sur la victime elle-même.
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Eloune Le Disez fait partie des milliers de victimes d’usurpation d’identité. Sa vie est devenu un cauchemar sans fin. Obligée de payer des amendes qui ne sont même pas à son nom, elle fait aussi partie des personnes recherchées par la police. Selon son avocat, l’absurdité du système atteint ici son paroxysme : sa cliente doit prouver qu’elle n’était pas présente dans les trains concernés.
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Tout à commencé en 2021, lorsque Eloune Le Disez a perdu sa carte d’identité lors d’une soirée en discothèque. Elle a porté plainte, mais cette démarche n’a pas suffi à la protéger, car depuis, la jeune femme est victime d’usurpation d’identité.
Depuis, l'usurpateur sillonne les trains, se fait verbaliser à répétition et les procès-verbaux arrivent dans la boîte aux lettres d'Éloune. Cent quarante-quatre euros par amende, plus d'une centaine reçues. Au fil des années, les procès-verbaux se sont accumulés jusqu’à dépasser la centaine, pour un montant total avoisinant les 10.000 euros.
À ces dettes fictives s'ajoutent des impayés hospitaliers et d'autres démarches frauduleuses.La situation est devenue si absurde que la jeune femme ne peut plus gérer normalement ses finances. Craignant les saisies automatiques, elle renonce à utiliser un compte bancaire personnel. Elle a déposé six nouvelles plaintes. Toutes classées.
Son quotidien dépend désormais largement de ses proches. « Je prends la carte de mon père, qui me prête sa carte », a-t-elle ajouté. Plus grave encore, malgré plusieurs plaintes déposées, elle s'est retrouvée inscrite au fichier des personnes recherchées.
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Un phénomène de masse, une réponse institutionnelle nulle
Le plus choquant réside dans la logique administrative appliquée au dossier. Selon son avocate, Maître Marie-Camille Eck, spécialiste en usurpation d'identité: « C'est à la victime de prouver qu'elle n'était pas dans le train. » La SNCF, entreprise publique bénéficiant de milliards de subventions annuelles, se comporte en créancier impitoyable, laissant tourner sa machine de recouvrement sans aucun discernement. Autrement dit, la charge de la preuve est renversée. L'administration encaisse, puis exige de l'innocent qu'il démontre son innocence.
Ce n'est qu'après une médiatisation du dossier que la SNCF a indiqué que certaines amendes pourraient finalement être classées. Une réaction tardive qui soulève une question essentielle : combien de victimes anonymes continuent de payer pour des fautes qu'elles n'ont jamais commises ?
Chaque année, 200 000 Français sont victimes d'usurpation d'identité. Les pièces d'identité circulent librement sur Internet (fuites de données, marchés parallèles ) offrant aux arnaqueurs des profils complets, noms, adresses, photos incluses. L'association SOS Usurpation le confirme : ces données servent ensuite à rendre les escroqueries ultérieures plus crédibles, transformant la victime initiale en cible permanente. La peine prévue par la loi pour l'usurpateur ? Un an de prison et 15 000 euros d'amende , quand on le retrouve, ce qui est rare.
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Dans une société attachée à l'État de droit, la présomption d'innocence ne devrait jamais devenir un privilège réservé à ceux qui ont les moyens de se défendre. Aujourd'hui, pour Éloune Le Disez, le véritable adversaire n'est plus l'usurpateur : c'est la machine administrative elle-même.
Une voyageuse verbalisée de 200 euros par la RATP pour avoir emprunté, mi-juin 2026 à la Gare du Nord, un escalator à l’arrêt dans le mauvais sens. Pas de fraude au titre de transport, pas de danger immédiat : simplement une infraction au sens de circulation. L’affaire, révélée par une photo d’amende partagée sur les réseaux, cristallise la colère des usagers face à un zèle bureaucratique qui frappe l’ordinaire pendant que les dysfonctionnements structurels des gares persistent.
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Mi-juin 2026, à la gare du Nord. Une voyageuse prend un escalator à l'arrêt dans le mauvais sens. Bilan : une amende de 200 euros, dûment tamponnée par un agent de la RATP. Pas de fraude au titre de transport. Pas de victime. Pas de danger. Juste du zèle, bien organisé.
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L’histoire circule sur les réseaux sociaux : une internaute publie la photo d’une amende de 200 euros infligée pour avoir pris un escalator dans le sens inverse. Aucun dommage, aucun risque signalé, aucun enjeu de sécurité clairement établi. Pourtant, la sanction est celle habituellement associée à des infractions bien plus graves dans les transports franciliens.
Gare du Nord , faites gaffe quand vous confondez un sens d’Escalator À @IDFmobilites on perd pas la boussole pour vous coller 200€ d’amende ! C’est mon cas aujourd’hui et j’espère que Twitter va porter mon indignation haut et fort !!@Actu_Transilien@RERE_SNCFpic.twitter.com/0yXfRVcG2G
Dans un contexte de forte tension dans les grandes gares parisiennes, l’épisode choque par sa disproportion apparente. Il illustre une logique de micro-régulation où des comportements anodins deviennent susceptibles de sanction financière élevée.
Depuis plusieurs années, des usagers et syndicats évoquent des mécanismes internes de motivation des équipes de contrôle, parfois liés à des objectifs quantitatifs d’amendes encaissées immédiatement.
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Contrôle des usagers et bureaucratie punitive déconnectée des priorités
Officiellement, ces dispositifs visent à lutter contre la fraude au transport, qui représente plusieurs centaines de millions d’euros de manque à gagner annuel pour les opérateurs publics.
Mais sur le terrain, les effets perçus seraient différents : multiplication des verbalisations pour des infractions mineures, pression au paiement immédiat, et ciblage de profils jugés plus vulnérables, notamment les touristes ou voyageurs isolés.
La gare du Nord, l'une des plus fréquentées d'Europe avec plus de 700 000 voyageurs par jour, est régulièrement classée parmi les plus insécurisées de France. Dans cette affaire, la puissance publique mobilise des agents pour verbaliser de 200 euros une femme sur un escalator en panne, pendant que pickpockets, sans-abri agressifs et réseaux de mendicité organisés y opèrent à ciel ouvert, parfaitement tolérés.
Désormais, l’appareil répressif se concentre sur des infractions marginales. L'État est impuissant face aux problèmes qui exigent du courage, et surpuissant face à ceux qui rapportent de l'argent.
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À quelques semaines de la fin du mandat de Claire Hédon, plus de 50.000 signataires interpellent Emmanuel Macron sur le choix de son successeur. Derrière cette mobilisation se cache une question : le Défenseur des droits est-il encore perçu comme un arbitre impartial ou comme un acteur engagé dans les batailles idéologiques du moment ?
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En juillet, Claire Hédon quittera ses fonctions de Défenseure des droits après six ans d'un mandat non renouvelable. Son probable successeur, François-Noël Buffet , sénateur LR, ancien ministre de l'Intérieur sous Retailleau , est déjà dans le viseur d'une coalition d'associations et d'agents de l'institution, qui brandissent une pétition à 50 000 signatures pour peser sur l'Élysée. Le message est clair : un homme de droite n'aurait pas sa place à la tête d'une autorité indépendante.
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Une autorité indépendante devenue acteur du débat public ?
Créée par la révision constitutionnelle de 2008 et opérationnelle depuis 2011, l’autorité administrative indépendante reçoit des dizaines de milliers de réclamations annuelles sur les discriminations, les droits des usagers du service public ou les atteintes aux libertés. Son budget avoisine les 26 millions d’euros par an, prélevés sur le contribuable. Claire Hédon, issue de la société civile et ancienne présidente d’ATD Quart Monde, a incarné une ligne volontiers interventionniste sur les enjeux sociétaux
Les opposants à François-Noël Buffet dénoncent aujourd’hui une politisation potentielle de l’institution. Pourtant, ses détracteurs reprochent depuis plusieurs années au Défenseur des droits lui-même d’avoir quitté le terrain strict de la protection des libertés pour investir celui du militantisme sociétal.
