Reading view

"17/20 et recalé 28 fois…", ces lycéens modèles abandonnés par Parcoursup

Alors que les premiers résultats de Parcoursup tombaient le 2 juin, des lycéens aux dossiers impeccables découvraient des dizaines de refus. Nikita, 17 de moyenne générale au lycée André-Malraux de Biarritz, 28 vœux rejetés malgré maths-physique, quatre langues et une formation Python. À Toulon, Katya, 16 de moyenne en ST2S, préparée depuis des années pour devenir manipulatrice radio, se retrouve sur liste d’attente tandis que ses vœux infirmiers sont acceptés. Derrière ces cas, révélés par Le Parisien, se cache l’échec prévisible d’un système bureaucratique qui prétend « orienter » mieux que les individus et leurs familles.

"17/20 et recalé 28 fois…", ces lycéens modèles abandonnés par Parcoursup
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

"17/20 et recalé 28 fois…", ces lycéens modèles abandonnés par Parcoursup

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Avec 17 de moyenne générale, quatre langues maîtrisées et un solide parcours scientifique, Nikita, 17 ans, a pourtant essuyé 28 refus sur Parcoursup. Son cas est loin d’être isolé. Derrière les statistiques rassurantes du ministère, les premiers résultats de la plateforme révèlent une réalité plus dérangeante : celle d’élèves performants confrontés à une sélection opaque dont les critères demeurent souvent incompréhensibles.

La méritocratie scolaire en panne

Le 2 juin, date de publication des premières réponses Parcoursup, Nikita, élève du lycée André-Malraux à Biarritz, découvre que la quasi-totalité de ses candidatures a été rejetée.

Parcoursup : 17 de moyenne générale, 28 refus, ces bons élèves qui peinent à trouver une formation : Actualités - Orange
Alors que les premiers résultats de Parcoursup ont été dévoilés, de nombreux lycéens découvrent des réponses décevantes, malgré d’excellents dossiers. Certains peinent à comprendre pourquoi les formations qu’ils visaient leur ont échappé, selon des témoignages recueillis par Le Parisien. D’excellents résultats scolaires qui ne suffisent pas. En découvrant les premiers résultats de la plateforme d’admission post-bac Parcoursup, le 2 juin dernier, Nikita, 17 ans, a ressenti une profonde déception lorsqu’il a découvert que 28 de ses vœux avaient été refusés. Élève au lycée André-Malraux à Biarritz, l’adolescent a pourtant tout d’un bon élève. Inscrit en spécialités mathématiques et physique-chimie, le jeune homme a brillamment réussi son année de terminale en obtenant 17 de moyenne générale. L’adolescent parle également quatre langues, dont l’anglais et le serbe couramment, et passe une bonne partie de son temps libre à se former sur Python. Un parcours qui ne lui a cependant pas suffi pour valider ses vœux. “Je ne comprends pas pourquoi je n’ai pas été admis, ni ce que j’aurais dû faire de plus. J’ai pris le temps de me renseigner sur les critères de sélection dans chaque formation, adapté mes lettres de motivation en conséquence et participé à plusieurs journées portes ouvertes. J’ai même pris des cours particuliers pour me préparer aux prépas MPSI que je visais. Mais j’ai l’impression que mes efforts n’ont servi à rien. Je le vis vraiment comme une injustice.” confie-t-il. “L’aberration du système” À plus de 700 kilomètres de là, la désillusion est similaire pour Émilie. Sa fille Katya, également âgée de 17 ans et scolarisée en terminale ST2S au lycée Bonaparte de Toulon, n’a pas été admise dans la formation dont elle rêvait. Depuis des années, la jeune fille rêve de devenir manipulatrice radio et a tout fait pour réaliser son objectif. “Elle s’est inscrite dans la bonne filière, a rencontré des radiologues, effectué des stages, passé le brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur (Bafa)”, énumère sa mère Émilie. Un engagement qui n’a pas porté ses fruits. Malgré une année d’avance et une moyenne générale de 16, Katya se retrouve sur liste d’attente pour intégrer l’Institut de formation public varois des professions de santé, son premier choix. Même situation pour l’école d’Avignon, où elle n’a pas encore obtenu de place. La jeune fille a toutefois été acceptée sur pratiquement tous ses vœux infirmiers alors que ce n’est pas son principal objectif : “C’est toute l’aberration du système”, s’exclame Émilie. Des situations qui remontent régulièrement à la FCPE, comme l’explique Grégoire Ensel, son vice-président : “La plupart du temps, il s’agit d’élèves travailleurs, impliqués, respectueux des consignes, avec de bons résultats, qui ont toujours répondu aux attentes du système scolaire. Et au moment de la découverte des réponses sur Parcoursup, les vœux espérés n’aboutissent pas, ou très mal.” Une injustice pour certains Un échec qui, pour beaucoup, prend la forme d’une injustice.“Beaucoup de parents, notamment dans les classes moyennes et supérieures, ont intégré l’idée que si leur enfant faisait ce qu’on lui demandait à l’école, il serait récompensé”, constate Grégoire Ensel. “Quand cette promesse implicite ne se concrétise pas, c’est extrêmement dur à vivre.” Sur les réseaux sociaux, les témoignages similaires sont nombreux : des élèves sérieux, avec de bons dossiers, qui n’ont pas obtenu la formation qu’ils souhaitaient. Malgré tout, le 2 juin, les deux tiers des lycéens avaient reçu au moins une réponse favorable à l’un de leurs vœux.
"17/20 et recalé 28 fois…", ces lycéens modèles abandonnés par ParcoursupOrange ActualitésTristan Gorgeret and 6Medias
"17/20 et recalé 28 fois…", ces lycéens modèles abandonnés par Parcoursup

Pourtant, son dossier semble exemplaire : 17 de moyenne générale, spécialités mathématiques et physique-chimie, maîtrise de plusieurs langues et compétences en programmation Python. Malgré une préparation minutieuse de ses candidatures et des démarches ciblées vers les classes préparatoires MPSI, les portes se ferment.

Supprimer 4.000 postes à l’Éducation Nationale fera-t-il baisser le niveau ?
La suppression de 4.000 postes d’enseignants au budget de l’Education Nationale pour 2025 n’a pas tardé à susciter les foudres
"17/20 et recalé 28 fois…", ces lycéens modèles abandonnés par ParcoursupLe Courrier des StratègesÉric Verhaeghe
"17/20 et recalé 28 fois…", ces lycéens modèles abandonnés par Parcoursup

Même constat pour Katya, lycéenne de terminale ST2S à Toulon. Avec une moyenne de 16 et une année d’avance, elle visait une formation de manipulatrice radio. Malgré des stages professionnels, des rencontres avec des praticiens et un engagement démontré, elle se retrouve en liste d’attente dans les établissements qu’elle ciblait. Ironiquement, elle est admise dans de nombreuses formations infirmières qui ne correspondent pas à son projet principal.

"17/20 et recalé 28 fois…", ces lycéens modèles abandonnés par Parcoursup
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Un algorithme opaque au service d’une allocation administrée

Créé en 2018 pour remplacer APB et ses dysfonctionnements, Parcoursup devait fluidifier l’accès au supérieur. Parcoursup repose sur des algorithmes locaux, des classements propres à chaque établissement et des capacités d’accueil limitées, créant une concurrence intense entre candidats. Le problème n’est donc plus seulement celui de la réussite académique, mais celui des critères de sélection eux-mêmes.

Bac 2026 : l’État redécouvre l’exigence, vingt ans trop tard
Un enfant de 10 ans candidat au bac, un taux de réussite frôlant les 92 %, une fraude en hausse de 30 %, le ministre de l’Éducation Édouard Geffray vient d’annoncer une série de mesures de renforcement. Salutaires sur le papier. Révélatrices d’un naufrage institutionnel sur le fond. A quelques semaines du
"17/20 et recalé 28 fois…", ces lycéens modèles abandonnés par ParcoursupLe Courrier des StratègesLalaina Andriamparany
"17/20 et recalé 28 fois…", ces lycéens modèles abandonnés par Parcoursup

L’État a progressivement transféré aux établissements la responsabilité du tri des dossiers tout en maintenant le discours d’une égalité des chances fondée sur le mérite. Grégoire Ensel, vice-président de la FCPE, résume le problème : ce sont des élèves qui ont « toujours répondu aux attentes du système » et qui se retrouvent néanmoins exclus.

Le mécanisme de sélection de Parcoursup repose sur des critères opaques, définis établissement par établissement, sans que les candidats ni même les familles, puissent en comprendre la hiérarchie réelle.

Bac 2026 : l’orthographe redevient obligatoire… après avoir été sacrifiée
Dans sa circulaire de rentrée publiée le 7 mai 2026 au Bulletin officiel, le ministre Édouard Geffray place « le langage et le raisonnement scientifique » au cœur de la mission des enseignants. Fini les « textes à trous » en primaire : place au geste scripteur et aux phrases complètes. Au baccalauréat, la qualité
"17/20 et recalé 28 fois…", ces lycéens modèles abandonnés par ParcoursupLe Courrier des StratègesLalaina Andriamparany
"17/20 et recalé 28 fois…", ces lycéens modèles abandonnés par Parcoursup

"Beaucoup de parents, notamment dans les classes moyennes et supérieures, ont intégré l'idée que si leur enfant faisait ce qu'on lui demandait à l'école, il serait récompensé", dénonce Grégoire Ensel.

"17/20 et recalé 28 fois…", ces lycéens modèles abandonnés par Parcoursup
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Les bons élèves découvrent l’arbitraire d’État

Les témoignages concordent : élèves travailleurs, respectueux des règles scolaires, impliqués dans des stages et des journées portes ouvertes, se heurtent à un mur. Grégoire Ensel, vice-président de la FCPE, le reconnaît : ces profils « répondent aux attentes du système » mais n’obtiennent pas les places espérées.

Derrière la rhétorique de la « méritocratie républicaine » se jouent des rapports de force. Les filières sélectives (classes prépa, IFSI, paramédical) appliquent des quotas implicites, des priorités géographiques ou sociales et une logique de remplissage statistique.

L’État, en monopole quasi-absolu sur la régulation des formations et des numerus clausus, décide de l’offre de places. Parcoursup illustre parfaitement les limites de la planification par l’État : il produit de la frustration, de l’arbitraire et un gâchis humain coûteux. Plutôt que de laisser les établissements sélectionner librement et les étudiants choisir sans intermédiaire bureaucratique, on maintient une illusion d’équité qui sert surtout à préserver les rentes institutionnelles et les équilibres corporatistes.

"17/20 et recalé 28 fois…", ces lycéens modèles abandonnés par Parcoursup
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

  •  

Euro numérique : quand la CNIL s'inquiète elle-même pour votre vie privée

La CNIL et son homologue allemande , BfDI, ont posé, le 13 mai, leurs conditions à la confidentialité de l'euro numérique. Le Comité européen de la protection des données exige que la BCE révise sa copie sur trois points critiques. Pendant ce temps, à Bruxelles, la BCE continue de promettre la « liberté de paiement » et le calendrier, lui, ne bouge pas : émission prévue pour 2029.

Euro numérique : quand la CNIL s'inquiète elle-même pour votre vie privée
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

Euro numérique : quand la CNIL s'inquiète elle-même pour votre vie privée

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le 3 juin 2026, Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE, a réaffirmé devant le Parlement européen l’engagement de l’institution en faveur de la liberté de paiement et de la complémentarité entre espèces et euro numérique. Quelques semaines plus tôt, le 13 mai, la CNIL et son homologue allemande, la BfDI, publiaient une mise au point conjointe exigeant des garanties concrètes de confidentialité. Le Comité européen de la protection des données (CEPD) demande à la BCE de revoir sa copie sur trois points cruciaux : les paiements hors ligne sans connexion internet, les paiements de pair à pair, et un seuil de confidentialité pour éviter le traçage systématique des transactions.

Confidentialité de l’euro numérique : où en sommes-nous ?
Les autorités européennes chargées de la protection des données conseillent les institutions de l’UE sur ce sujet depuis le début du projet et expliquent pourquoi un niveau élevé de protection de la vie privée et des données est une condition essentielle au succès du projet et à ses avantages po
Euro numérique : quand la CNIL s'inquiète elle-même pour votre vie privéeCNIL
Euro numérique : quand la CNIL s'inquiète elle-même pour votre vie privée

« Sans un haut niveau de confidentialité, l'euro numérique ne tiendra pas ses promesses. »
— CNIL & BfDI, communiqué conjoint du 13 mai 2026

Euro numérique : quand la CNIL s'inquiète elle-même pour votre vie privée
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Des gardiens qui tirent la sonnette d'alarme

Le 13 mai 2026, la CNIL et son homologue allemande, la BfDI, ont publié une mise au point conjointe inédite sur l'architecture du futur euro numérique. Le même jour, le Comité européen de la protection des données (CEPD) demandait officiellement à la BCE de revoir sa copie sur trois points précis : les paiements hors ligne sans connexion internet, les transactions de pair à pair, et surtout l'instauration d'un seuil de confidentialité en dessous duquel aucun traçage ne serait possible. L'objectif explicite : éviter « un traçage généralisé des transactions ».

Euro numérique : la CNIL pose les conditions de la confidentialité avant 2029
CNIL et BfDI précisent les exigences de confidentialité de l’euro numérique avant l’émission de 2029. Ce que les DPO doivent anticiper dès maintenant.
Euro numérique : quand la CNIL s'inquiète elle-même pour votre vie privéeLetoLeto
Euro numérique : quand la CNIL s'inquiète elle-même pour votre vie privée

Cette dernière formulation mérite qu'on s'y arrête. Elle ne vient pas d'un collectif de militants libertaires, ni d'un think-tank eurosceptique ; elle sort de la plume des régulateurs européens eux-mêmes, ceux-là mêmes qui sont censés valider l'architecture du système.

Euro numérique : comment s’en protéger ? par Vincent Clairmont
Le Parlement européen doit se prononcer en mai 2026 sur le mandat de négociation du règlement relatif à l’euro numérique, soit deux ans et onze mois après le dépôt de la proposition de la Commission européenne en juin 2023. Le Conseil de l’Union européenne a adopté sa position commune en
Euro numérique : quand la CNIL s'inquiète elle-même pour votre vie privéeLe Courrier des StratègesRédaction
Euro numérique : quand la CNIL s'inquiète elle-même pour votre vie privée

Un rapport d'experts du CEPD d'octobre 2025 avait déjà établi qu'un système à jetons pouvait garantir l'anonymat pour les paiements hors ligne mais cette option reste, à ce stade, non contraignante dans le texte législatif dont l'adoption n'est pas attendue avant 2027.

Euro numérique : quand la CNIL s'inquiète elle-même pour votre vie privée
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

La BCE rassure, le calendrier lui donne raison

Le 3 juin, devant la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE, a réaffirmé que l'euro numérique « préserverait la liberté de paiement des Européens ».

La monnaie des Européens évolue pour préserver leur liberté de paiement
La Banque centrale européenne (BCE) est la banque centrale des pays de l’Union européenne qui ont adopté l’euro. Notre principale mission consiste à maintenir la stabilité des prix dans la zone euro et à préserver ainsi le pouvoir d’achat de la monnaie unique.
Euro numérique : quand la CNIL s'inquiète elle-même pour votre vie privéeEuropean Central BankEuropean Central Bank
Euro numérique : quand la CNIL s'inquiète elle-même pour votre vie privée

Discours bien rodé, chiffres en ordre de bataille : plus de 50 candidatures reçues pour le pilote, annonce des prestataires sélectionnés prévue en juillet, démarrage du pilote au second semestre 2027, émission à l'horizon 2029. La mécanique institutionnelle est en marche, et elle ne s'arrête pas pour attendre les objections des gardiens de la vie privée.

