Après les élections, l'Arménie toujours entre Moscou et Bruxelles ?
Le résultat des élections législatives du 8 juin 2026 semble avoir conforté le tournant pro-occidental du premier ministre arménien Nikol Pachinian ainsi que sa politique en faveur de la paix avec l'Azerbaïdjan. Avec près de 50% des suffrages, son parti « Contrat civil » a nettement devancé ses deux principaux concurrents (Arménie forte et Alliance arménienne, respectivement 23 et 10 %). L'opposition critique la normalisation des relations avec l'Azerbaïdjan tout comme la décision du gouvernement de suspendre en 2024 sa participation à l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC). Cette alliance militaire régionale pilotée par la Russie n'a jamais eu le mandat, ni la volonté, d'empêcher la récupération de l'enclave arménienne du Haut-Karabakh par la force. L'opposition estime cependant que seul le maintien du lien sécuritaire avec Moscou permettra de tenir une position de fermeté vis-à-vis de Bakou alors que le pré-accord de paix signé sous l'égide des États-Unis en août 2025 attend toujours d'être mis en œuvre.
Centrée sur l'orientation géopolitique du pays, la campagne s'est déroulée sous le signe des ingérences croisées. Depuis que le camp pro-européen se trouve affaibli par la répression en Géorgie, l'Arménie fait désormais figure, pour les Occidentaux, de porte d'entrée dans le Caucase, zone d'influence russe. Un mois avant le scrutin, une quarantaine de chefs d'État et de gouvernements du Vieux Continent se réunissaient à Erevan pour le huitième sommet de la Communauté politique européenne (CPE) suivi du premier sommet Union européenne-Arménie. Des annonces en cascade d'investissements — 2,5 milliards d'euros d'ici 2027 — et d'aide économique ont marqué ces rencontres. De son côté, au prétexte de problèmes phytosanitaires, la Russie a entravé les importations arméniennes de fleurs, tomates, concombres et autres produits agricoles, dans le but probable de donner aux électeurs un avant-goût des conséquences économiques d'une prise de distance avec Moscou. Le 29 mai, les présidents biélorusse, kazakh, kirghize et russe ont adopté une déclaration commune au sujet « des risques substantiels pour la sécurité économique des États membres de l'Union économique eurasienne découlant de la préparation de la République d'Arménie à l'adhésion à l'Union européenne » ; ils appelaient Erevan à organiser « dans les plus brefs délais » un référendum à ce sujet.
Ces pressions obligent M. Pachinian à ménager la Russie, de loin son premier partenaire commercial (40% des échanges extérieurs). Le premier ministre arménien a déjà signalé son souhait de rendre visite au président russe dans la foulée du scrutin. Bien que l'Arménie héberge une base militaire russe et aide Moscou à contourner les sanctions occidentale — ses exportations vers la Russie ont presque quadruplé en raison du transit de produits occidentaux sur son territoire arménien — elle ne parvient pas à infléchir la position du Kremlin : il juge impossible la double appartenance d'un pays à la zone de libre-échange européenne et à celle de l'Union économique eurasiatique (UEE), en raison de l'incompatibilité des normes et des risques de concurrence déloyale.
Alors que la presse occidentale l'interprétait comme une menace éhontée, l'appel à l'organisation d'un référendum indique que Moscou souhaite prévenir un scénario à l'ukrainienne, quand, en réaction à l'annulation par le président Viktor Ianoukovitch de l'accord d'association avec l'Union européenne en décembre 2013, une partie du pays s'était soulevée.
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