L’argument est: à chaque rapport ou recommandation sur des sujets sensibles, l’institution est accusée par une partie de l’opinion de défendre une vision idéologique particulière plutôt qu’un principe de neutralité. Cette perception, qu’elle soit fondée ou non, fragilise son autorité morale.
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En six ans, le Défenseur des droits s'est progressivement mué en acteur des débats sociétaux ( prenant position sur le droit à l'IVG, la théorie du contrôle au faciès, les droits LGBT ) au risque de sortir de son rôle d'arbitre. La CGT interne qui s'alarme, les associations qui cosignent : ce n'est pas la neutralité qu'elles défendent, c'est leur ligne. Quand une institution « indépendante » est défendue par un camp politique précis, c’est que l’indépendance est déjà compromise.
Une autorité administrative ne peut exercer son autorité morale qu'à la condition d'être perçue comme impartiale par l'ensemble des citoyens, y compris ceux qui votent à droite, qui constituent une majorité dans le pays. Paradoxalement, la campagne contre Buffet produit l'effet inverse de celui recherché : elle confirme que le Défenseur des droits est devenu un territoire politique que certains entendent conserver. La vraie question n'est donc pas de savoir si Buffet mérite ce poste, c'est de savoir si l'institution encore mérite son titre.
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En tant que libertarien, on ne peut que constater l’incohérence structurelle : une autorité « indépendante » financée par l’État et nommée par le pouvoir exécutif peine à échapper aux logiques partisanes. Quand elle s’immisce dans les débats sociétaux les plus clivants au lieu de se limiter à la stricte protection des libertés individuelles contre l’arbitraire administratif, elle perd sa légitimité auprès de ceux qui ne partagent pas la doxa dominante.
Les citoyens, lassés des batailles culturelles financées par leurs impôts, attendent un arbitre, pas un nouveau militant.
En 2026, élever trois poules pondeuses au fond de son jardin relève désormais du parcours administratif. Déclaration sanitaire en mairie, autorisation d’urbanisme selon la surface du poulailler, distances de voisinage imposées : l’État et les communes transforment un geste de bon sens ancestral en infraction potentielle. Sanction à la clé ? De 750 € à 6 000 €. L'État vient de transformer l'acte le plus élémentaire d'autonomie alimentaire en une procédure bureaucratique à part entière.
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Vouloir produire quelques œufs pour sa famille n’a jamais été aussi réglementé. En 2026, l’installation d’un simple poulailler domestique implique de naviguer entre déclaration sanitaire, urbanisme, règlement de lotissement et normes de voisinage. La bureaucratie tatillonne triomphe une fois de plus sur l’autonomie du particulier.
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Ce n'est pas une caricature : avant d'installer trois poules dans son jardin, un particulier doit, en 2026, satisfaire simultanément à trois corps de règles distincts. Primo, une déclaration sanitaire obligatoire auprès de la mairie.
Secundo, une vérification préalable du Plan Local d'Urbanisme, lequel peut interdire certains matériaux, certaines hauteurs, voire tout abri animal.En lotissement ou copropriété, le règlement intérieur peut interdire l'élevage sans même passer par la case mairie. Autrement dit : plusieurs strates normatives s'empilent, chacune avec ses propres gardiens, ses propres sanctions, ses propres procédures.
Tertio, des distances de voisinage imposées, dont le non-respect expose à des sanctions. Parallèlement, les détenteurs de volailles doivent respecter les obligations sanitaires imposées dans le cadre de la surveillance des maladies aviaires. Les communes annoncent d’ailleurs un renforcement des contrôles.
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Des sanctions disproportionnées pour une activité familiale
Une infraction aux règles d’urbanisme peut entraîner des amendes allant de 1 200 à 6 000 euros. Certaines infractions sont passibles d’une contravention de 4e classe pouvant atteindre 750 euros.
Le moindre conflit de voisinage peut également déclencher une procédure. Odeurs, mouches ou bruit sont susceptibles d’être qualifiés de troubles anormaux de voisinage. Quant au coq, son chant matinal peut donner lieu à une amende de 68 euros, majorable jusqu’à 180 euros.
Dans le même temps, même un petit élevage familial de trois poules suffisent largement à produire plusieurs centaines d’œufs par an . Aussi , il doit respecter un ratio minimal d’espace (1 m² par poule à l’intérieur, 8 à 10 m² en parcours extérieur recommandé). Au-delà de 49 poules, on bascule dans l’élevage commercial avec normes renforcées. La vente d’œufs par les particuliers sera également strictement encadrée.
Derrière ces arrêtés municipaux et les références au code de l’urbanisme se cachent une vision hygiéniste qui préfère le citoyen-consommateur docile au particulier ingénieux.
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Dans un pays déjà étranglé par la fiscalité et la réglementation, cette chasse aux poules de jardin constitue un symbole presque caricatural. Elle révèle l’incapacité des élites à faire confiance au bon sens populaire tout en alourdissant le quotidien de ceux qui cherchent simplement à reprendre un peu de maîtrise sur leur vie.
Dans les Alpes-Maritimes, des élus d'opposition révèlent qu'entre 2017 et 2024, le Conseil départemental a déversé 150 millions d'euros sur des structures touristiques privées : un parc de loisirs, un hôtel de luxe, des thermes. Subventionnées à 95 % par le contribuable. Pendant ce temps, la présidence se félicite de son rôle « d'aménageur du territoire ».
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Le 5 janvier 2026, lors d'une conférence de presse à Nice, trois conseillers départementaux d'opposition à savoir, Franck Martin, Martine Ouaknine et David Clares, membres du groupe Rassemblement républicain, proches de Christian Estrosi, ont lâché une bombe financière. S'appuyant sur les données de l'Observatoire des finances et de la gestion publique, ils affirment avoir reconstitué sept années d'investissements contestables dans la vallée de la Vésubie.
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Des projets privés financés jusqu’à 95 % par le contribuable
Lors d’une conférence de presse organisée le 5 janvier 2026, les conseillers départementaux Franck Martin, Martine Ouaknine et David Clares, membres du groupe Rassemblement républicain, ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme un détournement de la vocation première de la collectivité.
Selon leurs travaux, fondés sur les données de l’Observatoire des finances et de la gestion publique, près de 150 millions d’euros auraient été mobilisés entre 2017 et 2024 pour soutenir plusieurs infrastructures exploitées sous forme privée : le Vésubia Mountain Park, le Pure Mountain Resort ou encore les thermes de Berthemont-les-Bains. Ces établissements auraient été financés à hauteur de 95%.
Face à ces accusations, le Département, dont Éric Ciotti est vice-président aux finances, a réagi par communiqué : ces chiffres « ne correspondent à aucune réalité retracée dans les comptes ». Pourtant, son président Charles-Ange Ginésy assume pleinement la posture d’« aménageur du territoire » et « premier partenaire des collectivités locales ».
Au-delà des chiffres, cette affaire illustre les rapports de force dans les territoires : une majorité départementale qui instrumentalise l’aménagement pour entretenir des réseaux d’influence, tandis que l’opposition, pourtant issue du même camp, tente de poser des garde-fous. Le vrai perdant reste le contribuable, sommé de financer à près de 100 % des activités marchandes qui, en théorie, devraient attirer des capitaux privés.
L’audit réclamé par l’opposition pourrait permettre de clarifier les flux financiers. Mais au-delà des chiffres, une question demeure : à partir de quel niveau de subvention un projet privé cesse-t-il d’être une initiative entrepreneuriale pour devenir une activité sous perfusion publique ?Jusqu’à quand les Français accepteront-ils de payer ?
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L'Assemblée nationale examine depuis ce mardi 16 juin un projet de loi constitutionnelle « pour une Corse autonome au sein de la République ». Le texte, déposé fin avril et adopté en commission au début du mois, inscrirait dans la Constitution un statut particulier pour l'île, un pouvoir d'adaptation des lois, un article nouveau taillé pour elle seule.
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On nous présente cela comme une modernisation, une reconnaissance, une page d'apaisement. Peut-être. Mais il faut regarder la chose de plus loin que l'île, et plus haut que l'actualité.
