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L'humeur de Veerle Daens : 38.000€ pour un lynx alsacien et ses 8 avocats

By: CDS
5 June 2026 at 09:53

Compagnons d'absurdistan, retenez bien la jurisprudence du 20 mai : à Strasbourg, une retraitée de soixante-deux ans qui a défendu sa poule contre un lynx a écopé de trois mois de prison avec sursis et de plus de 34 000 euros de dommages et intérêts. La poule n'avait que sa propriétaire. Le lynx avait huit avocats.

L'humeur de Veerle Daens : 38.000€ pour un lynx alsacien et ses 8 avocats
L'humeur de Veerle Daens : 38.000€ pour un lynx alsacien et ses 8 avocats

Reprenons la scène, car elle sort tout droit d'un tableau de chez nous — Brueghel aurait payé pour la peindre. Octobre 2024, Niederbronn-les-Bains, un enclos à poules dans le Bas-Rhin. Un jeune lynx entre, saisit une poule, la tient dans sa gueule. La fermière accourt, frappe, sauve ce qui peut l'être. Dix-huit mois plus tard, la République qualifie le geste : destruction illégale d'une espèce non domestique. La dame, elle, croyait avoir défendu son bien contre un prédateur. Elle apprend à l'audience qu'elle était le prédateur.

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Mais le chef-d'œuvre n'est pas la peine. Le chef-d'œuvre, c'est la file des plaignants. Huit associations de protection de l'environnement se sont constituées parties civiles pour ce lynx — huit organisations qui ne l'avaient jamais rencontré, qui ne lui donnaient pas à manger, et qui ont chiffré devant le tribunal leur préjudice moral. J'ai interrogé le bureaucrate qui loge dans ma tête. Qui sont les victimes ? Les associations. Connaissaient-elles l'animal ? Elles représentent la nature. La nature a-t-elle signé un mandat ? La question n'est pas recevable. Trente-quatre mille euros, divisés par huit guichets : le deuil le mieux indemnisé du Grand Est.

Retournez maintenant le tableau, compagnons, c'est là que tout se voit. Si le lynx avait achevé son repas, qu'aurait touché la dame pour sa poule ? Le prix de la poule. Une dizaine d'euros, et encore, en prouvant la facture. Aucune association ne se serait constituée partie civile pour le poulailler ; aucun tribunal n'aurait évalué le préjudice moral de la basse-cour. La République tient un tarif des êtres, et il faut le lire en face : le lynx, 34 000 euros ; la poule, rien ; la femme qui se tient entre les deux, trois mois avec sursis.

Qu'on ne me fasse pas dire ce que je ne dis pas : le lynx des Vosges est rarissime — une dizaine d'individus — et personne, à Malines, ne plaide pour l'extermination des fauves. Mais la rareté de la bête n'explique pas la peine ; elle explique l'aubaine. Miljaardedju, plus une espèce est rare, plus son malheur rapporte — et huit comptoirs d'indignation ont encaissé ce que la solitude d'une fermière devant un fauve a produit de valeur juridique. La bête est morte, la dame est ruinée, les associations sont indemnisées. Dans toute l'affaire, une seule espèce prospère.

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L'humeur de Veerle Daens : 38.000€ pour un lynx alsacien et ses 8 avocatsLe Courrier des StratègesRédaction
L'humeur de Veerle Daens : 38.000€ pour un lynx alsacien et ses 8 avocats

Une dernière question, compagnons d'Absurdistan, à méditer ce soir devant l'enclos. L'État a chiffré le lynx, négligé la poule, et condamné la main qui s'est interposée. Il ne reste qu'une inconnue dans le tarif des êtres : vous. À Malines, on a rentré les poules. Et on hésite encore à demander notre classement en espèce protégée — c'est, semble-t-il, le seul statut qui garantisse huit défenseurs.

L'humeur de Veerle Daens : le PSG, Karl Olive et l'émeute des autres

By: CDS
4 June 2026 at 22:30

Mes chers libertariens de l'Absurdistan, votre presse a inventé cette semaine une distinction que la zoologie n'avait pas osée : le même geste, sur le même capot, la même nuit, peut être une émeute ou un esprit de fête. Tout dépend de qui porte la semelle.

L'humeur de Veerle Daens : le PSG, Karl Olive et l'émeute des autres
L'humeur de Veerle Daens : le PSG, Karl Olive et l'émeute des autres

Reprenons. Nuit du 30 au 31 mai, le PSG gagne sa finale. Au matin, les éditoriaux déplorent : les émeutiers, les casseurs, les scènes de chaos, les voitures piétinées par une jeunesse qui ne respecte rien. La France s'ensauvage, titre-t-on, gravement, entre deux pages de publicité pour des berlines. Puis une vidéo arrive de Poissy. Un député de la majorité, ami du Président, grimpe sur le capot d'une voiture et y danse, entouré d'une foule en liesse. J'ai regardé la vidéo trois fois devant mon café, sous le carillon de Saint-Rombaut. Amai. La quatrième fois, j'ai compris que personne ne l'appellerait une émeute.

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Dialoguons avec l'éditorialiste, puisqu'il est occupé. Le même capot ? Le même. La même nuit ? La même. La même semelle ? Ah non, madame : celle-ci dansait avec l'accord du propriétaire. Le propriétaire est un ami. Donc ce n'est plus une dégradation, c'est une communion festive. Le jeune homme de la cité d'à côté, lui, n'avait qu'à se faire présenter le propriétaire avant de monter. La garde à vue lui apprendra les usages.

Voyez la mécanique, compagnons d'absurdistan : on ne juge plus l'acte, on juge le carnet d'adresses. En bas du capot, le parquet ; en haut du capot, la passion a pris le pas sur la raison. En bas, la comparution immédiate ; en haut, le comportement — tenez-vous bien — puéril, mot choisi avec le soin d'un assureur, parce que la puérilité est une circonstance, pas un délit. La scène entière a quelque chose d'une kermesse d'Ensor : tout le monde porte un masque, et le seul visage nu est celui qui s'étonne.

Je ne défends pas les casseurs — ils piétinent des voitures qui ne leur appartiennent pas, et la propriété est précisément la chose que vos éditorialistes et moi sommes censés défendre ensemble, eux le lundi, moi tous les jours. Je fais observer autre chose : une presse qui réclame l'exemplarité à la jeunesse et trouve l'indulgence pour le législateur a renoncé à la seule règle qui protège tout le monde — la même loi pour la même semelle.

Chez nous, le KV Malines a gagné une coupe d'Europe en 1988. On a bu, on a chanté, on a sonné les cloches. Personne n'est monté sur la voiture du voisin. Faut dire qu'ici, le voisin, on le connaît sans avoir besoin d'être député.

Une dernière question, mes amis du Pays-des-Cartésiens, à méditer avant la prochaine finale : quand tout le monde aura compris que l'immunité ne s'obtient pas par l'innocence mais par l'amitié, combien de temps croyez-vous que vos enfants chercheront encore à respecter la loi plutôt qu'à connaître quelqu'un ?

À Malines, on ne monte pas sur les capots. On n'a pas les amis qu'il faut.

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