Alors que les premiers résultats de Parcoursup tombaient le 2 juin, des lycéens aux dossiers impeccables découvraient des dizaines de refus. Nikita, 17 de moyenne générale au lycée André-Malraux de Biarritz, 28 vœux rejetés malgré maths-physique, quatre langues et une formation Python. À Toulon, Katya, 16 de moyenne en ST2S, préparée depuis des années pour devenir manipulatrice radio, se retrouve sur liste d’attente tandis que ses vœux infirmiers sont acceptés. Derrière ces cas, révélés par Le Parisien, se cache l’échec prévisible d’un système bureaucratique qui prétend « orienter » mieux que les individus et leurs familles.
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Avec 17 de moyenne générale, quatre langues maîtrisées et un solide parcours scientifique, Nikita, 17 ans, a pourtant essuyé 28 refus sur Parcoursup. Son cas est loin d’être isolé. Derrière les statistiques rassurantes du ministère, les premiers résultats de la plateforme révèlent une réalité plus dérangeante : celle d’élèves performants confrontés à une sélection opaque dont les critères demeurent souvent incompréhensibles.
La méritocratie scolaire en panne
Le 2 juin, date de publication des premières réponses Parcoursup, Nikita, élève du lycée André-Malraux à Biarritz, découvre que la quasi-totalité de ses candidatures a été rejetée.
Pourtant, son dossier semble exemplaire : 17 de moyenne générale, spécialités mathématiques et physique-chimie, maîtrise de plusieurs langues et compétences en programmation Python. Malgré une préparation minutieuse de ses candidatures et des démarches ciblées vers les classes préparatoires MPSI, les portes se ferment.
Même constat pour Katya, lycéenne de terminale ST2S à Toulon. Avec une moyenne de 16 et une année d’avance, elle visait une formation de manipulatrice radio. Malgré des stages professionnels, des rencontres avec des praticiens et un engagement démontré, elle se retrouve en liste d’attente dans les établissements qu’elle ciblait. Ironiquement, elle est admise dans de nombreuses formations infirmières qui ne correspondent pas à son projet principal.
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Un algorithme opaque au service d’une allocation administrée
Créé en 2018 pour remplacer APB et ses dysfonctionnements, Parcoursup devait fluidifier l’accès au supérieur. Parcoursup repose sur des algorithmes locaux, des classements propres à chaque établissement et des capacités d’accueil limitées, créant une concurrence intense entre candidats. Le problème n’est donc plus seulement celui de la réussite académique, mais celui des critères de sélection eux-mêmes.
L’État a progressivement transféré aux établissements la responsabilité du tri des dossiers tout en maintenant le discours d’une égalité des chances fondée sur le mérite. Grégoire Ensel, vice-président de la FCPE, résume le problème : ce sont des élèves qui ont « toujours répondu aux attentes du système » et qui se retrouvent néanmoins exclus.
Le mécanisme de sélection de Parcoursup repose sur des critères opaques, définis établissement par établissement, sans que les candidats ni même les familles, puissent en comprendre la hiérarchie réelle.
"Beaucoup de parents, notamment dans les classes moyennes et supérieures, ont intégré l'idée que si leur enfant faisait ce qu'on lui demandait à l'école, il serait récompensé", dénonce Grégoire Ensel.
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Les témoignages concordent : élèves travailleurs, respectueux des règles scolaires, impliqués dans des stages et des journées portes ouvertes, se heurtent à un mur. Grégoire Ensel, vice-président de la FCPE, le reconnaît : ces profils « répondent aux attentes du système » mais n’obtiennent pas les places espérées.
Derrière la rhétorique de la « méritocratie républicaine » se jouent des rapports de force. Les filières sélectives (classes prépa, IFSI, paramédical) appliquent des quotas implicites, des priorités géographiques ou sociales et une logique de remplissage statistique.
L’État, en monopole quasi-absolu sur la régulation des formations et des numerus clausus, décide de l’offre de places. Parcoursup illustre parfaitement les limites de la planification par l’État : il produit de la frustration, de l’arbitraire et un gâchis humain coûteux. Plutôt que de laisser les établissements sélectionner librement et les étudiants choisir sans intermédiaire bureaucratique, on maintient une illusion d’équité qui sert surtout à préserver les rentes institutionnelles et les équilibres corporatistes.
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La CNIL et son homologue allemande , BfDI, ont posé, le 13 mai, leurs conditions à la confidentialité de l'euro numérique. Le Comité européen de la protection des données exige que la BCE révise sa copie sur trois points critiques. Pendant ce temps, à Bruxelles, la BCE continue de promettre la « liberté de paiement » et le calendrier, lui, ne bouge pas : émission prévue pour 2029.
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Le 3 juin 2026, Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE, a réaffirmé devant le Parlement européen l’engagement de l’institution en faveur de la liberté de paiement et de la complémentarité entre espèces et euro numérique. Quelques semaines plus tôt, le 13 mai, la CNIL et son homologue allemande, la BfDI, publiaient une mise au point conjointe exigeant des garanties concrètes de confidentialité. Le Comité européen de la protection des données (CEPD) demande à la BCE de revoir sa copie sur trois points cruciaux : les paiements hors ligne sans connexion internet, les paiements de pair à pair, et un seuil de confidentialité pour éviter le traçage systématique des transactions.
Le 13 mai 2026, la CNIL et son homologue allemande, la BfDI, ont publié une mise au point conjointe inédite sur l'architecture du futur euro numérique. Le même jour, le Comité européen de la protection des données (CEPD) demandait officiellement à la BCE de revoir sa copie sur trois points précis : les paiements hors ligne sans connexion internet, les transactions de pair à pair, et surtout l'instauration d'un seuil de confidentialité en dessous duquel aucun traçage ne serait possible. L'objectif explicite : éviter « un traçage généralisé des transactions ».
Cette dernière formulation mérite qu'on s'y arrête. Elle ne vient pas d'un collectif de militants libertaires, ni d'un think-tank eurosceptique ; elle sort de la plume des régulateurs européens eux-mêmes, ceux-là mêmes qui sont censés valider l'architecture du système.
Un rapport d'experts du CEPD d'octobre 2025 avait déjà établi qu'un système à jetons pouvait garantir l'anonymat pour les paiements hors ligne mais cette option reste,à ce stade, non contraignante dans le texte législatif dont l'adoption n'est pas attendue avant 2027.
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Le 3 juin, devant la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE, a réaffirmé que l'euro numérique « préserverait la liberté de paiement des Européens ».
Discours bien rodé, chiffres en ordre de bataille : plus de 50 candidatures reçues pour le pilote, annonce des prestataires sélectionnés prévue en juillet, démarrage du pilote au second semestre 2027, émission à l'horizon 2029. La mécanique institutionnelle est en marche, et elle ne s'arrête pas pour attendre les objections des gardiens de la vie privée.
Sur le fond, la BCE met en avant deux arguments. Premier argument : l'euro numérique serait une monnaie non programmable contrairement au yuan numérique chinois, aucun tiers ne pourrait conditionner un paiement.
Deuxième argument : l'institution s'est engagée à respecter le RGPD dans son architecture, notamment les principes de minimisation des données et de limitation des finalités inscrits à l'article 5. Sauf que ces garanties ne sont, pour l'instant, que des engagements déclaratoires, le cadre législatif contraignant n'existe pas encore.
Le pilote prévu au second semestre 2027, après sélection des prestataires en juillet, permettra de tester cette infrastructure avant l’émission. Les citoyens, eux, n’ont pas vraiment leur mot à dire sur ce choix stratégique.
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Le véritable enjeu: qui contrôle l'infrastructure de demain?
Aujourd'hui, 61 % des paiements par carte dans la zone euro transitent par deux réseaux non européens , à savoir Visa et Mastercard. L'euro numérique se présente comme la réponse souverainiste à cette dépendance : une infrastructure publique, des normes ouvertes, un acteur européen au cœur du système.
Cependant, remplacer une dépendance privée américaine par une dépendance publique européenne n'est pas, par définition, un progrès pour la vie privée des citoyens. Une banque centrale qui sait, en temps réel, où, quand et combien chaque résident de la zone euro dépense dispose d'un instrument de surveillance financière sans précédent, quelles que soient ses bonnes intentions déclarées. Le fait que 81 % des adultes européens se disent inquiets de l'usage de leurs données de paiement n'a pas modifié d'un iota le calendrier de la BCE.
Pour les libertariens, une monnaie centrale numérique, même avec des garde-fous techniques, concentre entre les mains d’une bureaucratie un levier inédit de traçabilité des échanges privés. Dans un contexte où la France a perdu sa souveraineté monétaire au profit de Francfort et Bruxelles, cet euro numérique illustre parfaitement les dérives de l’UE. La vraie liberté de paiement passe par le maintien des espèces physiques et, à terme, par la reconquête nationale de notre politique monétaire.
Désormais, lorsque les gardiens de la vie privée tirent eux-mêmes la sonnette d’alarme, il serait imprudent de considérer le débat comme réglé.
Mes chers libertariens de l'Absurdistan, permettez à une Flamande qui prend son café devant le carillon de Saint-Rombaut de vous rapporter ce qui s'est dit dimanche place Victor-Hugo à Saint-Denis, entre une mairie insoumise et une basilique royale — car le décor, déjà, est un programme.