ALERTE : la grande laisse monétaire de l’euro numérique adoptée de façon imminente
Et si défenseurs fédéralistes et adversaires souverainistes de l’euro numérique se trompaient au même endroit, sans s’en apercevoir ? L’instrument que la BCE s’apprête à faire voter ne change pas seulement nos moyens de paiement. Il achève, à le bien regarder, l’invention d’une tutelle dont Tocqueville avait, voici un siècle et
Euro numérique : quand la CNIL s'inquiète elle-même pour votre vie privéeLe Courrier des StratègesÉric Verhaeghe
Euro numérique : quand la CNIL s'inquiète elle-même pour votre vie privée

Sur le fond, la BCE met en avant deux arguments. Premier argument : l'euro numérique serait une monnaie non programmable contrairement au yuan numérique chinois, aucun tiers ne pourrait conditionner un paiement.

Deuxième argument : l'institution s'est engagée à respecter le RGPD dans son architecture, notamment les principes de minimisation des données et de limitation des finalités inscrits à l'article 5. Sauf que ces garanties ne sont, pour l'instant, que des engagements déclaratoires, le cadre législatif contraignant n'existe pas encore.

Le pilote prévu au second semestre 2027, après sélection des prestataires en juillet, permettra de tester cette infrastructure avant l’émission. Les citoyens, eux, n’ont pas vraiment leur mot à dire sur ce choix stratégique.

Euro numérique : quand la CNIL s'inquiète elle-même pour votre vie privée
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le véritable enjeu: qui contrôle l'infrastructure de demain?

Aujourd'hui, 61 % des paiements par carte dans la zone euro transitent par deux réseaux non européens , à savoir Visa et Mastercard. L'euro numérique se présente comme la réponse souverainiste à cette dépendance : une infrastructure publique, des normes ouvertes, un acteur européen au cœur du système.

Euro numérique : l’architecture programmable se précise par Vincent Clairmont
Le plafond de détention par personne fixé par la BCE pour la phase pilote de l’euro numérique s’établit à 3 000 euros, selon les annonces du Conseil des gouverneurs du 24 mars 2026 reprises par le discours public de Christine Lagarde. La Bundesbank pousse pour un plafond plus bas, entre
Euro numérique : quand la CNIL s'inquiète elle-même pour votre vie privéeLe Courrier des StratègesRédaction
Euro numérique : quand la CNIL s'inquiète elle-même pour votre vie privée

Cependant, remplacer une dépendance privée américaine par une dépendance publique européenne n'est pas, par définition, un progrès pour la vie privée des citoyens. Une banque centrale qui sait, en temps réel, où, quand et combien chaque résident de la zone euro dépense dispose d'un instrument de surveillance financière sans précédent, quelles que soient ses bonnes intentions déclarées. Le fait que 81 % des adultes européens se disent inquiets de l'usage de leurs données de paiement n'a pas modifié d'un iota le calendrier de la BCE.

Pour les libertariens, une monnaie centrale numérique, même avec des garde-fous techniques, concentre entre les mains d’une bureaucratie un levier inédit de traçabilité des échanges privés. Dans un contexte où la France a perdu sa souveraineté monétaire au profit de Francfort et Bruxelles, cet euro numérique illustre parfaitement les dérives de l’UE. La vraie liberté de paiement passe par le maintien des espèces physiques et, à terme, par la reconquête nationale de notre politique monétaire.

Désormais, lorsque les gardiens de la vie privée tirent eux-mêmes la sonnette d’alarme, il serait imprudent de considérer le débat comme réglé.

  •  

L'humeur de Veerle Daens : Mélenchon à Saint-Denis, la primaire est finie, le décret commence

Mes chers libertariens de l'Absurdistan, permettez à une Flamande qui prend son café devant le carillon de Saint-Rombaut de vous rapporter ce qui s'est dit dimanche place Victor-Hugo à Saint-Denis, entre une mairie insoumise et une basilique royale — car le décor, déjà, est un programme.

L'humeur de Veerle Daens : Mélenchon à Saint-Denis, la primaire est finie, le décret commence
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'humeur de Veerle Daens : Mélenchon à Saint-Denis, la primaire est finie, le décret commence

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Vingt-six mille personnes, paraît-il. Un homme monte, et annonce trois choses. La primaire est finie : entendez qu'il est, sans le moindre doute possible, la première force du changement, ce qui en bon français de meeting signifie que le Parti socialiste n'existe plus. L'union de la gauche commence donc par l'excommunication d'une partie de la gauche. C'est une méthode. À Malines, on appelle ça inviter tout le monde au mariage en barrant la moitié des noms sur le faire-part.

Puis vient le programme, et là, amai, le tableur se met à trembler. Le SMIC à mille sept cents euros — par la parole, comme on transforme l'eau en vin. La retraite à soixante ans, ou quarante annuités, au choix — comme si l'on choisissait la couleur d'une cuisine et non l'équilibre d'un régime que personne ne sait plus financer. On ne nous dit pas qui paie. On ne le dit jamais. C'est l'argument de vente du décret : le prix est toujours dans une autre pièce, celle où l'on ne fait pas entrer le public.

L'humeur de Veerle Daens : Mélenchon à Saint-Denis, la primaire est finie, le décret commence
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Mais le plus beau, mes chers lecteurs sans tableur, c'est la première loi promise dès le début du mandat : démanteler les trusts médiatico-culturels. Méditez la chose. Un homme qui veut décider, par la force de l'État, quels journaux sont trop gros, quelles voix sont trop concentrées, quels propriétaires sont de trop. La concentration de la presse l'inquiète ; sa solution est de concentrer entre ses mains le pouvoir de la défaire. Il dénonce des trusts ; il propose le plus beau de tous : le monopole d'État sur la liste des monopoles tolérés. Ceci n'est pas une censure, dira le tableau. Au mur, l'horloge marquera l'heure exacte où la liberté de la presse a été sauvée en étant nationalisée.

Le reste suit la pente : planification écologique, inégalités, antiracisme, et le Rassemblement national rangé sous le mot suprémacisme, comme on jette un drap sur un meuble qu'on ne veut plus regarder. On ne discute pas un adversaire qu'on a fini de nommer. On le range.

L'humeur de Veerle Daens : Mélenchon à Saint-Denis, la primaire est finie, le décret commence
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Voilà donc l'offre. Un État qui fixe les salaires, qui rouvre les retraites, qui choisit les journaux, qui désigne les méchants. On appelle cela, place Victor-Hugo, l'émancipation.

Une dernière question, mes amis du Pays-des-Cartésiens, à méditer devant votre café froid : quand l'État aura décidé quels médias sont trop puissants pour être libres, qui décidera que l'État est devenu trop puissant pour être contredit ?

Réfléchissez. À Malines, on a déjà rangé le faire-part.

L'humeur de Veerle Daens : Mélenchon à Saint-Denis, la primaire est finie, le décret commence
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !
  •  

Sans surprise, fin du cessez-le-feu en Iran

Sans surprise, fin du cessez-le-feu en Iran

par Thibault de Varenne

Le cessez-le-feu du 8 avril n'aura tenu ni le détroit, ni le Liban, ni la parole donnée. On l'a salué pourtant. On a parlé de retour à la raison, de désescalade, de fenêtre diplomatique. Deux mois plus tard, comme je l'avais annoncé en son temps, les forces américaines arraisonnent un navire iranien dans le Golfe, frappent une île d'Ormuz, et l'Iran réplique sur un centre de commandement et sur des installations à Bahreïn et au Koweït.

Sans surprise, fin du cessez-le-feu en Iran
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Dimanche, des missiles venus de la frontière iranienne ont été interceptés au-dessus d'Israël, pendant que la banlieue sud de Beyrouth enterrait ses morts. On appelle cela une reprise. C'est un mot d'orchestre pour une guerre qui n'avait pas cessé.

Iran : 45 % de risques d’une guerre lente, 35 % de risques d’une guerre chaude, par Thibault de Varenne
Pour l’observateur distrait, le calme relatif instauré par le cessez-le-feu du 8 avril 2026 pourrait ressembler à une esquisse de paix. Il n’en est rien. Ce que nous vivons en ce début de soirée du 5 mai est une « guerre grise », une transition brutale entre la fin des
Sans surprise, fin du cessez-le-feu en IranLe Courrier des StratègesRédaction
Sans surprise, fin du cessez-le-feu en Iran
Pourquoi la guerre d’Iran ne s’arrêtera pas avant l’été, par Thibault de Varenne
Pour l’observateur distrait, le calme relatif instauré par le cessez-le-feu du 7 avril 2026 pourrait ressembler à une esquisse de paix. Il n’en est rien. Ce que nous vivons est une « guerre grise » — une diplomatie du levier où le temps n’est plus un outil de résolution, mais une arme
Sans surprise, fin du cessez-le-feu en IranLe Courrier des StratègesRédaction
Sans surprise, fin du cessez-le-feu en Iran
Sans surprise, fin du cessez-le-feu en Iran
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Reprenons depuis le commencement, car la chronologie est tout. La guerre a débuté le 28 février, par une opération conjointe américano-israélienne sur le sol iranien. Elle succédait à la guerre des Douze Jours de l'été précédent, comme une récidive succède à une rémission. On l'a nommée — Lion rugissant d'un côté, Fureur épique de l'autre — avec ce goût des appellations héroïques qui trahit toujours une inquiétude. Puis vint la trêve d'avril, négociée dans la fatigue, qui laissait ouvertes les deux plaies vives : Ormuz fermé, le Hezbollah debout. Une trêve qui ne traite pas les causes ne suspend pas la guerre. Elle la met au repos.

Pas plus de 5% de chance qu’une paix durable soit conclue en Iran, par Thibault de Varenne
Les medias mainstream répercutent sans nuance les déclarations optimistes de Donald Trump sur un accord de paix avec l’Iran. Thibault de Varenne fait le point sur le sérieux de ces déclarations. Alors que le président Donald Trump multiplie les déclarations publiques affirmant qu’un accord avec l’Iran est imminent, la situation
Sans surprise, fin du cessez-le-feu en IranLe Courrier des StratègesRédaction
Sans surprise, fin du cessez-le-feu en Iran

Trois mille cinq cent soixante morts au Liban depuis le mois de mars. Près d'un million de déplacés sur l'ensemble du théâtre. Ces chiffres, on les récite désormais entre deux nouvelles de marché, comme on relevait jadis la température d'un malade qu'on a cessé d'espérer. L'accoutumance est la plus discrète des défaites. Personne ne s'en aperçoit.

Sans surprise, fin du cessez-le-feu en Iran
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Mais ce n'est pas du Levant que je veux parler. C'est de nous.

  •  

Présidentielle 2027 ? ou la République en délibéré

Et si la principale échéance de la prochaine présidentielle n'était pas une élection, mais une audience ? Le 7 juillet, à treize heures trente, une cour d'appel dira un mot qui pèsera plus lourd qu'un congrès. L'affaire en dit moins sur le Rassemblement national que sur un pays qui a pris l'habitude de trancher ses questions politiques ailleurs que dans l'isoloir.

Présidentielle 2027 ? ou la République en délibéré
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

Présidentielle 2027 ? ou la République en délibéré

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Il existe des dates qui ne paient pas de mine, qui se logent dans un agenda judiciaire entre deux renvois et trois remises, qui n'ont l'air de rien pour qui ne suit pas l'affaire, et le 7 juillet 2026, à treize heures trente, est de celles-là : la cour d'appel de Paris y rendra son délibéré sur l'inéligibilité de Marine Le Pen. Treize heures trente. L'heure creuse de la digestion, celle où les rédactions somnolent et où les Français retournent à leur travail. C'est à cette heure-là, j'imagine, qu'on aura choisi de dire si la principale opposante au pouvoir pourra, ou non, se présenter devant les électeurs en 2027.

Une heure. Une cour. Une candidature suspendue à un mot.

Présidentielle 2027 ? ou la République en délibéré
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

L'audience qui vaut un congrès

Rappelons les faits, car ils sont précis et méritent de l'être. En première instance, le 31 mars 2025, Marine Le Pen avait été condamnée dans l'affaire des assistants parlementaires du Front national à quatre ans de prison dont deux fermes, cent mille euros d'amende, et cinq ans d'inéligibilité assortis de l'exécution provisoire — c'est-à-dire applicable immédiatement, sans attendre l'appel. Le procès en appel s'est tenu du 13 janvier au 12 février 2026. Le parquet général y a requis la confirmation des condamnations et de cinq ans d'inéligibilité, mais cette fois sans exécution provisoire. La nuance est technique ; ses effets sont vertigineux. Et le délibéré, donc, le 7 juillet.

Voilà le décor. Maintenant, regardons les deux camps, parce qu'il y a deux camps et qu'aucun n'a tout à fait tort.

D'un côté, ceux qui se réjouissent. Nul n'est au-dessus des lois, disent-ils, et le détournement de fonds publics européens, si détournement il y a, ne saurait être lavé par le suffrage. L'argument est sérieux. On ne le balaiera pas d'un revers de main libertarien : un État de droit qui exempterait ses puissants de la règle commune ne serait plus un État de droit. De l'autre côté, ceux qui crient au déni de démocratie : écarter par une décision de justice la candidate que les sondages placent en tête, n'est-ce pas, disent-ils, confier au juge le soin de faire ce que l'électeur s'apprêtait à défaire ?

Je ne trancherai pas entre ces deux cris. Ce qui me retient, c'est ce qu'ils ont en commun. Les deux camps, sans se l'avouer, sont d'accord sur un point : le véritable électeur, en 2027, siège peut-être en robe. L'un s'en félicite, l'autre s'en désole. Aucun ne conteste le fait. Et le fait, à le bien regarder, est l'événement.

Présidentielle 2027 ? ou la République en délibéré
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Ce que Tocqueville avait vu venir

Il faut ici faire un détour, et le faire par l'Amérique, parce qu'un Français de 1835 y a vu ce que nous vivons en 2026. Tocqueville, parcourant la jeune République américaine, fut frappé par une singularité qu'il consigna dans De la démocratie en Amérique avec sa netteté coutumière : « Il n'est presque pas de question politique, aux États-Unis, qui ne se résolve tôt ou tard en question judiciaire. » Il observait une société où l'on portait devant les tribunaux ce que d'autres portaient sur les barricades. Il y voyait, faut-il le dire, un trait plutôt rassurant : le procès plutôt que l'émeute, l'avocat plutôt que le pavé.

Mais Tocqueville était trop fin pour ne pas apercevoir le revers. Quand tout devient justiciable, le juge cesse d'être l'arbitre des litiges pour devenir l'arbitre des destins. Il ne dit plus seulement le droit entre deux parties ; il dit le possible et l'impossible à un peuple entier. Et ce glissement, qui s'opère sans coup d'État, sans char dans la rue, sans rien de ce qui rend une tyrannie reconnaissable, est précisément le plus difficile à nommer. Il a la douceur des choses légales. C'est, transposé à notre objet, l'exacte définition du despotisme doux que le même Tocqueville décrivait au tome second : un pouvoir qui ne brise pas les volontés, qui les amollit, qui les plie, et qui finit par tenir chaque citoyen « comme des chiens battus qui demeurent peureux toute leur vie ». Nous n'en sommes pas là. Mais la pente, je suppose, est celle-là.

Le juge n'a rien usurpé. Il applique la loi qu'on lui a donnée. La question n'est pas sa probité ; elle est notre habitude. Nous avons pris l'habitude de demander au tribunal ce que nous ne savons plus régler par le vote.

Présidentielle 2027 ? ou la République en délibéré
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas

Bastiat nous a légué une discipline du regard : derrière l'effet visible, chercher les effets qu'on ne voit pas. Appliquons-la.