Car ce n'est pas un épisode. C'est une série.
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Il y a un an, la Nouvelle-Calédonie. L'accord signé à Bougival en juillet 2025 a inventé une formule qu'aucun manuel ne connaissait : un « État de la Nouvelle-Calédonie » logé dans l'État français, assorti d'une nationalité calédonienne. On a négocié, on a cédé, on a appelé cela un compromis historique. Les indépendantistes l'ont aussitôt désavoué, et il a fallu rouvrir le dossier dès janvier. À Mayotte, c'est l'inverse, et c'est pire. Une île qui a choisi la France par trois fois, contre tous ses voisins, dévastée en décembre 2024 par un cyclone, attend toujours, sous les bâches, la reconstruction qu'on lui a promise — treize millions versés sur cent à la fin de l'année, m'a-t-on dit, pour un territoire détruit aux neuf dixièmes.
Trois terres, trois histoires, un même fil. Là où la République devrait tenir, elle négocie. Là où elle devrait protéger, elle promet. Là où elle a reçu un héritage, elle le gère comme un passif.
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On objectera que l'autonomie n'est pas l'abandon, et que décentraliser n'est pas trahir. C'est juste. Un État fort peut déléguer sans se défaire ; il l'a fait souvent, et bien. La question n'est pas là. La question est de savoir qui décentralise, et pourquoi. Un État qui accorde par sagesse n'est pas un État qui lâche par fatigue. Le geste est le même ; l'âme est contraire. Et l'âme, ici, est lasse.
Le général de Gaulle avait de ces territoires une idée qui n'était ni comptable ni sentimentale. Il les tenait pour la preuve qu'une nation déborde son hexagone, qu'elle a contracté avec son histoire des dettes qu'on n'efface pas, et qu'un peuple qui se replie sur sa commodité cesse peu à peu d'être un grand peuple. La Corse n'est pas une province parmi d'autres : elle a donné à la France l'homme qui lui a donné son Code. La Nouvelle-Calédonie n'est pas un caillou : elle est de la peine, du sang, des accords scellés sur des tombes. Mayotte n'est pas une charge : elle est une fidélité, et l'on ne traite pas une fidélité par l'oubli.
Une nation ne meurt pas d'être vaincue. Elle meurt d'avoir cessé de croire qu'elle vaut la peine d'être défendue, et d'avoir appris à nommer ce renoncement autrement. Ce que nous appelons aujourd'hui apaisement, modernisation, statut particulier, porte parfois ces noms pour de bonnes raisons. Il porte parfois aussi le nom plus simple, et plus triste, du découragement érigé en doctrine.
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Qu'on m'entende bien. Les Corses ont des griefs réels, une langue, une mémoire, une vie chère, une insularité qu'aucune circulaire parisienne n'a jamais comprise. Les Calédoniens et les Mahorais ont des attentes que la métropole a trop longtemps traitées par le mépris ou la distraction. Le tort n'est pas d'écouter les territoires. Le tort est de ne savoir leur répondre que d'une seule manière : en se retirant. Quand l'unique réponse d'un État à toute difficulté est de déléguer la difficulté, ce n'est plus une politique, c'est une abdication par tranches.
Il y a gouverner pour le bien commun, et il y a administrer pour avoir la paix. Le premier cherche la justice ; le second, la tranquillité. La Vᵉ République, telle qu'on la conduit, a contracté le goût de la seconde. Elle préfère un dossier clos à un dossier juste, une signature à une vision, l'apaisement de l'instant à la défense du temps long. On reconnaît une nation fatiguée à ceci qu'elle confond la fin de ses ennuis avec la solution de ses problèmes.
La Corse votera, le Parlement tranchera, et l'on aura raison de respecter ce que décideront les institutions et les électeurs. Mais on aurait tort de croire que le sujet se referme avec le texte. Un pays qui ne sait plus défendre que ce qui ne lui coûte rien finit par découvrir qu'il ne lui reste rien à défendre. Reste à savoir laquelle de nos terres sera la prochaine à nous l'apprendre.
Plus de 12.000 personnes ont été arrêtées en une seule année au Royaume-Uni pour des messages publiés sur Internet, soit environ 33 arrestations par jour. Derrière l'objectif de lutte contre les contenus offensants ou menaçants, une question s’impose : jusqu’où un État démocratique peut-il aller dans la surveillance et la répression de la parole en ligne sans fragiliser les libertés fondamentales ?
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Londres, bastion autoproclamé de la liberté, arrête désormais plus de 30 personnes par jour, soit environ 12 000 par an, pour des messages jugés « offensants » sur les réseaux sociaux. Un scénariste célèbre, Graham Linehan, co-créateur de Father Ted, en a fait les frais à Heathrow en septembre 2025 : cinq policiers l’ont cueilli à sa descente d’avion pour trois publications sur X relatives aux questions transgenres. Au nom de la « protection du public », le Royaume-Uni rabote méthodiquement la liberté d’expression, pilier historique des démocraties occidentales.
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Une hausse spectaculaire des arrestations pour « messages offensants »
Selon une enquête par demandes d'accès à l'information publiée par The Times en avril 2025, plus de 12 000 personnes ont été arrêtées en 2023 au titre de l'article 127 du Communications Act de 2003 et de la section 1 du Malicious Communications Act de 1988 , soit plus de trente interpellations quotidiennes.
Le nombre d'arrestations annuelles a plus que doublé depuis 2017. La machine tourne sans relâche, et les textes visés criminalisent des messages causant de l'« ennui », de l'« inconvénient » ou de l'« anxiété » , des notions d'une plasticité juridique remarquable, taillées pour l'arbitraire.
Le think tank Policy Exchange estime que ces enquêtes ont mobilisé jusqu'à 666 000 heures de travail policier, chaque heure consacrée au contrôle de la parole étant une heure de moins sur les affaires de vol, d'agression ou de cambriolage. En 2023, 90 % des crimes sont restés non résolus au Royaume-Uni ; en 2024, 89 % des infractions violentes ou sexuelles n'ont pas trouvé de coupable. Pendant ce temps, des équipes dédiées scrutent Twitter.
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Quand la protection du public devient un outil de contrôle
La polémique a pris une dimension internationale avec l’interpellation du scénariste britannique Graham Linehan à l’aéroport d’Heathrow en septembre 2025. Selon son récit, cinq policiers armés l’ont arrêté à son arrivée des États-Unis en raison de trois publications diffusées sur X. La police métropolitaine a confirmé l’arrestation d’un homme soupçonné d’« incitation à la violence » en lien avec des messages publiés sur le réseau social.
L’affaire a déclenché une vague de critiques venant d’élus conservateurs, de militants pour la liberté d’expression et de personnalités publiques. Même au sein de la classe politique britannique, certains responsables ont estimé que les priorités policières semblaient déconnectées des préoccupations liées à la criminalité quotidienne.
Avec l’entrée en vigueur de l’Online Safety Act ( promulgué en octobre 2023 et entré pleinement en vigueur en mars 2025) et l’extension continue des dispositifs de régulation numérique, le Royaume-Uni expérimente un modèle où l’État intervient de plus en plus directement dans la police du discours.
Les plateformes qui ne se conforment pas s'exposent à des amendes allant jusqu'à 18 millions de livres sterling ou 10 % de leur chiffre d'affaires annuel mondial. Officiellement, il s’agit de protéger les citoyens contre le harcèlement, les menaces ou la désinformation.
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Une démocratie qui mobilise cinq policiers armés pour trois tweets, puis abandonne les charges sans s'excuser voilà ce que l'élite britannique appelle « protéger le public ». George Orwell, lui, appelait ça autrement.
À Haplincourt, petite commune du Pas-de-Calais, l’ancien maire Michel Flahaut a été condamné le 2 juin 2026 à 12 mois de prison avec sursis, 10 000 € d’amende et cinq ans d’inéligibilité. Le tribunal judiciaire d’Arras l’a reconnu coupable d’avoir utilisé de fausses factures pour détourner des fonds municipaux au profit de dépenses personnelles : restaurants, bijoux et remboursement des traites de la maison familiale. Son épouse a écopé de six mois avec sursis, 5 000 euros d’amende avec sursis et deux ans d’inéligibilité. Ensemble, ils devront rembourser 22 366 euros à la commune.