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Vingt-six mille personnes, paraît-il. Un homme monte, et annonce trois choses. La primaire est finie : entendez qu'il est, sans le moindre doute possible, la première force du changement, ce qui en bon français de meeting signifie que le Parti socialiste n'existe plus. L'union de la gauche commence donc par l'excommunication d'une partie de la gauche. C'est une méthode. À Malines, on appelle ça inviter tout le monde au mariage en barrant la moitié des noms sur le faire-part.
Puis vient le programme, et là, amai, le tableur se met à trembler. Le SMIC à mille sept cents euros — par la parole, comme on transforme l'eau en vin. La retraite à soixante ans, ou quarante annuités, au choix — comme si l'on choisissait la couleur d'une cuisine et non l'équilibre d'un régime que personne ne sait plus financer. On ne nous dit pas qui paie. On ne le dit jamais. C'est l'argument de vente du décret : le prix est toujours dans une autre pièce, celle où l'on ne fait pas entrer le public.
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Mais le plus beau, mes chers lecteurs sans tableur, c'est la première loi promise dès le début du mandat : démanteler les trusts médiatico-culturels. Méditez la chose. Un homme qui veut décider, par la force de l'État, quels journaux sont trop gros, quelles voix sont trop concentrées, quels propriétaires sont de trop. La concentration de la presse l'inquiète ; sa solution est de concentrer entre ses mains le pouvoir de la défaire. Il dénonce des trusts ; il propose le plus beau de tous : le monopole d'État sur la liste des monopoles tolérés. Ceci n'est pas une censure, dira le tableau. Au mur, l'horloge marquera l'heure exacte où la liberté de la presse a été sauvée en étant nationalisée.
Le reste suit la pente : planification écologique, inégalités, antiracisme, et le Rassemblement national rangé sous le mot suprémacisme, comme on jette un drap sur un meuble qu'on ne veut plus regarder. On ne discute pas un adversaire qu'on a fini de nommer. On le range.
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Voilà donc l'offre. Un État qui fixe les salaires, qui rouvre les retraites, qui choisit les journaux, qui désigne les méchants. On appelle cela, place Victor-Hugo, l'émancipation.
Une dernière question, mes amis du Pays-des-Cartésiens, à méditer devant votre café froid : quand l'État aura décidé quels médias sont trop puissants pour être libres, qui décidera que l'État est devenu trop puissant pour être contredit ?
Réfléchissez. À Malines, on a déjà rangé le faire-part.
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Et si la principale échéance de la prochaine présidentielle n'était pas une élection, mais une audience ? Le 7 juillet, à treize heures trente, une cour d'appel dira un mot qui pèsera plus lourd qu'un congrès. L'affaire en dit moins sur le Rassemblement national que sur un pays qui a pris l'habitude de trancher ses questions politiques ailleurs que dans l'isoloir.
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Il existe des dates qui ne paient pas de mine, qui se logent dans un agenda judiciaire entre deux renvois et trois remises, qui n'ont l'air de rien pour qui ne suit pas l'affaire, et le 7 juillet 2026, à treize heures trente, est de celles-là : la cour d'appel de Paris y rendra son délibéré sur l'inéligibilité de Marine Le Pen. Treize heures trente. L'heure creuse de la digestion, celle où les rédactions somnolent et où les Français retournent à leur travail. C'est à cette heure-là, j'imagine, qu'on aura choisi de dire si la principale opposante au pouvoir pourra, ou non, se présenter devant les électeurs en 2027.
Une heure. Une cour. Une candidature suspendue à un mot.
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Rappelons les faits, car ils sont précis et méritent de l'être. En première instance, le 31 mars 2025, Marine Le Pen avait été condamnée dans l'affaire des assistants parlementaires du Front national à quatre ans de prison dont deux fermes, cent mille euros d'amende, et cinq ans d'inéligibilité assortis de l'exécution provisoire — c'est-à-dire applicable immédiatement, sans attendre l'appel. Le procès en appel s'est tenu du 13 janvier au 12 février 2026. Le parquet général y a requis la confirmation des condamnations et de cinq ans d'inéligibilité, mais cette fois sans exécution provisoire. La nuance est technique ; ses effets sont vertigineux. Et le délibéré, donc, le 7 juillet.
Voilà le décor. Maintenant, regardons les deux camps, parce qu'il y a deux camps et qu'aucun n'a tout à fait tort.
D'un côté, ceux qui se réjouissent. Nul n'est au-dessus des lois, disent-ils, et le détournement de fonds publics européens, si détournement il y a, ne saurait être lavé par le suffrage. L'argument est sérieux. On ne le balaiera pas d'un revers de main libertarien : un État de droit qui exempterait ses puissants de la règle commune ne serait plus un État de droit. De l'autre côté, ceux qui crient au déni de démocratie : écarter par une décision de justice la candidate que les sondages placent en tête, n'est-ce pas, disent-ils, confier au juge le soin de faire ce que l'électeur s'apprêtait à défaire ?
Je ne trancherai pas entre ces deux cris. Ce qui me retient, c'est ce qu'ils ont en commun. Les deux camps, sans se l'avouer, sont d'accord sur un point : le véritable électeur, en 2027, siège peut-être en robe. L'un s'en félicite, l'autre s'en désole. Aucun ne conteste le fait. Et le fait, à le bien regarder, est l'événement.
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Il faut ici faire un détour, et le faire par l'Amérique, parce qu'un Français de 1835 y a vu ce que nous vivons en 2026. Tocqueville, parcourant la jeune République américaine, fut frappé par une singularité qu'il consigna dans De la démocratie en Amérique avec sa netteté coutumière : « Il n'est presque pas de question politique, aux États-Unis, qui ne se résolve tôt ou tard en question judiciaire. » Il observait une société où l'on portait devant les tribunaux ce que d'autres portaient sur les barricades. Il y voyait, faut-il le dire, un trait plutôt rassurant : le procès plutôt que l'émeute, l'avocat plutôt que le pavé.
Mais Tocqueville était trop fin pour ne pas apercevoir le revers. Quand tout devient justiciable, le juge cesse d'être l'arbitre des litiges pour devenir l'arbitre des destins. Il ne dit plus seulement le droit entre deux parties ; il dit le possible et l'impossible à un peuple entier. Et ce glissement, qui s'opère sans coup d'État, sans char dans la rue, sans rien de ce qui rend une tyrannie reconnaissable, est précisément le plus difficile à nommer. Il a la douceur des choses légales. C'est, transposé à notre objet, l'exacte définition du despotisme doux que le même Tocqueville décrivait au tome second : un pouvoir qui ne brise pas les volontés, qui les amollit, qui les plie, et qui finit par tenir chaque citoyen « comme des chiens battus qui demeurent peureux toute leur vie ». Nous n'en sommes pas là. Mais la pente, je suppose, est celle-là.
Le juge n'a rien usurpé. Il applique la loi qu'on lui a donnée. La question n'est pas sa probité ; elle est notre habitude. Nous avons pris l'habitude de demander au tribunal ce que nous ne savons plus régler par le vote.
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Bastiat nous a légué une discipline du regard : derrière l'effet visible, chercher les effets qu'on ne voit pas. Appliquons-la.
Ce qu'on voit, c'est une candidate empêchée, ou autorisée — selon ce que dira la cour. C'est un scrutin amputé d'un nom, ou maintenu avec lui. C'est un titre de presse, un soir de juillet, et l'agitation qui suivra.
Ce qu'on ne voit pas, c'est plus grave et plus lent. C'est un corps électoral qui apprend, élection après élection, à ne plus tenir son bulletin pour l'acte décisif. Qui prend le pli d'attendre, avant de voter, de savoir qui aura le droit de recevoir son vote. Qui intègre, sans même le formuler, que le premier tour se joue en amont, dans des prétoires, sur des questions de procédure dont il ne maîtrise ni le calendrier ni le vocabulaire. Ce citoyen-là ne se révolte pas. Il se retire. Il développe, à l'endroit de la chose publique, cette espèce d'ardeur de mouton qui suit le mouvement sans plus croire qu'il le commande. On ne mesure pas ce retrait dans les sondages d'intention de vote. On le mesurera, plus tard, dans les taux d'abstention, dans la défiance, dans le sentiment diffus que l'élection est une cérémonie dont l'issue se décide en coulisses. Ce qu'on ne voit pas, c'est le consentement qui s'effrite.
Et le consentement est tout. Une démocratie ne tient pas par ses procédures ; elle tient par la croyance partagée que ces procédures décident. Le jour où cette croyance s'use, les procédures restent, et la démocratie s'en va. Seuls demeurent les gestes.
Ce n'est pas nouveau, c'est très français
Qu'on ne s'y trompe pas : la tentation d'écarter l'adversaire plutôt que de le battre n'est pas une invention de notre temps. Elle est, à vrai dire, l'un des plus vieux réflexes de notre histoire politique. La Révolution, qui inventa tant de choses admirables, inventa aussi la proscription comme mode de gouvernement : on ne discutait pas le Girondin, on le décrétait hors-la-loi. La Restauration eut ses listes, l'épuration de 1944 les siennes, et chaque régime, en s'installant, dressa l'inventaire de ceux qu'il fallait rendre inéligibles, indignes, ou simplement absents. La France a toujours eu un faible pour la solution qui consiste à retirer un nom plutôt qu'à gagner un argument.