Ce qu'on voit, c'est une candidate empêchée, ou autorisée — selon ce que dira la cour. C'est un scrutin amputé d'un nom, ou maintenu avec lui. C'est un titre de presse, un soir de juillet, et l'agitation qui suivra.

Ce qu'on ne voit pas, c'est plus grave et plus lent. C'est un corps électoral qui apprend, élection après élection, à ne plus tenir son bulletin pour l'acte décisif. Qui prend le pli d'attendre, avant de voter, de savoir qui aura le droit de recevoir son vote. Qui intègre, sans même le formuler, que le premier tour se joue en amont, dans des prétoires, sur des questions de procédure dont il ne maîtrise ni le calendrier ni le vocabulaire. Ce citoyen-là ne se révolte pas. Il se retire. Il développe, à l'endroit de la chose publique, cette espèce d'ardeur de mouton qui suit le mouvement sans plus croire qu'il le commande. On ne mesure pas ce retrait dans les sondages d'intention de vote. On le mesurera, plus tard, dans les taux d'abstention, dans la défiance, dans le sentiment diffus que l'élection est une cérémonie dont l'issue se décide en coulisses. Ce qu'on ne voit pas, c'est le consentement qui s'effrite.

Et le consentement est tout. Une démocratie ne tient pas par ses procédures ; elle tient par la croyance partagée que ces procédures décident. Le jour où cette croyance s'use, les procédures restent, et la démocratie s'en va. Seuls demeurent les gestes.

Ce n'est pas nouveau, c'est très français

Qu'on ne s'y trompe pas : la tentation d'écarter l'adversaire plutôt que de le battre n'est pas une invention de notre temps. Elle est, à vrai dire, l'un des plus vieux réflexes de notre histoire politique. La Révolution, qui inventa tant de choses admirables, inventa aussi la proscription comme mode de gouvernement : on ne discutait pas le Girondin, on le décrétait hors-la-loi. La Restauration eut ses listes, l'épuration de 1944 les siennes, et chaque régime, en s'installant, dressa l'inventaire de ceux qu'il fallait rendre inéligibles, indignes, ou simplement absents. La France a toujours eu un faible pour la solution qui consiste à retirer un nom plutôt qu'à gagner un argument.

Je ne compare pas les peines. Une condamnation pour détournement de fonds n'est pas une proscription révolutionnaire, et il serait malhonnête de feindre de le croire. Je note seulement la permanence d'un tropisme : la préférence française pour l'exclusion sur la persuasion, pour le couperet sur le débat, pour la liste sur le vote. Les régimes changent, les motifs se raffinent, les procédures se civilisent. Le geste, lui, demeure étrangement stable.

Nous avons changé les formes. Nous n'avons pas changé le penchant.

Pendant ce temps

Et pendant que tout un pays guette une heure de délibéré et commente un sondage Odoxa — Bardella à 32 % au premier tour, vainqueur au second quel que soit l'adversaire ; Mélenchon et Philippe au coude-à-coude pour la deuxième place, à un point l'un de l'autre ; le candidat de la France insoumise lançant sa campagne devant 26 000 personnes à Saint-Denis en annonçant que « la primaire est finie » —, pendant ce temps, donc, un autre chiffre court sans faire de bruit. Ce n'est ni le 32 %, ni le 52-48. C'est la part, lentement croissante, de citoyens qui ne croient plus que leur voix tranche quoi que ce soit.

Ce chiffre-là, aucun institut ne le titre. Il n'a pas la beauté virale d'un duel de second tour. Mais c'est le seul qui dise vraiment l'état du régime. Une République se porte bien quand ses électeurs se disputent le résultat. Elle se porte mal quand ils se demandent si le résultat dépend encore d'eux. Nous en sommes, peut-être, à ce point de bascule où la question cesse d'être qui va gagner pour devenir qui aura le droit de concourir — et c'est une tout autre question, qui n'appelle plus le même genre de réponse.

Dernier mot

Que ferait une société libre, à notre place ? Elle ne mettrait pas son avenir en délibéré. Elle ne suspendrait pas le sort d'une nation à l'heure d'une audience, fût-elle parfaitement régulière. Non qu'elle méprise la justice — au contraire, elle la tiendrait pour trop précieuse pour la charger de ce qui n'est pas son office. Le rôle du juge est de dire le droit entre des parties, non de composer la liste des candidats qu'un peuple aura le droit de départager. Quand on lui confie cette seconde tâche, on l'abîme, et l'on s'abîme avec lui.

Une société libre, surtout, cesserait de croire que la souveraineté tient tout entière dans le rite quinquennal d'un bulletin déposé dans une urne, puis confisqué pour cinq ans. Elle chercherait à rapprocher la décision du citoyen, à la rendre continue plutôt que ponctuelle, vérifiable plutôt que déléguée, vivante plutôt que cérémonielle. Il existe des chemins pour cela, dont certains portent déjà des noms — démocratie directe, démocratie liquide, sécession des consciences qui décident d'abord d'être souveraines d'elles-mêmes avant de l'être d'un pays. Je ne prétends pas qu'ils soient mûrs. Je dis seulement qu'on les cherchera, tôt ou tard, le jour où l'on aura compris qu'un peuple qui attend de ses tribunaux qu'ils lui désignent ses candidats a déjà, sans s'en apercevoir, cessé de se gouverner.

Le 7 juillet, à treize heures trente, une cour dira son mot. Elle dira le droit, et elle le dira sans doute correctement. Ce n'est pas elle qu'il faut regarder. C'est nous, qui attendons d'elle, désormais, qu'elle nous dise ce que nous n'osons plus décider nous-mêmes.

  •  

L'or à 4 500 dollars : pourquoi la branche sûre du Barbell n'a jamais autant mérité son nom

L'or à 4 500 dollars : pourquoi la branche sûre du Barbell n'a jamais autant mérité son nom

par Vincent Clairmont

JP Morgan a relevé le 25 février sa prévision de long terme sur l'or à 4 500 dollars l'once, soit une hausse de 15 % de son ancre structurelle, tout en maintenant à 6 300 dollars sa cible pour la fin 2026. Entre les deux chiffres, le marché a fait le grand écart : record absolu à 5 594 dollars le 29 janvier, puis correction. La question qui revient dans mes messages depuis la flambée du détroit d'Ormuz tient en sept mots : faut-il encore acheter après une correction ? Ma réponse est oui — et je vous explique pourquoi le mouvement de fond est intact.

L'or à 4 500 dollars : pourquoi la branche sûre du Barbell n'a jamais autant mérité son nom
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Commençons par lire correctement la prévision de JP Morgan, parce que la presse la cite de travers. Les 4 500 dollars ne sont pas un objectif de cours à atteindre :

L'or à 4 500 dollars : pourquoi la branche sûre du Barbell n'a jamais autant mérité son nom
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !
Bitcoin sous 60 000 dollars, or en repli, étau fiscal : le point patrimoine du dimanche, par Vincent Clairmont
Chaque dimanche, je passe en revue ce que la semaine a changé pour votre épargne. Celle-ci fut dense : correction sévère sur Bitcoin, repli de l’or, clôture du calendrier déclaratif, BCE jeudi — et des signaux de hausse fiscale pour 2027 qu’il serait imprudent de classer sans suite. LE COURRIER DES STRATÈGES
L'or à 4 500 dollars : pourquoi la branche sûre du Barbell n'a jamais autant mérité son nomLe Courrier des StratègesRédaction
L'or à 4 500 dollars : pourquoi la branche sûre du Barbell n'a jamais autant mérité son nom
  •  

Piscines municipales: pourquoi votre taxe foncière explose cet été

Alors que l’été 2026 s’annonce caniculaire, les Français découvrent dans leurs avis d’imposition locale la note cachée des équipements aquatiques. Plus de 2 800 communes ont lancé des projets entre 2023 et 2025 pour un total de 4,2 milliards d’euros. À Toulouse, la contribution aux équipements aquatiques atteint désormais 85 euros par foyer et par an, une ligne budgétaire inexistante avant 2024. Personne n’a consulté le contribuable : les élus coupent le ruban, les ménages règlent l’addition.

Piscines municipales: pourquoi votre taxe foncière explose cet été
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

Piscines municipales: pourquoi votre taxe foncière explose cet été

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Entre 2023 et 2025, plus de 2 800 communes ont lancé des chantiers aquatiques pour 4,2 milliards d'euros au total. La note arrive cet été dans les avis de taxe foncière : jusqu'à 320 euros supplémentaires par foyer, une ligne budgétaire imposée sans référendum, sans consultation, et surtout sans alternative proposée au contribuable.

Piscines municipales: pourquoi votre taxe foncière explose cet été
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

La dérive des coûts, symptôme d'une gestion hors sol

Un complexe aquatique municipal coûtait 5,2 millions d'euros en 2020. Il en coûte aujourd'hui 8,5 millions en moyenne , soit une progression de 63 % en cinq ans, sans que les contribuables n'y aient jamais été explicitement associés. L'exemple rennais est à cet égard canonique : le centre aquatique intercommunal inauguré en mars 2026 a englouti 12,3 millions d'euros, soit 40 % de plus que les prévisions de 2022.

Facture de piscine municipale : pourquoi vos taxes locales flambent cet été 2026 - Le Blog Finance
Les communes investissent massivement dans les équipements aquatiques face aux canicules répétées, entraînant une hausse significative des impôts locaux. Décryptage de l’impact sur votre budget familial.
Piscines municipales: pourquoi votre taxe foncière explose cet étéLe Blog FinanceJean Leclerc
Piscines municipales: pourquoi votre taxe foncière explose cet été

À Rennes Métropole, la taxe foncière a mécaniquement augmenté de 8,5 % pour absorber la dérive. Les systèmes de filtration écologique, rendus obligatoires par la réglementation de 2024, ajoutent à eux seuls 1,2 million d'euros au coût initial de chaque équipement. L'écologie réglementaire a bon dos : elle permet de justifier le surcoût tout en évitant soigneusement la question du pilotage budgétaire.

Impôts 2026 : la liste complète de ce qui doit être adopté, par Elise Rochefort
Après le recours à l’article 49.3, le gouvernement devrait faire passer (si tout va bien, et grâce au soutien du Parti Socialiste) un train de recettes fiscales qu’Elise Rochefort a synthétisé pour nous. Le texte présenté par le Premier ministre Sébastien Lecornu vise un redressement des comptes publics pour
Piscines municipales: pourquoi votre taxe foncière explose cet étéLe Courrier des StratègesRédaction
Piscines municipales: pourquoi votre taxe foncière explose cet été

Selon les dernières données du ministère de l’Intérieur, les impôts locaux progressent en moyenne de 6,2 % en 2026. Pour de nombreux propriétaires, la hausse représente entre 180 et 320 euros supplémentaires par an.

Piscines municipales: pourquoi votre taxe foncière explose cet été
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

L’impôt local devient la variable d’ajustement

Dans les communes ayant investi dans des équipements aquatiques, la taxe foncière a augmenté de 7,8 % en moyenne, contre seulement 2,1 % dans les collectivités qui n’ont pas engagé ces projets. L’agglomération toulousaine illustre parfaitement cette tendance : une contribution spécifique aux équipements aquatiques atteint désormais 85 euros par foyer et par an, alors qu’elle n’existait pas avant 2024.

La démographie, base de toute puissance, surtout pour les BRICS, par Thibault de Varenne
L’Inde présidera les BRICS en 2026. Elle accueillera le sommet, elle en tiendra la plume, elle en donnera le ton. Elle le fait forte d’une qualité que nul autre membre ne possède au même degré : depuis 2023, elle est le pays le plus peuplé de la terre. Plus de quatorze
Piscines municipales: pourquoi votre taxe foncière explose cet étéLe Courrier des StratègesRédaction
Piscines municipales: pourquoi votre taxe foncière explose cet été

Le plus frappant reste sans doute le décalage entre les décisions et leur contrôle démocratique. Peu de contribuables ont réellement mesuré l’impact fiscal de ces investissements au moment de leur lancement. Les inaugurations offrent une visibilité politique immédiate aux élus ; le coût, lui, est dilué sur plusieurs années et réparti sur l’ensemble des ménages.

Cette affaire illustre parfaitement le mécanisme pervers du modèle français : des élus locaux dépensent l’argent d’autrui pour se valoriser, pendant que le contribuable, silencieux et désarmé, voit son pouvoir d’achat rogné sans avoir jamais été consulté.

La question de la pertinence économique de ces investissements reste entière : qui a évalué le rapport coût-bénéfice à l'échelle intercommunale ?La réponse est: personne. Ou du moins, aucun organe indépendant soumis à une véritable responsabilité devant les administrés. L'Association des maires de France valide, l'État subventionne partiellement, les entreprises de BTP remportent les marchés et enfin, le contribuable, lui, reçoit la facture.

Piscines municipales: pourquoi votre taxe foncière explose cet été
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !
  •  

Convergence mondiale des revenus : l'horreur fiscale du rapport Piketty, par Élise Rochefort

Le World Inequality Lab, laboratoire de recherche co-dirigé par Thomas Piketty et adossé à l'École d'économie de Paris, a publié le 4 juin 2026 un rapport intitulé « Global Justice Report: a Plan for Equality and Prosperity Within Planetary Boundaries ». Le document a été présenté en ouverture de la World Inequality Conference, tenue à Paris du 4 au 6 juin. Il couvre la période 2026-2100.

Convergence mondiale des revenus : l'horreur fiscale du rapport Piketty, par Élise Rochefort
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

Convergence mondiale des revenus : l'horreur fiscale du rapport Piketty, par Élise Rochefort

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

L'objectif central du rapport est la convergence des revenus moyens de tous les pays vers 5 000 euros par mois et par habitant d'ici 2100, dans la limite d'un réchauffement climatique de 1,8 °C. Le scénario repose sur des trajectoires de croissance différenciées : 0 à 0,5 % par an de croissance du PIB par habitant dans les régions les plus riches (Amérique du Nord, Océanie, Europe), 3 à 4 % par an en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud et du Sud-Est. Thomas Piketty qualifie lui-même cette vision d'« utopique ».

L'instrument financier du plan est un Fonds pour la justice mondiale (Global Justice Fund), dont les dépenses représenteraient en moyenne 10,3 % du PIB mondial par an entre 2026 et 2060. Le rapport situe lui-même l'ordre de grandeur : l'aide publique au développement et les budgets cumulés de l'ONU, du FMI et de la Banque mondiale représentent aujourd'hui moins de 0,4 % du PIB mondial. La répartition se ferait par tête : l'Afrique subsaharienne recevrait jusqu'à 8,8 % de son PIB, l'Europe 2,5 %, l'Amérique du Nord 2,2 %. Côté recettes, les pistes évoquées comprennent un impôt sur le patrimoine pouvant atteindre 20 % sur les fractiles supérieurs et une imposition des très hauts revenus pouvant atteindre 90 % — taux mentionnés par la presse de synthèse, le détail des barèmes figurant dans le corps du rapport. Le plan inclut par ailleurs une réduction drastique des énergies fossiles, une « sobriété ciblée » dans certains secteurs et une évolution des habitudes alimentaires. Dans un entretien accordé à Outlook Business, Thomas Piketty présente la taxation des plus riches à l'échelle mondiale comme « la forme la plus évidente de réparations ».

Les auteurs revendiquent la cohérence interne du scénario : les quatre volets — redistribution mondiale, réforme de l'ordre financier international, transformation des systèmes énergétiques, évolution des modes de consommation — sont présentés comme techniquement compatibles entre eux et avec les limites planétaires. Le rapport se présente comme un cadre de référence pour les débats à venir, non comme un programme de gouvernement.