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Condamné le 2 juin 2026 par le tribunal d'Arras, Michel Flahaut a détourné des dizaines de milliers d'euros d'argent public via de fausses factures, pour financer un train de vie personnel. Sa femme, complice de recel, a elle aussi été sanctionnée. À Haplincourt, 400 âmes dans le Pas-de-Calais, la confiance démocratique de proximité a été trahie dans les règles de l'art.
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Des fausses factures pour financer ses dépenses privées
Maire d’Haplincourt de 2014 à 2026, Michel Flahaut, âgé de 56 ans, a émis au moins six fausses factures pour des travaux fictifs. Ces documents mettaient en scène une structure fictive et une association dirigée par sa compagne. L’argent détourné de plusieurs dizaines de milliers d’euros, a servi à payer des restaurants, des bijoux et les traites de la maison familiale, aujourd’hui saisie.
Les faits ont été révélés il y a environ deux ans et demi par la secrétaire de mairie. La secrétaire de mairie a fait le travail que les corps de contrôle n'avaient pas fait.Dans un premier temps, l’ancien maire de 56 ans avait dénoncé un prétendu complot. Ce n’est qu’à l’audience d’avril 2026 qu’il a reconnu avoir émis les fausses factures.
Sa compagne a été condamnée à six mois de prison avec sursis, 5 000 € d’amende avec sursis et deux ans d’inéligibilité pour recel de détournement de fonds publics et abus de confiance. Le couple devra rembourser 22 366 € à la commune, régler des frais judiciaires et verser 1 500 € au titre du préjudice moral. Ils disposent de dix jours pour faire appel. À la peine principale s’ajoutent 3 900 € à verser à l’Urssaf pour les infractions liées au travail dissimulé.
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Cette affaire rappelle une réalité souvent occultée : le contrôle de la dépense publique est parfois plus fragile dans les petites collectivités, où les circuits de décision sont concentrés et les contre-pouvoirs limités. Les montants en jeu sont modestes à l’échelle nationale, mais ils pèsent lourd pour une commune rurale.
En effet, dans les très petites communes, les contrôles internes sont quasi inexistants, les budgets opaques, et l'élu cumule souvent des pouvoirs qu'aucun contre-pouvoir local ne vient tempérer.
L'Etat a laissé prospérer ce pillage pendant dix ans c'est l'État français et ses chambres régionales des comptes, trop rares, trop lentes, trop tard.
Les contribuables d’Haplincourt ont vu leur argent dilapidé sans que la vigilance institutionnelle ne joue son rôle en amont. Dans un pays où la pression fiscale reste lourde, chaque euro détourné par un élu constitue non seulement un vol, mais un révélateur de l’arrogance d’une partie des « serviteurs de l’État » qui se servent d’abord eux-mêmes.
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L'État français a un problème avec l'argent public : il en dépense des sommes colossales sans jamais vérifier l'effet produit. La Cour des comptes l'a rappelé dans son rapport annuel de mars 2026 : 316 milliards d'euros sont injectés chaque année dans les politiques d'attractivité des territoires et pas un euro n'est correctement évalué. La raison ? Une constellation d'acteurs (l'État central, ANCT, ADEME, ANRU, collectivités locales) se partage les enveloppes dans un tel éparpillement que tout contrôle devient structurellement impossible. La Cour parle de « saupoudrage ».
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Dans un contexte de tensions sociales ravivées par la hausse du carburant et des fractures territoriales béantes, ce document de 540 pages sonne comme un réquisitoire. Amélie de Montchalin, Première présidente de la Cour, pose la bonne question : comment garantir des services publics effectifs partout ? La réponse officielle, elle, reste désespérément absente.
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Les chiffres donnent le vertige. La mission « Cohésion des territoires » pèse 18,5 milliards d’euros, complétés par environ 15 milliards de dépenses fiscales. Les collectivités territoriales, de leur côté, déversent 316 milliards dans des politiques d’attractivité. Hors santé, transports et autres dépenses transversales. Au total, l’effort public réel demeure introuvable, noyé dans une nébuleuse d’acteurs : État central, ANCT, ADEME, ANRU, Comité interministériel des villes et mille initiatives locales.
Des dispositifs innombrables, des guichets multiples, aucun tableau de bord commun. Résultat : impossible d’évaluer l’efficacité d’une seule ligne de crédit. La France est passée, en quelques décennies, d’un État aménageur capable d’une vision de long terme à un État distributeur, prodigue et aveugle.
En somme, personne n’est véritablement en mesure d’évaluer le rendement de la dépense publique. Le terme de « saupoudrage » revient à plusieurs reprises sous la plume des magistrats. Les crédits sont dispersés entre une multitude de programmes, chacun poursuivant ses propres objectifs, sans coordination globale ni indicateurs fiables de performance.
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Le constat territorial reste implacable. En 2023, le PIB par habitant culminait à 69 288 euros en Île-de-France contre 32 652 euros en Bourgogne-Franche-Comté. Plus du double. À cette fracture économique s’ajoutent les déserts médicaux, la relégation rurale, les tensions périurbaines et les crises récurrentes en Outre-mer. Des milliards sont jetés dans ce gouffre sans que personne ne puisse dire si un euro sur dix a réellement réduit l’écart.
Les recommandations de la Cour est de recentrer sur un panier de services essentiels (santé, éducation, transports, numérique), adapter la carte scolaire, généraliser la télémédecine; paraissent de bon sens. Mais elles butent sur le cœur du problème : un système institutionnel conçu pour dépenser, pas pour arbitrer ni mesurer.
Au-delà des recommandations techniques, le rapport révèle surtout une dérive plus profonde : le passage d’un État aménageur à un État distributeur. Les élus annoncent des crédits, créent des dispositifs et multiplient les guichets, mais peinent à démontrer les résultats obtenus. Dans un pays dont la dette publique dépasse désormais largement les 3 000 milliards d’euros, cette logique atteint ses limites.
La véritable question n’est donc plus de savoir combien la France dépense pour ses territoires. Elle dépense déjà massivement. La question est de savoir combien de temps encore les contribuables accepteront de financer un système incapable de prouver son utilité réelle. Une démocratie peut survivre à des inégalités territoriales ; elle survit beaucoup plus difficilement à l’absence de comptes rendus sur l’usage de l’argent public.
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Bruxelles impose sa bureaucratie jusqu’aux plantations africaines. Le règlement européen anti-déforestation (EUDR), censé protéger les forêts tropicales, impose désormais aux producteurs de cacao une traçabilité et une géolocalisation extrêmement poussées. Derrière l’objectif environnemental, des milliers de petits planteurs ivoiriens se retrouvent confrontés à une avalanche d’exigences administratives conçues à Bruxelles, loin des réalités du terrain.
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La Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao, se retrouve sous la coupe d'un règlement européen sur la déforestation (EUDR) qui, sous couvert d'écologie, impose une traçabilité géolocalisée à des milliers de petits planteurs sans ressources numériques ni juridiques. Derrière les bonnes intentions, ce sont les plus pauvres qui paient la facture des scrupules environnementaux des plus riches.
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Une traçabilité pensée à Bruxelles, appliquée dans les champs africains
Le texte impose non seulement de prouver que le cacao ne provient pas de terres déboisées après le 31 décembre 2020, mais aussi une géolocalisation précise des parcelles et la vérification du respect des lois locales en matière environnementale, foncière et de droits humains.
À Djapadji, près de San Pedro, coopératives et exportateurs organisent formations à l’agroforesterie et cartographie des plantations souvent financées par les partenaires privés. Des arbres sont plantés entre les cacaoyers, la production s’améliore localement.
Pourtant, les frustrations montent : promesses de paiements via le mécanisme REDD+ (adopté en Côte d’Ivoire en 2011) tardent, seuls quelques producteurs sur quarante ont perçu quelque chose. Les prix bord champ, fixés par l’État, ont chuté de près de 60 % entre la grande campagne 2025-2026 (2 800 FCFA/kg) et la campagne intermédiaire (1 200 FCFA/kg).