Je ne compare pas les peines. Une condamnation pour détournement de fonds n'est pas une proscription révolutionnaire, et il serait malhonnête de feindre de le croire. Je note seulement la permanence d'un tropisme : la préférence française pour l'exclusion sur la persuasion, pour le couperet sur le débat, pour la liste sur le vote. Les régimes changent, les motifs se raffinent, les procédures se civilisent. Le geste, lui, demeure étrangement stable.
Nous avons changé les formes. Nous n'avons pas changé le penchant.
Pendant ce temps
Et pendant que tout un pays guette une heure de délibéré et commente un sondage Odoxa — Bardella à 32 % au premier tour, vainqueur au second quel que soit l'adversaire ; Mélenchon et Philippe au coude-à-coude pour la deuxième place, à un point l'un de l'autre ; le candidat de la France insoumise lançant sa campagne devant 26 000 personnes à Saint-Denis en annonçant que « la primaire est finie » —, pendant ce temps, donc, un autre chiffre court sans faire de bruit. Ce n'est ni le 32 %, ni le 52-48. C'est la part, lentement croissante, de citoyens qui ne croient plus que leur voix tranche quoi que ce soit.
Ce chiffre-là, aucun institut ne le titre. Il n'a pas la beauté virale d'un duel de second tour. Mais c'est le seul qui dise vraiment l'état du régime. Une République se porte bien quand ses électeurs se disputent le résultat. Elle se porte mal quand ils se demandent si le résultat dépend encore d'eux. Nous en sommes, peut-être, à ce point de bascule où la question cesse d'être qui va gagner pour devenir qui aura le droit de concourir — et c'est une tout autre question, qui n'appelle plus le même genre de réponse.
Dernier mot
Que ferait une société libre, à notre place ? Elle ne mettrait pas son avenir en délibéré. Elle ne suspendrait pas le sort d'une nation à l'heure d'une audience, fût-elle parfaitement régulière. Non qu'elle méprise la justice — au contraire, elle la tiendrait pour trop précieuse pour la charger de ce qui n'est pas son office. Le rôle du juge est de dire le droit entre des parties, non de composer la liste des candidats qu'un peuple aura le droit de départager. Quand on lui confie cette seconde tâche, on l'abîme, et l'on s'abîme avec lui.
Une société libre, surtout, cesserait de croire que la souveraineté tient tout entière dans le rite quinquennal d'un bulletin déposé dans une urne, puis confisqué pour cinq ans. Elle chercherait à rapprocher la décision du citoyen, à la rendre continue plutôt que ponctuelle, vérifiable plutôt que déléguée, vivante plutôt que cérémonielle. Il existe des chemins pour cela, dont certains portent déjà des noms — démocratie directe, démocratie liquide, sécession des consciences qui décident d'abord d'être souveraines d'elles-mêmes avant de l'être d'un pays. Je ne prétends pas qu'ils soient mûrs. Je dis seulement qu'on les cherchera, tôt ou tard, le jour où l'on aura compris qu'un peuple qui attend de ses tribunaux qu'ils lui désignent ses candidats a déjà, sans s'en apercevoir, cessé de se gouverner.
Le 7 juillet, à treize heures trente, une cour dira son mot. Elle dira le droit, et elle le dira sans doute correctement. Ce n'est pas elle qu'il faut regarder. C'est nous, qui attendons d'elle, désormais, qu'elle nous dise ce que nous n'osons plus décider nous-mêmes.
Alors que l’été 2026 s’annonce caniculaire, les Français découvrent dans leurs avis d’imposition locale la note cachée des équipements aquatiques. Plus de 2 800 communes ont lancé des projets entre 2023 et 2025 pour un total de 4,2 milliards d’euros. À Toulouse, la contribution aux équipements aquatiques atteint désormais 85 euros par foyer et par an, une ligne budgétaire inexistante avant 2024. Personne n’a consulté le contribuable : les élus coupent le ruban, les ménages règlent l’addition.
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Entre 2023 et 2025, plus de 2 800 communes ont lancé des chantiers aquatiques pour 4,2 milliards d'euros au total. La note arrive cet été dans les avis de taxe foncière : jusqu'à 320 euros supplémentaires par foyer, une ligne budgétaire imposée sans référendum, sans consultation, et surtout sans alternative proposée au contribuable.
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La dérive des coûts, symptôme d'une gestion hors sol
Un complexe aquatique municipal coûtait 5,2 millions d'euros en 2020. Il en coûte aujourd'hui 8,5 millions en moyenne , soit une progression de 63 % en cinq ans, sans que les contribuables n'y aient jamais été explicitement associés. L'exemple rennais est à cet égard canonique : le centre aquatique intercommunal inauguré en mars 2026 a englouti 12,3 millions d'euros, soit 40 % de plus que les prévisions de 2022.
À Rennes Métropole, la taxe foncière a mécaniquement augmenté de 8,5 % pour absorber la dérive. Les systèmes de filtration écologique, rendus obligatoires par la réglementation de 2024, ajoutent à eux seuls 1,2 million d'euros au coût initial de chaque équipement. L'écologie réglementaire a bon dos : elle permet de justifier le surcoût tout en évitant soigneusement la question du pilotage budgétaire.
Selon les dernières données du ministère de l’Intérieur, les impôts locaux progressent en moyenne de 6,2 % en 2026. Pour de nombreux propriétaires, la hausse représente entre 180 et 320 euros supplémentaires par an.
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Dans les communes ayant investi dans des équipements aquatiques, la taxe foncière a augmenté de 7,8 % en moyenne, contre seulement 2,1 % dans les collectivités qui n’ont pas engagé ces projets. L’agglomération toulousaine illustre parfaitement cette tendance : une contribution spécifique aux équipements aquatiques atteint désormais 85 euros par foyer et par an, alors qu’elle n’existait pas avant 2024.
Le plus frappant reste sans doute le décalage entre les décisions et leur contrôle démocratique. Peu de contribuables ont réellement mesuré l’impact fiscal de ces investissements au moment de leur lancement. Les inaugurations offrent une visibilité politique immédiate aux élus ; le coût, lui, est dilué sur plusieurs années et réparti sur l’ensemble des ménages.
Cette affaire illustre parfaitement le mécanisme pervers du modèle français : des élus locaux dépensent l’argent d’autrui pour se valoriser, pendant que le contribuable, silencieux et désarmé, voit son pouvoir d’achat rogné sans avoir jamais été consulté.
La question de la pertinence économique de ces investissements reste entière : qui a évalué le rapport coût-bénéfice à l'échelle intercommunale ?La réponse est: personne. Ou du moins, aucun organe indépendant soumis à une véritable responsabilité devant les administrés. L'Association des maires de France valide, l'État subventionne partiellement, les entreprises de BTP remportent les marchés et enfin, le contribuable, lui, reçoit la facture.
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Et si le vrai danger n'était pas la malveillance, mais l'absence de zèle ? Un dossier qui met treize jours à franchir quatre-vingts kilomètres, des semaines à être ouvert, et jamais le temps d'une garde à vue. La mort de Lyhanna, onze ans, dit moins sur un homme que sur des administrations qui ne se sont, à aucun moment, senties obligées de bien faire leur travail.
Il existe des objets si ordinaires qu'on ne les regarde plus : une chemise cartonnée, un parapheur posé sur le coin d'un bureau, une enveloppe de papier kraft qui attend, dans le bac du courrier sortant, qu'une main veuille bien l'affranchir. Celui dont je veux parler ici — un dossier de plainte pour viol sur une enfant de dix ans, constitué le 22 août 2025 à la gendarmerie de Plaisance-du-Touch — a voyagé, paraît-il, par la poste. En format papier. Et il a mis treize jours pour aller du parquet de Toulouse à celui d'Auch. Pas un appel téléphonique, pas un courriel. Une enveloppe, et le temps qu'elle traverse la Gascogne.
Je commence par ce détail parce qu'il contient tout le reste. On voudrait croire qu'un drame de cette nature suppose une faute spectaculaire, un complot, une grande lâcheté. Il n'en est rien. À le bien regarder, il a suffi d'une suite de petites atonies, chacune excusable, aucune coupable à elle seule, pour qu'un homme déjà signalé demeure libre, et qu'une enfant meure.
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Ce que contenait l'enveloppe
Rappelons les faits, puisqu'ils sont établis et qu'ils se passent de commentaire. Lyhanna, onze ans, a disparu le 29 mai près de Fleurance, dans le Gers ; son corps a été retrouvé le 4 juin, l'autopsie ne permettant pas, à ce stade, d'établir les causes de la mort. Le principal suspect, un homme de quarante et un ans, a été interpellé dès le lendemain de la disparition et placé en garde à vue en quelques heures. Il est présumé innocent, et le restera tant qu'un tribunal n'aura pas dit le droit. Mais il était, depuis des années, visé par plusieurs procédures pour des faits de même nature.
