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Après les élections, l'Arménie toujours entre Moscou et Bruxelles ?

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Arshile Gorky. — « Composition », entre 1936 et 1937.

Le résultat des élections législatives du 8 juin 2026 semble avoir conforté le tournant pro-occidental du premier ministre arménien Nikol Pachinian ainsi que sa politique en faveur de la paix avec l'Azerbaïdjan. Avec près de 50% des suffrages, son parti « Contrat civil » a nettement devancé ses deux principaux concurrents (Arménie forte et Alliance arménienne, respectivement 23 et 10 %). L'opposition critique la normalisation des relations avec l'Azerbaïdjan tout comme la décision du gouvernement de suspendre en 2024 sa participation à l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC). Cette alliance militaire régionale pilotée par la Russie n'a jamais eu le mandat, ni la volonté, d'empêcher la récupération de l'enclave arménienne du Haut-Karabakh par la force. L'opposition estime cependant que seul le maintien du lien sécuritaire avec Moscou permettra de tenir une position de fermeté vis-à-vis de Bakou alors que le pré-accord de paix signé sous l'égide des États-Unis en août 2025 attend toujours d'être mis en œuvre.

Centrée sur l'orientation géopolitique du pays, la campagne s'est déroulée sous le signe des ingérences croisées. Depuis que le camp pro-européen se trouve affaibli par la répression en Géorgie, l'Arménie fait désormais figure, pour les Occidentaux, de porte d'entrée dans le Caucase, zone d'influence russe. Un mois avant le scrutin, une quarantaine de chefs d'État et de gouvernements du Vieux Continent se réunissaient à Erevan pour le huitième sommet de la Communauté politique européenne (CPE) suivi du premier sommet Union européenne-Arménie. Des annonces en cascade d'investissements — 2,5 milliards d'euros d'ici 2027 — et d'aide économique ont marqué ces rencontres. De son côté, au prétexte de problèmes phytosanitaires, la Russie a entravé les importations arméniennes de fleurs, tomates, concombres et autres produits agricoles, dans le but probable de donner aux électeurs un avant-goût des conséquences économiques d'une prise de distance avec Moscou. Le 29 mai, les présidents biélorusse, kazakh, kirghize et russe ont adopté une déclaration commune au sujet « des risques substantiels pour la sécurité économique des États membres de l'Union économique eurasienne découlant de la préparation de la République d'Arménie à l'adhésion à l'Union européenne » ; ils appelaient Erevan à organiser « dans les plus brefs délais » un référendum à ce sujet.

Ces pressions obligent M. Pachinian à ménager la Russie, de loin son premier partenaire commercial (40% des échanges extérieurs). Le premier ministre arménien a déjà signalé son souhait de rendre visite au président russe dans la foulée du scrutin. Bien que l'Arménie héberge une base militaire russe et aide Moscou à contourner les sanctions occidentale — ses exportations vers la Russie ont presque quadruplé en raison du transit de produits occidentaux sur son territoire arménien — elle ne parvient pas à infléchir la position du Kremlin : il juge impossible la double appartenance d'un pays à la zone de libre-échange européenne et à celle de l'Union économique eurasiatique (UEE), en raison de l'incompatibilité des normes et des risques de concurrence déloyale.

Alors que la presse occidentale l'interprétait comme une menace éhontée, l'appel à l'organisation d'un référendum indique que Moscou souhaite prévenir un scénario à l'ukrainienne, quand, en réaction à l'annulation par le président Viktor Ianoukovitch de l'accord d'association avec l'Union européenne en décembre 2013, une partie du pays s'était soulevée.

Dans « Le Monde diplomatique »

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L'Ukraine, 28e État de l'Union européenne ?

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Alexandra Exter. — « Maquettes de Théâtre 5 », 1930.

Les négociations sur l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne devraient commencer le 15 juin prochain avec l'ouverture des premiers chapitres consacrés aux droits fondamentaux. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky assurait encore en janvier dernier que son pays serait techniquement prêt à ouvrir l'ensemble des chapitres de négociation dès 2026, avec l'objectif d'intégrer l'Union l'année suivante. Le lancement formel des négociations avait été rendue possible fin 2023 lorsque le premier ministre hongrois Viktor Orbán avait quitté la salle du Conseil européen afin de ne pas opposer son veto.

Mais jusqu'à sa défaite aux élections d'avril dernier, M. Orbán s'opposait à l'ouverture des discussions concrètes. Son successeur Péter Magyar y a consenti en échange de l'engagement de l'Ukraine à rétablir les droits linguistiques et culturels de la minorité hongroise, notamment dans les écoles. Les Hongrois de Transcarpatie sont implantés dans cette région depuis des siècles. Celle-ci a connu six souverainetés distinctes en quatre siècles. Depuis 2014, ils subissent la volonté du nouveau pouvoir à Kiev d'affirmer l'hégémonie de la langue ukrainienne. De nombreux Hongrois de Transcarpatie ont également choisi de fuir la guerre en s'installant en Hongrie.

Le nouveau premier ministre Magyar a toutefois laissé entendre que les négociations prendraient « dix à quinze ans » et qu'il consulterait son peuple par référendum. La Pologne aussi pourrait faire des difficultés. Longtemps favorable à cette candidature, Varsovie n'a guère apprécié la réhabilitation par M. Zelensky de figures nationalistes ayant collaboré avec l'Allemagne nazie ou responsables des massacres de Polonais durant la seconde guerre mondiale. En participant à la cérémonie de ré-inhumation d'Andri Melnyk, l'un des dirigeants de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), et en baptisant une unité militaire du nom de « héros de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne » (UPA), la branche militaire de la frange radicale de ce mouvement, le président ukrainien a ravivé les contentieux mémoriels entre les deux pays. Le président polonais Karol Nawrocki s'est déclaré « indigné » par ces actes symboliques et envisage de retirer à M. Zelensky l'ordre de l'Aigle blanc, la plus haute distinction polonaise.

Dans « Le Monde diplomatique »

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Surplus

Doublée d'un site, cette revue économique en allemand rassemble des contributions de l'économiste Isabella Weber sur le choc énergétique et de l'historien Adam Tooze sur la démocratie économique, une chronique de Thomas Piketty… (N° 8, avril, bimestriel, 9 euros. — Berlin, Allemagne.)

Voir en ligne : /revues/surplus
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