Convergence mondiale des revenus : l'horreur fiscale du rapport Piketty, par Élise Rochefort
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Les objections que ce type de plan rencontre dans la tradition économique libérale sont anciennes et documentées. Elles portent sur trois points. Le premier est informationnel : depuis l'article de Friedrich Hayek « L'utilisation de la connaissance dans la société » (1945), cette tradition soutient qu'aucune instance centrale ne dispose de l'information nécessaire pour fixer des trajectoires de croissance par région sur soixante-quinze ans, l'information pertinente étant dispersée entre les acteurs et révélée par les prix. Le deuxième est incitatif : une imposition des hauts revenus à 90 % et du patrimoine à 20 % modifie les comportements d'épargne, d'investissement et de localisation des assiettes ; les estimations d'élasticité divergent fortement entre les travaux proches du World Inequality Lab et ceux d'inspiration libérale, sans qu'un consensus empirique existe à ces niveaux de taux, qui n'ont été observés durablement dans aucune économie ouverte récente. Le troisième relève de l'économie politique : un fonds disposant de 10,3 % du PIB mondial — soit, à titre de comparaison, environ vingt-cinq fois les flux institutionnels internationaux actuels — pose la question de l'institution qui le percevrait, l'allouerait et le contrôlerait ; l'école dite du choix public soutient que les administrateurs d'un tel fonds poursuivraient aussi des intérêts propres, et le bilan contrasté de l'aide au développement existante, documenté notamment par les évaluations indépendantes des agences elles-mêmes, est régulièrement invoqué à l'appui de cette réserve.

F.A. Hayek et le problème de la connaissance : critique du socialisme et de l’interventionnisme
Voici la sixième livraison de la Liberty Academy, accompagnée de la troisième masterclass. Aujourd’hui, nous traitons un sujet essentiel : la critique de la société verticale par Hayek !
Convergence mondiale des revenus : l'horreur fiscale du rapport Piketty, par Élise RochefortVerhaeghe BriefingEric Verhaeghe
Convergence mondiale des revenus : l'horreur fiscale du rapport Piketty, par Élise Rochefort

À ces objections, les auteurs du rapport répondent par l'argument climatique — les limites planétaires rendraient la croissance indéfinie des pays riches matériellement impossible, ce qui déplacerait le débat de l'opportunité vers la répartition — et par l'argument historique : les taux marginaux supérieurs à 90 % ont existé aux États-Unis entre 1944 et 1963, sans effondrement de l'économie américaine. Les économistes libéraux contestent la transposition : économies fermées d'après-guerre, assiettes étroites, niches nombreuses, et mobilité des capitaux sans commune mesure avec celle de 2026.

Convergence mondiale des revenus : l'horreur fiscale du rapport Piketty, par Élise Rochefort
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Trois questions restent ouvertes à la lecture du document. Le consentement démocratique, d'abord : le scénario suppose que les électorats des pays riches acceptent durablement une croissance par habitant comprise entre 0 et 0,5 %, soit un niveau inférieur à celui qui a accompagné, en France, les tensions sociales et budgétaires de la dernière décennie ; le rapport ne décrit pas le mécanisme politique de ce consentement. L'architecture institutionnelle, ensuite : ni l'organe de perception des taxes mondiales, ni la juridiction compétente en cas de refus d'un État, ne sont spécifiés à ce stade. La trajectoire de transition, enfin : les effets sur l'emploi, les retraites et la dette des pays riches d'une croissance quasi nulle maintenue pendant trente-cinq ans ne font pas l'objet d'un chiffrage détaillé dans les documents de synthèse publiés.

Le rapport est public et consultable en ligne. Sa traduction politique, à ce jour, ne figure dans aucun programme de gouvernement.

Convergence mondiale des revenus : l'horreur fiscale du rapport Piketty, par Élise Rochefort
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !
  •  

Bitcoin sous 60 000 dollars, or en repli, étau fiscal : le point patrimoine du dimanche, par Vincent Clairmont

Chaque dimanche, je passe en revue ce que la semaine a changé pour votre épargne. Celle-ci fut dense : correction sévère sur Bitcoin, repli de l'or, clôture du calendrier déclaratif, BCE jeudi — et des signaux de hausse fiscale pour 2027 qu'il serait imprudent de classer sans suite.

Bitcoin sous 60 000 dollars, or en repli, étau fiscal : le point patrimoine du dimanche, par Vincent Clairmont
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

Bitcoin sous 60 000 dollars, or en repli, étau fiscal : le point patrimoine du dimanche, par Vincent Clairmont

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Bitcoin a cassé vendredi le seuil des 60 000 dollars, à 59 156 dollars en séance, effaçant environ 84 milliards de dollars de capitalisation en une journée. L'once d'or s'échangeait mardi à 4 527 dollars, soit environ 3 881 euros, en repli d'environ 6 % sur ses sommets de mai. Le conseil des gouverneurs de la BCE se réunit jeudi 11 juin, et les marchés anticipent une hausse de 25 points de base. Pendant ce temps, le service de déclaration des revenus a fermé sa dernière échéance le 4 juin. Je reprends ces dossiers un par un, dans l'ordre où ils engagent votre argent.

Bitcoin sous 60 000 dollars, or en repli, étau fiscal : le point patrimoine du dimanche, par Vincent Clairmont
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Bitcoin : une purge, pas une sortie 

Les ETF Bitcoin au comptant ont clôturé mai avec 2,3 milliards de dollars de sorties nettes, le pire mois de 2026 — ce sont les institutionnels qui allègent, pas les détenteurs de long terme. Ma lecture n'a pas changé depuis la doctrine Barbell publiée le mois dernier : une chute de 30 à 50 % sur la poche risquée n'est pas un signal de vente, c'est le prix d'entrée que vous avez accepté en signant pour cette poche. Si votre allocation cible — je préconise 10 % du patrimoine financier, pas davantage — n'est pas encore constituée, les tranches mensuelles d'achat programmé (le DCA, achat fractionné qui lisse votre prix d'entrée) continuent : un Bitcoin à 59 000 dollars abaisse mécaniquement votre coût moyen. Et je le redis : au-delà de 5 000 euros, stockage sur hardware wallet personnel — un boîtier physique chiffré type Ledger ou Trezor — jamais sur une plateforme centralisée. La suite de cet article explique pourquoi cette discipline vient de prendre une dimension nouvelle.

La branche risquée de la Barbell Strategy : Bitcoin, options, capital-risque, par Vincent Clairmont
Vincent Clairmont poursuit aujourd’hui sa “consolidation” sur le portefeuille en Barbell Strategy. La branche risquée représente 20 % de l’allocation, soit 100 000 euros sur le cas type. Son rôle est l’inverse de la branche sûre : encaisser disproportionnellement les discontinuités, au prix d’une volatilité élevée et d’un risque de perte totale
Bitcoin sous 60 000 dollars, or en repli, étau fiscal : le point patrimoine du dimanche, par Vincent ClairmontLe Courrier des StratègesRédaction
Bitcoin sous 60 000 dollars, or en repli, étau fiscal : le point patrimoine du dimanche, par Vincent Clairmont

Or et argent : la correction est une fenêtre, pas un avertissement 

Le repli de l'or depuis ses sommets de mai ne change rien aux trois forces qui le portent : les achats des banques centrales du Sud Global, la défiance croissante envers les avoirs en dollars gelables, et des déficits occidentaux sans perspective de correction à dix ans. Aucune ne s'est éteinte cette semaine. Pour qui n'a pas complété son allocation — je préconise 30 % du patrimoine en or physique, lingots et pièces standard, stockés hors du système bancaire — la règle des tranches mensuelles s'applique, et une correction est une occasion d'accélérer, pas d'attendre. L'argent métal, lui, évoluait autour de 75 dollars l'once sur le COMEX au 1er juin — une trajectoire spectaculaire, qui appelle une mise en garde plutôt qu'un emballement : la volatilité de l'argent est environ le double de celle de l'or, sa demande est pour moitié industrielle donc cyclique, et les primes sur les pièces sont élevées à l'achat comme à la revente. Je préconise de le traiter en satellite : pas plus d'un cinquième de votre poche métaux, le cœur reste l'or.

Bitcoin sous 60 000 dollars, or en repli, étau fiscal : le point patrimoine du dimanche, par Vincent Clairmont
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Calendrier fiscal : ce qui est clos, ce qui reste ouvert

La déclaration des revenus est close depuis le 4 juin pour les départements 55 à 976. Deux choses restent ouvertes. D'une part, le formulaire en ligne reste accessible jusqu'au 25 juin pour corriger une déclaration déjà déposée. D'autre part, l'échéance mensualisée de taxe foncière tombe le 15 juin. Profitez de la fenêtre de correction pour vérifier un point que la moitié des lecteurs qui m'écrivent négligent : les formulaires 3916 et 3916-bis, qui déclarent les comptes ouverts, utilisés ou clos à l'étranger — y compris les comptes d'actifs numériques et les comptes de paiement type néobanques. L'omission coûte 750 euros par compte et par an, portés à 1 500 euros au-delà de 50 000 euros d'encours.

Bitcoin sous 60 000 dollars, or en repli, étau fiscal : le point patrimoine du dimanche, par Vincent Clairmont
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

L'inquisition fiscale a changé d'échelle le 1er janvier 

Depuis l'entrée en vigueur du volet français de la directive DAC8, les prestataires de services sur crypto-actifs opérant en France transmettent à la DGFiP l'identité de leurs clients et le détail de leurs transactions — montants bruts, nature des actifs, nombre d'opérations. L'administration n'a plus besoin de vous demander : elle sait, ou saura dans les douze mois. J'en tire deux conséquences pratiques. La première : la fenêtre de correction du 25 juin est le moment de régulariser proprement une omission, avant que la relance ne soit automatisée. La seconde : l'autoconservation — vos clés, votre boîtier, hors plateforme — n'est pas une coquetterie de militant, c'est la seule architecture où votre patrimoine numérique ne dépend ni d'un gel réglementaire, ni d'une faillite d'intermédiaire. La déclaration reste obligatoire ; la dépendance, non.

La hausse d'impôts de 2027 se prépare sous vos yeux 

Rappel de ce qui a déjà eu lieu : la loi de finances pour 2026 a porté les prélèvements sociaux sur les revenus du capital de 17,2 % à 18,6 %, via une CSG patrimoine passée de 9,2 % à 10,6 %. La « flat tax » sur vos dividendes, intérêts et plus-values n'est donc plus de 30 % mais de 31,4 %. Des amendements prévoient déjà une CSG à 11,2 % en 2027, soit 19,4 % de prélèvements sociaux et un prélèvement forfaitaire global à 32,2 %. Ajoutez la quarantaine de milliards d'euros que le budget 2027 devra trouver, la taxe nouvelle sur les holdings patrimoniales et la contribution sur les hauts revenus prorogée tant que le déficit dépasse 3 % du PIB, et la direction est lisible sans modèle économétrique : l'assiette la plus commode est l'épargne déclarée, domiciliée en France, et immobile. C'est précisément la zone médiane que la doctrine Barbell vous recommande de quitter — fonds patrimoniaux diversifiés, assurance-vie en unités de compte, obligations souveraines européennes. Le mouvement de sortie progressive engagé sur douze mois garde toute sa pertinence ; la trajectoire fiscale lui en ajoute.

Livrets réglementés : 1,5 % en attendant le 1er août 

Le taux du Livret A sera révisé au 1er août, sur décision prise mi-juillet après l'inflation de juin. La formule donnerait entre 1,6 % et 1,8 %, le LEP suivant vers 2,8 % — mais le ministre conserve le pouvoir d'y déroger, et il en a déjà usé. Mon cadre ne varie pas : le Livret A est une poche de précaution — trois à six mois de dépenses courantes, défiscalisées et liquides — pas un placement. À 1,5 % servi face à une inflation qui remonte, son rendement réel est nul ou négatif ; son seul mérite est d'échapper aux 18,6 % qui frappent tout le reste. C'est un coffre à outils, pas un moteur.

Euro et devises : la semaine de la BCE 

L'euro a fluctué entre 1,1523 et 1,1664 dollar cette semaine, et la décision de jeudi peut le raffermir encore. Conséquence mécanique pour vous : un euro plus fort abaisse temporairement le coût de vos achats d'or (libellé en dollars) et de vos devises de réserve. La poche multi-devises que je préconise — 5 % du patrimoine, répartis entre franc suisse, dollar canadien et yen — se constitue en quelques jours sur un compte multi-devises type Wise ou Revolut. Sa fonction n'est pas le rendement : c'est votre option de réallocation rapide si l'euro venait à connaître une tension violente.

Cet article n'est pas un conseil en investissement personnalisé. Les pourcentages indiqués sont des préconisations pour un cas type — adaptez-les à votre âge, votre situation familiale et votre fiscalité, et passez par un conseiller en gestion de patrimoine indépendant, un CGPI qui ne perçoit aucune rétrocommission des produits qu'il recommande, avant toute mise en œuvre d'envergure.

À 1,5 % servis sur le livret et 18,6 % prélevés sur tout le reste, l'écart entre ce que l'État vous sert et ce qu'il vous prélève n'est plus une anomalie de conjoncture. C'est une politique. Votre allocation est la seule réponse qui ne se vote pas.

  •  

La démographie, base de toute puissance, surtout pour les BRICS, par Thibault de Varenne

L'Inde présidera les BRICS en 2026. Elle accueillera le sommet, elle en tiendra la plume, elle en donnera le ton. Elle le fait forte d'une qualité que nul autre membre ne possède au même degré : depuis 2023, elle est le pays le plus peuplé de la terre. Plus de quatorze cents millions d'hommes.

La démographie, base de toute puissance, surtout pour les BRICS, par Thibault de Varenne
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

La démographie, base de toute puissance, surtout pour les BRICS, par Thibault de Varenne

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

On a noté la nouvelle. On l'a rangée parmi les curiosités du calendrier statistique. On est passé à autre chose. C'est une erreur. Le nombre n'est pas une curiosité. Il est une prémisse. Tout le reste — le commerce, la monnaie, les flottes, les sièges qu'on réclame au Conseil de sécurité — s'en déduit lentement, mais s'en déduit.

De Gaulle le savait, qui ne séparait jamais le rang de la France du nombre des Français. Il tenait la natalité pour une affaire d'État, au même rang que la dissuasion. On a jugé cela démodé. On le juge démodé encore. Mais les démodés, parfois, avaient seulement raison trop tôt. La carte qui se redessine aujourd'hui n'est pas d'abord une carte d'idéologies ni de produits intérieurs bruts. C'est une carte de berceaux. Là où ils se remplissent, une puissance se prépare ; là où ils se vident, une puissance se retire. On voudrait nous faire croire que la richesse seule décide. On s'y emploie. On y consacre des colloques entiers. Le siècle, pourtant, paraît vouloir trancher autrement.

Les BRICS à l’âge de raison, par Thibault de Varenne
À New Delhi, à la mi-mai, en marge de la réunion des ministres des Affaires étrangères des BRICS, Sergueï Lavrov a prononcé une phrase que nos chancelleries n’ont guère relevée : « nous ne précipiterons pas l’élargissement des BRICS », car le groupement, ayant doublé de taille en deux ans, doit désormais « rationaliser
La démographie, base de toute puissance, surtout pour les BRICS, par Thibault de VarenneLe Courrier des StratègesRédaction
La démographie, base de toute puissance, surtout pour les BRICS, par Thibault de Varenne
Sommet des BRICS : face au fantasme naïf d’un bloc uni, par Thibault de Varenne
Le sommet du 15 mai s’est achevé sans déclaration commune. Ceux qui attendaient l’acte de naissance d’un contre-Occident en sont pour leurs frais. Les BRICS ne sont pas un bloc et n’en seront jamais un — ce qui ne diminue en rien leur portée, à condition de comprendre ce qu’est, au
La démographie, base de toute puissance, surtout pour les BRICS, par Thibault de VarenneLe Courrier des StratègesRédaction
La démographie, base de toute puissance, surtout pour les BRICS, par Thibault de Varenne
La démographie, base de toute puissance, surtout pour les BRICS, par Thibault de Varenne
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le tableau des masses

Commençons par l'Inde, puisqu'elle ouvre l'année. Sa jeunesse n'est pas une figure de style. Elle compte près de six cents millions d'habitants entre dix-huit et trente-cinq ans, et quelque deux cent cinquante millions d'adolescents, soit un cinquième

de sa population. L'âge médian y avoisine la vingtaine avancée, quand le nôtre frôle la cinquantaine. Voilà ce qu'on appelle un dividende démographique : une nation où les bras qui produisent l'emportent, et de loin, sur les bouches qui dépendent. New Delhi le sait, et le monnaie déjà en assurance diplomatique. Un dirigeant de sa Bourse a pu annoncer, sans qu'on lui rie au nez, que la jeunesse indienne produirait une part considérable de la richesse mondiale dans les décennies qui viennent.