La plainte d'août 2025 n'était pas un soupçon en l'air. Selon une source proche du dossier, elle comportait des auditions, une expertise psychologique, un certificat médical faisant état de lésions « jugées sans ambiguïté », et le suspect y était identifié. Tout y était, donc, pour agir vite. On n'a pas agi vite. Le dossier, arrivé à Auch, y serait resté plusieurs semaines sans traitement : près d'un mois pour être examiné, un mois et demi de plus pour qu'un service enquêteur soit désigné, lequel ne le fut, semble-t-il, qu'au début de l'année 2026. Et jamais, dans cet intervalle, le suspect ne fut placé en garde à vue. L'affaire, dit la même source, « aurait été traitée comme une procédure ordinaire, de vol, de braquage ou d'extorsion » — non comme ce qu'elle était.
Il faut être juste : l'institution elle-même a reconnu la défaillance. Le garde des Sceaux a présenté des excuses à la famille ; le ministère a ordonné des inspections, et n'écarte pas des sanctions devant le Conseil supérieur de la magistrature. Surtout, il a livré l'aveu qui éclaire tout le dossier : « aucune difficulté particulière de moyens » ne saurait expliquer ces délais. Le parquet d'Auch comptait quatre magistrats et ne croulait sous aucun stock. Voilà qui désarme par avance la consolation habituelle. Ce n'est pas l'histoire d'une administration débordée. C'est l'histoire d'une administration disponible qui n'a pas jugé que cela pressât.
Tocqueville l'avait vu venir
On cherche un coupable, et l'on ne trouve qu'un mécanisme. C'est précisément ce que Tocqueville redoutait lorsqu'il décrivait, au tome second de La Démocratie en Amérique, ce pouvoir administratif qui « ne tyrannise point » mais « gêne, comprime, énerve, éteint », et finit par réduire les hommes à n'être « qu'un troupeau d'animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger ». On retient d'ordinaire la formule pour dénoncer la surveillance et la contrainte. On oublie son revers, qui est ici le sujet : ce pouvoir tutélaire ne se contente pas d'étouffer l'initiative des gouvernés ; il dilue aussi, en lui-même, la responsabilité des gouvernants.
Car le propre d'une administration très centralisée, très procédurale, très hiérarchique, c'est que chacun y obéit et que personne n'y répond. Le gendarme a recueilli la plainte : il a fait son office. Le parquet de Toulouse l'a transmise : il a fait son office. Celui d'Auch l'a enregistrée, puis l'a mise dans la pile : il a fait, lui aussi, son office. Chaque maillon est en règle ; la chaîne, elle, ne mène nulle part. La faute, introuvable, s'est évaporée entre les bureaux. Et une administration où nul ne se sent personnellement comptable d'un dossier finit par ne se sentir obligée de rien.
Ce qu'on voit, ce qu'on ne voit pas
Bastiat nous a appris à distinguer, en toute chose publique, ce qu'on voit de ce qu'on ne voit pas. Appliquons la leçon. Ce qu'on voit, c'est l'État qui s'affiche : les circulaires de politique pénale faisant des violences sexuelles sur mineurs une « priorité absolue », les plans, les annonces, les ministres réunis en urgence à Matignon. Ce qu'on ne voit pas, c'est le seul endroit où tout cela aurait dû devenir un acte : un magistrat décrochant son téléphone, un enquêteur saisi dans la semaine, une garde à vue ordonnée tant que l'homme était encore à portée. La priorité existait sur le papier. Elle n'a, nulle part, rencontré une volonté.
Et voici le paradoxe que je suppose au cœur de l'affaire. L'État qui n'a pas trouvé, en neuf mois, le temps d'entendre un suspect identifié est le même qui sait verbaliser un excès de vitesse en quelques secondes, prélever un impôt à la source en temps réel, dématérialiser, tracer, contrôler. Les moyens existent ; c'est le zèle qui se distribue mal. On en met beaucoup là où l'administration se sert elle-même, et fort peu là où elle devrait servir. La machine est rapide pour ce qui la nourrit, lente pour ce qui l'oblige.
Ce n'est pas nouveau, c'est très français
Il serait malhonnête de présenter cela comme un accident isolé. Avant Lyhanna, il y eut d'autres prénoms, d'autres dossiers, d'autres signaux laissés sans suite, que la mémoire publique a rangés côte à côte sans jamais en tirer la leçon. C'est qu'il s'agit, à le bien regarder, d'un trait ancien de notre administration : la préférence du formalisme sur le résultat, de la procédure régulière sur la mission accomplie, du j'ai transmis sur le j'ai agi. On y respecte la forme comme on respecte un rite, avec le sentiment du devoir rempli au moment précis où le devoir est trahi.
Le plus révélateur, ce sont les remèdes qu'on annonce. Le ministre s'interroge — et il a raison — sur le point de savoir si ses propres circulaires ont été appliquées. Mais que dit cet aveu, sinon que l'État ne sait plus se faire obéir de lui-même ? Il légifère contre sa propre inertie et la retrouve intacte au bas de l'échelle. On répondra par une nouvelle circulaire à l'échec de la précédente. Le papier, encore, pour soigner ce que le papier a déjà manqué.
Pendant ce temps
Pendant qu'on débat de l'émotion, qu'on convoque, qu'on inspecte, une question demeure que personne ne pose vraiment. Le problème n'est pas qu'il manque des règles ; il en pleut. Il n'est pas non plus, on nous l'a dit, qu'il manque des moyens. Le problème est qu'aucune règle et aucun moyen ne remplacent jamais cette chose modeste et introuvable : un fonctionnaire qui considère qu'un dossier posé sur son bureau est son affaire à lui, et qu'il ne dormira pas tranquille tant qu'il l'aura laissé dormir. On peut tout réformer, sauf cela. La conscience professionnelle ne se décrète pas ; elle se cultive, ou elle se perd. Depuis quelques décennies, je crois, nous la perdons — non par méchanceté, mais par cette tiédeur d'âme qui s'installe partout où l'on n'a de comptes à rendre à personne.
Dernier mot
Une société libre ne demanderait pas d'abord une loi de plus. Elle demanderait des noms et des responsabilités. Non pour livrer quelques agents à la vindicte — la curée ne répare rien et nous avilit —, mais parce qu'une mission sans responsable est une mission sans titulaire, et qu'un service public où l'erreur ne coûte jamais rien à personne finit par ne plus rendre aucun service. La vraie réforme, ici, n'est ni budgétaire ni numérique. Elle est morale. Elle tient en une phrase qu'aucune circulaire ne saura jamais imposer : que quelqu'un, quelque part, se sente comptable d'un enfant.
Lyhanna n'a pas été tuée par une fatalité, ni par la pénurie, ni par un excès de droits accordés aux suspects. Elle a été perdue dans l'intervalle qui sépare un bureau d'un autre, dans ces treize jours d'une enveloppe et ces semaines d'une pile, par des gens qui faisaient, chacun, à peu près leur travail. C'est cela qui devrait nous tenir éveillés. Le mal, ici, n'a pas de visage. Il a la couleur d'un dossier qu'on n'a pas ouvert.
Cinq femmes ont assigné jeudi l’État français devant le tribunal administratif, accusant le ministère de la Culture d’inaction face aux agissements de Christian Nègre, ancien DRH, mis en examen pour avoir drogué près de 250 femmes afin de les contraindre à uriner en sa présence. Leurs avocates réclament 90 000 à 180 000 euros d’indemnisation chacune. La rapporteure publique a recommandé une somme bien moindre autour de 10 000 euros par victime en qualifiant les faits de « faute personnelle » sans engager la responsabilité de l’administration. La décision sera rendue dans deux à trois semaines.
Un ex-haut fonctionnaire du ministère de la Culture est mis en examen pour avoir drogué près de 250 femmes sur huit ans afin de les contraindre à uriner en sa présence. Cinq d'entre elles demandent désormais à l'État de répondre de son inaction. Alors que les victimes dénoncent l’inaction du ministère de la Culture, la rapporteure estime qu’il s’agit d’une « faute personnelle ».
Un système qui aurait duré huit ans sur le temps de service
L’affaire remonte entre 2009 et 2018 alors que Christian Nègre occupait le poste de DRH du ministère de la Culture. Le haut fonctionnaire a été mis en examen pour soumission chimique au travail. Selon le dossier judiciaire, il est accusé d’avoir administré une substance diurétique à près de 250 femmes et ce, à leur insu, afin de les obliger à uriner devant lui. Les victimes étaient venues pour des entretiens d’embauche.
"Il a été question d'administration de diurétique pour contraindre à uriner et à exhiber son sexe. Ce n'est pas juste une blague, c'est la violation de l'intimité de toutes ces femmes", a fustigé Me Lisanne Chamberland-Poulin, une des avocates des victimes. Les avocates évoquent une méthode de prédation répétée pendant près de huit ans, à raison d’une à trois victimes par semaine, souvent durant les heures de service et avec les moyens matériels de l’administration.
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Après des années d’enquête, les avocates ont décroché une première victoire en janvier 2023. L’Etat était condamné à verser une indemnisation à 8 victimes. Le jeudi 4 juin dernier, un autre procès s’est tenu au tribunal administratif. Les plaignantes, donc cinq autres femmes victimes de cette soumission chimique, ont demandé la condamnation de l’Etat. Elles ont également dénoncé l’inaction du ministère de la Culture. Les avocates des plaignantes ont réclamé entre 90 000 et 180 000 euros d'indemnisation.