Le rapport FIT for FAIR, publié en juillet 2025 sous impulsion allemande, dresse un bilan contrasté : avancées en matière de Code forestier (2019) et de système national de traçabilité, mais coûts de conformité prohibitifs pour les petits exploitants, manque d’accompagnement et inégalités criantes dans une filière où l’expansion du cacao a causé environ 45 % de la déforestation historique (perte de 80-90 % du couvert forestier en six décennies).
Sur le papier, la transition semble vertueuse. Sur le terrain, elle révèle un profond déséquilibre de pouvoir. Les grands exportateurs disposent des moyens techniques et financiers nécessaires pour absorber les coûts de conformité. Les petits planteurs, eux, dépendent totalement des coopératives, des ONG et des partenaires privés pour comprendre et appliquer des normes particulièrement complexes.
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Derrière l’écologie, une nouvelle forme de contrôle du commerce mondial
Personne ne conteste la réalité de la déforestation ivoirienne. Le pays a perdu près de 80 à 90 % de son couvert forestier depuis les années 1960, et la culture du cacao représente environ 45 % de cette disparition. Mais la question demeure : qui paiera réellement le coût de cette transition ?
L’EUDR illustre une tendance de plus en plus marquée de l’Union européenne à exporter ses normes au reste du monde. Présentée comme une politique environnementale, cette réglementation devient aussi un puissant outil de sélection économique. Les grands groupes disposent des ressources nécessaires pour s’adapter ; les plus petits risquent d’être progressivement exclus.
La véritable contradiction est là : au nom de la protection des forêts, Bruxelles prétend sauver la planète tout en imposant à des millions de petits producteurs africains une bureaucratie dont le coût pourrait être plus lourd à supporter que les bénéfices promis. À force de gouverner par la norme, l’Europe prend le risque de transformer une ambition écologique légitime en machine administrative qui éloigne encore davantage les plus modestes des marchés qu’elle prétend leur ouvrir.
Pour les libertariens, cette affaire confirme qu’aucune bureaucratie supranationale ne remplacera jamais la responsabilité locale et les incitations de marché. Les petits producteurs ivoiriens n’ont pas besoin de géolocalisation bruxelloise pour comprendre leur intérêt ; ils ont besoin de liberté et de prix stables. Faute de quoi, le verdissement imposé risque de produire l’effet inverse : appauvrissement et déforestation par désespoir. Un avertissement clair pour qui croit encore aux vertus régulatrices de l’Europe.
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Un mégaprojet à 1,4 milliard d'euros lié à Jared Kushner, gendre de Donald Trump,menace la réserve naturelle de Vjosa-Narta, sanctuaire de flamants roses sur l'Adriatique. L’île de Sazan, verrou géostratégique, complète le tableau. Le projet prévoit hôtels, villas et marina haut de gamme. Depuis le début du mois de juin, la « révolution des flamants roses » enflamme Tirana et le littoral sud. L’agence anticorruption a ouvert une enquête, sur fond de scandale impliquant déjà la vice-Première ministre Belinda Balluku. Le Premier ministre Edi Rama, au pouvoir depuis treize ans, défend pourtant l’opération comme une manne économique et un vecteur d’image internationale.
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En Albanie, la contestation enfle contre un mégaprojet touristique porté par Jared Kushner, gendre de Donald Trump. Au cœur de la polémique : la lagune protégée de Narta et l’île stratégique de Sazan, cédées par le gouvernement d’Edi Rama à des investisseurs proches du pouvoir américain pour des développements immobiliers estimés jusqu’à 5 milliards d’euros. Une affaire qui cristallise les accusations de corruption et de capitalisme de connivence.
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La lagune de Narta n'est pas n'importe quelle étendue d'eau. Zone humide protégée sur le littoral adriatique albanais, elle abrite des flamants roses, des phoques moines et des sites de ponte de tortues marines. C'est là, dans l'un des écosystèmes les plus fragiles des Balkans, que le gouvernement d'Edi Rama a décidé d'implanter un complexe hôtelier de luxe avec hôtels, villas, marina d'une valeur annoncée de 1,4 milliard d'euros.
L'île militaire de Sazan, voisine, pourrait s'ajouter au package, portant l'enveloppe totale à près de 5 milliards d'euros. Le promoteur ? Affinity Partners, le fonds d'investissement de Jared Kushner, gendre de Donald Trump et ex-conseiller à la Maison-Blanche.
Depuis début juin, des milliers d'Albanais descendent chaque soir dans les rues de Tirana, flamants en carton et sifflets à la main. Pour les manifestants, le dossier Kushner symbolise surtout treize années d’un pouvoir accusé de concentrer les décisions stratégiques entre quelques mains.
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Le Premier ministre albanais Edi Rama défend ce projet comme un levier destiné à transformer l’image internationale du pays. Mais ses opposants dénoncent une opération menée sans réelle transparence au profit d’intérêts étrangers bénéficiant d’un accès privilégié.
L’affaire intervient dans un contexte politique déjà tendu. L’agence anticorruption albanaise a ouvert une enquête tandis que plusieurs controverses touchent l’entourage gouvernemental, notamment la vice-Première ministre Belinda Balluku.
Rien ne filtre sur les conditions exactes de la cession, les garanties environnementales ou les contreparties réelles offertes à l’État albanais. Affinity Partners, créé par l’ancien conseiller de Donald Trump, bénéficie d’un accès privilégié aux cercles du pouvoir.
Le timing quelques mois après le retour possible de Trump à la Maison-Blanche, renforce le sentiment d’une transaction politique autant qu’économique. Les manifestants ne dénoncent plus seulement la destruction écologique, mais un système où l’intérêt général s’efface devant les réseaux transatlantiques et les promesses d’investissements mirobolantes.
« Nous sommes de plus en plus nombreux et nous resterons jusqu'à sa démission », déclarait une étudiante en cortège. Rama, imperméable, répond qu'il a été élu pour développer son pays.
Le paradoxe est saisissant : alors que l’Occident prétend promouvoir la bonne gouvernance et la transparence dans les Balkans, c’est précisément un projet associé à l’une des familles politiques les plus puissantes des États-Unis qui se retrouve au cœur d’accusations de favoritisme.
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Alors que des demandeurs modestes patientent jusqu’à 13 ans sur les listes d’attente, des dirigeants socialistes à Bruxelles orientent sciemment les attributions de logements sociaux vers leurs sympathisants et électeurs. Des messages WhatsApp fuités à Anderlecht et un audit accablant à Saint-Josse-ten-Noode lèvent le voile sur un système de favoritisme généralisé. Le gouvernement régional bruxellois vacille sous le poids de perquisitions, de quatre enquêtes du parquet et d’une commission d’enquête parlementaire dont les conclusions sont attendues le 21 juillet.
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Les listes d'attente pour un logement social à Bruxelles s'étendent parfois sur ds années. À Anderlecht comme à Saint-Josse-ten-Noode, les soupçons ne portent plus sur de simples dysfonctionnements administratifs mais sur un véritable système de favoritisme organisé au sein d'institutions financées par l'argent public.
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À Anderlecht, des échanges WhatsApp révélés dans le cadre d'enquêtes judiciaires suggèrent que le président de la société de logement social, figure influente du Parti socialiste, serait intervenu personnellement dans l'attribution de logements.
Certains bénéficiaires auraient été recommandés en raison de leur proximité politique ou de leur soutien électoral, tandis que d'autres dossiers auraient été utilisés comme monnaie d'échange lors des élections communales.
Ces révélations sont d'autant plus choquantes que les listes d'attente pour un logement social peuvent atteindre treize ans dans certaines communes bruxelloises. Quatre enquêtes du parquet sont actuellement en cours. Des perquisitions ont déjà été menées et une commission d'enquête parlementaire doit rendre ses conclusions le 21 juillet prochain.