Il faut pourtant lire les chiffres jusqu'au bout, car l'Inde, mieux que d'autres, sait ne pas se griser. Ses propres économistes avertissent que la fenêtre n'est pas éternelle : la part de sa population en âge de travailler culminerait autour de 2031, puis commencerait de refluer dès 2036, l'âge médian bondissant alors vers trente-cinq ans. Le dividende a une échéance. La presse de Pékin, qui observe son voisin sans aménité, résume la chose d'une formule qui vaut avertissement : cette masse de jeunes sera dividende ou désastre, selon que le marché du travail saura ou non les absorber. Le nombre offre l'occasion. Il ne l'accomplit pas. Retenons la distinction ; nous y reviendrons.

La Chine, ou la puissance qui compte ses morts

Tournons-nous vers la Chine. Voici un empire qui, pour la première fois de son histoire moderne, recule. Sa population décline depuis 2022 ; le Bureau national des statistiques l'avait annoncé avant même que le seuil ne fût franchi. Fin 2024, elle s'établissait à un milliard quatre cent huit millions d'âmes, en baisse de près d'un million et demi sur l'année. Les plus de soixante ans y atteignent désormais trois cent dix millions, soit plus d'un cinquième du pays. Une nation entière vieillit à vue d'œil, et le sait, et le dit.

Ce qui frappe, ce n'est pas le recul. C'est la manière dont Pékin en parle. Pas de lamentation. Pas de déni. Une rhétorique de maîtrise. Les organes officiels expliquent, posément, que « moins peut signifier plus », que la qualité de la main-d'œuvre compensera la quantité, que l'économie ne déraillera pas. On annonce des subventions à la naissance, une école maternelle gratuite par étapes, un virage simultané vers le soutien à la natalité et l'innovation. Surtout, on parie sur la machine. Dans les maisons de retraite de Shenzhen, des robots de soin jouent aux échecs avec les vieillards, les aident à se mouvoir, suppléent aux bras qui manquent. L'« économie des cheveux d'argent », pesée à sept mille milliards de yuans, doit en valoir trente mille d'ici 2035. Le régime convertit son déclin démographique en marché. C'est une réponse d'ingénieur à un problème de civilisation. Reste à savoir si l'ingénieur a le dernier mot.

Car il y a, dans cette confiance affichée, quelque chose qui ne se laisse pas robotiser. Un peuple n'est pas seulement une somme de bras, fût-elle augmentée de bras d'acier. C'est une chaîne de transmission, où chaque génération doit à la suivante mieux qu'un capital : une langue, un récit, le goût de durer. Quand la chaîne se distend, aucune automatisation ne la renoue. La Chine le pressent, qui multiplie les incitations sans parvenir, pour l'instant, à relever ses berceaux. On peut subventionner une naissance. On ne décrète pas le désir d'enfant. Personne ne l'a jamais fait tenir dans un budget.

La Russie, ou la blessure ancienne

La Russie offre le même tableau, en plus aigu et plus ancien. Sa crise démographique n'a pas commencé hier ; elle traîne depuis l'effondrement soviétique, comme une plaie mal refermée. En 2024, le pays a enregistré un million deux cent vingt-deux mille naissances, le chiffre le plus bas depuis 1999 — un tiers de moins qu'il y a dix ans. Les démographes parlent d'un creux qu'on n'avait pas vu depuis une génération. L'Organisation mondiale de la santé prévoit que la population russe pourrait perdre près de dix millions d'habitants d'ici 2050.

La démographie, base de toute puissance, surtout pour les BRICS, par Thibault de Varenne
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !
  •  

Lyhanna, victime de l'inertie administrative

Et si le vrai danger n'était pas la malveillance, mais l'absence de zèle ? Un dossier qui met treize jours à franchir quatre-vingts kilomètres, des semaines à être ouvert, et jamais le temps d'une garde à vue. La mort de Lyhanna, onze ans, dit moins sur un homme que sur des administrations qui ne se sont, à aucun moment, senties obligées de bien faire leur travail.

Lyhanna, victime de l'inertie administrative
Lyhanna, victime de l'inertie administrative

Il existe des objets si ordinaires qu'on ne les regarde plus : une chemise cartonnée, un parapheur posé sur le coin d'un bureau, une enveloppe de papier kraft qui attend, dans le bac du courrier sortant, qu'une main veuille bien l'affranchir. Celui dont je veux parler ici — un dossier de plainte pour viol sur une enfant de dix ans, constitué le 22 août 2025 à la gendarmerie de Plaisance-du-Touch — a voyagé, paraît-il, par la poste. En format papier. Et il a mis treize jours pour aller du parquet de Toulouse à celui d'Auch. Pas un appel téléphonique, pas un courriel. Une enveloppe, et le temps qu'elle traverse la Gascogne.

Je commence par ce détail parce qu'il contient tout le reste. On voudrait croire qu'un drame de cette nature suppose une faute spectaculaire, un complot, une grande lâcheté. Il n'en est rien. À le bien regarder, il a suffi d'une suite de petites atonies, chacune excusable, aucune coupable à elle seule, pour qu'un homme déjà signalé demeure libre, et qu'une enfant meure.

Lyhanna, victime de l'inertie administrative

Chaque matin, 7 articles du Courrier dans ma boîte mail, et en plus c'est gratuit... J'en profite dès maintenant

Deviens ton propre souverain

Email sent! Check your inbox to complete your signup.

No spam. Unsubscribe anytime.

Ce que contenait l'enveloppe

Rappelons les faits, puisqu'ils sont établis et qu'ils se passent de commentaire. Lyhanna, onze ans, a disparu le 29 mai près de Fleurance, dans le Gers ; son corps a été retrouvé le 4 juin, l'autopsie ne permettant pas, à ce stade, d'établir les causes de la mort. Le principal suspect, un homme de quarante et un ans, a été interpellé dès le lendemain de la disparition et placé en garde à vue en quelques heures. Il est présumé innocent, et le restera tant qu'un tribunal n'aura pas dit le droit. Mais il était, depuis des années, visé par plusieurs procédures pour des faits de même nature.

La plainte d'août 2025 n'était pas un soupçon en l'air. Selon une source proche du dossier, elle comportait des auditions, une expertise psychologique, un certificat médical faisant état de lésions « jugées sans ambiguïté », et le suspect y était identifié. Tout y était, donc, pour agir vite. On n'a pas agi vite. Le dossier, arrivé à Auch, y serait resté plusieurs semaines sans traitement : près d'un mois pour être examiné, un mois et demi de plus pour qu'un service enquêteur soit désigné, lequel ne le fut, semble-t-il, qu'au début de l'année 2026. Et jamais, dans cet intervalle, le suspect ne fut placé en garde à vue. L'affaire, dit la même source, « aurait été traitée comme une procédure ordinaire, de vol, de braquage ou d'extorsion » — non comme ce qu'elle était.

Il faut être juste : l'institution elle-même a reconnu la défaillance. Le garde des Sceaux a présenté des excuses à la famille ; le ministère a ordonné des inspections, et n'écarte pas des sanctions devant le Conseil supérieur de la magistrature. Surtout, il a livré l'aveu qui éclaire tout le dossier : « aucune difficulté particulière de moyens » ne saurait expliquer ces délais. Le parquet d'Auch comptait quatre magistrats et ne croulait sous aucun stock. Voilà qui désarme par avance la consolation habituelle. Ce n'est pas l'histoire d'une administration débordée. C'est l'histoire d'une administration disponible qui n'a pas jugé que cela pressât.

Tocqueville l'avait vu venir

On cherche un coupable, et l'on ne trouve qu'un mécanisme. C'est précisément ce que Tocqueville redoutait lorsqu'il décrivait, au tome second de La Démocratie en Amérique, ce pouvoir administratif qui « ne tyrannise point » mais « gêne, comprime, énerve, éteint », et finit par réduire les hommes à n'être « qu'un troupeau d'animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger ». On retient d'ordinaire la formule pour dénoncer la surveillance et la contrainte. On oublie son revers, qui est ici le sujet : ce pouvoir tutélaire ne se contente pas d'étouffer l'initiative des gouvernés ; il dilue aussi, en lui-même, la responsabilité des gouvernants.

Car le propre d'une administration très centralisée, très procédurale, très hiérarchique, c'est que chacun y obéit et que personne n'y répond. Le gendarme a recueilli la plainte : il a fait son office. Le parquet de Toulouse l'a transmise : il a fait son office. Celui d'Auch l'a enregistrée, puis l'a mise dans la pile : il a fait, lui aussi, son office. Chaque maillon est en règle ; la chaîne, elle, ne mène nulle part. La faute, introuvable, s'est évaporée entre les bureaux. Et une administration où nul ne se sent personnellement comptable d'un dossier finit par ne se sentir obligée de rien.

Ce qu'on voit, ce qu'on ne voit pas

Bastiat nous a appris à distinguer, en toute chose publique, ce qu'on voit de ce qu'on ne voit pas. Appliquons la leçon. Ce qu'on voit, c'est l'État qui s'affiche : les circulaires de politique pénale faisant des violences sexuelles sur mineurs une « priorité absolue », les plans, les annonces, les ministres réunis en urgence à Matignon. Ce qu'on ne voit pas, c'est le seul endroit où tout cela aurait dû devenir un acte : un magistrat décrochant son téléphone, un enquêteur saisi dans la semaine, une garde à vue ordonnée tant que l'homme était encore à portée. La priorité existait sur le papier. Elle n'a, nulle part, rencontré une volonté.

Et voici le paradoxe que je suppose au cœur de l'affaire. L'État qui n'a pas trouvé, en neuf mois, le temps d'entendre un suspect identifié est le même qui sait verbaliser un excès de vitesse en quelques secondes, prélever un impôt à la source en temps réel, dématérialiser, tracer, contrôler. Les moyens existent ; c'est le zèle qui se distribue mal. On en met beaucoup là où l'administration se sert elle-même, et fort peu là où elle devrait servir. La machine est rapide pour ce qui la nourrit, lente pour ce qui l'oblige.

Ce n'est pas nouveau, c'est très français

Il serait malhonnête de présenter cela comme un accident isolé. Avant Lyhanna, il y eut d'autres prénoms, d'autres dossiers, d'autres signaux laissés sans suite, que la mémoire publique a rangés côte à côte sans jamais en tirer la leçon. C'est qu'il s'agit, à le bien regarder, d'un trait ancien de notre administration : la préférence du formalisme sur le résultat, de la procédure régulière sur la mission accomplie, du j'ai transmis sur le j'ai agi. On y respecte la forme comme on respecte un rite, avec le sentiment du devoir rempli au moment précis où le devoir est trahi.

Le plus révélateur, ce sont les remèdes qu'on annonce. Le ministre s'interroge — et il a raison — sur le point de savoir si ses propres circulaires ont été appliquées. Mais que dit cet aveu, sinon que l'État ne sait plus se faire obéir de lui-même ? Il légifère contre sa propre inertie et la retrouve intacte au bas de l'échelle. On répondra par une nouvelle circulaire à l'échec de la précédente. Le papier, encore, pour soigner ce que le papier a déjà manqué.

Pendant ce temps

Pendant qu'on débat de l'émotion, qu'on convoque, qu'on inspecte, une question demeure que personne ne pose vraiment. Le problème n'est pas qu'il manque des règles ; il en pleut. Il n'est pas non plus, on nous l'a dit, qu'il manque des moyens. Le problème est qu'aucune règle et aucun moyen ne remplacent jamais cette chose modeste et introuvable : un fonctionnaire qui considère qu'un dossier posé sur son bureau est son affaire à lui, et qu'il ne dormira pas tranquille tant qu'il l'aura laissé dormir. On peut tout réformer, sauf cela. La conscience professionnelle ne se décrète pas ; elle se cultive, ou elle se perd. Depuis quelques décennies, je crois, nous la perdons — non par méchanceté, mais par cette tiédeur d'âme qui s'installe partout où l'on n'a de comptes à rendre à personne.

Dernier mot

Une société libre ne demanderait pas d'abord une loi de plus. Elle demanderait des noms et des responsabilités. Non pour livrer quelques agents à la vindicte — la curée ne répare rien et nous avilit —, mais parce qu'une mission sans responsable est une mission sans titulaire, et qu'un service public où l'erreur ne coûte jamais rien à personne finit par ne plus rendre aucun service. La vraie réforme, ici, n'est ni budgétaire ni numérique. Elle est morale. Elle tient en une phrase qu'aucune circulaire ne saura jamais imposer : que quelqu'un, quelque part, se sente comptable d'un enfant.

Lyhanna n'a pas été tuée par une fatalité, ni par la pénurie, ni par un excès de droits accordés aux suspects. Elle a été perdue dans l'intervalle qui sépare un bureau d'un autre, dans ces treize jours d'une enveloppe et ces semaines d'une pile, par des gens qui faisaient, chacun, à peu près leur travail. C'est cela qui devrait nous tenir éveillés. Le mal, ici, n'a pas de visage. Il a la couleur d'un dossier qu'on n'a pas ouvert.

  •  

Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de Varenne

Et si la première puissance du monde administrait, mois après mois, la preuve que rien ne tient sans contrepoids — ni la loi, ni la presse, ni la probité ? Dix-huit mois de pouvoir disent moins sur un homme que sur une nation qui découvre, dans l'effacement de ses propres bornes, ce qu'elle valait vraiment.

Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de Varenne
Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de Varenne

On nous a longtemps présenté l'Amérique comme le pays de l'État de droit. C'était son orgueil, et son magistère : elle en faisait la leçon au monde, des chancelleries aux tribunaux. Dix-huit mois après le retour de M. Trump, la leçon se retourne. Ce n'est pas seulement une faute, ni un homme. C'est une démonstration — patiente, méthodique, presque pédagogique — de ce qu'un régime devient lorsqu'on retire un à un ses contrepoids.

Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de Varenne

Chaque matin, 7 articles du Courrier dans ma boîte mail, et en plus c'est gratuit... J'en profite dès maintenant

Deviens ton propre souverain

Email sent! Check your inbox to complete your signup.

No spam. Unsubscribe anytime.

Commençons par les juges, puisque c'est là que tout se joue. Au cœur de l'année 2025, le Washington Post établissait que l'administration n'obéissait pas — ou se voyait accusée de ne pas obéir — à près d'un tiers des décisions de justice rendues contre elle. Des avions d'expulsion qu'un juge ordonne de faire demi-tour, et qui poursuivent leur route. Un homme expulsé par erreur vers le Salvador, que la Cour suprême ordonne de ramener, et qu'on ne ramène pas. Le procédé a un nom dans la bouche des juristes : la désobéissance habillée de droit, qui invoque la procédure pour mieux la vider. Le président de la Cour suprême lui-même a dû rappeler qu'on ne destitue pas un juge parce qu'on conteste son jugement. Quand le gardien de la loi doit rappeler que la loi existe, c'est qu'elle vacille déjà.