L'État juge et partie
Durant le procès, la rapporteure a proposé environ 11 000 euros par victime, tout en qualifiant pudiquement les agissements de Nègre de « faute personnelle » d'un « homme avec ses faiblesses ». Elle a écarté la responsabilité du ministère, et a demandé l’ajout d’une somme supplémentaire de 1.000 euros pour la réparation des « difficultés persistantes de la vie quotidienne » comme le « manque de confiance ».
La rapporteure a également rejeté les autres préjudices comme « l’arrêt des activités sportives » ou « le préjudice sexuel » évoqué par l’une des plaignantes. Notons que Christian Nègre a été démis de ses fonctions en janvier 2019.
Caroline Darian, fille de Gisèle Pélicot et cofondatrice de M'endors pas, venue en soutien, parle de « dix ans d'errance ». Dix ans pendant lesquels une institution publique a préféré l'ignorance à l'audit embarrassant. La schéma est classique : tant que personne n'est formellement saisi, on ne sait rien ; et ne pas savoir protège du devoir d'agir.
La vraie question que la rapporteure s'est bien gardée de poser est celle-ci : dans une entreprise privée, un employeur laissant un manager prédateur opérer pendant huit ans dans ses locaux, avec ses ressources, serait poursuivi sans ménagement. Mais l'État, lui, se juge lui-même au tribunal administratif et préfère, sans surprise, les « faiblesses humaines » à la faute de service. Derrière le dossier Nègre, c’est finalement la capacité de l’État à contrôler ses propres structures qui se retrouve aujourd’hui sur le banc des accusés.
Le rejet en commission de la proposition de loi autorisant l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures en outre-mer provoque une rupture entre les députés guyanais Jean-Victor Castor et Davy Rimane et la gauche française. Les deux élus dénoncent une « bien-pensance » idéologique qui, selon eux, condamne la Guyane à la dépendance économique alors que ses voisins profitent pleinement du boom pétrolier régional.
Les deux députés guyanais Jean-Victor Castor et Davy Rimane (GDR) ont officialisé jeudi leur rupture avec la gauche française. Ils dénoncent une « bien-pensance » qui a conduit au rejet en commission d’une proposition de loi visant à autoriser l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures en outre-mer. Adopté en janvier au Sénat grâce au sénateur macroniste Georges Patient, le texte doit être examiné le 11 juin à l’Assemblée. Mercredi, la commission des affaires économiques l’a vidé de son contenu, sur amendements de LFI et des Écologistes (28 voix contre 18).
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Un texte sabordé à 28 contre 18
La scène s'est jouée mercredi en commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale : la proposition de loi portée par le sénateur macroniste Georges Patient, visant à lever l'interdiction d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures dans les territoires ultramarins, a été vidée de sa substance.
Adoptée au Sénat en janvier, elle devait passer en séance le 11 juin. Les groupes LFI et Écologistes ont fait adopter les amendements de suppression de son article unique par 28 voix contre 18. Résultat : le texte n'existe plus.
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Les deux députés guyanais Jean-Victor Castor et Davy Rimane (Gauche Démocrate et Républicaine) ont immédiatement tiré les conclusions politiques de ce vote. Dans un communiqué sans ambages, ils ont acté leur « rupture avec la gauche française », dénonçant « une bien-pensance de gauche rejointe par les macronistes » , une coalition de circonstance parfaitement révélatrice des priorités réelles de chaque camp.
La Guyane face au paradoxe pétrolier
Les deux élus mettent en avant une Guyane confrontée à une forte précarité, à un chômage élevé et à une dépendance persistante aux transferts publics. Selon eux, refuser même la possibilité d’explorer les ressources énergétiques locales revient à priver le territoire d’un levier potentiel de développement.
Le contraste est d’autant plus frappant que le Guyana, le Suriname et, dans une moindre mesure, le Brésil connaissent depuis plusieurs années un véritable essor économique grâce à la découverte de gigantesques gisements offshore. Le Guyana est devenu l’un des pays à la croissance la plus rapide du monde grâce aux investissements pétroliers menés notamment par ExxonMobil.
Face à cet argument, les organisations écologistes rappellent que les précédentes campagnes d’exploration menées au large de la Guyane n’ont pas permis d’identifier de réserves commercialement exploitables. Le permis détenu par Total, devenu TotalEnergies en 2021, a expiré en juin 2019 sans découverte décisive. PDG, Patrick Pouyanné, avait déclaré : «Il n’y a pas d’hydrocarbures accessibles en Guyane”. Soit. Mais alors pourquoi le Suriname, frontalier, produit-il aujourd'hui à grande échelle ? La géologie ne s'arrête pas aux frontières administratives françaises.
L'argument écologiste mérite d'être soumis à son propre tribunal. La France a abandonné le nucléaire, une énergie pilotable et décarbonée, au profit d'éoliennes dont la filière industrielle est largement étrangère et dont la rentabilité réelle reste un sujet de débat sérieux. Elle subventionne du solaire produit à 80 % en Chine, dans des conditions sociales et environnementales que nul n'ose auditer. Et c'est au nom de cette cohérence-là qu'on refuse à la Guyane le droit d'exploiter ses propres ressources pour sortir de la dépendance aux transferts publics.
Condamné à deux ans de prison avec sursis, 75.000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, l’ancien député LREM Jean-Jacques Bridey rejoint la longue liste des élus sanctionnés pour détournement de fonds publics. Le motif : 230 000 euros de fonds publics détournés au fil de mandats cumulés. L’affaire illustre une nouvelle fois les dérives d’un système où le contrôle intervient souvent bien après les faits.
Jean-Jacques Bridey, ancien pilier LREM et premier soutien d’Emmanuel Macron en 2016, a été condamné jeudi 4 juin par le tribunal correctionnel de Paris à deux ans de prison avec sursis, 75 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité pour détournement de fonds publics et concussion. Le tribunal a ordonné l’exécution provisoire de l’inéligibilité : l’ex-député du Val-de-Marne a immédiatement démissionné de son mandat de conseiller municipal d’opposition à Fresnes. Au total, ce sont près de 230 000 euros de préjudice qui ont été relevés, soit l’équivalent de 3 200 euros par mois prélevés sur la collectivité.
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Des spas, du vin et des vêtements aux frais du contribuable
Élu socialiste puis passé en 2017 dans le sillage macroniste, Jean-Jacques Bridey cumulait les mandats depuis plus de vingt ans. Le tribunal a estimé qu’il lui incombait de connaître les règles élémentaires de rémunération et de frais.
Or, sur les 145 000 euros déclarés en frais de mandat de député, une partie significative a servi à financer des séances de spa, des bouteilles de vin, des amendes routières et des vêtements féminins.
Lors de l’audience du 3 avril, l’intéressé avait invoqué son besoin de « détente » dans les bains bouillonnants ou affirmé que les tenues étaient destinées à sa collaboratrice en représentation. Le tribunal a été clair : « Aucun lien avec l’exercice du mandat parlementaire. »
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Parallèlement, la concussion porte sur le cumul illégal d’indemnités dépassant de plus de 84 000 euros le plafond légal. L’Assemblée nationale doit déjà récupérer les 145 000 euros ; une audience complémentaire le 20 janvier fixera les montants dus à la commune de Fresnes et aux autres parties civiles.
Une affaire de plus dans une série devenue banale
Ce jugement, aussi sévère soit-il sur le papier, intervient après des années de mandats cumulés et illustre une mécanique bien rodée : des élus qui considèrent les fonds publics comme une rente personnelle.
L’ancien maire de Fresnes, reconverti en député LREM, incarne cette génération politique qui a prospéré sous les couleurs successives du socialisme puis du macronisme sans jamais vraiment changer de pratiques.
Socialiste hier, marcheur demain, il fut de ceux qui permirent à Emmanuel Macron de se draper dans une respectabilité de gauche au moment décisif de 2016. La récompense fut un mandat de député et manifestement, la conviction que l'argent public était un prolongement naturel du confort privé.
Ce que cette affaire révèle, c'est la logique d'un système où les élites recyclées d'un bord à l'autre n'ont comme boussole que leurs propres intérêts. La justice a dit son mot. Elle s'est, pour une fois, montrée plus lucide que l'électeur.
Finalement, au vu du nombre d’affaires n’ayant qu’un seul objet le détournement de fonds , on ferait mieux de demander qui n’en a pas commis, ça irait plus vite.
Reprenons la scène, car elle sort tout droit d'un tableau de chez nous — Brueghel aurait payé pour la peindre. Octobre 2024, Niederbronn-les-Bains, un enclos à poules dans le Bas-Rhin. Un jeune lynx entre, saisit une poule, la tient dans sa gueule. La fermière accourt, frappe, sauve ce qui peut l'être. Dix-huit mois plus tard, la République qualifie le geste : destruction illégale d'une espèce non domestique. La dame, elle, croyait avoir défendu son bien contre un prédateur. Elle apprend à l'audience qu'elle était le prédateur.