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Quand le logement social devient un instrument de pouvoir
L'affaire fait écho au scandale qui frappe l'agence de logement social de Saint-Josse-ten-Noode. Fondée en 2000 et chargée de gérer environ 230 logements privés, l'organisation a finalement fait faillite fin 2024 avec plus de 500.000 euros de dettes.
Un audit ordonné par la Société régionale du logement de la Région bruxelloise (SLRB) a mis au jour un « système d'allocation généralement défectueux » ainsi qu'une « participation active du personnel à la création de documents frauduleux ». Sur 181 dossiers examinés sur une période de dix-huit ans, 94 cas de fraude ont été confirmés, 44 autres font l'objet de soupçons sérieux et 24 présentent des irrégularités. Au total, 86 % des dossiers contrôlés comportaient des anomalies.
Le conseil d'administration de l'organisme était par ailleurs étroitement connecté aux réseaux politiques locaux. Christian Boïketé, frère du chef du PS local Philippe Boïketé et ancien directeur de cabinet du bourgmestre Emir Kir, a présidé la structure pendant près d'une décennie avant d'être remplacé en 2023 par Luc Frémal, président du CPAS.
Ces scandales ne sont pas des dérapages isolés mais le symptôme d’un modèle où l’État social, censé corriger les inégalités, devient un levier de pouvoir. Au-delà des enquêtes en cours, c’est la crédibilité même du logement social bruxellois qui s’effondre, révélant l’incompatibilité entre le discours égalitaire et les pratiques de redistribution partisane. Une mise en perspective amère pour une Région qui prétend incarner la solidarité.
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Pendant que la France comptait ses morts à la télévision, une animatrice d'Ehpad près de Bordeaux faisait choisir à ses résidents un cadeau à deux euros. Ils demandèrent des berlingots, des myrtilles, un caramel mou. Notre entretien avec Nathalie Firminy, soignante suspendue devenue accompagnante des mourants, dit ce que le pays a fait à ses vieux — et ce qu'il s'est fait à lui-même.
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Des soixante-deux pensionnaires de cette maison de retraite des environs de Bordeaux à qui, en pleine épidémie, entre deux confinements, une animatrice un peu têtue proposa de choisir un cadeau d'une valeur maximale de deux euros, la plupart ne demandèrent ni un objet, ni un vêtement, ni rien de ce que nous aurions cru utile à des gens enfermés : ils demandèrent un goût. Un berlingot qui rappelait l'enfance. Des myrtilles. Un caramel mou. Voilà ce que réclament des êtres humains de quatre-vingt-dix ans quand le monde se barricade autour d'eux : la confiserie d'un jeudi de 1937, quelque chose qui fonde sous la langue et qui dise que la vie a eu lieu.
L'animatrice s'appelait Nathalie Firminy. Elle a tenu la chronique de ces années-là dans un livre, Ma vie de soignante en Ehpad — édité d'abord par une maison qui fit faillite, réédité depuis par ses propres soins, ce qui est une autre histoire française. Je l'ai reçue cette semaine pour la chaîne du Courrier, au moment où le pays fait mine de commémorer le Covid, c'est-à-dire de le ranger. L'entretien est à voir en entier. J'en retire ici ce qui m'a semblé devoir être écrit, parce que l'écrit reste.
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Reprenons les scènes, une à une, telles qu'elle les raconte — sérieusement, précisément, sans jamais hausser le ton, ce qui rend la chose plus terrible.
Un matin de mars 2020, une injonction tombe : plus de visites. Puis, les visites supprimées n'ayant pas suffi, on enferme les résidents dans leurs chambres — des chambres de quatre, six, dix mètres carrés, dans des unités qui étaient déjà fermées. On leur apporte des plateaux-repas, servis par des silhouettes masquées, gantées, parfois en blouse, dont ils ne distinguent plus ni le visage ni la voix. Le soir, à la télévision, le décompte des morts s'égrène — comme les numéros du loto, dit Nathalie Firminy, sauf que rien n'était jamais gagné, et que les numéros montaient.
Les familles, à défaut d'entrer, déposent des cadeaux. Les cadeaux sont mis en quarantaine. Vingt-quatre heures dans un bureau, au titre de la décontamination — pendant que les soignants, eux, font leurs courses au supermarché comme tout le monde, touchent ce que tout le monde touche, et reviennent le lendemain servir les plateaux. Une consigne impose d'aérer les chambres à intervalles réguliers ; on a donc vu des chambres aérées en plein hiver avec le résident dedans, parce que la consigne disait d'aérer et que la consigne ne disait rien du résident. Une vieille dame malentendante supplie qu'on retire ce masque qui lui vole les voix ; la soignante, pour le retirer, doit reculer de deux mètres, et la voix se perd dans la distance. La protection a ses géométries. Elles ne passent jamais par le visage.
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Il faut dire aussi ce qui arrivait au-dehors. Des soignants — ceux-là mêmes qu'on applaudissait à vingt heures — trouvaient en rentrant chez eux des mots punaisés dans l'ascenseur : ne rentrez pas ici, vous êtes un danger pour nous. Et sur la route de l'Ehpad, un gendarme contrôlant l'attestation de déplacement sommait l'animatrice de fermer sa vitre et de plaquer le papier contre le verre, tant la peur, à ce moment du siècle, tenait lieu d'ordre public. La peur montait comme une eau d'hiver, sans bruit, par toutes les fissures à la fois ; et chacun, du gendarme au voisin, s'y noyait à sa hauteur.
Le vocabulaire médical a un mot pour ce qui arriva ensuite aux plus fragiles : le syndrome de glissement. Le vieillard enfermé, coupé des siens, cesse un matin de vouloir. Il ne proteste pas, ne réclame rien ; il glisse. Nathalie Firminy en a vu glisser plusieurs — par perte de sens, dit-elle, plus que par virus. Aucune statistique nationale ne recense ces morts-là. Je suppose qu'aucune ne le pourra jamais : on ne compte pas ce qui s'éteint.
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En face de cette machinerie, qu'opposait-elle ? Presque rien, et c'est ce presque rien qui mérite un article. Des récits de vie écrits avec chaque résident et lus à voix haute devant les autres — chacun attendait, disaient-ils, son heure de gloire. Un téléphone tendu entre une mère de quatre-vingts ans et son fils confiné à Madagascar, chacun croyant l'autre mort, et elle entre les deux qui fait, selon ses mots, la traduction avec les émotions. Des conversations sur la mort, organisées, assumées, dans une institution dont la mort est l'horizon officiel et le tabou ordinaire. Et ce concours de cadeaux à deux euros, qui en dit plus long sur l'anthropologie que bien des rapports.
Puis vint l'obligation vaccinale. On avait promis trois choses, rappelle-t-elle : le libre choix, la gratuité, la sécurité. Elle constata que le premier terme manquait à l'appel et en tira la conséquence — non en militante, elle ne l'est pas, mais en personne qui avait eu le Covid, s'estimait immunisée, et demandait seulement le temps de réfléchir qu'on ne lui laissa pas. Sa croyance, dit-elle honnêtement, la sienne. On peut la discuter. On ne discutera pas le prix qu'elle l'a payée : suspension — être sus-pendue, relève-t-elle, le mot est vraiment moche —, puis, la direction refusant toute rupture conventionnelle, démission sèche, sans droits, en 2022. Son collègue vacataire, qui pensait comme elle, signa, lui : des enfants à nourrir, un loyer, un crédit. La liberté, dans ce pays, est demeurée légale à condition de pouvoir se l'offrir. Lui ne pouvait pas. Elle l'a pu, de justesse, et en a fait quelque chose.
Car voici la fin de l'histoire, qui n'en est pas une. Retournée à La Réunion qu'elle avait quittée à dix-neuf ans, Nathalie Firminy exerce aujourd'hui un métier dont le nom manque encore à nos nomenclatures : thanadoula. Comme la doula accueille le premier souffle, la thanadoula accompagne le dernier — et surtout ceux qui restent, dans un monde qui somme les endeuillés de « passer à autre chose » comme il sommait les vieillards d'être protégés. Elle s'assoit auprès des mourants et de leurs familles, explique ce qui se passe, nomme l'agonie pour la désarmer. Ce qu'on n'aime pas, c'est ne pas comprendre, dit-elle. J'ignore s'il existe une meilleure définition de ce qui nous est arrivé collectivement entre 2020 et 2022.