Vint ensuite le pardon. Au premier jour du mandat, près de mille six cents condamnés du 6-Janvier graciés d'un trait de plume — y compris les chefs des Oath Keepers et des Proud Boys, ceux-là mêmes qui avaient porté la main sur des policiers. Un haut fonctionnaire de la Justice y a vu un feu vert donné à la violence politique. Puis l'on a démis, rétrogradé, inquiété les procureurs qui avaient instruit l'affaire ; et l'on a annoncé des enquêtes sur d'anciens directeurs du FBI et de la CIA, dont le président disait publiquement qu'ils devraient « payer le prix ». Gracier ses amis, poursuivre ses adversaires : c'est la définition la plus ancienne de l'arbitraire. Elle n'a pas pris une ride.

On a vu aussi le pouvoir s'en prendre, par décret, aux cabinets d'avocats qui l'avaient combattu — Paul Weiss, Jenner & Block, Covington —, leur retirant habilitations et marchés, jusqu'à ce que les tribunaux y voient une rétorsion contraire à la Constitution. On a vu Harvard sommée de céder son indépendance sous peine de perdre deux milliards de dollars de crédits, et un juge fédéral déclarer ce gel illégal, dicté par représailles contre une parole protégée. Quelques grandes maisons ont plié, négocié, donné des gages. L'histoire enseigne que ceux qui s'agenouillent les premiers ne s'en relèvent pas les mieux portants.

La presse, ensuite. Une chaîne poursuivie pour le montage d'un entretien, et sa maison-mère qui finit par verser seize millions de dollars pour solde de tout compte, à la veille d'une fusion qu'il fallait faire approuver. Une agence de presse chassée des lieux officiels pour un mot qu'elle refusait d'employer. Une autorité de régulation qui rouvre des enquêtes contre les chaînes mal-aimées. Rien de tout cela n'est, pris isolément, une censure d'État au sens où l'entendaient les régimes du siècle dernier. C'est plus subtil, et peut-être plus efficace : on ne fait pas taire, on fait payer ; on n'interdit pas, on intimide. Le résultat se mesure déjà à ceux qui se taisent d'eux-mêmes.

Euro numérique : ce que le plafond de 3.000€ dit du projet, par Vincent Clairmont
Le Conseil des gouverneurs de la BCE a fixé, le 24 mars 2026, à 3 000 euros par personne le plafond de détention d’euros numériques retenu pour la phase pilote, programmée au second semestre 2027 sur douze mois, en vue d’une émission effective en 2029. La Bundesbank plaide pour un
Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de VarenneLe Courrier des StratègesRédaction
Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de Varenne
La branche risquée de la Barbell Strategy : Bitcoin, options, capital-risque, par Vincent Clairmont
Vincent Clairmont poursuit aujourd’hui sa “consolidation” sur le portefeuille en Barbell Strategy. La branche risquée représente 20 % de l’allocation, soit 100 000 euros sur le cas type. Son rôle est l’inverse de la branche sûre : encaisser disproportionnellement les discontinuités, au prix d’une volatilité élevée et d’un risque de perte totale
Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de VarenneLe Courrier des StratègesRédaction
Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de Varenne
La branche Barbell sûre de votre patrimoine : or, T-bills, foncier, liquidités, par Vincent Clairmont
Vincent Clairmont continue aujourd’hui son passage en revue de votre stratégie Barbell antifragile en matière de patrimoine. La branche sûre représente 80 % de l’allocation, soit 400 000 euros sur le cas type. Son rôle n’est pas de rapporter : il est de ne pas perdre si le système se disloque. Quatre
Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de VarenneLe Courrier des StratègesRédaction
Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de Varenne
Réponse à une lectrice : Livret A, devises, Bitcoin, foncières — quatre précisions sur l’allocation Barbell, par Vincent Clairmont
Une lectrice m’écrit après la chronique de dimanche. Elle a mis en place une allocation Barbell pour son époux il y a un an, elle en est satisfaite, et elle pose quatre questions précises. Elles sont si justes — l’une d’elles relève d’ailleurs une incohérence réelle de ma part — que je
Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de VarenneLe Courrier des StratègesRédaction
Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de Varenne

Puis l'armée dans les villes. Des gardes nationaux fédéralisés contre l'avis de leurs gouverneurs, envoyés à Los Angeles, à Portland, à Chicago. Des juges, jusqu'à la cour d'appel, pour en dire l'illégalité ; un magistrat pour constater que la troupe avait procédé à des arrestations, réglé la circulation, dispersé des foules — ce que la loi lui défend depuis cent cinquante ans. À la fin de l'année, le retrait. Je veux croire que les institutions ont tenu. Mais on n'envoie pas l'armée contre son propre peuple par mégarde : on essaie, pour voir où sont les bornes. C'est l'essai qui inquiète, plus encore que son échec.

Il y a l'illibéralisme ; il y a aussi, jumelle, la vénalité. Car le même mouvement qui défait les contrepoids politiques défait les contrepoids moraux. Le 17 janvier 2025, trois jours avant de prêter serment, M. Trump lançait une monnaie à son nom — un memecoin — dont une société qu'il contrôle détenait l'essentiel, et dont la valeur de marché frôla cinq milliards de dollars en quelques heures. La plus haute fonction de l'État inaugurée par une opération de spéculation à son profit : il fallait l'oser. On l'a osé.

Le reste a suivi la pente. Une société familiale, World Liberty Financial, sa

  •  

Droguées par un prédateur, les victimes assignent le ministère de la Culture

Cinq femmes ont assigné jeudi l’État français devant le tribunal administratif, accusant le ministère de la Culture d’inaction face aux agissements de Christian Nègre, ancien DRH, mis en examen pour avoir drogué près de 250 femmes afin de les contraindre à uriner en sa présence. Leurs avocates réclament 90 000 à 180 000 euros d’indemnisation chacune. La rapporteure publique a recommandé une somme bien moindre autour de 10 000 euros par victime en qualifiant les faits de « faute personnelle » sans engager la responsabilité de l’administration. La décision sera rendue dans deux à trois semaines.

Droguées par un prédateur, les victimes assignent le ministère de la Culture
Droguées par un prédateur, les victimes assignent le ministère de la Culture

Un ex-haut fonctionnaire du ministère de la Culture est mis en examen pour avoir drogué près de 250 femmes sur huit ans afin de les contraindre à uriner en sa présence. Cinq d'entre elles demandent désormais à l'État de répondre de son inaction. Alors que les victimes dénoncent l’inaction du ministère de la Culture, la rapporteure estime qu’il s’agit d’une « faute personnelle ».

Un système qui aurait duré huit ans sur le temps de service

L’affaire remonte entre 2009 et 2018 alors que Christian Nègre occupait le poste de DRH du ministère de la Culture. Le haut fonctionnaire a été mis en examen pour soumission chimique au travail. Selon le dossier judiciaire, il est accusé d’avoir administré une substance diurétique à près de 250 femmes et ce, à leur insu, afin de les obliger à uriner devant lui. Les victimes étaient venues pour des entretiens d’embauche.

Affaire Christian Nègre — Wikipédia
Droguées par un prédateur, les victimes assignent le ministère de la CultureFondation Wikimedia, Inc.Contributeurs aux projets Wikimedia
Droguées par un prédateur, les victimes assignent le ministère de la Culture

"Il a été question d'administration de diurétique pour contraindre à uriner et à exhiber son sexe. Ce n'est pas juste une blague, c'est la violation de l'intimité de toutes ces femmes", a fustigé Me Lisanne Chamberland-Poulin, une des avocates des victimes. Les avocates évoquent une méthode de prédation répétée pendant près de huit ans, à raison d’une à trois victimes par semaine, souvent durant les heures de service et avec les moyens matériels de l’administration.

Aidez le Courrier des STRATÈGES À proposer une autre vision du monde

Vous aimez retrouver sur le Courrier une vision du monde introuvable ailleurs ? Vous pouvez nous aider sans vous abonner...

J'offre un cadeau de soutien au Courrier !

Après des années d’enquête, les avocates ont décroché une première victoire en janvier 2023. L’Etat était condamné à verser une indemnisation à 8 victimes. Le jeudi 4 juin dernier, un autre procès s’est tenu au tribunal administratif.  Les plaignantes, donc cinq autres femmes victimes de cette soumission chimique, ont demandé la condamnation de l’Etat. Elles ont également dénoncé l’inaction du ministère de la Culture. Les avocates des plaignantes ont réclamé entre 90 000 et 180 000 euros d'indemnisation.

L'État juge et partie

Durant le procès, la rapporteure a proposé environ 11 000 euros par victime, tout en qualifiant pudiquement les agissements de Nègre de « faute personnelle » d'un « homme avec ses faiblesses ». Elle a écarté la responsabilité du ministère, et a demandé l’ajout d’une somme supplémentaire de 1.000 euros pour la réparation des « difficultés persistantes de la vie quotidienne » comme le « manque de confiance ».

Ces personnalités qui volent au secours de Patrick Bruel : “Que le tribunal populaire se taise !”
Depuis la plainte de Flavie Flament pour viol, l’affaire Patrick Bruel enflamme les plateaux. Zemmour, Finkielkraut et d’autres personnalités se mobilisent pour rappeler la présomption d’innocence. Louable sur le principe mais la question de leurs motivations mérite d’être posée. Depuis que Flavie Flament a déposé plainte contre Patrick Bruel, l’accusant
Droguées par un prédateur, les victimes assignent le ministère de la CultureLe Courrier des StratègesLalaina Andriamparany
Droguées par un prédateur, les victimes assignent le ministère de la Culture

La rapporteure a également rejeté les autres préjudices comme « l’arrêt des activités sportives » ou « le préjudice sexuel » évoqué par l’une des plaignantes. Notons que Christian Nègre a été démis de ses fonctions en janvier 2019.

Caroline Darian, fille de Gisèle Pélicot et cofondatrice de M'endors pas, venue en soutien, parle de « dix ans d'errance ». Dix ans pendant lesquels une institution publique a préféré l'ignorance à l'audit embarrassant. La schéma est classique : tant que personne n'est formellement saisi, on ne sait rien ; et ne pas savoir protège du devoir d'agir.

L’humeur de Veerle Daens : 38.000€ pour un lynx alsacien et ses 8 avocats
Compagnons d’absurdistan, retenez bien la jurisprudence du 20 mai : à Strasbourg, une retraitée de soixante-deux ans qui a défendu sa poule contre un lynx a écopé de trois mois de prison avec sursis et de plus de 34 000 euros de dommages et intérêts. La poule n’avait que sa propriétaire.
Droguées par un prédateur, les victimes assignent le ministère de la CultureLe Courrier des StratègesCDS
Droguées par un prédateur, les victimes assignent le ministère de la Culture

La vraie question que la rapporteure s'est bien gardée de poser est celle-ci : dans une entreprise privée, un employeur laissant un manager prédateur opérer pendant huit ans dans ses locaux, avec ses ressources, serait poursuivi sans ménagement. Mais l'État, lui, se juge lui-même au tribunal administratif et préfère, sans surprise, les « faiblesses humaines » à la faute de service. Derrière le dossier Nègre, c’est finalement la capacité de l’État à contrôler ses propres structures qui se retrouve aujourd’hui sur le banc des accusés.

  •  

Pétrole: la Guyane sacrifiée sur l’autel de l’écologie

Le rejet en commission de la proposition de loi autorisant l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures en outre-mer provoque une rupture entre les députés guyanais Jean-Victor Castor et Davy Rimane et la gauche française. Les deux élus dénoncent une « bien-pensance » idéologique qui, selon eux, condamne la Guyane à la dépendance économique alors que ses voisins profitent pleinement du boom pétrolier régional.

Pétrole: la Guyane sacrifiée sur l’autel de l’écologie
Pétrole: la Guyane sacrifiée sur l’autel de l’écologie

Les deux députés guyanais Jean-Victor Castor et Davy Rimane (GDR) ont officialisé jeudi leur rupture avec la gauche française. Ils dénoncent une « bien-pensance » qui a conduit au rejet en commission d’une proposition de loi visant à autoriser l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures en outre-mer. Adopté en janvier au Sénat grâce au sénateur macroniste Georges Patient, le texte doit être examiné le 11 juin à l’Assemblée. Mercredi, la commission des affaires économiques l’a vidé de son contenu, sur amendements de LFI et des Écologistes (28 voix contre 18).

Pétrole: la Guyane sacrifiée sur l’autel de l’écologie

Chaque matin, 7 articles du Courrier dans ma boîte mail, et en plus c'est gratuit... J'en profite dès maintenant

Deviens ton propre souverain

Email sent! Check your inbox to complete your signup.

No spam. Unsubscribe anytime.

Un texte sabordé à 28 contre 18

La scène s'est jouée mercredi en commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale : la proposition de loi portée par le sénateur macroniste Georges Patient, visant à lever l'interdiction d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures dans les territoires ultramarins, a été vidée de sa substance.

Hydrocarbures en Guyane : Paris décide, Cayenne subit
Niche GDR du 11 juin : la PPL hydrocarbures de Castor rejetée en commission. La gauche hexagonale refuse aux Guyanais le droit de décider de leur développement.
Pétrole: la Guyane sacrifiée sur l’autel de l’écologiel'Avant-Garde.fr
Pétrole: la Guyane sacrifiée sur l’autel de l’écologie

Adoptée au Sénat en janvier, elle devait passer en séance le 11 juin. Les groupes LFI et Écologistes ont fait adopter les amendements de suppression de son article unique par 28 voix contre 18. Résultat : le texte n'existe plus.

Aidez le Courrier des STRATÈGES À proposer une autre vision du monde

Vous aimez retrouver sur le Courrier une vision du monde introuvable ailleurs ? Vous pouvez nous aider sans vous abonner...

J'offre un cadeau de soutien au Courrier !
L’UE confirme la catastrophe : la stagflation s’installe et va faire très mal, par Elise Rochefort
Le grand virage : Bruxelles vient de briser l’espoir d’une reprise sereine en 2026. Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission, confirme officiellement que l’Union européenne entre dans un “choc stagflationniste” majeur. 65% de risque de stagflation en France dans les 6 mois : comment s’y préparer? Par Vincent ClairmontL’économie française
Pétrole: la Guyane sacrifiée sur l’autel de l’écologieLe Courrier des StratègesRédaction
Pétrole: la Guyane sacrifiée sur l’autel de l’écologie

Les deux députés guyanais Jean-Victor Castor et Davy Rimane (Gauche Démocrate et Républicaine) ont immédiatement tiré les conclusions politiques de ce vote. Dans un communiqué sans ambages, ils ont acté leur « rupture avec la gauche française », dénonçant « une bien-pensance de gauche rejointe par les macronistes » , une coalition de circonstance parfaitement révélatrice des priorités réelles de chaque camp.

La Guyane face au paradoxe pétrolier

Les deux élus mettent en avant une Guyane confrontée à une forte précarité, à un chômage élevé et à une dépendance persistante aux transferts publics. Selon eux, refuser même la possibilité d’explorer les ressources énergétiques locales revient à priver le territoire d’un levier potentiel de développement.

Écologie : Macron invente la planification sans calendrier
Attendues depuis plusieurs mois, et plusieurs fois repoussées par le Président, notamment faute de souffle, les annonces officielles en matière
Pétrole: la Guyane sacrifiée sur l’autel de l’écologieLe Courrier des StratègesÉric Verhaeghe
Pétrole: la Guyane sacrifiée sur l’autel de l’écologie

Le contraste est d’autant plus frappant que le Guyana, le Suriname et, dans une moindre mesure, le Brésil connaissent depuis plusieurs années un véritable essor économique grâce à la découverte de gigantesques gisements offshore. Le Guyana est devenu l’un des pays à la croissance la plus rapide du monde grâce aux investissements pétroliers menés notamment par ExxonMobil.