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Mais le chef-d'œuvre n'est pas la peine. Le chef-d'œuvre, c'est la file des plaignants. Huit associations de protection de l'environnement se sont constituées parties civiles pour ce lynx — huit organisations qui ne l'avaient jamais rencontré, qui ne lui donnaient pas à manger, et qui ont chiffré devant le tribunal leur préjudice moral. J'ai interrogé le bureaucrate qui loge dans ma tête. Qui sont les victimes ? Les associations. Connaissaient-elles l'animal ? Elles représentent la nature. La nature a-t-elle signé un mandat ? La question n'est pas recevable. Trente-quatre mille euros, divisés par huit guichets : le deuil le mieux indemnisé du Grand Est.
Retournez maintenant le tableau, compagnons, c'est là que tout se voit. Si le lynx avait achevé son repas, qu'aurait touché la dame pour sa poule ? Le prix de la poule. Une dizaine d'euros, et encore, en prouvant la facture. Aucune association ne se serait constituée partie civile pour le poulailler ; aucun tribunal n'aurait évalué le préjudice moral de la basse-cour. La République tient un tarif des êtres, et il faut le lire en face : le lynx, 34 000 euros ; la poule, rien ; la femme qui se tient entre les deux, trois mois avec sursis.
Qu'on ne me fasse pas dire ce que je ne dis pas : le lynx des Vosges est rarissime — une dizaine d'individus — et personne, à Malines, ne plaide pour l'extermination des fauves. Mais la rareté de la bête n'explique pas la peine ; elle explique l'aubaine. Miljaardedju, plus une espèce est rare, plus son malheur rapporte — et huit comptoirs d'indignation ont encaissé ce que la solitude d'une fermière devant un fauve a produit de valeur juridique. La bête est morte, la dame est ruinée, les associations sont indemnisées. Dans toute l'affaire, une seule espèce prospère.
Une dernière question, compagnons d'Absurdistan, à méditer ce soir devant l'enclos. L'État a chiffré le lynx, négligé la poule, et condamné la main qui s'est interposée. Il ne reste qu'une inconnue dans le tarif des êtres : vous. À Malines, on a rentré les poules. Et on hésite encore à demander notre classement en espèce protégée — c'est, semble-t-il, le seul statut qui garantisse huit défenseurs.
Et si le gouvernement venait de réinventer, sans oser le mot, la carte de rationnement ? En demandant à ses ministres des « mesures supplémentaires de freinage de la dépense » pour absorber le coût de la guerre au Moyen-Orient, le gouvernement dit moins une politique d'économies qu'un aveu : la machine qu'on ne sait plus arrêter rationne désormais ses passagers.
Il existe, au fond des tiroirs de quelques familles françaises, des carnets de tickets jaunis que personne n'a jamais eu le cœur de jeter : pain, sucre, matières grasses. La France du rationnement les a conservés jusqu'en 1949 — quatre ans après la fin des combats, le temps que l'administration du manque veuille bien admettre que l'abondance était revenue. L'objet semblait mort, rangé entre la TSF et les actions russes. Il revient pourtant, dématérialisé, anobli, traduit en langue de Bercy. On ne dit plus ticket. On dit « freinage de la dépense ».
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Dans une lettre adressée à ses ministres, Sébastien Lecornu demande des « mesures supplémentaires de freinage de la dépense » pour absorber le coût de la guerre au Moyen-Orient — « au moins 6 milliards d'euros, à ce jour », selon ses propres termes : 4 milliards sur l'État, 2 milliards sur la sphère sociale. Et Bercy d'énoncer la règle du jeu : toute dépense nouvelle rendue nécessaire par la crise sera compensée « à l'euro près » par l'annulation d'une dépense prévue. La formule se veut martiale. Elle est surtout révélatrice.
Six milliards contre trente-huit
Prenons les deux récits en présence, car chacun mérite d'être entendu avant d'être renvoyé dos à dos. Côté gouvernement, on plaide le sérieux : une crise externe, un choc pétrolier, et un exécutif qui tient sa trajectoire en demandant l'effort à tous. Côté oppositions, on crie à l'austérité : l'hôpital, l'école, les collectivités paieraient la guerre des autres. Les deux camps jouent leur partition avec conviction, avec constance, avec un sens consommé du rôle.
Les deux oublient le même chiffre. Le budget 2026, promulgué le 19 février après trois recours au 49.3, prévoit 38 milliards d'euros de dépense publique supplémentaire, un déficit relevé en cours de route de 4,7 à 5 % du PIB, et une dette portée à 118,3 % du PIB en fin d'année. L'OFCE parle pudiquement d'un « déficit de compromis » ; l'iFRAP, plus crûment, d'un budget de renoncements. Six milliards de « freinage » contre trente-huit milliards d'accélération : le solde de l'année reste une augmentation massive, assumée, votée — ou plutôt non votée, puisque le 49.3 en a fait l'économie.
On ne freine pas un convoi qu'on vient soi-même de lancer à pleine vitesse. On en rationne les passagers.
Bertrand de Jouvenel, écrivant Du Pouvoir dans l'immédiat après-guerre, avait décrit le mécanisme avec une précision d'horloger : chaque guerre hisse l'État sur un palier de prélèvement et de commandement dont il ne redescend jamais tout à fait. La crise passe, le palier reste. Je n'irai pas chercher de longues citations — l'idée se suffit : le Pouvoir ne rétrécit pas de lui-même, il profite de chaque urgence pour étendre ce qu'il tient, et quand l'urgence l'oblige à choisir, il ne choisit jamais contre lui-même. Il redistribue la contrainte vers le bas.
La lettre de Matignon en est l'illustration chimiquement pure. La guerre au Moyen-Orient coûte 6 milliards ? On ne suspend pas un programme d'agence, on ne ferme pas un guichet, on ne rend pas un périmètre à la société civile. On demande aux ministères de « freiner » — c'est-à-dire de faire payer la crise par les administrés, en bout de chaîne, sous forme de services réduits et de files allongées. Le palier, lui, est sanctuarisé.
Le frein est pour les autres.
Ce qu'on voit, ce qu'on ne voit pas
Appliquons au « freinage » la grille de Bastiat — ce qu'on voit, ce qu'on ne voit pas — qui n'a pas pris une ride.
Ce qu'on voit : un chiffre rond, une conférence de presse, un Premier ministre qui annonce des économies. Le mot « freinage » lui-même est une trouvaille : il suggère le geste du conducteur prudent, la maîtrise, le sang-froid dans la descente.
Ce qu'on ne voit pas : que ces « économies » sont, pour l'essentiel, des moindres hausses. Contrepoints l'a relevé dès février : pendant que le gouvernement vantait sur X une « dépense publique en recul », les dépenses des administrations centrales passaient de 664 à 681 milliards d'euros. Le recul était un recul en proportion d'un PIB espéré, pas une soustraction. Et la Cour des comptes, dans sa note de février, a écrit l'autre moitié de la phrase : la modeste réduction du déficit 2025 — 161 milliards d'euros tout de même, 5,4 points de PIB — est « exclusivement » imputable à 23 milliards de hausses d'impôts. Exclusivement. Pas un euro de l'effort n'est venu de la dépense ; tout est venu du contribuable. Faut dire que c'est plus commode : le contribuable, lui, ne fait pas grève.
Je suppose qu'il se trouvera, dans les cabinets, des gens sincères pour défendre la règle de compensation « à l'euro près ». Mais cette règle ne s'applique qu'aux dépenses nouvelles — la base, les quelque 1 700 milliards de dépense publique annuelle, près de 57 % du PIB, reste hors du champ du frein. On rationne le supplément. Jamais le banquet.
Une tradition française
Ce n'est pas nouveau ; à le bien regarder, c'est très français. Le plan Barre de 1976 promettait la rigueur ; le tournant de 1983 la promettait encore ; le plan Juppé de 1995, la RGPP de 2007, les pactes et rabots des années 2010 l'ont promise tour à tour, sérieusement, solennellement, presque pieusement. Un demi-siècle de freinages successifs — et au terme de ce demi-siècle de freins, la dépense publique est passée d'environ 40 % du PIB au milieu des années 1970 à 57 % aujourd'hui. Aucun pays au monde n'a freiné si fort pour accélérer autant.
La constante de ces épisodes n'est pas l'échec comptable, qui se discuterait. C'est le vocabulaire. Jamais « réduction », qui obligerait à dire ce qu'on supprime. Jamais « retrait », qui obligerait à dire ce qu'on rend. Toujours des mots de mécanique douce — freinage, maîtrise, modération, rabot — qui décrivent une intention sans engager une politique, et qui permettent à chaque gouvernement de tenir le rôle du gestionnaire rigoureux pendant que la machine, sous lui, continue sa soûlographie budgétaire. Nous avons changé les mots à chaque décennie. Nous n'avons pas changé la pratique.
Pendant ce temps
Pendant que Paris débat de six milliards, les créanciers, eux, recomptent. L'Insee décrit un « nouveau choc pétrolier » et un net regain d'inflation ; la Banque de France abaissera mi-juin sa prévision de croissance ; la BCE, face à une inflation de zone euro remontée à 3,2 %, s'apprête à relever ses taux le 11 juin. Or la Cour des comptes le rappelle dans la même note de février : la France aborde cette séquence avec le déficit le plus élevé de la zone euro, le troisième stock de dette — 3 465 milliards d'euros fin 2025 — et un ratio qui monte quand celui de nos voisins descend. Chaque quart de point de taux supplémentaire se transformera, année après année, en milliards d'intérêts — des milliards qu'aucune lettre de Matignon ne pourra « freiner », parce qu'on ne négocie pas avec une courbe de taux.