Dernier mot
L'institution a suspendu cette femme pour défaut de conformité ; elle est devenue, hors de l'institution, exactement ce que l'institution prétendait être — quelqu'un qui protège. Je ne tirerai pas de cette symétrie une thèse, encore moins un slogan. Mais on me permettra une question, qui est au fond celle de Bernadette, cette résidente de son livre qui annonçait : cet épisode va nous faire réfléchir, surtout après. L'après est arrivé. Avons-nous réfléchi ?
Le pays a commémoré, c'est-à-dire classé. Les protocoles dorment dans des classeurs, prêts à resservir — elle le dit sans drame : si ça recommençait demain, le traumatisme serait le même. Rien, dans nos institutions, n'a été réparé de ce qui s'est défait là : la confiance des soignants, le bon sens des consignes, le droit des très vieux à autre chose qu'à la survie. Et pendant ce temps, dans une île de l'océan Indien, une femme sans titre apprend à des familles à rester assises auprès d'un père qui meurt — à ne pas avoir peur, à comprendre, à tenir la main jusqu'au bout.
Elle dit qu'après le dernier souffle, la pièce reste habitée par quelque chose. Je ne sais pas ce qu'il en est des chambres d'Ehpad qu'on a fermées à clef. Mais je crois que les pays aussi gardent, longtemps après, la trace de ce qui s'y est éteint — et qu'il nous reste à choisir, chacun, entre la consigne et le caramel mou.
n auto-entrepreneur de l’Yonne fournit à l’URSSAF l’intégralité de ses factures, corrige ses déclarations et demande le recalcul de ses cotisations sur son chiffre d’affaires réel. Malgré cela, l’organisme lui réclame 17 837 € sur la base de montants qu’il sait inexacts. Le tribunal d’Auxerre vient d’annuler intégralement cette extorsion administrative. Mais combien de petits indépendants paient sans se défendre ?
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Un tribunal d'Auxerre vient d'annuler intégralement une contrainte émise par l'URSSAF contre un micro-entrepreneur de l'Yonne. Motif : la caisse connaissait le chiffre d'affaires réel avant de pondre sa réclamation, et a quand même choisi d'ignorer les preuves qu'on lui avait remises. Une affaire qui révéle une mécanique administrative inquiétante où la réalité des faits semble parfois secondaire face à la logique bureaucratique.
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Affilié à l’URSSAF entre novembre 2018 et décembre 2023, ce micro-entrepreneur constate des erreurs dans ses déclarations. En juin 2024, il prend l’initiative de transmettre l’ensemble de sa facturation afin que ses cotisations soient recalculées sur ses revenus réels : 33 250 euros en 2021 et 28 827 euros en 2022.
Loin de dissimuler son activité, il régularise également sa situation fiscale en octobre 2024. Plus troublant encore, l’URSSAF reconnaît officiellement, dans un courrier du 28 août 2024, avoir reçu ces éléments et connaître le chiffre d’affaires exact du cotisant.
Pourtant, le 7 janvier 2025, l’organisme émet une contrainte de 17 837 euros, dont 16 988 euros de cotisations et 849 euros de majorations. Le calcul repose cette fois sur des bases différentes : 32 350 euros pour 2021 et surtout 39 079 euros pour 2022, soit plus de 10 000 euros au-dessus du chiffre réellement déclaré.
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Dans sa décision rendue le 22 avril 2026, le pôle social du tribunal judiciaire d’Auxerre estime que l’URSSAF ne pouvait ignorer les informations qu’elle détenait déjà.
S’appuyant sur l’article L.613-7 du Code de la sécurité sociale, les juges rappellent que les cotisations d’un micro-entrepreneur doivent être calculées sur le chiffre d’affaires effectivement réalisé. Dès lors que l’organisme possédait les justificatifs nécessaires, il lui était interdit de retenir une assiette différente sans explication.
La juridiction souligne un point essentiel : une contrainte fondée sur un montant inexact empêche le cotisant de connaître précisément l’étendue de son obligation. Elle doit donc être annulée.
Cette position s’inscrit dans le prolongement d’un arrêt de la Cour de cassation du 9 janvier 2025, qui avait déjà rappelé qu’un organisme de recouvrement ne peut recourir à des évaluations alternatives lorsqu’il dispose des données réelles.
Cette victoire individuelle révèle un problème systémique. Lorsqu’un entrepreneur se trompe, les pénalités tombent rapidement. Lorsque l’administration persiste dans une base de calcul manifestement erronée, c’est au citoyen d’assumer le coût, le temps et le risque du contentieux.
Beaucoup d’indépendants paieraient ces 17 837 € sans broncher, faute de moyens ou de temps. Ici, le justiciable a eu un avocat. Mais combien de milliers de contraintes absurdes ne sont jamais contestées ?
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La Commission européenne a versé 527 millions d'euros aux infrastructures de transport des Balkans occidentaux entre 2015 et mi-2025 sans disposer d'outils fiables pour suivre l'avancement des chantiers. Selon un rapport de la Cour des comptes européenne publié le 9 juin 2026, les fonds ont été débloqués au-delà des travaux réellement effectués, sur la seule foi des bailleurs internationaux. Alors que l'UE pousse son élargissement dans une région stratégique, le contribuable européen finance à fonds perdus une machine à subventions sans gouvernail.
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Ce n'est pas une fuite, ni une rumeur de couloir. C'est la Cour des comptes européenne (CCE) elle-même qui, le 9 juin 2025, publie un audit accablant sur dix années de financement des infrastructures de transport dans les Balkans occidentaux. Entre 2015 et mi-2025, la Commission européenne a alloué 527 millions d'euros via le Fonds pour les Balkans occidentaux, censé connecter la région Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Macédoine du Nord, Serbie au réseau de transport de l'Union. Résultat concret à la mi-2025 : sur 43 subventions d'investissement approuvées, six seulement ont abouti.
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L'audit couvre la période 2015-mi-2025 et porte sur un programme doté de 527 millions d'euros. Les auditeurs ont analysé douze projets représentant à eux seuls 341,6 millions d'euros d'investissements.
Les 12 projets examinés en détails affichent tous des retards certains de plus de deux ans. Plans révisés en cours de chantier, blocages administratifs à répétition, informations de suivi systématiquement obsolètes.
Faute d'outils de suivi performants, la Commission s'est largement reposée sur les institutions financières internationales chargées de superviser les projets. En pratique, ceux qui distribuent l'argent ne sont pas ceux qui vérifient son utilisation.
La Cour relève également que des subventions forfaitaires ont été versées alors même que les travaux réalisés ne justifiaient pas toujours de tels décaissements. Ce mécanisme a privé la Commission d'un levier essentiel : conditionner les paiements à l'avancement réel des projets.
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Retards, informations obsolètes et projets inachevés
Lancée il y a plus de dix ans, cette initiative visait à connecter les Balkans au réseau transeuropéen et à préparer l'adhésion. Laima Andrikienė, membre de la CCE, l'a résumé: "les projets progressent trop lentement pour que la région s'intègre d'ici 2030".
Pourtant, sur les 43 subventions d'investissement dans les transports approuvées dans les quatre pays audités, seules six étaient achevées à la mi-2025. Tous les projets examinés accusent des retards. Certains dépassent deux années de décalage. Les auditeurs évoquent des procédures administratives bloquées, des autorisations tardives et des modifications de plans intervenues après le démarrage des travaux.
Plus inquiétant encore, plusieurs infrastructures déjà achevées risquent de rester sous-utilisées faute de connexions complémentaires financées par d'autres bailleurs. Autrement dit, des ouvrages existent mais demeurent partiellement inutiles.
Cette affaire illustre une dérive devenue familière dans les institutions européennes : la priorité accordée à l'annonce des financements plutôt qu'à la mesure des résultats.