Pétrole: la Guyane sacrifiée sur l’autel de l’écologie

Face à cet argument, les organisations écologistes rappellent que les précédentes campagnes d’exploration menées au large de la Guyane n’ont pas permis d’identifier de réserves commercialement exploitables. Le permis détenu par Total, devenu TotalEnergies en 2021, a expiré en juin 2019 sans découverte décisive. PDG, Patrick Pouyanné, avait déclaré : «Il n’y a pas d’hydrocarbures accessibles en Guyane”. Soit. Mais alors pourquoi le Suriname, frontalier, produit-il aujourd'hui à grande échelle ? La géologie ne s'arrête pas aux frontières administratives françaises.

L'argument écologiste mérite d'être soumis à son propre tribunal. La France a abandonné le nucléaire, une énergie pilotable et décarbonée, au profit d'éoliennes dont la filière industrielle est largement étrangère et dont la rentabilité réelle reste un sujet de débat sérieux. Elle subventionne du solaire produit à 80 % en Chine, dans des conditions sociales et environnementales que nul n'ose auditer. Et c'est au nom de cette cohérence-là qu'on refuse à la Guyane le droit d'exploiter ses propres ressources pour sortir de la dépendance aux transferts publics.

  •  

Détournement de fonds : un élu macroniste rattrapé par la justice

Condamné à deux ans de prison avec sursis, 75.000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, l’ancien député LREM Jean-Jacques Bridey rejoint la longue liste des élus sanctionnés pour détournement de fonds publics. Le motif : 230 000 euros de fonds publics détournés au fil de mandats cumulés. L’affaire illustre une nouvelle fois les dérives d’un système où le contrôle intervient souvent bien après les faits.

Détournement de fonds : un élu macroniste rattrapé par la justice
Détournement de fonds : un élu macroniste rattrapé par la justice

Jean-Jacques Bridey, ancien pilier LREM et premier soutien d’Emmanuel Macron en 2016, a été condamné jeudi 4 juin par le tribunal correctionnel de Paris à deux ans de prison avec sursis, 75 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité pour détournement de fonds publics et concussion. Le tribunal a ordonné l’exécution provisoire de l’inéligibilité : l’ex-député du Val-de-Marne a immédiatement démissionné de son mandat de conseiller municipal d’opposition à Fresnes. Au total, ce sont près de 230 000 euros de préjudice qui ont été relevés, soit l’équivalent de 3 200 euros par mois prélevés sur la collectivité.

Détournement de fonds : un élu macroniste rattrapé par la justice

Chaque matin, 7 articles du Courrier dans ma boîte mail, et en plus c'est gratuit... J'en profite dès maintenant

Deviens ton propre souverain

Email sent! Check your inbox to complete your signup.

No spam. Unsubscribe anytime.

Des spas, du vin et des vêtements aux frais du contribuable

Élu socialiste puis passé en 2017 dans le sillage macroniste, Jean-Jacques Bridey cumulait les mandats depuis plus de vingt ans. Le tribunal a estimé qu’il lui incombait de connaître les règles élémentaires de rémunération et de frais.

Spa, bouteilles… L’ex-député Bridey condamné pour avoir détourné ses frais de mandat
Jean-Jacques Bridey était notamment poursuivi pour avoir dépensé 145.000 euros supposément en frais de mandat de député pour des séances de spa, des amendes pour des contraventions routières, des bouteilles de vin…
Détournement de fonds : un élu macroniste rattrapé par la justice20 MinutesElise Martin
Détournement de fonds : un élu macroniste rattrapé par la justice

Or, sur les 145 000 euros déclarés en frais de mandat de député, une partie significative a servi à financer des séances de spa, des bouteilles de vin, des amendes routières et des vêtements féminins.

Menacée d’inéligibilité pour détournement de fonds publics, Marine Le Pen sauve Macron et Barnier…
Y a-t-il un gouvernement des juges en France ? Chacun en tirera les conséquences qu’il voudra, mais enfin, quelques coïncidences
Détournement de fonds : un élu macroniste rattrapé par la justiceLe Courrier des StratègesÉric Verhaeghe
Détournement de fonds : un élu macroniste rattrapé par la justice

Lors de l’audience du 3 avril, l’intéressé avait invoqué son besoin de « détente » dans les bains bouillonnants ou affirmé que les tenues étaient destinées à sa collaboratrice en représentation. Le tribunal a été clair : « Aucun lien avec l’exercice du mandat parlementaire. »

Aidez le Courrier des STRATÈGES À proposer une autre vision du monde

Vous aimez retrouver sur le Courrier une vision du monde introuvable ailleurs ? Vous pouvez nous aider sans vous abonner...

J'offre un cadeau de soutien au Courrier !

Parallèlement, la concussion porte sur le cumul illégal d’indemnités dépassant de plus de 84 000 euros le plafond légal. L’Assemblée nationale doit déjà récupérer les 145 000 euros ; une audience complémentaire le 20 janvier fixera les montants dus à la commune de Fresnes et aux autres parties civiles.

Une affaire de plus dans une série devenue banale

Ce jugement, aussi sévère soit-il sur le papier, intervient après des années de mandats cumulés et illustre une mécanique bien rodée : des élus qui considèrent les fonds publics comme une rente personnelle.

Assistants parlementaires : la justice referme le dossier Mélenchon
La justice française a clôturé, mardi 26 mai 2026, l’instruction ouverte depuis novembre 2018 contre Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise pour détournement présumé de fonds publics européens. Aucune mise en examen n’a été prononcée. Seuls deux anciens assistants restent en statut de témoin assisté. LFI célèbre une
Détournement de fonds : un élu macroniste rattrapé par la justiceLe Courrier des StratègesLalaina Andriamparany
Détournement de fonds : un élu macroniste rattrapé par la justice

L’ancien maire de Fresnes, reconverti en député LREM, incarne cette génération politique qui a prospéré sous les couleurs successives du socialisme puis du macronisme sans jamais vraiment changer de pratiques.

Socialiste hier, marcheur demain, il fut de ceux qui permirent à Emmanuel Macron de se draper dans une respectabilité de gauche au moment décisif de 2016. La récompense fut un mandat de député et manifestement, la conviction que l'argent public était un prolongement naturel du confort privé.

L’étrange procès de Marine Le Pen sera-t-il vraiment impartial ?
Donc on récapitule : Michel Barnier prononce une déclaration de politique générale aujourd’hui. Il a besoin du soutien du RN
Détournement de fonds : un élu macroniste rattrapé par la justiceLe Courrier des StratègesÉric Verhaeghe
Détournement de fonds : un élu macroniste rattrapé par la justice

Ce que cette affaire révèle, c'est la logique d'un système où les élites recyclées d'un bord à l'autre n'ont comme boussole que leurs propres intérêts. La justice a dit son mot. Elle s'est, pour une fois, montrée plus lucide que l'électeur.

Finalement, au vu du nombre d’affaires n’ayant qu’un seul objet le détournement de fonds , on ferait mieux de demander qui n’en a pas commis, ça irait plus vite.

  •  

L'humeur de Veerle Daens : 38.000€ pour un lynx alsacien et ses 8 avocats

Compagnons d'absurdistan, retenez bien la jurisprudence du 20 mai : à Strasbourg, une retraitée de soixante-deux ans qui a défendu sa poule contre un lynx a écopé de trois mois de prison avec sursis et de plus de 34 000 euros de dommages et intérêts. La poule n'avait que sa propriétaire. Le lynx avait huit avocats.

L'humeur de Veerle Daens : 38.000€ pour un lynx alsacien et ses 8 avocats
L'humeur de Veerle Daens : 38.000€ pour un lynx alsacien et ses 8 avocats

Reprenons la scène, car elle sort tout droit d'un tableau de chez nous — Brueghel aurait payé pour la peindre. Octobre 2024, Niederbronn-les-Bains, un enclos à poules dans le Bas-Rhin. Un jeune lynx entre, saisit une poule, la tient dans sa gueule. La fermière accourt, frappe, sauve ce qui peut l'être. Dix-huit mois plus tard, la République qualifie le geste : destruction illégale d'une espèce non domestique. La dame, elle, croyait avoir défendu son bien contre un prédateur. Elle apprend à l'audience qu'elle était le prédateur.

L'humeur de Veerle Daens : 38.000€ pour un lynx alsacien et ses 8 avocats

Chaque matin, 7 articles du Courrier dans ma boîte mail, et en plus c'est gratuit... J'en profite dès maintenant

Deviens ton propre souverain

Email sent! Check your inbox to complete your signup.

No spam. Unsubscribe anytime.

Mais le chef-d'œuvre n'est pas la peine. Le chef-d'œuvre, c'est la file des plaignants. Huit associations de protection de l'environnement se sont constituées parties civiles pour ce lynx — huit organisations qui ne l'avaient jamais rencontré, qui ne lui donnaient pas à manger, et qui ont chiffré devant le tribunal leur préjudice moral. J'ai interrogé le bureaucrate qui loge dans ma tête. Qui sont les victimes ? Les associations. Connaissaient-elles l'animal ? Elles représentent la nature. La nature a-t-elle signé un mandat ? La question n'est pas recevable. Trente-quatre mille euros, divisés par huit guichets : le deuil le mieux indemnisé du Grand Est.

Retournez maintenant le tableau, compagnons, c'est là que tout se voit. Si le lynx avait achevé son repas, qu'aurait touché la dame pour sa poule ? Le prix de la poule. Une dizaine d'euros, et encore, en prouvant la facture. Aucune association ne se serait constituée partie civile pour le poulailler ; aucun tribunal n'aurait évalué le préjudice moral de la basse-cour. La République tient un tarif des êtres, et il faut le lire en face : le lynx, 34 000 euros ; la poule, rien ; la femme qui se tient entre les deux, trois mois avec sursis.

Qu'on ne me fasse pas dire ce que je ne dis pas : le lynx des Vosges est rarissime — une dizaine d'individus — et personne, à Malines, ne plaide pour l'extermination des fauves. Mais la rareté de la bête n'explique pas la peine ; elle explique l'aubaine. Miljaardedju, plus une espèce est rare, plus son malheur rapporte — et huit comptoirs d'indignation ont encaissé ce que la solitude d'une fermière devant un fauve a produit de valeur juridique. La bête est morte, la dame est ruinée, les associations sont indemnisées. Dans toute l'affaire, une seule espèce prospère.

Euro numérique : ce que le plafond de 3.000€ dit du projet, par Vincent Clairmont
Le Conseil des gouverneurs de la BCE a fixé, le 24 mars 2026, à 3 000 euros par personne le plafond de détention d’euros numériques retenu pour la phase pilote, programmée au second semestre 2027 sur douze mois, en vue d’une émission effective en 2029. La Bundesbank plaide pour un
L'humeur de Veerle Daens : 38.000€ pour un lynx alsacien et ses 8 avocatsLe Courrier des StratègesRédaction
L'humeur de Veerle Daens : 38.000€ pour un lynx alsacien et ses 8 avocats

Une dernière question, compagnons d'Absurdistan, à méditer ce soir devant l'enclos. L'État a chiffré le lynx, négligé la poule, et condamné la main qui s'est interposée. Il ne reste qu'une inconnue dans le tarif des êtres : vous. À Malines, on a rentré les poules. Et on hésite encore à demander notre classement en espèce protégée — c'est, semble-t-il, le seul statut qui garantisse huit défenseurs.

  •  

Euro numérique : ce que le plafond de 3.000€ dit du projet, par Vincent Clairmont

Le Conseil des gouverneurs de la BCE a fixé, le 24 mars 2026, à 3 000 euros par personne le plafond de détention d'euros numériques retenu pour la phase pilote, programmée au second semestre 2027 sur douze mois, en vue d'une émission effective en 2029.

Euro numérique : ce que le plafond de 3.000€ dit du projet, par Vincent Clairmont
Euro numérique : ce que le plafond de 3.000€ dit du projet, par Vincent Clairmont

La Bundesbank plaide pour un plafond inférieur, entre 1 500 et 2 500 euros. Côté législatif, le Conseil de l'UE a arrêté sa position commune en décembre 2025 ; la commission ECON du Parlement européen, divisée, n'a pas dégagé de majorité, et les eurodéputés envisagent de voter directement un mandat en séance plénière d'ici l'été pour ouvrir le trilogue. Le calendrier tient donc, à une inconnue près : le niveau du plafond. C'est précisément cette inconnue qui mérite l'analyse, car le paramétrage d'un instrument monétaire renseigne plus sûrement sur sa fonction que les discours qui l'accompagnent.

Euro numérique : ce que le plafond de 3.000€ dit du projet, par Vincent Clairmont

Chaque matin, 7 articles du Courrier dans ma boîte mail, et en plus c'est gratuit... J'en profite dès maintenant

Deviens ton propre souverain

Email sent! Check your inbox to complete your signup.

No spam. Unsubscribe anytime.

Un préalable technique. Aucune autre forme de monnaie de banque centrale n'est plafonnée. Un résident de la zone euro peut détenir autant de billets qu'il le souhaite ; les banques commerciales détiennent des réserves à la BCE sans limite de montant. L'euro numérique serait la première monnaie de banque centrale assortie, dès sa conception, d'un plafond de détention individuel — complété par

Euro numérique : comment s’en protéger ? par Vincent Clairmont
Le Parlement européen doit se prononcer en mai 2026 sur le mandat de négociation du règlement relatif à l’euro numérique, soit deux ans et onze mois après le dépôt de la proposition de la Commission européenne en juin 2023. Le Conseil de l’Union européenne a adopté sa position commune en
Euro numérique : ce que le plafond de 3.000€ dit du projet, par Vincent ClairmontLe Courrier des StratègesRédaction
Euro numérique : ce que le plafond de 3.000€ dit du projet, par Vincent Clairmont
La branche Barbell sûre de votre patrimoine : or, T-bills, foncier, liquidités, par Vincent Clairmont
Vincent Clairmont continue aujourd’hui son passage en revue de votre stratégie Barbell antifragile en matière de patrimoine. La branche sûre représente 80 % de l’allocation, soit 400 000 euros sur le cas type. Son rôle n’est pas de rapporter : il est de ne pas perdre si le système se disloque. Quatre
Euro numérique : ce que le plafond de 3.000€ dit du projet, par Vincent ClairmontLe Courrier des StratègesRédaction
Euro numérique : ce que le plafond de 3.000€ dit du projet, par Vincent Clairmont
  •  

Les BRICS à l'âge de raison, par Thibault de Varenne

À New Delhi, à la mi-mai, en marge de la réunion des ministres des Affaires étrangères des BRICS, Sergueï Lavrov a prononcé une phrase que nos chancelleries n'ont guère relevée : « nous ne précipiterons pas l'élargissement des BRICS », car le groupement, ayant doublé de taille en deux ans, doit désormais « rationaliser son travail dans le format élargi ».

Les BRICS à l'âge de raison, par Thibault de Varenne
Les BRICS à l'âge de raison, par Thibault de Varenne

L'agence TASS l'avait déjà laissé entendre : toute expansion nouvelle est jugée inopportune à ce stade. Le club qui grossissait à chaque sommet annonce qu'il cesse de grossir. On pourrait n'y voir qu'une pause de procédure. Je crois qu'il faut y voir une mue.

Les BRICS à l'âge de raison, par Thibault de Varenne

Chaque matin, 7 articles du Courrier dans ma boîte mail, et en plus c'est gratuit... J'en profite dès maintenant

Deviens ton propre souverain

Email sent! Check your inbox to complete your signup.

No spam. Unsubscribe anytime.