Le vrai freinage ne viendra peut-être pas de Matignon. Il viendra du marché obligataire, qui ne publie pas de circulaires.
Une société libre ferait l'inverse exact de ce qui s'annonce. Elle commencerait par nommer : non pas « freinage », mais choix — dire quelles missions l'État abandonne, quels organismes il ferme, quels périmètres il rend à la société. Elle distinguerait la soustraction réelle de l'addition ralentie, et publierait l'une et l'autre sans les confondre. Elle admettrait surtout qu'un pays qui consacre 57 % de sa richesse à la dépense publique n'a plus d'amortisseur quand le choc externe arrive — et que c'est cette absence d'amortisseur, non le pétrole, qui le rend fragile.
Rien de tout cela ne sera fait, je suppose, et les Français le sentent confusément — ils regardent monter la dette comme on regarde monter une crue, depuis le pas de la porte, en se demandant jusqu'où l'eau viendra cette fois. Mais le lecteur de ces colonnes n'est pas condamné au pas de la porte. Ce que l'État appelle freinage, chacun peut l'appeler par son nom — rationnement — et en tirer la conséquence pratique : ne pas attendre de la machine qu'elle se réforme, et construire, à son échelle, par son travail, par son épargne, par ses choix de vie, l'indépendance que la dépense publique promet et ne livre jamais. Les tickets de 1949 ont fini dans les tiroirs. Reste à savoir ce que nos petits-enfants y trouveront de nous.
Mes chers libertariens de l'Absurdistan, votre presse a inventé cette semaine une distinction que la zoologie n'avait pas osée : le même geste, sur le même capot, la même nuit, peut être une émeute ou un esprit de fête. Tout dépend de qui porte la semelle.
Reprenons. Nuit du 30 au 31 mai, le PSG gagne sa finale. Au matin, les éditoriaux déplorent : les émeutiers, les casseurs, les scènes de chaos, les voitures piétinées par une jeunesse qui ne respecte rien. La France s'ensauvage, titre-t-on, gravement, entre deux pages de publicité pour des berlines. Puis une vidéo arrive de Poissy. Un député de la majorité, ami du Président, grimpe sur le capot d'une voiture et y danse, entouré d'une foule en liesse. J'ai regardé la vidéo trois fois devant mon café, sous le carillon de Saint-Rombaut. Amai. La quatrième fois, j'ai compris que personne ne l'appellerait une émeute.
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Dialoguons avec l'éditorialiste, puisqu'il est occupé. Le même capot ? Le même. La même nuit ? La même. La même semelle ? Ah non, madame : celle-ci dansait avec l'accord du propriétaire. Le propriétaire est un ami. Donc ce n'est plus une dégradation, c'est une communion festive. Le jeune homme de la cité d'à côté, lui, n'avait qu'à se faire présenter le propriétaire avant de monter. La garde à vue lui apprendra les usages.
Voyez la mécanique, compagnons d'absurdistan : on ne juge plus l'acte, on juge le carnet d'adresses. En bas du capot, le parquet ; en haut du capot, la passion a pris le pas sur la raison. En bas, la comparution immédiate ; en haut, le comportement — tenez-vous bien — puéril, mot choisi avec le soin d'un assureur, parce que la puérilité est une circonstance, pas un délit. La scène entière a quelque chose d'une kermesse d'Ensor : tout le monde porte un masque, et le seul visage nu est celui qui s'étonne.
Je ne défends pas les casseurs — ils piétinent des voitures qui ne leur appartiennent pas, et la propriété est précisément la chose que vos éditorialistes et moi sommes censés défendre ensemble, eux le lundi, moi tous les jours. Je fais observer autre chose : une presse qui réclame l'exemplarité à la jeunesse et trouve l'indulgence pour le législateur a renoncé à la seule règle qui protège tout le monde — la même loi pour la même semelle.
Chez nous, le KV Malines a gagné une coupe d'Europe en 1988. On a bu, on a chanté, on a sonné les cloches. Personne n'est monté sur la voiture du voisin. Faut dire qu'ici, le voisin, on le connaît sans avoir besoin d'être député.
Une dernière question, mes amis du Pays-des-Cartésiens, à méditer avant la prochaine finale : quand tout le monde aura compris que l'immunité ne s'obtient pas par l'innocence mais par l'amitié, combien de temps croyez-vous que vos enfants chercheront encore à respecter la loi plutôt qu'à connaître quelqu'un ?
À Malines, on ne monte pas sur les capots. On n'a pas les amis qu'il faut.
Et si le gouvernement qui rabote et les syndicats qui s'indignent défendaient, sans le savoir, exactement la même chose ? La réforme de l'assurance chômage votée le 2 juin dit moins sur le milliard économisé que sur un pays qui a oublié, en soixante-dix ans, à qui appartient le salaire différé.
Il existe un document que cinq cent trente-huit mille Français ont signé l'an dernier, généralement un mardi ou un jeudi, dans un bureau des ressources humaines où l'on avait disposé pour l'occasion deux chaises, une bouteille d'eau et un parapheur, et ce document, né en 2008 d'un accord entre partenaires sociaux qui passait alors pour une révolution de velours, s'appelle une rupture conventionnelle. 538 433 homologations en 2024, selon la Dares. Un divorce à l'amiable entre le salarié et l'employeur, inventé pour solder sans drame, sans prud'hommes, sans humiliation, ce que le droit du licenciement rendait interminable.
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C'est ce document paisible que le Parlement vient de transformer en variable d'ajustement budgétaire.
Les deux camps ont joué leur partition sans surprise. Côté gouvernemental, on dénonce les pré-retraites déguisées, les départs de confort, l'optimisation d'un dispositif devenu, dit-on, une machine à financer des transitions choisies. Côté syndical et à gauche, on dénonce le rabot, la précarisation, le énième tour de vis sur le dos des demandeurs d'emploi. Les uns veulent la cage moins chère. Les autres la veulent plus douillette. Personne, dans aucun des deux hémicycles, n'a demandé qui détient la clé.
Faut dire que la question n'est jamais à l'ordre du jour. On négocie les paramètres ; la propriété, elle, ne se discute pas.
Le détour par Tocqueville
Il y a, dans le second volume de De la démocratie en Amérique, une page que tout lecteur du Courrier connaît, et qu'il faut pourtant relire chaque fois que l'État français retouche un droit social, parce qu'elle décrit moins un régime politique qu'un climat. Tocqueville y imagine le pouvoir sous lequel s'endorment les démocraties et qui préfigure l'avachissement contemporain :
« Au-dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance. »
Appliquons mot à mot. L'assurance chômage à la française n'est pas une assurance : c'est une tutelle. On n'y adhère pas, on y est affilié. On ne choisit ni l'assureur, ni la prime, ni les garanties, ni la durée de couverture. On ne peut pas en sortir, pas la comparer, pas la résilier. Et lorsque le tuteur a besoin d'argent, il modifie les garanties par la loi, rétroactivement pour les espérances, unilatéralement pour les contrats. Je suppose qu'un assureur privé qui réécrirait ainsi ses polices en cours rencontrerait assez vite un procureur. L'État, lui, rencontre une majorité.
Le pouvoir tutélaire n'a pas changé de nature depuis 1840. Il a changé de guichet.
Ce qu'on voit, ce qu'on ne voit pas
Reste à examiner le milliard, avec la méthode de Bastiat : ce qu'on voit, et ce qu'on ne voit pas.
Ce qu'on voit : un régime endetté, un milliard d'économies, quinze mille retours à l'emploi promis. Vertu budgétaire, sérieux gestionnaire, courage réformateur.
Et qui paie, en bout de chaîne ? La cotisation dite patronale — 4,05 % de chaque salaire — n'est pas un cadeau de l'employeur : c'est du salaire différé, une part de la rémunération que le salarié ne touche pas aujourd'hui pour être couvert demain. Quant à la part salariale, elle a été supprimée en 2018 et fondue dans la CSG : le salarié paie toujours, mais il ne le voit plus. On a effacé la ligne du bulletin de paie. On n'a pas effacé le prélèvement.
Ce n'est pas nouveau ; à le bien regarder, c'est même très français. L'Unedic naît en 1958 d'une convention entre patronat et syndicats — une assurance paritaire, gérée par ceux qui la financent, à laquelle l'État ne touche pas. Puis l'histoire s'écrit comme une lente digestion.
2008 : la fusion ANPE-Assedic crée Pôle emploi, et l'opérateur passe sous la main publique.
2018 : la cotisation salariale disparaît dans la CSG, et l'assurance devient pour partie un impôt.
2019 : les partenaires sociaux ne s'accordant pas, l'État écrit lui-même les règles par décret — carence, dégressivité, salaire de référence.
2021 : la contracyclicité indexe les droits sur la conjoncture, décidée d'en haut.
2023-2026 : les ponctions.
2026 : un accord négocié sous lettre de cadrage budgétaire, transposé par un Parlement qui rabote.