Alors que Bruxelles multiplie les ambitions géopolitiques et présente l'élargissement comme une priorité stratégique, la Cour des comptes révèle qu'elle peine encore à savoir précisément ce qu'il advient de centaines de millions d'euros une fois les fonds versés. Le paradoxe est que l'Union exige des pays candidats des standards administratifs rigoureux tout en démontrant ses propres faiblesses en matière de contrôle.
L'argent du contribuable européen continue ainsi de financer une politique d'influence régionale dont les résultats demeurent incertains. Une question demeure : à quoi sert de voter toujours plus de crédits lorsque personne n'est véritablement capable de vérifier ce qu'ils produisent sur le terrain ?
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À compter du 14 juin 2026, la directive européenne 2024/1438( transposée en droit français par le décret n°2026-312 du 24 avril) impose de nouvelles règles d'étiquetage, de composition et de traçabilité au miel, aux confitures, aux jus de fruits et aux laits déshydratés. Derrière le vernis consommateuriste : des coûts de mise en conformité réels pour les petits producteurs, et un bénéfice pour le consommateur qui reste, pour l'essentiel, cosmétique.
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Le petit-déjeuner français vient de gagner quelques lignes supplémentaires sur ses étiquettes. Avec le décret n°2026-312 du 24 avril 2026, la France transpose la directive européenne 2024/1438, adoptée par l’Union européenne pour renforcer la traçabilité et l’information du consommateur. Une réforme présentée comme technique, mais qui illustre une fois encore l’appétit réglementaire de Bruxelles.
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Le changement le plus spectaculaire concerne le miel. Désormais, les mélanges devront préciser chaque pays d’origine dans le champ visuel principal de l’emballage, avec indication du pourcentage correspondant à chaque provenance. Les producteurs devront être capables de justifier ces chiffres grâce à une documentation complète de leur chaîne d’approvisionnement.
Sur le papier, la mesure vise à lutter contre les fraudes et à mieux informer les consommateurs. Dans la pratique, elle implique de nouveaux coûts administratifs : suivi documentaire renforcé, refonte des emballages, adaptation des logiciels de gestion et multiplication des contrôles. Les grands groupes disposent déjà de services conformité dédiés. Les petits apiculteurs et conditionneurs, eux, devront absorber ces charges supplémentaires.
Les confitures sont également concernées. Le seuil minimal de fruits passe à 450 grammes par kilo pour les confitures classiques et à 500 grammes pour les confitures extra. Les jus de fruits voient apparaître de nouvelles catégories liées à la réduction des sucres naturels, avec des critères précis à respecter.
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Certes l’objectif est sanitaire, pourtant, les bénéfices réels pour le consommateur restent limités. Une confiture contenant davantage de fruits n’est pas nécessairement un produit moins calorique, tandis que les nouvelles dénominations sur les jus relèvent davantage du marketing réglementé que d’une révolution nutritionnelle. En revanche, les industriels devront reformuler certaines recettes et réimprimer des millions d’emballages.
Le Conseil de l'Union européenne présente cette révision comme un progrès démocratique. David Clarinval, alors vice-premier ministre belge et ministre de l'agriculture, déclarait lors de l'adoption : les nouvelles règles possibles aux consommateurs « de faire des choix plus éclairés et plus sains. » Belle intention. Sauf que les grands industriels absorberont ces contraintes par des économies d’échelle ; les petits producteurs et artisans, souvent familiaux, subiront de plein fouet les frais fixes de recomposition et d’emballage. La norme descend jusque dans le pot de confiture, là où la marge est déjà mince et la concurrence internationale rude.
Cette réforme illustre une fois de plus la dérive d’une Union européenne qui ne sait plus s’arrêter. Sous couvert de protection du consommateur, elle renforce le pouvoir des bureaucraties et des grands acteurs capables d’influencer ou d’anticiper les normes à Bruxelles, au détriment de la diversité des productions locales et de la liberté entrepreneuriale.
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Après les champs, les usines et les commerces, la réglementation descend désormais jusque dans le pot de confiture. Une preuve supplémentaire que la bureaucratie européenne ne se contente plus de fixer les règles du marché : elle entend désormais en définir chaque détail, jusqu’au contenu du petit-déjeuner.
Les prix à la consommation américains ont augmenté de 4,2 % sur un an en mai, leur plus haut niveau depuis plus de trois ans, après 3,8 % en avril. L'essence a renchéri de 40,5 % en douze mois ; l'énergie explique à elle seule plus de 60 % de la hausse du mois. Voilà les chiffres. Ils tombent dix-sept mois après le serment du Capitole — l'âge d'or de l'Amérique commence maintenant — et il faut les regarder ensemble, le serment et les chiffres, pour mesurer ce qui s'est réellement passé.
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On a cru à cette promesse ; on l'a votée ; on l'a répétée sur tous les tons. Elle avait pour elle la simplicité des grandes annonces : l'abondance par la volonté, la prospérité par le décret, la grandeur par le tarif douanier. Dix-sept mois plus tard, l'ouvrier de l'Ohio fait son plein 40 % plus cher, et l'âge d'or se présente à lui sous la forme d'un ticket de caisse.
Il faut être juste, car la justesse est ce qui distingue la critique de l'humeur. L'inflation sous-jacente — hors énergie et alimentation — reste contenue, à 2,9 % ; les droits de douane, dont on annonçait l'incendie, pèsent moins que prévu ce mois-ci ; et la flambée pourrait culminer en mai, disent les analystes, si les cours du brut poursuivent leur reflux de juin. Le procès en apocalypse serait malhonnête. Le procès en responsabilité, lui, est fondé — car chacune des forces qui poussent les prix procède d'un choix, et d'un choix revendiqué.
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La guerre d'Iran est une guerre de choix : c'est elle qui a fermé Ormuz et renchéri le baril dont l'essence américaine est tirée. Les droits de douane sont une politique de choix : ils renchérissent l'importation par construction, c'est leur définition même, et l'on ne peut pas à la fois les brandir comme une arme et s'étonner qu'ils blessent. La ruée sur l'intelligence artificielle, enfin, dont les centres de calcul tirent le prix de l'électricité payé par les ménages, est encouragée, subventionnée, célébrée d'en haut. Trois politiques voulues ; une facture, présentée à d'autres. L'inflation de mai n'est pas un accident de conjoncture. C'est un produit manufacturé, de fabrication gouvernementale.
Et puis il y a le mot du prince. Interrogé sur ces chiffres, le président a répondu qu'il « aimait l'inflation » — entendez : elle prouverait la vigueur de l'économie. Les peuples ont entendu bien des choses de leurs gouvernants ; rarement qu'on leur déclarât de l'amour pour ce qui les appauvrit. L'homme providentiel a ceci de constant qu'il ne rencontre jamais de démenti : quand le réel le contredit, il rebaptise le réel. Le bavardage, ici, atteint sa forme supérieure — celle qui transforme l'échec en doctrine.
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Rien de tout cela n'est nouveau, et c'est précisément ce qui devrait inquiéter. Les empires ont toujours fait payer leurs guerres à leurs peuples par la monnaie : la Convention par l'assignat, l'Amérique du Vietnam par l'abandon de l'étalon-or un dimanche soir d'août 1971. La séquence est connue : une guerre qu'on dit courte, une monnaie qu'on dit forte, des prix qu'on dit provisoires. Les manuels la décrivent ; les électeurs la redécouvrent à leurs dépens, une génération sur deux.
Reste la question qui nous regarde, nous, de ce côté-ci de l'Atlantique. Cette inflation-là est née de décisions prises à Washington — la guerre, les tarifs, le tempo — auxquelles l'Europe n'a été ni associée, ni même sérieusement consultée. Or elle la paie : à la pompe, dans ses importations, dans les taux que sa banque centrale relève à son tour. Un continent qui laisse un autre fixer le prix de son énergie et le calendrier de ses guerres ne devrait pas s'étonner d'importer aussi ses défaites monétaires. L'âge d'or promis aux Américains se révèle un âge de facture ; la nôtre nous parvient sans même qu'on nous ait promis l'or.
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