Rappelons la cinétique, car elle fut rapide. Cinq membres pendant quinze ans ; puis l'Égypte, l'Éthiopie, l'Iran et les Émirats au 1er janvier 2024 ; l'Indonésie en janvier 2025 ; et autour du noyau, une dizaine de pays partenaires — du Kazakhstan au Nigeria, de la Malaisie à Cuba — selon la formule inventée au sommet de Kazan. L'ensemble pèse, selon les chiffres mêmes de M. Lavrov, 40 % du produit mondial en parité de pouvoir d'achat, et près de la moitié de l'humanité ; la banque centrale russe note que le G7 est passé derrière. On peut discuter ces agrégats, qui mélangent des économies fort dissemblables. On ne peut pas discuter la direction.

  •  

Le budget prévoyait + 38 milliards de dépenses, Lecornu passe au rationnement

Et si le gouvernement venait de réinventer, sans oser le mot, la carte de rationnement ? En demandant à ses ministres des « mesures supplémentaires de freinage de la dépense » pour absorber le coût de la guerre au Moyen-Orient, le gouvernement dit moins une politique d'économies qu'un aveu : la machine qu'on ne sait plus arrêter rationne désormais ses passagers.

Le budget prévoyait + 38 milliards de dépenses, Lecornu passe au rationnement
Le budget prévoyait + 38 milliards de dépenses, Lecornu passe au rationnement

Il existe, au fond des tiroirs de quelques familles françaises, des carnets de tickets jaunis que personne n'a jamais eu le cœur de jeter : pain, sucre, matières grasses. La France du rationnement les a conservés jusqu'en 1949 — quatre ans après la fin des combats, le temps que l'administration du manque veuille bien admettre que l'abondance était revenue. L'objet semblait mort, rangé entre la TSF et les actions russes. Il revient pourtant, dématérialisé, anobli, traduit en langue de Bercy. On ne dit plus ticket. On dit « freinage de la dépense ».

Le budget prévoyait + 38 milliards de dépenses, Lecornu passe au rationnement

Chaque matin, 7 articles du Courrier dans ma boîte mail, et en plus c'est gratuit... J'en profite dès maintenant

Deviens ton propre souverain

Email sent! Check your inbox to complete your signup.

No spam. Unsubscribe anytime.

Dans une lettre adressée à ses ministres, Sébastien Lecornu demande des « mesures supplémentaires de freinage de la dépense » pour absorber le coût de la guerre au Moyen-Orient — « au moins 6 milliards d'euros, à ce jour », selon ses propres termes : 4 milliards sur l'État, 2 milliards sur la sphère sociale. Et Bercy d'énoncer la règle du jeu : toute dépense nouvelle rendue nécessaire par la crise sera compensée « à l'euro près » par l'annulation d'une dépense prévue. La formule se veut martiale. Elle est surtout révélatrice.

Six milliards contre trente-huit

Prenons les deux récits en présence, car chacun mérite d'être entendu avant d'être renvoyé dos à dos. Côté gouvernement, on plaide le sérieux : une crise externe, un choc pétrolier, et un exécutif qui tient sa trajectoire en demandant l'effort à tous. Côté oppositions, on crie à l'austérité : l'hôpital, l'école, les collectivités paieraient la guerre des autres. Les deux camps jouent leur partition avec conviction, avec constance, avec un sens consommé du rôle.

Les deux oublient le même chiffre. Le budget 2026, promulgué le 19 février après trois recours au 49.3, prévoit 38 milliards d'euros de dépense publique supplémentaire, un déficit relevé en cours de route de 4,7 à 5 % du PIB, et une dette portée à 118,3 % du PIB en fin d'année. L'OFCE parle pudiquement d'un « déficit de compromis » ; l'iFRAP, plus crûment, d'un budget de renoncements. Six milliards de « freinage » contre trente-huit milliards d'accélération : le solde de l'année reste une augmentation massive, assumée, votée — ou plutôt non votée, puisque le 49.3 en a fait l'économie.

On ne freine pas un convoi qu'on vient soi-même de lancer à pleine vitesse. On en rationne les passagers.

Pourquoi la France, centre de votre patrimoine, est l’endroit le plus dangereux, par Vincent Clairmont
Le taux d’emprunt à dix ans de la France évolue autour de 3,9 %, avec un spread d’environ 75 points de base sur le Bund allemand — le double de l’écart de 2022. L’Agence France Trésor doit lever un montant record en 2026, supérieur au pic du Covid. La BCE devrait
Le budget prévoyait + 38 milliards de dépenses, Lecornu passe au rationnementLe Courrier des StratègesRédaction
Le budget prévoyait + 38 milliards de dépenses, Lecornu passe au rationnement
Réponse à une lectrice : Livret A, devises, Bitcoin, foncières — quatre précisions sur l’allocation Barbell, par Vincent Clairmont
Une lectrice m’écrit après la chronique de dimanche. Elle a mis en place une allocation Barbell pour son époux il y a un an, elle en est satisfaite, et elle pose quatre questions précises. Elles sont si justes — l’une d’elles relève d’ailleurs une incohérence réelle de ma part — que je
Le budget prévoyait + 38 milliards de dépenses, Lecornu passe au rationnementLe Courrier des StratègesRédaction
Le budget prévoyait + 38 milliards de dépenses, Lecornu passe au rationnement

La guerre, vieille complice

Bertrand de Jouvenel, écrivant Du Pouvoir dans l'immédiat après-guerre, avait décrit le mécanisme avec une précision d'horloger : chaque guerre hisse l'État sur un palier de prélèvement et de commandement dont il ne redescend jamais tout à fait. La crise passe, le palier reste. Je n'irai pas chercher de longues citations — l'idée se suffit : le Pouvoir ne rétrécit pas de lui-même, il profite de chaque urgence pour étendre ce qu'il tient, et quand l'urgence l'oblige à choisir, il ne choisit jamais contre lui-même. Il redistribue la contrainte vers le bas.

La lettre de Matignon en est l'illustration chimiquement pure. La guerre au Moyen-Orient coûte 6 milliards ? On ne suspend pas un programme d'agence, on ne ferme pas un guichet, on ne rend pas un périmètre à la société civile. On demande aux ministères de « freiner » — c'est-à-dire de faire payer la crise par les administrés, en bout de chaîne, sous forme de services réduits et de files allongées. Le palier, lui, est sanctuarisé.

Le frein est pour les autres.

Ce qu'on voit, ce qu'on ne voit pas

Appliquons au « freinage » la grille de Bastiat — ce qu'on voit, ce qu'on ne voit pas — qui n'a pas pris une ride.

Ce qu'on voit : un chiffre rond, une conférence de presse, un Premier ministre qui annonce des économies. Le mot « freinage » lui-même est une trouvaille : il suggère le geste du conducteur prudent, la maîtrise, le sang-froid dans la descente.

Bastiat, le libertarien du visible et de l’invisible !
Dans cette nouvelle livraison de la Liberty Academy, je passe en revue les éléments les plus importants de la philosophie du français Frédéric Bastiat. Essentiel pour comprendre la liberté.
Le budget prévoyait + 38 milliards de dépenses, Lecornu passe au rationnementVerhaeghe BriefingEric Verhaeghe
Le budget prévoyait + 38 milliards de dépenses, Lecornu passe au rationnement

Ce qu'on ne voit pas : que ces « économies » sont, pour l'essentiel, des moindres hausses. Contrepoints l'a relevé dès février : pendant que le gouvernement vantait sur X une « dépense publique en recul », les dépenses des administrations centrales passaient de 664 à 681 milliards d'euros. Le recul était un recul en proportion d'un PIB espéré, pas une soustraction. Et la Cour des comptes, dans sa note de février, a écrit l'autre moitié de la phrase : la modeste réduction du déficit 2025 — 161 milliards d'euros tout de même, 5,4 points de PIB — est « exclusivement » imputable à 23 milliards de hausses d'impôts. Exclusivement. Pas un euro de l'effort n'est venu de la dépense ; tout est venu du contribuable. Faut dire que c'est plus commode : le contribuable, lui, ne fait pas grève.

Je suppose qu'il se trouvera, dans les cabinets, des gens sincères pour défendre la règle de compensation « à l'euro près ». Mais cette règle ne s'applique qu'aux dépenses nouvelles — la base, les quelque 1 700 milliards de dépense publique annuelle, près de 57 % du PIB, reste hors du champ du frein. On rationne le supplément. Jamais le banquet.

Une tradition française

Ce n'est pas nouveau ; à le bien regarder, c'est très français. Le plan Barre de 1976 promettait la rigueur ; le tournant de 1983 la promettait encore ; le plan Juppé de 1995, la RGPP de 2007, les pactes et rabots des années 2010 l'ont promise tour à tour, sérieusement, solennellement, presque pieusement. Un demi-siècle de freinages successifs — et au terme de ce demi-siècle de freins, la dépense publique est passée d'environ 40 % du PIB au milieu des années 1970 à 57 % aujourd'hui. Aucun pays au monde n'a freiné si fort pour accélérer autant.

La constante de ces épisodes n'est pas l'échec comptable, qui se discuterait. C'est le vocabulaire. Jamais « réduction », qui obligerait à dire ce qu'on supprime. Jamais « retrait », qui obligerait à dire ce qu'on rend. Toujours des mots de mécanique douce — freinage, maîtrise, modération, rabot — qui décrivent une intention sans engager une politique, et qui permettent à chaque gouvernement de tenir le rôle du gestionnaire rigoureux pendant que la machine, sous lui, continue sa soûlographie budgétaire. Nous avons changé les mots à chaque décennie. Nous n'avons pas changé la pratique.

Pendant ce temps

Pendant que Paris débat de six milliards, les créanciers, eux, recomptent. L'Insee décrit un « nouveau choc pétrolier » et un net regain d'inflation ; la Banque de France abaissera mi-juin sa prévision de croissance ; la BCE, face à une inflation de zone euro remontée à 3,2 %, s'apprête à relever ses taux le 11 juin. Or la Cour des comptes le rappelle dans la même note de février : la France aborde cette séquence avec le déficit le plus élevé de la zone euro, le troisième stock de dette — 3 465 milliards d'euros fin 2025 — et un ratio qui monte quand celui de nos voisins descend. Chaque quart de point de taux supplémentaire se transformera, année après année, en milliards d'intérêts — des milliards qu'aucune lettre de Matignon ne pourra « freiner », parce qu'on ne négocie pas avec une courbe de taux.

Le vrai freinage ne viendra peut-être pas de Matignon. Il viendra du marché obligataire, qui ne publie pas de circulaires.

Comment sortir légalement son épargne de France ? par Vincent Clairmont
Face à l’arrivée de l’euro numérique et à l’effondrement de nos finances publiques, Vincent Clairmont explique comment, légalement, placer son épargne hors de la zone euro, c’est-à-dire COMMENT CHANGER LÉGALEMENT DE JURIDICTION. Le 17 octobre 2025, Standard & Poor’s a abaissé la note souveraine de la France de AA– à A+
Le budget prévoyait + 38 milliards de dépenses, Lecornu passe au rationnementLe Courrier des StratègesRédaction
Le budget prévoyait + 38 milliards de dépenses, Lecornu passe au rationnement

Dernier mot

Une société libre ferait l'inverse exact de ce qui s'annonce. Elle commencerait par nommer : non pas « freinage », mais choix — dire quelles missions l'État abandonne, quels organismes il ferme, quels périmètres il rend à la société. Elle distinguerait la soustraction réelle de l'addition ralentie, et publierait l'une et l'autre sans les confondre. Elle admettrait surtout qu'un pays qui consacre 57 % de sa richesse à la dépense publique n'a plus d'amortisseur quand le choc externe arrive — et que c'est cette absence d'amortisseur, non le pétrole, qui le rend fragile.

Rien de tout cela ne sera fait, je suppose, et les Français le sentent confusément — ils regardent monter la dette comme on regarde monter une crue, depuis le pas de la porte, en se demandant jusqu'où l'eau viendra cette fois. Mais le lecteur de ces colonnes n'est pas condamné au pas de la porte. Ce que l'État appelle freinage, chacun peut l'appeler par son nom — rationnement — et en tirer la conséquence pratique : ne pas attendre de la machine qu'elle se réforme, et construire, à son échelle, par son travail, par son épargne, par ses choix de vie, l'indépendance que la dépense publique promet et ne livre jamais. Les tickets de 1949 ont fini dans les tiroirs. Reste à savoir ce que nos petits-enfants y trouveront de nous.

  •  

L'humeur de Veerle Daens : le PSG, Karl Olive et l'émeute des autres

Mes chers libertariens de l'Absurdistan, votre presse a inventé cette semaine une distinction que la zoologie n'avait pas osée : le même geste, sur le même capot, la même nuit, peut être une émeute ou un esprit de fête. Tout dépend de qui porte la semelle.

L'humeur de Veerle Daens : le PSG, Karl Olive et l'émeute des autres
L'humeur de Veerle Daens : le PSG, Karl Olive et l'émeute des autres

Reprenons. Nuit du 30 au 31 mai, le PSG gagne sa finale. Au matin, les éditoriaux déplorent : les émeutiers, les casseurs, les scènes de chaos, les voitures piétinées par une jeunesse qui ne respecte rien. La France s'ensauvage, titre-t-on, gravement, entre deux pages de publicité pour des berlines. Puis une vidéo arrive de Poissy. Un député de la majorité, ami du Président, grimpe sur le capot d'une voiture et y danse, entouré d'une foule en liesse. J'ai regardé la vidéo trois fois devant mon café, sous le carillon de Saint-Rombaut. Amai. La quatrième fois, j'ai compris que personne ne l'appellerait une émeute.

L'humeur de Veerle Daens : le PSG, Karl Olive et l'émeute des autres

Chaque matin, 7 articles du Courrier dans ma boîte mail, et en plus c'est gratuit... J'en profite dès maintenant

Deviens ton propre souverain

Email sent! Check your inbox to complete your signup.

No spam. Unsubscribe anytime.

Dialoguons avec l'éditorialiste, puisqu'il est occupé. Le même capot ? Le même. La même nuit ? La même. La même semelle ? Ah non, madame : celle-ci dansait avec l'accord du propriétaire. Le propriétaire est un ami. Donc ce n'est plus une dégradation, c'est une communion festive. Le jeune homme de la cité d'à côté, lui, n'avait qu'à se faire présenter le propriétaire avant de monter. La garde à vue lui apprendra les usages.

Voyez la mécanique, compagnons d'absurdistan : on ne juge plus l'acte, on juge le carnet d'adresses. En bas du capot, le parquet ; en haut du capot, la passion a pris le pas sur la raison. En bas, la comparution immédiate ; en haut, le comportement — tenez-vous bien — puéril, mot choisi avec le soin d'un assureur, parce que la puérilité est une circonstance, pas un délit. La scène entière a quelque chose d'une kermesse d'Ensor : tout le monde porte un masque, et le seul visage nu est celui qui s'étonne.

Je ne défends pas les casseurs — ils piétinent des voitures qui ne leur appartiennent pas, et la propriété est précisément la chose que vos éditorialistes et moi sommes censés défendre ensemble, eux le lundi, moi tous les jours. Je fais observer autre chose : une presse qui réclame l'exemplarité à la jeunesse et trouve l'indulgence pour le législateur a renoncé à la seule règle qui protège tout le monde — la même loi pour la même semelle.

Chez nous, le KV Malines a gagné une coupe d'Europe en 1988. On a bu, on a chanté, on a sonné les cloches. Personne n'est monté sur la voiture du voisin. Faut dire qu'ici, le voisin, on le connaît sans avoir besoin d'être député.

Une dernière question, mes amis du Pays-des-Cartésiens, à méditer avant la prochaine finale : quand tout le monde aura compris que l'immunité ne s'obtient pas par l'innocence mais par l'amitié, combien de temps croyez-vous que vos enfants chercheront encore à respecter la loi plutôt qu'à connaître quelqu'un ?

À Malines, on ne monte pas sur les capots. On n'a pas les amis qu'il faut.

  •  
❌