Chaque décennie apporte sa réforme paramétrique — durée, taux, différé, plancher — et chaque réforme laisse intacte la seule question qui vaille : la cotisation appartient-elle à celui qui la verse ? On réforme l'usufruit. On ne rend jamais la nue-propriété.
Et les assurés acceptent chaque tour de vis avec cette résignation de troupeau qu'on tond à date fixe, et qui s'étonne moins du froid que du changement de calendrier.
Pendant ce temps
Pendant que les deux hémicycles se disputaient trois mois d'indemnisation, la Cour des comptes publiait cette semaine son examen des conséquences budgétaires de la démographie française — la bombe lente que personne ne désamorce — et l'Agence France Trésor poursuivait son programme d'émissions : plus de 530 milliards d'euros à lever cette année, un record absolu, avec un écart de taux franco-allemand installé à 69 points de base. La question de savoir qui paiera la tutelle quand la pyramide des âges aura fini son œuvre n'a été posée nulle part. Elle aurait pourtant rendu le débat sur les quinze mois presque reposant.
Dernier mot
Que ferait une société libre ? Quelque chose de très simple et de très improbable : elle rendrait la cotisation au salarié. Un compte individuel, portable d'un emploi à l'autre, alimenté par ces 4,05 % qui sont son salaire différé ; le droit d'en confier la gestion à l'assureur de son choix — mutuelle, caisse syndicale, compagnie, et pourquoi pas l'Unedic, qui concourrait comme les autres ; la liberté d'arbitrer soi-même entre durée de couverture et niveau de garantie. La solidarité véritable — chômage de longue durée, accidents de la vie — relèverait de l'impôt : voté, visible, assumé, au lieu d'être dissimulé dans la tuyauterie d'un régime que l'État pille d'une main et rabote de l'autre. Le système de Gand, où des caisses volontaires assurent les salariés, fait vivre cette idée au Danemark et en Suède depuis un siècle — pays dont je ne sache pas qu'ils passent pour des jungles libérales.
Peut-être cette réforme produira-t-elle son milliard ; peut-être même ses quinze mille emplois. Là n'est pas l'objection. L'objection, c'est qu'on aura une fois de plus ajusté la pension de l'assuré sans jamais lui demander son avis sur l'assurance — et qu'on appellera cela, sérieusement, fébrilement, presque pieusement, un progrès du dialogue social.
Le jour où un salarié lira, au bas de son bulletin de paie, le nom d'un assureur qu'il aura choisi, la réforme aura eu lieu. En attendant, on rabote la rente. La cage, elle, vient d'être repeinte.
Cinquante pour cent des salariés français en détresse psychologique, un risque de burn-out deux fois plus élevé qu'avant le Covid, 62 % des DRH eux-mêmes à bout : le baromètre Empreinte Humaine– Ipsos BVA, publié en juin 2025, dresse un tableau clinique alarmant. Pendant ce temps, les « programmes de bien-être » fleurissent dans les brochures RH. L'écart entre le discours et la réalité n'a jamais été aussi béant.
Le dernier baromètre Empreinte Humaine, réalisé avec Ipsos BVA et publié le 2 juin, dresse un constat préoccupant. Près de 50 % des salariés interrogés déclarent être en situation de détresse psychologique, contre 47 % en décembre 2025. Plus inquiétant encore, 16 % évoquent une détresse psychologique « très élevée », tandis que 45 % doutent de leur capacité à tenir mentalement jusqu’à l’âge de la retraite. Pour Christophe Nguyen, psychologue du travail et cofondateur d’Empreinte Humaine, le risque de burn-out sévère est désormais deux fois plus élevé qu’avant la crise sanitaire. Une dégradation qui ne touche plus seulement certaines catégories professionnelles. Cadres, employés, hommes, femmes, jeunes actifs ou seniors : aucun groupe n’échappe désormais à cette fragilité croissante.
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Aucun salarié n'est épargné pas même les DRH
Depuis la création du baromètre sur la santé mentale au travail en 2020, les résultats n’ont jamais été aussi inquiétants. La dernière étude réalisée par Ipsos BVA a révélé que le nombre de travailleurs en état de détresse psychologique a atteint un niveau record. Selon Christophe Nguyen, psychologue du travail et cofondateur d’Empreinte Humaine, « le risque de burn out sévère est deux fois plus important qu’avant la crise sanitaire ».
Selon le baromètre publié mardi, près de 50% des salariés présentent des signes de détresse associés à des symptômes d’épuisement et de dépression. 16% d’entre eux souffrent de burn-out sévère. Notons qu’en décembre 2025, 47% des travailleurs ont déjà déclaré que leur santé mentale s’est dégradée. 45% d’entre eux ont peur de ne plus être capable de tenir jusqu’à la retraite, sur le plan psychologique.
Cette détresse psychologique touche aussi bien les femmes que les hommes, les cadres autant que les employés, les plus jeunes et les séniors. Toutefois, les DRH sont les plus exposés à ce problème de santé mentale. 62% des personnes qui exercent cette fonction disent être en état de détresse psychologique.
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Les facteurs invoqués forment un inventaire du monde du travail contemporain : isolement, pression sur les objectifs, montée de l'IA perçue comme une menace, tensions géopolitiques diffuses, et surtout ce que Nguyen nomme la « qualité empêchée » l'impossibilité structurelle de faire un travail dont on peut être fier. Accélération des rythmes, processus absurdes, désaccords ouverts entre managers : les salariés ne sont plus seulement épuisés, ils sont humiliés par l'inutilité ressentie de leur propre activité.
La prévention : un marché prospère, une efficacité anémique
C'est ici que l'analyse doit aller plus loin que le constat. Le secteur du « bien-être au travail » représente en France un marché en forte croissance : séances de méditation en entreprise, applications de pleine conscience, coaches certifiés, bilans de résilience. Empreinte Humaine elle-même est un cabinet commercial qui vend des prestations aux entreprises qu'il ausculte.
Ce conflit d'intérêts latent n'invalide pas ses données, mais il invite à lire ses recommandations avec lucidité. Car le diagnostic est sans appel : seulement 10 % des salariés bénéficient d'un bon climat de sécurité psychologique réel. Dix pour cent. Après des années de « plans QVT », de chartes bien-être et de webinaires sur la gestion du stress.
La conclusion s'impose d'elle-même : les entreprises ont massivement investi dans les apparences de la prévention, non dans ses conditions structurelles. Si rien ne change, les arrêts maladie pour motifs psychologiques continueront de progresser. Et le coût économique sera considérable. Mais le véritable danger est ailleurs : lorsqu’une société produit massivement des travailleurs démotivés, anxieux et désengagés, c’est sa capacité même à créer de la richesse qui finit par s’éroder. Derrière la crise du burn-out se profile peut-être une crise plus profonde : celle du modèle managérial contemporain.
Le gouvernement se félicite de 636 500 demandes reçues pour son aide aux "grands rouleurs" et de 14 millions d'euros de prêts aux entreprises. Derrière les chiffres flatteurs, un dispositif bureaucratique qui ne traite qu'une fraction infime des victimes de la guerre des prix énergétiques.
Depuis le 1er juin 2026, les aides gouvernementales liées à la flambée des carburants provoquée par l'escalade au Moyen-Orient sont obligatoirement "en vigueur". Le ministère de l'Économie s'est empressé de communiquer ses premiers bilans dès le 2 juin. Le résultat : 636 500 demandes reçues pour une aide forfaitaire de 100 euros destinée aux "grands rouleurs", sur un vivier théorique de trois millions d'éligibles. En clair, après cinq jours d'ouverture du guichet, moins d'un Français sur cinq concernés a réussi à naviguer dans les méandres d'impots.gouv.fr.
Le paradoxe central de ce dispositif mérite d'être posé franchement : l'État distribue des aides carburant avec la main droite tout en prélevant, via la TICPE, près de 60 centimes de taxe par litre d'essence avec la main gauche.
La "prime carburant doublée" jusqu'à 600 euros que les employeurs peuvent verser n'est "défiscalisée et désocialisée" que parce qu'elle échappe à un prélèvement que l'État aurait lui-même institué.
La revalorisation de 3,2 % des indemnités kilométriques des fonctionnaires soit 20 centimes/litre entre juin et décembre est une correction partielle d'une distorsion structurelle, présentée en bonne fortune politique.
Bpifrance, bénéficiaire silencieux
Du côté des entreprises, 9 500 dossiers ont été déposés pour les "prêts flash" via Bpifrance, pour 14 millions d'euros déjà financés et 22 millions en cours d'instruction.
Les transporteurs raflent 70 % des demandes, suivis des agriculteurs (20 %) et du BTP (10 %). Le guichet, ouvert le 13 avril 2026 pour les transports, agriculture et pêche, a été étendu au BTP le 13 mai.
Ces chiffres révèlent une réalité classique : les secteurs les mieux organisés et les plus proches de l’administration captent l’essentiel des fonds publics. Les pêcheurs, symboliquement présents à 0,1 %, illustrent la marginalisation des plus petits acteurs.
Au final, l'État crée le problème, le refinancement à crédit, et présente la note au contribuable. Un grand classique du capitalisme de connivence à la française où l'urgence sert invariablement de paravent à l'extension discrète de l'appareil étatique.